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 Flagellum dei

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Mathusalem



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MessageSujet: Flagellum dei   Jeu 12 Oct - 18:43


JOA & KARRIB


Même un esprit aussi austère que celui de Karrib ne pouvait être autre chose que contemplatif face à l'éclat de la citée de Tell'Azir qu'il apercevait au travers d'une minuscule lucarne dans le mur du café. De l’esplanade on avait une vue plongeante sur la ville qui s'étalait dans la plaine semi désertique, ses rues étaient larges et d'une symétrie parfaite, son pavé propre car soigneusement entretenu, ses rues débarrassées du moindre déchets. Chacun de ses bâtiments avaient été construit en dur, d'une brique d'un blanc nacré, éclatant sous le zénith ou reflétant l'orange du crépuscule en soirée. Des ruelles recoupaient des allées recoupant elles mêmes les artères principales qui menaient au cœur imposant de la cité.
Au centre se dressait le monument le plus imposant. Le Phare de Tell'Azir se posait en maître de la ville, ses habitants lui vouant déférence et vénération. Le Phare gardait le peuple de tout l’Émirat à l'abris des monstruosités car à son sommet trônait l'artefact le plus précieux du pays, octroyé en personne par la Sainte au premier roi de Babylie qui ordonna l'édification de cette imposante tour, gardienne du cube d'orichalque depuis ce jour. Cette matière, importée de l'autre monde, permettait aux pouvoirs de Sainte Carmen de se manifester, gardant ainsi le peuple hors d'atteinte des démons dans la Trame comme dans le monde physique.

A coté du Phare se trouvait entre autre le Trésor de la ville, le Grand Temple et les Galeries. Le palais princier se trouvait, lui, en haut de l'esplanade, petite colline à l'agencement plus chaotique que la partie se trouvant en plaine.

Karrib finit par arracher son regard de la lucarne pour le laisser divaguer à nouveau dans la pénombre épaisse du café alors que de sa main lui ramena l'embout de la chicha à sa bouche, recrachant rapidement une bouffée de vapeur qu'il prit néanmoins la peine de souffler sur le coté pour ne pas enfumer son ami à peine retrouvé.
Il pointa deux doigts en direction de Joa, après avoir avalé la nouvelle que celui ci lui avait lâché il y a quelques minutes :
-Alors quoi ?
Maintenant que tu t’apprête à être sacré Vigile tu t'attends certainement à ce que je me jette à tes pieds pour les baisers en implorant, limite pleurnichant, que tu me révèle ce que les grands esprits de l'au delà et d'on ne sait où à la fois, on prévu pour mon âme ?

Karrib joignit ses deux mains, tenant toujours l'embout et les secoua ridiculement :
-Pitié, pitiéééé, dis moi que mon âme de pécheur connaîtra la rédemption. O miséricorde ! O Saint de toi, parles aux dieux et qu'ils m'accordent leur foutu salut !
Sa mine se fit alors plus grave alors qu'il reprenait place confortablement avachis dans sa colline de coussins multicolores, concluant, comme dégoutté :
-Moi je te le dis Joa, yeux dans les yeux : tout cela finira par te monter à la tête mon ami.

Cela faisait plusieurs mois, rallongés par l'incertitude, que Karrib n'avait eut de nouvelles de Joa. Pas la moindre. Ni lui, ni la famille de Joa, ni quiconque dans leur village natal du Levant.
A vrai dire si même Karrib n'avait été informé du départ de Joa, personne d'autres n'auraient eut la moindre chance de l’être. L'un et l'autre se trouvait lié, depuis leur enfance et ce jusqu'à leur mort, d'un lien fraternel pourtant plus fort que celui du sang. Alors quand son ami fugua, Karrib fut le premier à en avoir le cœur vriller. Aucuns signes avant coureur, pas un mot, pas une phrase pour que son esprit puisse s'imaginer cette éventualité. Oui, ils étaient tout deux extrêmement différent, notamment par la foi qu'observait Joa, une foi qui s'est fait certes de plus en plus vigoureuse mais sans jamais laisser entrevoir le moindre coup de folie d'un exalté.

Pourtant Joa était partis, d'un jour sans lendemain, laissant un vide. Partit pour la ville, partit car une voix le lui avait ordonné. Quand Karrib entendit cela de la bouche de son ami de toujours il y avait de cela une poignée de minute, il avait cru tout bonnement s'asphyxier avec la fumée de la chicha. Il toussa à en perdre la voix.
La personne qui avait parlé avec Joa existait bel et bien et se trouvait être une Vigile de la Sainte Mosquée. Elle était "l'observatrice", l'un de ces vigiles possédant un don lui permettant de détecter d'autres psychonaute. Les rares observateurs, d'anciens et sages Vigiles, sont ainsi chargé de détecter les hommes et les femmes à potentiel. Puis de les guider jusqu'à eux où là, de nouveaux Vigiles prendront en charge le nouvel arrivant.
Joa avait donc quitté son village il y avait de cela trois mois pour arriver jusqu'à Tell'Azir trouver la congrégation des Vigiles dans la capitale de l’Émirat.

-Ce n'est pas comme ça que tout cela marche. Confessa alors Joa, moitié joueur moitié blasé de l'attitude constamment défiante de son ami envers les grandes institutions du royaume.
-Et tu le sais.
Karrib balaya toute possibilité de réponse et attaqua de nouveau :
-Tout cela ne t'apportera que du malheur, à toi et aux autres. Tu leurs manque, tu leur manque à tous là bas, au village, crois le ou non mais mon con, ils t'aiment. Le p'tit Hadiir est inconsolable depuis ton départ, je te jure. J'te parle même pas de tes sœurs. Et qui va veiller sur elles d'ailleurs maintenant ?
Tu as des obligations. Bien plus importantes que ces... conneries. Tout ça c'est de la couille.
 Conclu-t-il à voix haute en désignant la ville se laissant apercevoir de l'autre coté de la fenêtre.
Pourtant le jeune homme n'en démordit pas, et toujours avec son calme caractéristique, se contenta de nier de la tête, un sourire las se dessinant sur ses joues.
-Tu ne comprends pas.
J'ai prié.
J'ai prié et prié. Toute ma vie.
Et voilà qu'Ils viennent de m'accorder leurs don !
C'est une responsabilité énorme, difficile autant que sacré. C'est ainsi, Ils l'ont choisit.
Quels que soit leurs plans je me dois de les servir, je n'ai pas le choix même si je le voulais. Car maintenant ma volonté ne compte plus, je m'en remet à plus grand.


Une telle tirade foutue les jetons à Karrib. Littéralement. Mais jamais il ne l'aurait confié, ni même le laisser transparaître. Il reconnaissait bien là son ami, son fidèle ami d'enfance, son frère de choix, c'était indiscutable, mais ces paroles le prirent aux tripes, d'une facon si violente que lui même ne pourrait seulement l'expliquer de par son inimité pour le Temple et tout ce que son esprit englobait dans ce mot.
Alors il répondit comme on attendait de lui, avec détachement :
-Alors tu vas devenir un instrument. Un outil. La truelle des dieux. Formidable.
Encore ce sourire las en face :
-Je ne m'attendais pas une seule seconde à ce que tu comprennes.
Mais à présent j'attend de toi que tu respectes cela.

Alors Joa eut un de ses rares regards pour son ami. C'était la limite. Celui ci avait une conscience du sacré et de la chose religieuse que son comparse ne tenait pas dans son cœur. Pourtant l'un comme l'autre se devait de respecter les positions de chacun, pour préserver leur amitié.

C'est le plus jeune qui dissipa la raideur soudaine de l'ambiance, Joa montra l'uniforme matelassé de son comparse lui demandant :
-Alors tu veux incorporer la garde ?
-Zephyr.
Compléta le concerné qui se pencha sur ses habits comme s'il découvrait qu'il n'était point nue dans le café. Il portait un gambison en cuir fin, tenue des admis-recrues de la garde, à cela de plus que les armes de l'Emirats se trouvaient broder sur ses épaules, montrant que la recrue aspirait à intégrer la garde Zephyr, élite des forces de l’Émirat.
-Je croirais presque que tu t'es décidé à t'installer ici uniquement dans le but de me retrouver.
Karrib eut un souffle dédaigneux, presque contrit :
-Zaha et les jumeaux se plaisent déjà ici, même si l'on ne vit encore que sous les tentes ramenées du village. Quand j'aurais intégré la garde j'aurais une bonne solde, de quoi abrité dans le dur ma famille bien après que je sois mort sur le champ d'honneur, une pile de cadavres à mes pieds.
Son ami eut une mine attristée et un regard sur la fenêtre :
-Tu déteste cette ville. Et ces gens.
Joa le connaissait que trop bien, aussi eut il un râle confirmant sa pensée :
-Les trois quarts des recrues tombent d'épuisements après seulement six tours de stades.
Ils sont faibles.
Ici, des gens sont même payés pour ramasser les ordures des autre gens, te rends tu compte ? Le degré de folie décadente qu'à atteint cette ville... et c'est la campagne qui engraisse cette citée, par chariots entiers, jour et nuit. Eux ils peignent, prient, jouent du luth et pratiquent leurs chants tout en s'engraissant, vautrés dans leurs divans supportant à peine leurs poids.
Je ne vois là qu'une bande de dévots fainéants.
Des faibles.

Joa n'eut qu'un haussement d'épaule face au coup de sang de Karrib :
-Moi même je suis un faible. Répondit il calmement. Nous avons grandit dans le même bazar poussiéreux et pourtant je n'ai pas le quart du dixième de ta force.
Il le coupa net en se rapprochant pour lui frapper son doigt en plein sur son thorax :
-T'es bien plus fort que tu ne le penses. Bien plus que ce ramassis de tas de cons. Il frappa à nouveau son doigt sur le thorax de Joa. T'as pas les muscles mais t'as un putain de mental. T'as l'esprit.
-Le savoir sans le pouvoir c'est comme être un poète dans le désert.
Savoir sans pouvoir n'est rien.

Karrib répondit un franc "Pas d'accord" avant de tirer une grande bouffée de sa chicha et se laisser retomber sur sa confortable colline.
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Mathusalem



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MessageSujet: Re: Flagellum dei   Jeu 12 Oct - 19:15


AMATA & HOPI




Une ribambelle de marmots s'agitait là, leur vigueur à peine entamée par la pesante chaleur du midi, vifs comme une nuée de guêpes autour d'un godet de gruau. Ils braillaient, gueulaient, mais excavaient malgré tout des pelletés et des pelletés de terre sèches. Des enfants, traînant des seaux aussi lourd qu'eux, et usant de pelle faisant trois fois leur taille, entrant et sortant du tunnel n°8 de la Ferraillerie d'Ab'el'kezir.

Du fond de la cavité l'on entendit soudain un hurlement victoire, bientôt repris en une multitude. « Ayé ! Ayé ! ».

-Ils l'ont retrouvé ?
Non loin de là deux chevaliers traqueurs observaient  la manœuvre, abrités à l'ombre d'une tente et attablés autour d'une tasse de thé brûlant. Devant eux s'étalait toute la Ferraillerie. Les toiles de tentes étaient dressées par vingtaine, entourant le centre du site d'excavation où se trouvait les huit tunnels menant dans les profondeurs et par là même aux richesses d'un lointain passé.

La traqueuse n'eut pour toute réponse à son homologue qu'un bref hochement de tête affirmatif et celui ci reprit, après une première gorgée lui mettant les larmes aux yeux :
-Leurs cris de joie nous indique qu'ils ne sont pas tombé sur un cadavre tout du moins. Soit rassurée, ton écuyère a survécue !
Le chevalier décocha un sourire en coin et se retenta à une gorgée de sa boisson chaude.
Les bambins finirent rapidement de piailler à la venue des contremaîtres. Ils avaient réussi à porter secours à la pauvre écuyère s'étant retrouvée piégée dans un tunnel éboulé, sort terrible les guettant tous, mais maintenant leur mission de secours accomplie, il était temps de s'y remettre. Voilà qu'ils étaient remis en rang et ré-assignés à leur labeur quotidien : ramper dans d'étroit et sombre goulot pour y déterrer des trésors aux valeurs inconnus. Des bibelots des temps anciens si usé par le temps que même leurs contemporains n'auraient pu les reconnaître. Ce n'était plus que de la ferraille, bonne à être fondue.

Ici, sous la terre sèche et ocre  d'Ab'el'kezir se trouvait en effet une ancienne cité. Chaque tunnel aboutissait sur les vestiges d'une maison, d'un entrepôt ou bien même pour le plus long et le plus profond d'entre eux, dans les restes des égouts de cette ville enfouis dans l'infini étendue de sable.

Le négoce des Ferrailleries se trouvait être une activité des plus récentes,  la fermeture des frontières du royaume a vu la mort des entreprises de récupérations, affaires pourtant très lucrative. Aussi certains malin ont fini par regarder sous leurs pieds, se demandant quelles richesses pouvait se cacher là dessous.
Un nouveau champ d'opportunités c'était ainsi ouvert pour Amata et ses travaux.

La chevalière regarda son initié s'approcher d'elle, heureusement guidée par la main d'un des enfants car visiblement trop hagarde pour marcher droit, avec une expression figée. Une expression qu'on aurait pu interpréter -à tort!- comme un mépris des plus sec.

Elle prit la gourde à ses pieds qu'elle tendit à son écuyère. Celle ci mis plus de temps que nécessaire à se décider de mouvoir ses muscles pour s'en saisir aussi durcit-elle ses traits pour montrer son impatience à rester là, bras tendu comme une pauvre conne, puis congédia l'enfant d'un bref mouvement autoritaire de la main après que son écuyère se décida enfin à saisir la gourde offerte par sa supérieur.
Hopi se gorgea d'eau comme un égaré dans le désert, elle faillit bien s'étouffer une fois, puis une seconde mais ne s’arrêta qu'à peine d'ingurgiter tout le contenu de la gourde.
Ses genoux flagellaient encore pathétiquement autant que ses doigts tremblaient. De l'eau ruisselait de son menton jusqu'à sa tunique poussiéreuse, incapable qu'elle avait été de contrôler ses tressautements. Elle baissa la gourde vide d'une extrême lenteur, son regard toujours accroché sur le ciel, ou le toit de la tente face à elle on ne saurait dire. Ses lèvres s'ouvrir mollement, encore abasourdie :
-Mon... J'ai... à peine touché un pillier... et tout s'est... tout s'est...
Le reste mouru dans un sanglot étouffé.
Le chevalier, saisi par le choc de l'écuyère, tenta bien vainement de la rassurer par quelques paroles puis en rapprochant doucement une main pour la consoler avec prudence, la pauvre jeune fille semblait si fragile pensa-t-il, qu'une pression trop forte sur son épaule semblerait pouvoir la briser pour de bon.

Sa tutrice n'opta pas pour la même approche :
-Je te l'ai dis, je te l'ai dit pourtant diable ! De prendre garde à ne pas toucher les piliers de soutènement.
Son visage se crispa d'un niveau de honte supplémentaire à son état de choc, sous les reproches de sa chef. L'autre traqueur tempéra alors :
-C'est bien pour cela qu'ils envois des enfants dans des tunnels et pas des jeunes gens.
Amata retint le venin d'une insulte sur le physique gringalet de l'écuyère entre ses dents qui grincèrent pourtant.

Posant finalement la tasse de thé qu'elle avait tenu jusqu'alors, elle demanda plutôt d'un ton se voulant plus accommodant :
- Ce que tu nous a remontée, montre donc.
Hopi resta pourtant figée dans l'exact même posture, comme frappée soudain de surdité. Elle s'y revoyait, non pas sourde mais aveugle, totalement aveugle. Sa petite lanterne s'était brisée dans la panique, comme le peu de courage qui lui restait après cette interminable et éprouvante fouille. La terre lui avait presque entièrement engloutit les jambes derrière elle et devant, au loin, la lumière salvatrice du bout du tunnel venait de disparaître sous l’éboulis. A seulement quelques misérable mètre de la surface.
Elle avait paniquée, hurlant de terreur comme une aliénée. Hurlant à s'en pisser dessus. Plus de lumière. Plus la moindre force dans ses bras douloureux. Et cette atmosphère... suffocante ! Déjà elle se voyait mourir d'asphyxie. Rien à faire, paralysée qu'elle était, sans bras, ni jambes, ni yeux il n'y avait plus que son esprit pour penser à sa mort prochaine.
-Ton sac, con de diable ! Laisses donc mirer, Hopi.
La voix sèche l'a pris à la gorge mais eut le contrecoup de la ramener à la réalité. Ses yeux papillonnèrent comme ceux d'un aveugle retrouvant la vue.

Elle était sortie, belle et bien sortie de ce tunnel infernal.
Devant elle deux chevaliers, dans toute leur carrure et leurs prestances, assis sur leurs tabourets respectifs autour d'une petite table au bois grinçant.
Son balluchon se décrocha de son épaule avec saccade, comprenant soudain ce que lui avait aboyée sa chef.

D'un geste d'une grande bonté sa chevalière tutélaire lui demanda de s’arrêter avant même qu'elle ne se penche pour sortir ses trouvailles du sac, Amata préféra amener le sac à elle et y trifouiller d'elle même.
-Whoua.
Son ton fut volontairement monocorde alors que la chevalière dégagea une étrange baguette de fer rouillé se finissant en une sorte d'étrange louche percée et dentelée.
-Tu sais de quoi il s'agit ?
Hopi n'eut qu'un difficile hochement de tête négatif, sa gorge était encore trop nouée pour lui autoriser le moindre mot.
-C'est une cuillère à pâtes.
Aussi rouillé elle ne valait plus rien pour la refonte. Les mains d'Amata sortaient à présent un petit flacon.
-Un flacon à épices... Ah ?
Ses mains sortirent autre chose.
-Un second flacon à épices.
Cette fois ci, et malgré l'état de son écuyère qu'elle concevait pourtant bien, Amata ne pu garder pour elle un « fantastique » qu'elle fit siffler moqueusement entre ses dents.
-Et... Une ossature de pain-grill.
L'autre chevalier intervint pour toute défense :
-Moins attaqué celui là, ils pourront le faire fondre.

Pourtant la chevalière finit par avoir un haussement de sourcil et un « Ah ? » franchement intéressé. Du sac elle tira avec grande précaution un petit livret.
Les écrits des anciens revêtaient une importance capitale pour les travaux de recherche d'Amata, ils étaient ses plus puissants outils pour reconstituer ce qu'avait pu être leur monde, un monde et une histoire pourtant ignoré par la majorité, voir bien souvent complètement nié.

Froncements de sourcils.
-La notice d'un four à micro ondes.
-Un quoi ? S’interrogea son collègue en marmonnant.
-Tu es tombée dans une salle, et une seule ; a pris ce que tu pouvais et rebrousser chemin aussi sec. Hé bien... c'est décevant.
Mais pas surprenant.


Regardant la couverture de la notice qu'elle tenait encore dans ses mains, Amata laissa ses pensées divaguer un moment, remontant à ses quelques explorations souterraines personnelles. Leurs cuisines, c'était toujours le choux blancs assurés. Une pièce de choix pour les ferrailleurs, mais tout l'inverse pour elle. Passer une moitié d'année à traduire un bouquin ne contenant au final que des recettes se révéla être des plus frustrants. Dès lors Amata avait apprie à ne pas trop s'attarder dans ce genre de lieux.

La chevalière ne pris même pas la peine de reposer le livret, après s’être remémorée un échec passé elle préféra le lâcher tout simplement. Le livret pour laquelle Hopi avait risquée sa vie se planta dans le sable aux pieds de sa supérieur. Cette dernière se dressa sur son tabouret plus pour s'étirer que pour se donner de la stature et commença à peine à parler :
-Hé bien, un travail mené à la diable mais qui aura eut bon de...
Amata s’arrêta net en voyant l'expression déchirante de son écuyère. La chevalière se raidit un bref moment, indisposée. Un regard au ciel, puis à son collègue.
-Prends congé Hopi. Tu me remerciera plus tard de t'avoir éviter de fondre en larme devant deux chevaliers.
La gamine eut un hochement de tête mollasson en remerciement et tourna rapidement les talons, repartant une main sur sa bouche pour contenir son sanglot encore un peu plus longtemps.


La silhouette de Hopi disparaissant enfin parmi la multitude de tentes, le collègue d'Amata se permit de lâcher un sifflement impressionné.
-Rude.
La traqueuse se tourna sèchement, braquée :
-C'est une critique ?
Il leva les yeux au ciel, puis ses mains qu'il porta haut au dessus de lui pour s'étirer le dos. Voilà une demie heure déjà qu'ils se tenaient simplement assis là tout les deux.
-Bha... Commença-t-il en cherchant son ton le plus coulant possible. Elle s'est vue mourir là dessous la petite. Mourir par la sainte ! Elle est sous le choc comme n'importe qui le...
-Comme n'importe qui ? A chouiner misérablement ainsi ?
Aamta lâcha un souffle dédaigneux. Diable ! Tu n'as pas idée comment cette fille est une froussarde. Mais moi je perd pas espoir à finir par l'endurcir.
-Une froussarde ? On a pas les mêmes définitions. Ta gamine là, je l'ai vue carrément terrorisé à l'idée de ramper dans un de ces tunnels. Et alors quoi ? Et bien elle y ait quand même allée, ramper dans un de ces foutues boyaux.
Rire dédaigneux. Amata se revoyait gamine, des expéditions dans les ruines elle en avait fait son passe temps favoris. La peur elle l'a connue, et elle l'a domptée. Mais même à ses premiers pas, jamais elle ne s'en était trouvée apeurée au point de se faire dessus comme cette pauvre gosse.
-Nos jeunes sont devenues des êtres fragiles, je te le dis. Des précieux, toujours à l'abri qu'ils ont été dans leur case, à manger toujours à leur faim... Ils ne connaissent pas la véritable peur.
L'apprentissage de tout traqueur devait se faire dans la douleur, Amata plus que d'autres croyait en cette vision. Il n'y avait besoin d'aucunes subtilité, d'aucuns détours intellectualisant. Il fallait modeler l’être de l'initié à grand coup de poing car l'on ne choisissait pas réellement de devenir Traqueur : l'on y été poussé à l’être. Par les épreuves, les difficultés, l'expérience.
Son collègue haussa une énième fois les épaules, écourtant une nouvelle fois la discutions. Il avait déjà par trop de fois tenté de lutter, plus que de débattre, avec Amata sur de nombreux sujets. La traqueuse n'était qu'un énorme rocher, d'un seul bloc, absolument imperméable à toutes idées opposée à sa vision des choses.
-Je repart pour Babel demain dans la matinée. Le contremaître s'est proposé de nous offrir repas et literie alors si vous...
La traqueuse coupa court à l'invitation de son collègue :
-Non, nous ne restons pas. Je lui laisse une heure de repos et nous reprenons la route.
-Ah ?
La traqueuse leva les yeux aux ciels, irritée par l’incapacité de son collègue à formuler simplement une question compréhensible.
-Nous devrions arriver au caravansérail de l'oued tahar en fin de soirée.
Son collègue reçu la nouvelle avec une simple grimace :
-Des gens peu recommandable par là bas... Personne n'a oublié leur histoire dans le coin, la trahison et l'hérésie de leurs pères. Ils sont fui comme un village de lépreux.
-Une caravane Tahari a fait halte dans un ancien fort datant de bien avant la Fracture. Dans son sous sol ils y auraient trouvé des objets méritants que l'on s'y risque à y jeter un coup d’œil.
Le traqueur hocha la tête affirmatif, comme s'il avait la moindre idée de quoi il pouvait bien s'agir. Mais quand Amata lui dit qu'elle allait partir pour informer son écuyère de leur départ prochain, son collègue l’arrêta, se proposant plutôt d'y aller, lui, seul.


Le traqueur partit alors dans l'amoncellement de tentes de la Ferraillerie, ses genoux encore douloureux d’être resté assis une demie heure sans rien faire de plus que de boire du thé, siffler, et écouter les récriminations de sa collègue décidément d'une humeur constamment hargneuse.

Sortit de l'ombre de sa tente, déjà il suait à grosse goûte. L'air était chaud, le sable, sa cape, le fourreau de sa lame. Épongeant son front d'un tissu sortit de sa poche il continua à se faufiler dans le campement en pestant : qu'elle folie ces hommes avaient eut de s'installer ici. Tout cela pour la recherche du profit.
Oh ils l'on trouvé oui le profit, bien juteux, mais à quel prix ? A celui d'un soleil mortel et à l'exploitation d'orphelins des caravanes et de gosses des rues.

Le traqueur finie par trouver celle qu'il était venue chercher. Hopi avait filer trouver refuge là où elle avait trouver de la place et de l'eau : la tente de ravitaillement. Le chevalier alla s'asseoir à sa table.

Yeux rouges et fronts bas, il commença par l'informer des ordres de sa supérieur : ils allaient repartir dans l'heure. L'initié se crispa d'un niveau supérieur, si cela était musculairement possible.
Alors il eut un souffle de compassion :
-Je sais exactement ce que tu te dis.
Tu veux fuir. Tout lâcher. Qu'importe ton déshonneur, hein ? Tant que tu te sauves de ce malheur...
Mais à t'échapper tu ne te couvrira pas seulement de honte, ta famille, ton nom le subira aussi.
Gardes à l'esprit que tu t'es engagé dans une voie noble. Autant que difficile.

Et il en resta là, pour un moment.
Il scrutait Hopi à la recherche d'une quelconque réponse, mais il ne capta même pas le moindre mouvement de corps. Il se racla la gorge bruyamment, incommodé. Comment l’atteindre ? Il avait plein de qualité et le savait, mais réconforter les gens n'en faisait clairement pas partie.
-C'est une vraie vipère hein ?
Hopi eut presque honte de relever la tête à ce moment là. Lui eut un sourire.
-Son poison t'as amené à croire que tu n'as pas les épaules pour devenir un Traqueur, hein ?
Son sourire s'élargit encore et avec entrain il conclu :
-C'est pas elle qui pourra dire si t'es un bon traqueur.
Ce n'est même pas moi. Il n'y a que toi pour le savoir.

Se levant, il finit :
-Te laisse pas ronger ni par le doute, ni par son poison.
Une seule chose est sure : le doute te fera tomber dans l'échec.


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Mathusalem



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MessageSujet: Re: Flagellum dei   Dim 15 Oct - 10:52




YUSSUF



Le Bazar aux amulettes se trouvait bondé au delà de toute entendement le soir venu.
Les ombres vespérales et la rumeur lointaine des chants provenant du Temple plus haut sur la colline, baignaient le marché tout entier dans cette ambiance mystique essentiel à sa renommée. A chaque coin de rue de jeunes prêtres délivraient leurs sermons à la foule de passants, des gardes tenaient bien haut et fièrement la bannière aux couleurs de l’Émirat et une foultitude de gamins turbulents se trouvaient agglutinés au fond des allées. De chaque cotés des rues : des échoppes et magasins en dur, volets et marchandises déployés : une infinité de fragrance différente d'encens se vendait et s’échangeait ici, tout comme des parfums, de la myrrhe, quantité de fioles et de pots contenants onguents, baumes et autres liqueurs aux vertus thérapeutiques aussi diverses que la forme de leurs flacons. Et bien évidement, des étalages entiers d'amulettes et de reliques, bénites dans les Temples de Lévantine et de Babylie. Il y en avait pour tout, absolument tout du mal de pied à l'aphrodisiaque, une pour s'attirer la faveur des esprits et d'autres celle des hommes.

Et au milieux de ces échoppes : un torrent permanent de monde. Les cris, les bousculades, l'odeur entêtante des diverses fragrance d'encens se mélangeaient en un entêtant magma olfactif.


Fendant la foule comme un navire brisant les vagues, une troupe de gardes s'approchaient d'un pas rapide de la place sud de la ville.
Quatre fantassins et leur sergent en tête tout revêtu de ses atours de la prestigieuse garde Zephyr : une tunique matelassée bleue aux diverses décorations bigarrées, une lame d'acier courbé gardée dans son fourreau d'une main couverte de bagues et de bracelets, affichant ainsi son grade, son secteur et ses médailles de service.
Le sergent tenait son casque à ses cotés de son autre main, dévoilant sa chevelure crépue et grisonnante coupée court, ses boucles d'oreilles et sa face burinée typique des gosses né dans l'Est désertique. Celui ci ne passait pas un mois sans repenser à l'infinité du désert, sa quiétude à peine brisée par le vent sifflant entre les dunes et les bêlements des bêtes du troupeau quand l'ont voyageait entre deux oasis.
De la chaleur du sable au bouillonnement des villes ça avait été un choc pour le Sergent. Il ne s'était jamais vraiment fait à cette frénésie, cette folie douce qui s'emparait des gens. Autant de personne vivant entassés dans de si petite zone, inévitablement ça créer des tensions. Les cités sont les mères de tout les vices. Pour preuve : pas besoins du moindre garde Zephyr dans les caravane ou les oasis...

Le sergent ne pouvait s’empêcher de ressentir un certain dégoût chaque fois que son regard plongeait dans cette marrée humaine.
Là, au centre de la place, une fois monté sur le kiosque central, une vue panoramique s'offrait à lui. Une image lui revenait. Ces hommes, ses femmes et ses enfants se bousculant, hurlant, bramant, ils se comportaient tel un troupeau lors de la migration hivernal. Un troupeau de bêtes, de gibiers.

Il se tendit d'un niveau supplémentaire en discernant enfin le Haut Sacerdoce du Temple de Nivi s'extirpant de la foule pour venir à la rencontre de lui et de ses hommes sur le kiosque.
Yussuf.
Les femmes étaient charmées de sa beauté : "O Sainte, ce n'était pas un homme, mais un ange noble que voici" s'exclamaient-elles. Et les hommes le jalousait pour cela, mais d'autre part le respectait pour sa verve et son humeur qui semblait toujours égale. Un gars sur qui l'on pouvait compter semblait-il de prime abord.
Le sergent n'était pas de cela. Car il avait eut plusieurs fois à collaborer avec le Haut Sacerdoce et le connaissait bien mieux que n'importe lequel des prêtres se tenant à ses ordres.

Les soldats et leur supérieur accueillir l'homme du temple par une courbette de rigueur.
- Sergent Mopatis, toujours le même plaisir de collaborer avec vous.
Yussuf décrocha un de ses sourires ravageurs qui rebondit pourtant sur l'impénétrable cuirasse du soldat.
- C'est vous même qui m'avez mandé pour cette mission j'imagine. Exprima avec lenteur le sergent, plus comme une affirmation que comme une question.
Pourtant des questions, il en avait qui le travaillait à cet instant. Il n'appréciait pas cela, comme piégé dans les manigance du sacerdoce. Yussuf savait pertinemment que le Sergent n'aimait pas intervenir en ville. Trop de monde, pas de place pour manœuvrer, trop de regards aussi. Il exécrait user de violence face à témoin, mais savait néanmoins où était sa place : les ordres sont les ordres, aucuns moyen de s'y dérober, d'encore plus quand l'homme qui vous commandé partait en mission avec vous.
Encore une particularité du Haut sacerdoce par rapport à ses paires. Un homme d'action diront certains, qui ne se contente pas lâchement de signer ses ordres et de les transmettre par messager sans jamais à avoir à se confronter aux conséquences de ses actes.
-La Foi et la Loi de nouveau unies dans la traque de la corruption. L'histoire semble se répéter mon brave.

La missive qu'avait reçu Mopatis faisait état d'un prêtre dissident à la Foi, prêchant dans le sous sol d'un entrepôt de la ville ses paroles délirantes. Rien de plus. La procédure sera simple : ils allaient entrer et mettre au fer toutes personnes se trouvant dans l’entrepôt.
-Dans quoi allons nous mettre les pieds exactement Yussuf ?
C'était là la première fois que le Sergent se permettait d'appeler le sacerdoce par son prénom. De toute sa vie même il n'avait fait preuve d'une telle familiarité avec un membre du Temple.
Mais voilà que Yussuf avait expressément fait appel à sa personne, sans qu'il n'en sache réellement la raison. C'était un homme intelligent, aussi Yussuf comprit, sans le faire transparaître néanmoins, qu'une telle familiarité relevait plus de l'insulte qu'autre chose.
-L'affaire sur laquelle vous me questionnez est d'ores et déjà décidée.
Suivez moi, sergent.

Et Yussuf dévala la série de marche le menant hors du kiosque et s’immergea immédiatement dans la foule. Mopatis eut un soupir, se tourna vers ses hommes et leurs fit signe de le suivre alors qu'il descendait à son tour, se laissant dévorer par la masse de corps.


-Je raffole de ce bazar. Une telle effervescence, n'est ce pas grisant ? Qui que vous soyez, être ici vous touchera d'une façon ou d'une autre.
Le sergent tira une moue, toujours à vouloir babiller ce Yussuf.
-Tout ce monde me noie, j'en finirais par perdre mon zénith et mon nadir.
-Il s'agit précisément de ça, sergent. Vous devriez essayer de vous relâcher. Il m'est triste de voir quelqu'un subir un tel endroit.
Yussuf resserra un peu plus son turban blanc, ne laissant que ses yeux et le haut de son nez de libre. Une escorte de gardes Zephyr était déjà bien assez voyante, mais si la foule commençait à le reconnaître lui alors là, ils se retrouveraient bloqués sans plus aucuns moyens d'avancer si ce n'était de bénir chacun d'eux. Comme quoi l'adoration pouvait aussi avoir quelques mauvais cotés.
-Ce marché n'en finit pas.
-Tout un chacun a besoin de protection sergent. Pour sois, pour ses proches.
Ou, pour les meilleurs d'entre nous, simplement honorer nos gardiens les Vigiles en s'offrant une amulette bénies en leurs honneur.

Mopatis vit clairement le soupçons s'amorcer dans le regard du prêtre à la fin de sa phrase. Celui ci se tourna vers le soldat, inquisiteur :
-Quelles amulettes portez vous, sergent ?
Il tint le regard sans tressaillir un seul instant malgré un bref frisson. Tout minot il avait assisté à bien trop de pendaisons d’hérétiques. Les temps étaient certes plus violent à l'époque, tout comme les conversions. La police de la foi veillait au grain et enquêtait toujours avec un zèle excessif. Les peuples de l'Est, ceux des caravanes et des oasis, eurent tôt fait de rejeter et ses idoles et ses rites pourtant ancestraux. Porter l'une des amulettes bénites par le Temple était devenue une sorte de carte joker à sortir quand la Foi débarquait pour s'assurer de la bonne conduite des nouveaux peuples convertis.
Mopatis s'était toujours refusé à porter ce genre de babiole. Par pure bravade.

Yussuf porta sa main sur l'épaule du sergent et prononça calmement :
-Je redoublerais de prière pour garder vos hommes et vous même à l'abri du mauvais œil durant cette opération sergent.
Il se détourna et reprit sa marche, se glissant dans la foule avec aisance. Mopatis le suivit alors en se maudissant. Se maudissant d’être lui, avec ses souvenirs. Les gibets entourant les oasis avaient été tous démantelés il y a bien longtemps de cela pourtant, la Foi s'était réformée en une institution plus raisonnable dans ses sentences. C'était l'époque qui voulait ça se martelait le sergent tout en essayant de garder la trace du prêtre qui se faufilait dans la foule. Mais il le savait bien au fond de lui, qu'il n'oubliera jamais que ce grand royaume s'était construit dans le sang et la terreur.

-C'est cet entrepôt.
Yussuf prit la précaution de ne pas pointer du doigt leur objectif se trouvant de l'autre coté d'une petite place, elle aussi bondée de monde et d'étales. Ce marché, en effet, semblait ne jamais en finir, s'étaler même en dehors de la ville.
Le sergent Mopatis passa une main distraite sur sa longue barbe grisonnante et questionna :
-Celui en adobe ou celui en bois ?
-En terre cru oui. Il y a une poterne derrière en plus de la double porte devant.
-Hm.
-Ils n'entrent et ne sortent que par la poterne. Il y aurait un guet à l'intérieur, prêt à faire sonner une cloche pour donner le signal aux autres d'évacuer par un tunnel qui débouche en contrebas de la colline.
-Comment avez vous réussi à récolter des informations aussi précises ?
Yussuf ne se tourna que pour lui donner un regard montrant qu'il ne donnera aucune précision sur le sujet.
Le sergent eut un souffle contrit, agrippa sa ceinture et, se tournant vers ses hommes, ordonna :
-Vous deux en contrebat de la colline, trouvez moi ce tunnel et campez y. Afdi tu assures la sécurité du Haut Sacerdoce. Azai et moi on déboule avec tambours et percussions par la voie express. Azai prépares ton arbalète fiston.

Mopatis bu une grande inspiration d'air pour se calmer les nerfs et donna un signe de tête pour que toute la petite troupe se mette en branle. A son tour il dégaina son sabre. Le soleil délivrait ses derniers rayons mais d'ici, et malgré sa vue en baisse, le vieux sergent distinguait clairement la lueur de lanternes éclairant la bâtisse de l'intérieur.
-Le risque d'incendie pendant ce genre de rixe est réel les gars. Et potentiellement catastrophique.
Alors tachons d'éviter ça en évitant la dite rixe, vue ?

Ses soldats accusèrent réception du message que par un bref hochement de tête. Même avec leur masque, Mopatis pouvait sentir leur respiration lourde. L'angoisse montait, et ils luttaient.

Voyant des gardes s’approcher, armes au poing, la foule se fendit en deux, laissant un couloir direct jusqu'à leur objectif. Mopatis s’engouffra sans tarder dans le chemin ainsi créé au trot après avoir enfilé son propre casque.
Ils déboulèrent en face de l’entrepôt, passèrent sur la ruelle accolée au bâtiment et débouchèrent de l'autre coté. Trois marches amenant sur une porte grande ouverte. D'un geste de la main le sergent ordonna à son arbalétrier de pénétrer dans la bâtisse. Le soldat sauta le minuscule escalier et disparu à l'intérieur, rapidement suivit par son supérieur qui se faufila dans la poterne.
Son cœur s'emballait et sa vue se brouilla un moment dans la pénombre du bâtiment mais bientôt il distingua un jeune homme à genoux, tenu en joue par l'arme d'Azai. Le gosse était terrifié, ses deux mains se tenaient tremblante au niveau de ses oreilles en signes de reddition, les yeux écarquillés de peur.

Mopatis fit signe à Yussuf de rester là et à son escorte de le suivre en bas. Le pas lourd de leur bottes sur le plancher grinçant de l’entrepôt n'avait pas du manquer d’alerter les locataire de son sous sol. Le sergent s'engouffra alors en premier en bas, préférant sauter directement dans la trappe plutôt que de prendre la courte échelle de bois qui menait dans le sous sol de l’entrepôt.

Le choc de la chute réveilla la douleur de ses vieux genoux et lui arracha un grognement alors qu'il se releva pour découvrir l'aménagement du sous sol.
Tapisseries, coussins, mobiliers... Le sergent ne se laissa pas trop distraire et se concentra sur les cibles. Le prêtre dissident fut immédiatement identifié au bout de la salle, encore assis en tailleur comme statufié. Une demie douzaine de jeunes gens pour tout oratoire lui faisait face en demi cercle, certains s'étaient déjà relevés.
- Assis ! Restez assis ou mourrez !
Mopatis s’avança de quelques pas, laissant son collègue sauter à sa suite, la garde de son sabre solidement tenue par ses deux mains.
-La Foi vous fait mettre aux fers pour accusations d'hérésies, vous...
Restes à terre !

La lame de Mopatis vint finir sa course à quelques centimètre à peine d'un gaillard qui avait eut le malheur de tourner la tête pour mieux voir ce qui était en train de lui tomber dessus.
-Erreur, vous êtes dans l'erreur ! Éructa le prêtre qui ne poussa néanmoins pas trop loin sa provocation en restant à sa place.
L'attention de Mopatis revint sur le prêtre, le temps de se questionner si oui ou non il se devait de lui donner un coup de botte droit dans sa gueule pour s'assurer de sa coopération. Le calcul était simple : ils étaient deux, et eux sept et le sergent ne connaissait aucunement le niveau d'hostilité dont était capable ces hérétiques, alors autant s'en tenir aux mots :
-Non. Vous l’êtes. Vous avez fait délibérément scission avec les préceptes de la Foi en tenant...
Le prêtre hurla alors, s'époumonant :
-J'ai vu de l'autre coté du portail ! Vos Dieux sont des DÉMONS !
La question du coup de botte dans les dents refit surface mais à peine eut il le temps de reconsidérer l'option qu'une nouvelle voix retentit dans le sous sol :
-Hérésie.
Hérésie !

Mopatis se retourna alors et vit Yussuf en bas de l'échelle, finissant d'enlever son turban.
Le prêtre dissident continua d'éructer :
-Pauvre fou ! Inconscient vous ne savez pas, rien vous ne savez rien vous n'avez pas vu pauvre... ! pauvre ! Fou !
Yussuf dépassa le sergent, pas le moins du monde angoissé de se mettre à porter de main des accusés. Il eut un soupir agacé en premier lieu puis parla calmement :
-Vous n’êtes aucunement compétent pour oser interpréter de tels visions, si compter que réel vision vous...
-Taisez vous mais TAISEZ vous !

Le sergent déboula alors, bousculant le sacerdoce dans son passage, brandissant son épée prête à frappée :
-Pas un mot de plus. Il plongea son regard dans celui du prêtre fou qui baissa immédiatement les yeux et effaça son rictus. Mettez les aux fers soldat et faites descendre Azai pour me tenir celui ci au calme, une arbalète posée derrière son crane.
Le sergent se tourna vers l'ancienne auditoire du prêtre dissident, désormais sien, et continua :
-Vous répondrez des accusations de la Foi ultérieurement. Pour l'instant vous êtes en présence de la Loi. Le moindre acte, parole ou regard jugé hostile serra puni. Sévèrement.
Il se tourna vers chacun d'eux. Dans la pénombre à peine éclairée par les quelques lanternes suspendues ça et là il ne pouvait distinguer leurs traits. Mais à leur posture et à leurs souffles seuls le sergent devina d'expérience qu'il tenait la situation. Ils se tenaient là tremblant, apeurés, craintifs.
Sa troupe ne risquaient rien.

Mais qui était donc ces pauvres jeunes sots à avoir écouter les élucubrations de cet hérétiques ? La curiosité, le défi ne les défendaient en rien. Ils avaient franchi un interdit et ils en payerait les conséquences. C'était inéluctable. Comment une telle idée avait elle pu... Mopatis chassa avec difficulté la peine qu'il ressentit en cet instant pour l'auditoire du prêtre fou.
Le livre de la Foi était d'une grande clarté : nul autre personne que les Vigiles ne peuvent prétendre pouvoir interpréter les visions de la Trame. Si vision il y a, vous devez vous rendre aux autorités sur le champ pour être auscultés, l'ordre des Vigiles possédant une permanence dans chacun des principaux palais de l’Émirat. Et eux seul, en sondant votre esprit et votre âme, pourront déterminer de la marche à suivre. Les Esprits auront pu choisir un individu du commun pour simplement délivrer un message, ou bien lui accorder un don... et, dans le plus terrible des cas, il s'agirait là d'une corruption ou pire encore, une possession démoniaque.
Voilà pourquoi les forces en oeuvre dans la Trame psionique, interférant avec notre monde, se doivent d’être répertoriée et analysée par un Ordre comprenant parfaitement tout l'enjeux de cette dimension mystique. Et par personne d'autre.

Yussuf vint se planter devant le prêtre, il ne resta pas longtemps à le surplomber et décida de se baisser à son niveau :
-Les visions que peut délivrer la Trame psionique sont d'une extrême... extrême complexité.
C'est bien pour cela que la noble institution des Vigiles existe. Il faut une vie entière d'étude et de maîtrise pour à la finale, acquérir la capacité de déchiffrer de tels messages.
L'erreur est tienne, camarade, d'avoir eut la sombre folie d'avoir cru posséder une telle faculté. Vous avez subie, interprété puis entraîné avec vous ces pauvres jeunes gens dans l'hérésie. N'avez vous pas pu imaginer un instant qu'un esprit démoniaque se soit joué de vous ? Ou pire, ait fait de vous l'un de ces agents, à votre insu. Et dans votre inconscience, voilà que vous entraînez avec vous ces pauvres jeunes gens, condamnant leur futur ainsi, en proférant vos prêches blasphématrices, corrompant leurs esprits
...
Les Esprits décideront de votre sort une fois que votre âme aura rejoint la Trame. Mais ici même votre peine est sans appel, et elle vous sera fatale.


La pression écrasait le prêtre de l'intérieur, sa mâchoire serrée et son teint s'empourpra, toute sa tête semblait trembler. Alors il couina :
-Miséricorde Sainte Carm...
Il finit sa phrase avec un genoux dans les dents. Celui du sergent qui épousseta ensuite son habit sans réussir à effacer la petite tache de sang ainsi créer. Pas un mot, qu'y avait il donc d'incompréhensible ?
-Allons les gars, emballez moi tout ça et qu'on les escorte jusqu'aux cachots de la caserne.
Les gardes relevèrent par le col les disciples du prêtre fou, les mains menottées devant eux.
Chacun de leurs visages semblaient déchirées. Par la haine, un peu, mais par la honte surtout, et une peur bleu d'autant plus.

Alors qu'ils finissaient de les faire remonter par l'échelle, Mopatis devina bien à quel point ils n'avaient pas idée de la chance qu'ils avaient. La chance d’être né à une telle époque.
Qu'allait il donc leur arrivé à eux tous ? Un interrogatoire par la Foi allait juger l'étendu de leur hérésie. Et au vu de leur comportement, il ne s'agissait pas là d'une dissidence affirmée, plutôt d'une curiosité malsaine.
La même curiosité qui dévorait la majorité des gens du "commun", ceux à qui les Esprits n'ont pas jugé bon de les doter de leur pouvoirs. Qu'est-ce qu'est la Trame psionique ? A cette question il n'y avait pour toute réponse que les discours nébuleux des prêtres dans les Temples... Alors oui, si un beau jour un ami vient vous trouver pour vous dire qu'il connait un ancien prêtre qui, lui, ose enfin révéler les secrets se trouvant de l'autre coté du voile de la vie, peut être céderiez vous vous aussi.
Les inquisiteurs de la Foi les condamnerons certainement à quelques années de servitude dans un Temple ou un sanctuaire sacrée.
Rien en comparaisons aux tortures que pratiquaient l'inquisition du temps où Mopatis n'était qu'un jeune homme découvrant l'immensité des villes. Il se souvint très clairement de l'allée des damnés à Tell Azir. Il s'y trouvait là, de chaque coté de la route, fiché dans le dur des pierres, des centaines d'arceaux en métal. Pour une accusation telle que d'avoir écouter une prêche jugée hérétique aux dogmes de la Foi, l'on vous coinçait le cou là dedans. Ni assis, ni parfaitement debout, seulement dans un entre deux douloureusement inconfortable, avec un centimètre de jeu à peine pour mouvoir votre cou. La folie s'emparait des condamnés après une première nuit sans sommeil. Ainsi, bien qu'étant l'allée la plus large de la capitale de l’Émirat, peu se trouvait capable de l'emprunter tellement les hurlements, par centaine, se trouvaient être insupportable.

Heureusement cela n’appartenait plus qu'au passé, la pratique ayant été interdite il y a quarante année de cela, en vue d'une réforme progressive de la Loi et de la Foi, tendant vers des peines moins extrêmes et barbares.
Voilà qu'aujourd'hui l'on vivait dans un pays moderne et juste. Pas de quoi en pleurer ainsi pensa alors Mopatis en poussant le dernier prisonnier, encore hoquetant, hors de l’entrepôt.

Dehors attendait la foule. Elle avait vu une escouade de garde de l'Emirat se jeter à l'assaut, arme au poing, de ce simple entrepôt. La Foule est une bête très curieuse. Tout comme elle se trouve être assoiffée de spectacle.

Alors, quand les gardes sortir de là avec leurs prisonniers, la foule grandit. Et quand Yussuf, le sacerdoce vedette de Ninive, fut reconnu, la rumeur se propagea comme une traînée de poudre, explosant en un brouhaha d'exclamations.

La foule réclamait spectacle.
Yussuf n'allait pas les décevoir.

Le haut sacerdoce alla se placer aux cotés du prêtre dissident, tenues en chaines par le sergent Mopatis. D'un grand geste théâtrale il sortit vivement son bras de sous ses habits, faisant claquer au vent sa fine cape, présentant de sa main ouverte l'hérétique qui gardait la tête et les épaules baissés, écrasé par la honte, appréhendant terrifié le comportement de la foule qui ne cessait de gonfler.
Le silence c'était installé instantanément, alors Yussuf déclama :
-Ce prêtre que vous voyez là c'est rendu hérétique à la Foi du Temple en prêchant, ici même, un discours dissident ! Pervertissant l'esprit et l’âme !

Yussuf laissa retomber son bras et coupa court aux insultes remontant de la foule en s'approchant de celle ci, pas le moins du monde impressionné. Il leva son doigt au ciel, le secoua et dit :
-La Foi est ce qui nous garde des périls de ce monde comme de l'autre !
C'est pourquoi nous devrons juger les hérétiques. Et les punir aux yeux des hommes et des dieux.


Il finit enfin de déambuler au milieux de son auditoire une fois qu'il eut trouver une lourde caisse de bois sur laquelle il grimpa, dominant la foule qui déjà, se tenait dans sa main. Alors il sermonna de savoix forte mais pourtant toujours bienveillante :

-Les démons sont parmis nous.
Ils l'ont toujours été et le seront toujours !

Ils nous épient, à l'affût, nous tentent... ils veulent détourner notre Foi en empoisonnant nos esprits. Les démons veulent vous éloigner des temples, vous abuser en insultant nos saints protecteurs les Vigiles. Les démons poussent aux blasphèmes, à la profanation du sacré pour au final vous faire renoncer à votre humanité.
Car c'est ce qu'ils constituent : la plus grande menace de notre espèce.

Et c'est pourquoi il vous faut, tous, déployer une vigilance constante pour démasquer les agents des esprits démoniaques comme... cet homme !
Cet homme s'est détourné de la Foi, s'est détourner de la protection des Vigiles, s'abandonnant aux esprits malins de la Trame. Ce genre d'individus sont les agents des démons sur notre Terre, ils sont ceux mettant en péril nos âmes et notre salut.

N'oubliez pas que les Vigiles nous garde. Mais que cela ne nous soustrait pas à notre devoir, propre à chacun, de faire preuve de discernement. Nous sommes aussi nos propres vigile !


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Mathusalem



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MessageSujet: Re: Flagellum dei   Dim 15 Oct - 15:58





JAWHAR AL SHARWAR & LE SIBI




Les nuages, d'un blanc cotonneux, venaient par centaines écorcher le ciel, eux aussi bousculés visiblement par les même rafales de vents qu'au sol, filant plein sud comme s'ils fuyaient les montagnes. Le soleil, éblouissant, brûlait affreusement la peau les rares fois où il apparaissait, dardant ses rayons entre deux filaments de nuage.

Tout autour de la troupe la nature s'agitait. Ils étaient tous impressionnés du spectacle, cette étendue herbeuse de la steppe s'agitant à la rage des bourrasques, créant comme des vagues végétales. Les quelques arbres et arbustes se dressant valeureusement ça et là semblaient bien en mal, leurs branches et feuillage tantôt balancés d'un coup puis de l'autre, au grès de ce vent fou.
Au loin, déjà, retentit l'orage. Au premier raisonnement du tonnerre l'atmosphère se glaça d'un degrés supplémentaire.
Encore une journée de tempête...

Les traqueurs jetaient des regards suspicieux pour Jawhar autant que pour leur Sergent Chevalier. Les soldats en noirs maugréaient, persuadés que l'orage allait leur tomber dessus comme l'apocalypse et ne sachant qui blâmer réellement pour cela : leur sergent pour leur avoir donné l'ordre ce matin même de reprendre la route malgré les trombes d'eau qui s'était déversée durant la nuit et l'orage terrifiant qui n'avait eut de cesse de l'accompagner ; ou bien de blâmer le vieillard, Jawhar al Sharwar, qui avait assuré à leur chef qu'ils ne subirait pas d'orage en ce jour, en dépit de la nuit sans sommeil qu'ils venaient de subir et du temps plus que menaçant qui s'était présentée dès le départ.


Pour la maudite troupe, tout avait commencé il y avait deux jours de cela lors de la venue d'un corbeau à Chabischa, dernière forteresse du dispositif Frontière mis en place par leur très éclairée Reine pour contenir la menace des monstres se trouvant au delà du royaume. Chabischa, minuscule fortin perchée dans les premières montagnes du Zargos, cette cordillère prenant pied dans le Levant pour se perdre en deux chaines de montagnes : celle partant jusqu'au Norska, le Zargos Septentrional et celle retombant dans le désert pour finir dans les terres mortes : le Zargos oriental.
Ils n'étaient qu'une poignée de traqueurs à garder le lieux, épaulé néanmoins par une importante cohorte de servant en tout genre.
Le corbeau, venant de Tömörbat la cité la plus au Nord du Royaume, était porteur d'une bien sombre nouvelle et d'une urgente requête : la dernière tribu montagnarde du Zargos venait de tomber, prise par un féroce assaut ayant durée tout une journée, mené par diverses monstruosités mutantes. Les survivants ont afflué dans la ville et le Bey de Tömörbat craint le déferlement prochain de ces monstres sur sa propre citée.

Ainsi le commandeur du fortin de Chabischa avait ordonné à son second sergent de prendre avec lui trois quarts des effectifs ainsi que plusieurs servant amenant avec eux vivres, pharmacopée, matériel et outils de construction, et de partir immédiatement pour Tömörbat.



Ce troisième et dernier jour de marche se passa sans éclaboussure aucunes, malgré le tonnerre grondant et le vent menaçant pas une goutte ne vint gêner la troupe.
La quinzaine de traqueurs et leurs suivants arrivèrent aux portes de la cité de Tömörbat en plein milieu d'après midi. C'était une ville antique, aux origines si ancienne qu'aucuns ne pouvait retracer son histoire.
Elle s'organisait ou plutôt s'étalait en un foutoir de bâtiments en pierre sèche et en paille comme en bois et en toiles avec en son centre l'antique palais. Un palais lugubre, extrêmement ancien, haut d'une quelques trentaine de mètre et incroyablement droit : la construction n'était en réalité qu'un grand rectangle percée d'ouvertures symétrique de chaque cotés, ses murs étaient d'un gris triste et uniforme. Étrange construction dont seule les anciens d'avant la Fracture connaissait la recette de fabrication.

Les montagnards survivants s'étaient réfugiés dans la périphérie, au sud de la ville. Un foutras d'hommes, de bêtes, de chariots et de tentes. La survie s'organisait.

« Quel bordel mais quel bordel !»
« Mais qu'est ce qu'on vient foutre dans cette purée ?»
« Quel genre de monstre a bien pu venir à bout des Dents Durs ?»
« Encore un de ces assauts ordonné...»
« ... la tribu de montagnard la plus coriace, quel bordel ouais.»

Chevauchant leurs destriers, les traqueurs se frayèrent un chemin à grande peine dans la masse. Ils purent observer au plus près le désespoir, la peur, la colère... une myriade de ressentiment plus que de sentiment, accroché sur chacun de leurs visages. Les cris des enfants, les pleurs des nourrissons, les hurlements des mères, excédées.
« Combien peuvent ils donc bien être ?»

Jawhar passa devant trois hommes, assis sur une longue caisse de bois. Les traits typiques des montagnards du Zargos, le visage anguleux, une longue chevelure ramenée en tresses, la moustache fournie. Ils fixaient tout trois un grand rien. Un vide, un néant absolu. La mine morte. Aucuns d'eux ne sourcilla ni ne bougea le moindre œil alors que la monture du traqueur passa devant eux.
Ils avaient tout perdu. Leurs biens, leurs abris, la terre de leurs ancêtre, leurs montagnes sacrées. Leurs société.

Jawhar se tourna alors vers Sibi, chevauchant un poney robuste à ses cotés.
- Parmi la multitude de tribus de montagnards qui se tenaient en Zargos, celle des Dents Dures s'est depuis toujours trouvait être la plus populeuse. Et la plus prospère. Une dizaine de milliers de montagnards vivant dans les deux vallées au nord de Tömörbat. Cette ville qui d'ailleurs ne s'est bâti que pour faire commerce avec eux.
Vois tu sibi, les dents dures sont extrêmement réputé pour leur élevage. Caprin, ovin, ours.
Il y a une génération de cela ils fournissait à eux seul bien le tiers des viandes consommées dans l’Émirat.

Le sibi releva la tête dans la direction de son mentor qu'un bref moment avant de se concentrer sur la route, son unique main valide tenant les brides de son canasson.
Tous considérait l'étrange garçon comme un imbécile profond car il ne parlait jamais. Jawhar lui le jugeait d'une grande astuce parce que justement, il ne parlait jamais.
Une chose était certaine, quand Jawhar parlait, le garçon lui prêtait une grande attention.

Alors qu'ils pénétraient dans la ville sans remparts, un jeune traqueur vint prendre place de l'autre coté du vieil homme et lui demanda, d'abord hésitant :
- Cheikh, savez vous pourquoi "Dents Dures". Hm, pourquoi on appel ces sauvages ainsi ?
Fermant les yeux et hochant la tête en silence, Jawhar prit son souffle et répondit clairement :
- Vois tu, les vallées et les montagnes où vit cette tribu bénéficient d'un gras pâturage. Vert et opulent. D'un climat d'un général doux. D'arbres aux fruits gros et riches comme les seins d'une nourrice.
Ils n'ont jamais eut la nécessité de travailler la terre et donnait cette abondance de ressource toute entière à leurs troupeaux.
Tu connais la réputation des montagnards pour la viande ?

- Oui, il ne mangerait que de cela, les fruits du sol sont comme impurs pour eux.
- Précisément. Les dents dures seraient si friand de viande qu'ils mangeraient même les os et les carcasses. D'où le nom que leur ont donné les habitants de cette citée.
Jawhar se laissa balancé par la marche de son cheval, satisfait de son discours contrairement au jeune écuyer qui demanda une précision :
- Mais ils mangent donc les os des bêtes ces montagnards alors ?
Le vieux traqueur ne pu lâcher qu'un "Ah !" aussi sonore qu'hilare. Ces jeunes n'entendaient donc que ce qu'ils voulaient.
Les montagnards, ces sauvages par excellence... Ils semblaient différent en tout pour le commun, par leur carrure, leurs couleur de peau, leurs tignasse abondante, leurs cultures, leurs rites. Les gens du peuple du Levant comme de Babilie n'auraient certainement pas cru, même si un Vigile lui même le leur disait, que ces "barbares" des montagnes étaient bien plus proche d'eux dans bien des aspects que le reste des peuplades étranges disséminés dans le reste du continent.

Le vieux traqueur fut une nouvelle fois tiré de ses rêvasserie en entendant une voix se porter par delà une foule, sermonnant celle ci de son accent chantant de Tell'Azir :
"VOUS avez mis les esprits en colère ! VOUS avez appelez les démons !
Car VOUS avez refusez le Temple et sa Foi ! Car VOUS..."

Le traqueur se détourna de dégoût, sourcil froncés, lèvres pincées. Sur le chemin il avait déjà croisé un prêcheur du Temple dans sa tunique grise, une table de la Foi calée sous une aisselle et tenant haut un encensoir, marmonnant prières ou peut être même invectivent ce peuple "mécréant" pour ce qu'il en savait.
Et voilà que s'offrait le même genre de vision, dans un contexte différent : un prêtre du Temple prêchant plus pour lui même que pour les autres. La foule (en fait des réfugiés étalés d'un coté et de l'autre de la grande rue) entendait bien mais ne comprenait pas. Peu de montagnards parlaient levantin, seulement les marchands échangeant directement ici connaissaient ce langage. Le prêtre lui, avait bien évidement conscience de sermonner des sourds, ne risquant ainsi peu pour sa vie tout en espérant s'attirer les bonnes faveurs des esprits de par son action.

La scène disparue derrière eux alors qu'ils arrivèrent au centre de la citée. Les jeunes chevaliers et les écuyers découvrant le palais de Tömörbat y allèrent tous de leurs commentaire étonné :
- C'est...
- Impressionnant ?
- Grand !
- Moche.
- ... et tout ça à la fois.
Conclu le sergent en se jetant à bas de sa monture avant même qu'un des valets du Bey ne viennent lui prêter une aide bien inutile pour descendre.

Le chef de l'escouade de traqueurs, après avoir brièvement échangé avec le valet, se tourna vers sa petite troupe qui elle aussi, mettait pied à terre, certes avec moins de panache que leur sergent :
-Restez ici. Moi même et Jawhar allons à la rencontre du Bey, de ses conseillers et de quelques chefs de clans.
Le sergent claqua des doigts pour réveiller son écuyer encore papillonnant devant l'étrange palais de la cité pour que celui ci emboîte le pas de son maître et d'Al Sharwar, ce dernier jetant un regard par dessus son épaule, voyant Sibi le fixer alors qu'il s’enfonçait dans l'entrée du palais.


Les ombres les étouffèrent alors qu'ils entreprirent de monter jusqu'au deuxième étage par l'antique escalier en béton. Malgré les quelques torches et braseros éclairant faiblement l'endroit, Jawhar aurait eut bien du mal à se repérer si le valet ouvrant la marche n'avait tenue une lampe bien haut.
Ils arrivèrent alors face à une porte, fermée par un lourd tissu brodé aux couleurs de la ville. Trois simulacre de gardes se tenaient attablés à l'autre bout du couloir laissant à deux servants moins malingre, garder plus dignement la porte menant à la grande salle. Ces deux derniers les invitèrent à rentrer à leur suite sans les introduire.
Le temps n'était ni au protocole ni aux politesses.

Les traqueurs découvrirent une poignée de personnalités dans la grande salle, la plupart debout, entourant une carte posée sur une table de buffet. Par ci et par là plusieurs petits groupes conversaient. Des nobles et des puissants. Chefs de tribus, conseillers, officiers.
Tous se turent pourtant en voyant les manteaux noirs arriver.

Le Bey s'extirpa de la table, les bras levés en signe de bienvenue et les traits visiblement soulagés. Pourtant son humeur ne lui permit même pas d'esquisser un sourire chaleureux, déjà trop accablé par les événements. Celui ci se trouvait très simplement vêtu, d'une simple tunique que l'on aurait pu prêter à n'importe quel commerçant de la ville, alors il se pressa à présenter rapidement les membres en présences. Une demi douzaine de chef de clans, quelques un de leurs champions aussi, le conseiller du Bey et ses deux épouses se trouvaient là aussi.

Le traqueur eut une courbette si minime qu'elle en était imperceptible et se présenta en suivant :
-Chevalier Yatis, premier sergent de la commanderie de Chabischa. Désignant ensuite son collègue : Cheikh Al Sharwar, chevalier traqueur. Puis d'un coup de tête alors qu'il avait faillit oublier : Et mon jeune écuyer.

Quelques voix s'élevèrent pour traduire, le sergent attendit quelques secondes que le silence soit revenu et reprit :
-Votre corbeau est arrivé il y a un peu moins de trois jours. Nous avons réagit immédiatement en réunissant quinze traqueurs, des chariots pour transporter bois, clous, haches, grains, tissus et médecine. C'est peu mais c'est tout ce que notre commanderie est en capacité à vous donner.
Mes hommes attendent en bas vos ordres.


Le Bey resta coi un certain moment, ses doigts maigres caressant sa barbe naissante. Il finit par envoyer l'une de ses épouse et son proche conseiller rejoindre la troupe de traqueurs en bas du palais pour les mettre à l'oeuvre immédiatement.

-Que c'est il passé et quel est la situation à présent ?
Encore un moment suspendu. Le Bey continua à passer sa main sur son menton, tête baissée cette fois ci, laissant aux clans des montagnes s'échanger des regards.

Une chef de clan décida alors de prendre la parole, s’avançant d'un pas :
-En une journée ils nous sont tomber dessus. De partout. Une voix lourde, rocailleuse. Elle renfila bruyamment. Nous avons été massacré.
La montagnarde en resta là, ne trouvant plus de mots. Alors d'autres de ses semblables firent voix :
-Des goules dans la vallée au matin. Chaque heure il en arrivait des centaines.
-Une nuée de vorace s'en est prise aux refuges du Nord avant de tomber sur les villages en contrebas
-Une meute de chacal par la rivière...
-Et des locustes...
-D'autres vorace encore en fin de journée alors que l'on venait chercher les survivants...
-...toute sortes de monstres
- une abomination...

Tous y allèrent de leur commentaire, morose, sur ce qu'ils avaient pu voir.
En moins d'une journée, une multitude d'espèces mutantes, de monstres et d'horreurs avait massacrés les Dents Dures. Les montagnards avaient luttés les premières heures, mais l’afflux allait en s’intensifiant et rapidement, la lutte tourna à la tuerie. Mais les monstres n'ont pas quittés les montagnes, laissant s'échapper les fuyards dans les plaines sans oser les poursuivre.

Et depuis, les jours d'angoisses s’enchaînaient.

Crispé, le sergent réussit néanmoins à se tourner vers Jawhar. Le vieillard, la mine tout aussi sombre que le reste de l'assemblée lui confirma :
-Attaque ordonnée.
Jawhar plus que quiconque connaissait le Zargos et ses peuples. Et les malheurs qui a engloutit chacune de ses tribus.
Depuis un peu moins d'une vingtaine d'année, les tribus montagnardes semblaient souffrir d'une malédiction. Mauvaises récoltes, conditions climatiques anormales, maladies. L'on disait les montagnes peuplée d'une centaine de tribu. Et celle ci commençait à disparaître, les une après les autres.
Un phénomène allant s’intensifiant. Jawhar s'était efforcé tout du long de sa carrière, à récolter les témoignages des survivants, quand il en retrouvait.
Par deux fois, et il y avait bien des années, il avait entendu pareils phénomène. Dans ses rapport, il les a nommés "Attaques Ordonnées". La faune mutante s’arrêtant de chasser, de s'entre dévorer, de protéger leurs territoires pour tout bonnement agir comme Un. Un esprit. Un but. Exterminer un foyer de population. Dévorant littéralement une tribu entière.
Jawhar n'y avait, au début, prêté que peu de crédit. Les montagnards pêchent par excès de fierté, voir leurs tribus chassée par une simple meute de loup semblerait honteux, il n'était pas absurde de les imaginer enrober leurs histoires. Mais au deuxième cas similaire, le traqueur s'était fait plus modéré dans son jugement. Mais toujours, toujours méfiant. Une horde monstrueuse déferlant sur une pauvre tribu des montagnes... Comment, Pourquoi ?

Comment... Pourquoi...
Les mêmes questions sans réponses vinrent lui brûler l'estomac alors que son esprit se rendait peu à peu compte de ce qu'une telle possibilité laissait entrevoir.

La dernière tribu montagnarde venait de tomber.

Et les monstres s'unissaient pour nous exterminer.

Les éléments se trouvaient là, devant eux et l'on ne pouvait se dérober à la seule conclusion possible, bien que déroutante et alarmiste : la vision prophétique de leur reine, cette apocalypse annoncée, venait tout juste de débuter.

Le Bey prit alors la parole, de sa voix toujours aussi hésitante :
-Nous allons commencer à mettre en place nos défenses... Avec l'aide des montagnards, nous fortifierons la ville et ses alentours.
Nous ne savons pas quand nous seront attaqué... nous ne savons même pas quoi nous tombera dessus. En vérité nous ne savons rien et je, nous, enfin ... je...

Le sergent eut un geste apaisant et prit la parole, évitant au Bey de se mortifier sur place et devant les chefs de tribus restant.
-Nous devons mettre sur place une première mission de reconnaissance dès aujourd'hui, avant la nuit tombée. Une partie de mes hommes, et des guides des tribus des montagnes. Il est nécessaire d'avoir au moins un bref aperçu de la situation dans les deux vallées. Voilà pour un premier point.
Deuxièmement : réfléchir puis mettre en place les fortifications comme vous l'avez suggérer.
Agissons rapidement.


Après traduction une autre chef de tribu se leva pour se porter volontaire comme guide ainsi que le champion de sa tribu, une brute à la tresse lui descendant jusqu'aux omoplates, visiblement peu ravi d’être obligé à remettre les pieds dans sa vallée.
Le sergent acquiesça et pressa les deux montagnards à le suivre en bas pour mettre en place le plus rapidement possible l'équipe de reconnaissance dont il prendra lui même la tête. Il avisa au Bey qu'il lui laissait une partie de ses traqueurs pour commencer à organiser la défense de la citée.

-Et si je ne revient pas, mes hommes seront quoi faire. Qui prévenir, quelle nouvelle approche prendre. Les traqueurs sont là, et nous prenons les choses en charge.
Le sergent tourna immédiatement les talons, sa cape claquant derrière lui, et fila par les escaliers, laissant son écuyer et les montagnards le rattraper.

-Le sergent a une grande habitude de ce genre de mission de reconnaissance, il a effectué de nombreuses sorties par delà la frontière. Vous n'auriez pas pu espérer un meilleur traqueur pour répondre aussi vite à votre appel. Lança Jawhar une fois le sergent et sa suite redescendu.
Mais le Bey sembla rester sonné tout comme le reste de l'auditoire encore présent. C'était comme si la mauvaise nouvelle venait d’être officialisée, les experts sont venu, on constaté et on dit : le pire est à venir, et le pire est pour bientôt.
Se grattant frénétiquement le cou, le Bey sembla maugréer pourtant :
-Qu'une quinzaine de capes noires, ce ne sera jamais suffisant, jamais.
Vous n'imaginez pas, les monstruosités... des abominations...

Jawhar eut un regard pour les montagnards derrière le Bey. Les yeux vitreux, les traits figés comme s'ils avaient rendu leur dernier souffle. Ils avaient fui leur pays en panique et cette panique ne les avait pas quitté.
Étrangement une pensée vint au traqueur, il manquait quelque chose ici :
-Où sont vos chamans ? Pourquoi n'ont ils pas été conviés ici ?
Echange de regard, étonnement presque incrédule jusqu'à ce que l'un d'eux ne lui réponde :
-Cela fait plusieurs semaines que nos chamans sont partis. Des Vigiles sont venu, l’Émirat de Levantine voulait s'entretenir avec eux d'une affaire qui ne les concerne qu'eux, les mages.
-Pense pas que ça aurait changé la chose qu'soit là ou pas.
-Oï, rien n'aurait pu nous préparer car rien n'aurait pu arrêter ces monstres.
Jawhar reçut la nouvelle qu'avec une moue énigmatique puis il remercia les montagnards et partis à la suite du sergent chevalier.

Sergent qu'il retrouva en bas, en discutions avec les deux montagnards volontaires pour la mission de reconnaissance et d'autres chevaliers. Tout autour d'eux les autres traqueurs s'activaient, déchargent les chariots, transportant et entreposant les sacs de grains et outils là où on leur commandait.
-Al Sharwar !
Le sergent venait de se détacher du groupe et rejoint le traqueur. Les deux mains agrippées à sa ceinture, le front ruisselant de sueur, les yeux fuyants il s'interrogea :
-Ai je fais les bons choix ?
Cheikh, je pressens que nous allons être très rapidement dépassé par les événements.


Jawhar prit un temps de réflexion avant de poser une main réconfortante sur le chevalier et de lui dire :
-Nous faisons exactement ce qu'il faut.
Ne vous mettez pas en danger. Il nous faut seulement savoir si ces horreurs sont encore dans les plaines ou si elles ont regagnées les montagnes. Un coup d’œil suffira.

Le sergent acquiesça, rassuré :
-Oui, oui. S'ils n'y sont plus, nous commencerons une reconnaissance de plus grande ampleur demain et les jours suivants.
-Le moral est bas, très bas. Le Bey est fébrile. Il n'arrivera pas à gérer la crise. Ni lui, ni les chefs de tribus, encore sous l'emprise du choc. Vous devez dès à présent prendre la tête.
-Cheikh Al Sharwar, non, vous vous devriez prendre en charge toute cette...
-Impossible. Je dois partir.

Le sergent recula alors, abasourdi puis perplexe.
-Sergent, envoyez des messages aux autres commanderie de la Frontière. Qu'ils redoublent de vigilance, qu'ils envoient des missions de reconnaissance par delà le royaume. Informez les de notre situation et demandez leur de nous apporter toute l'aide possible.
-Mais où allez vous ?
-Tell'Azir. Je dois en référer au commandement. Mais aussi m'entretenir avec les Vigiles.
Si ce que nous présentons tous est bel et bien entrain d'arriver, ils seront notre salut.
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