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 Diacerant. Partie I : Pax Venator

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Thomas Dole
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Date d'inscription : 05/04/2016
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MessageSujet: Diacerant. Partie I : Pax Venator    Lun 22 Mai - 19:06

Le vent soufflait doucement sur les steppes. Les herbes hautes dansaient lentement, bercées par le souffle de l’atmosphère. Il n’y a pas de bruit. Pas d’oiseaux qui piaillent, pas de feuilles qui volent, pas de sons d’animaux. La steppe est vide. Il n’y a que du vide. Pas de feuillage, pas d’arbre, même pas de boue. Juste de l’herbe verte, à perte de vue, omniprésente. Les terrains sont très plats, les petites collines se montent en dix enjambées pour les plus hautes, et même debout sur des dos d’ânes, on ne voit encore que ça, à perte de vue. Du vide.
La steppe n’est pas une terre stérile. Ce n’est même pas une terre polluée. C’est une terre tout simplement pacifiée. Pacifiée, vierge d’hommes et d’animaux. Cette brousse est habitée de quelques villages, mais qui ne dépassent jamais la vingtaine de cabanes en bois construites autour d’une minuscule paroisse ; Elle est surtout habitée de nomades, qui se déplacent, s’installent dans leurs yourtes, faisant paître leur bétail au milieu de nulle part, avant d’embarquer et de partir lorsqu’il n’y a plus de biomasse pour engraisser leurs yaks ou leurs vaches.
On pourrait croire qu’une frontière avec le sud et la Grande Africa serait profondément gardée, ceinturées de châteaux-forts, patrouillé par des régiments entiers. Mais c’est faux. La frontière terrestre entre le nord et le sud n’est que du rien, du maigre, de l’abysse. Et c’est même pas un terrain désolé, aride, terrifiant, il n’y a pas de ruine, pas de charniers, pas de vestige de haine.
Dans un sens, la steppe est comme la mort. Définitive... Mais douce. La peine n’existe pas ici. Il n’est donc pas étonnant de voir des moines anabaptistes ou des salafistes du sud venir fonder des monastères, loin, très loin au fond de nul part, et de vivre simplement et silencieusement, en attendant d’être ravis par Dieu.

Au milieu de la steppe, un homme racle la terre. Au milieu de la steppe, on voit un paysan. Il a construit une misérable cabane en bois sur une petite bosse, tout près d’un vallon à l’eau pure et suffisamment potable. L’homme a froid, il est maigre, si maigre que ses joues sont creusées, de même que ses paupières sont lourdes et violacées de cernes. Il laboure son champ, il gratte la cambrousse, sur ce parterre noir, qui tranche avec le vert omniprésent de la steppe. Derrière lui, son épouse, une femme que les épreuves physiques ont enlaidi et fait vieillir, qui ramasse les salades de leur minuscule potager. La surface qu’ils cultivent est minuscule : On parcourt leur champ en douze pieds de longs et vingt de larges, certainement pas assez pour nourrir une famille tout le long d’une année, encore moins d’une vie. L’homme est fatigué, il sue, il transpire de tous ses pores, et c’est d’autant plus accablant que le vent se faufile sous ses haillons, sous son manteau de lin, et fait trembler sa peau. Il tressaillit de froid. Et pourtant il s’attelle à la tâche, en même temps que sa femme, devinant que les vents qui soufflent fort doivent présager d’une pluie, car le souffle pousse de gros nuages noirs qui s’élèvent dans le ciel. L’homme pose sa bêche sur le sol, et prend appui dessus, s’autorisant une pause de quelques secondes. Il se retourne pour observer son seul enfant, le troisième et dernier individu qui vit dans cette minuscule cabane. Un petit gamin, les cheveux longs, emmitouflé dans un gros manteau en fourrure d’ours, qui le protège bien plus que les tuniques en lin de ses parents. Il a de grands yeux pétillants, de belles dents blanches, des mains fines car il n’a jamais travaillé, et on ne lui demande même pas de travailler, on le laisse s’amuser avec un petit cheval en osier, un jouet qu’il bouge dans tous les sens sur le sol, rêvassant peut-être de devenir lui aussi un de ces cavaliers nomades si libres. Sa mère passe ses mains sales et couvertes de terre dans ses cheveux, et lui embrasse le front. Le père lui sourit, avant de se remettre à travailler.
Il est le soleil de leurs vies.

Mais les nuages assombrissent tout. Le père regarde les nuages, et l’horizon. Il baisse la tête et frappe la terre, laboure, projette des morceaux de terre un peu autour. Il redresse à nouveau son dos, et observe la steppe, les herbes qui se mouvent, il sent sur son visage quelques gouttelettes éparses qui cognent son front. Il bine son champ, encore, en plusieurs coups grossièrement symétriques. Au bout de dix minutes, il lève une troisième fois la terre ; sur la bosse d’en face, trois hommes qui l’observent. Trois figures, trois ombres légèrement lointaines, qui sont apparues, à l’instant. Le paysan se redresse. Il est bouche bée, sa mâchoire pendouille bêtement. Il plisse ses yeux, ses gros sourcils tombent sur sa face. Il essaye de mieux observer les trois qui se tiennent sur le talus en face.
Tout à gauche, c’est une figure de taille moyenne, assez étriquée, et dont le vent fait lever de longues mèches sur sa tête. C’est une jeune femme, qu’il devine assez jolie, pâle, rendue peut-être plus massive que la moyenne féminine par de longs entraînements martiaux. Au milieu, un grand gaillard, barbu, aux cheveux noirs gras qui lui tombent près des épaules. Et à droite, un jeune, brun, peu souriant, la lèvre un peu fendue. Mais c’est pas leurs visages que le paysan devine le plus. C’est leurs frusques. Tous les trois portent de longues armures, des gilets en kevlar qui leur protègent le tronc, qui camouflent les seins de la fille, qui grossissent la stature des messieurs. Tous trois portent des vivres, des gourdes, des sacoches, et des bâtons cracheurs de feu montés en bandoulière.
Tous trois ont un tabar blanc, frappé d’un marteau noir.

Le paysan se tourne vers sa femme. Elle aussi, alertée par l’arrêt soudain du travail de son compagnon, a regardé la menace qui se profile. L’enfant aussi a vu les trois étrangers, et un sentiment de crainte s’est emparé de lui ; Comme tous les enfants de ce monde, on craint l’étranger, d’autant plus quand il est armé. Mais l’homme et la femme en savent plus que lui, et ont une toute autre raison d’avoir peur.
– Comment ils ont pu nous retrouver ?! Hurla la femme, quelques sanglots s’extirpant de sa gorge. Comment ils ont pu nous retrouver ?!
– Tais-toi et ramène Sasha à l’intérieur ! Rugit le père.
– J’ai peur ! Qu’est-ce qu’ils viennent faire ici ?! Comment on va s’en sortir ?!
– FERME-LA ET CACHE SASHA !

Le paysan pousse sa femme, qui obéit aussitôt, par instinct d’obéissance. Elle saisit le jouet que son enfant gardait entre ses mains et le jette au loin. Elle l’amène jusqu’à la cabane en le tirant par le bras. Sasha se laisse faire, même s’il commence un peu à pleurer, trottant dans les pas de sa génitrice.
Le paysan attend. Les trois hommes s’approchent de lui. Ils marchent, sans aucune hâte. On pourrait presque croire qu’ils y prennent du plaisir. Tout lentement, ils grimpent la bosse, gardant leurs dos droits, leurs longs manteaux volant derrière eux, la pluie continuant de tomber déjà plus dense. Les trois hommes se tiennent à bonne distance du paysan, qui a levé sa bêche pour s’en servir comme d’une arme. Il regarde les trois chevaliers, qui demeurent impassibles, fixes, sans une once d’émotion.
Il fait soudainement un pas en avant, tentant de frapper l’homme face à lui. Le chevalier esquive en tombant soudainement sa tête en arrière, saisit le manche de la bêche, et le tire vers lui ; Le paysan est déstabilisé, s’affale de côté, tandis que la jeune femme tire son épée et lui tranche le ventre.
Son épouse et son fils se sont cachés dans la cabane. Elle lui a jeté un drap sur le corps afin de le camoufler avec leurs maigres meubles, qui ne sont que quelques paillasses, un fournil en pierre, une table et trois tabourets couverts d’échardes. Mais une fois avoir caché son fils, elle a pu, par un léger défaut d’une des planches de bois, regarder l’homme de sa vie se faire étriper. Il tombe sur le sol, ses viscères s’échappant de la grosse entaille de son corps, projetant de la merde et du sang sur ses salades. Il crache de la bile et de l’hémoglobine à la couleur noire, et s’affale aux pieds du chevalier qui a tiré sa bêche ; Celui-ci le retourne de la semelle afin qu’il se retrouve sur le dos. Il s’agenouille devant le paysan, attend qu’il rende l’âme à Dieu, et passe ses doigts sur ses paupières afin de le fermer.
Les trois traqueurs continuent alors de marcher vers la maison, au même pas lent, avec la même détermination. L’épée de la jeune femme est maculée de sang, et voilà que lorsqu’ils sont sur le pas de la cabane, la pluie tombe.

Le plus vieux des trois appuie sur la poignée de porte. Il la sent bloquée, bloquée par un des tabourets caché sous la clenche. Il frappe avec son talon, plusieurs fois, faisant céder la barricade dans un éclat de bois. Il entre le premier, épée sortie. Le chevalier aux cheveux bruns le suit. La jeune fille entre la dernière. Les trois guerriers sont épaules contre épaules, leurs grosses armures scintillants face aux flammèches des petites bougies placées là pour réchauffer tant bien que mal l’atmosphère. Devant eux, la femme tient un petit couteau, bras étendu, pour en menacer les traqueurs. Elle hurle des insultes dans une langue qu’ils ne comprennent pas, mais sont de toute façon impassibles. Ils sont trois. Ils sont cuirassés dans des harnois si puissants que le couteau de cuisine rouillé de la femme se casserait dessus. En réalité, la femme se contente de tenir une posture suicidaire. Ils ne sont pas là pour elles. Ils s’en fichent d’elles. En latin, le chevalier aux cheveux de noirs lui dit une phrase, courte, monotone, autoritaire.

– Fac ita. Aut moriar.

« Écartez-vous ou mourrez ». Quand bien même la femme en face d’eux ne parle pas latin, elle a distinctement compris le mot « Moriar ». « Morior ». « Morte ». « Mourir ». Si fini, si absolu. La menace la plus universelle à toutes les cultures. La femme tremble. Mais l’amour maternel est étrange, tout aussi absolu que la mort, complet. Elle sera prête à mourir si c’est pour accorder quelques secondes de survie à son enfant, quand bien même ce n’est pas rationnel.
Et de toute façon. Comment pourrait-elle vivre sans le soleil de sa vie ?
Le chevalier fait un petit pas en face. Puis un autre. Son armure rutile dans un entrechoc métallique. Elle sert les dents. Le traqueur, lui, a le regard distrait, passif, comme s’il cherchait ses clés. En réalité, il devine bien vite que l’enfant est caché sous des draps, ce n’est pas comme si cette cabane a beaucoup d’endroits où l’on peut se camoufler. Il soupire devant le stupide subterfuge, et met sa main à la garde de son épée.
L’enfant surgit des couvertures, et fonce devant sa mère, faisant bloc entre elle et le chevalier. Il ouvre grand sa bouche. Derrière, le jeune traqueur a hurlé à l’attention du plus vieux.

– Éloi ! Baisse-toi !

L’enfant hurla. Mais un hurlement étrangement aigu. Un sifflement, un acouphène qui résonna dans les tympans des trois traqueurs. Ils reculèrent en se tenant leurs oreilles, en fermants leurs paupières, gagnés par une douleur qui électrisait leurs cerveaux. Éloi d’Ossanie posa son genou à terre, et se mit à haleter, et à trembler. Anna Grimsdottir hurla de douleur en se couchant sur le ventre. Hakim se mord la langue. Tous trois subissent d’atroces souffrances face à l’enfant psychonaute.
Dans un effort surhumain, Hakim se saisit d’un conteneur d’une potion métallique : Un engin qu’on appelait, dans l’ancien monde, « grenade lacrymogène ». Il la dégoupille et la balance au loin, avant de se saisir de son masque à gaz et de s’en recouvrit le visage. Le cri du gamin est si perçant que les deux visières en métal se fissurent et explosent, mais l’important est la respiration.
Le cri se fait moins violent quand un nuage de fumée envahi la pièce. La mère, Éloi et Anna toussent et pleurent. Hakim tire son épée et se jette sur l’enfant psychonaute. Il se prépare à lui trancher la tête quand la mère se jette dessus et s’empale sur l’épée du jeune écuyer. Éloi se lève alors, les yeux et les oreilles dégoulinantes de sang, dégaine son bâton de feu à barillet, et appuie quatre fois sur la détente. Les balles perforent l’enfant de part en part. Son petit corps tombe par terre, raide mort.
Les trois traqueurs sortent en urgence, et soufflent. Ils tentent de se remettre en place, de revivre, d’inspirer et d’exhaler l’air si pur des steppes. Hakim est blanc comme un linge, et tremble comme une feuille. Il place ses mains dans ses cheveux, et les tires par poignées, son cœur battant à cent à l’heure. Lorsqu’Anna lui pose une main sur l’épaule, il se soustrait de cette emprise.
Pourtant il n’a fait que son devoir.


PAX VENATOR



Trois chevaux retournent au château du Saint-Suaire. Les cavaliers semblent aussi crevés que leurs montures, car voilà deux semaines qu’ils ont arpenté les steppes à la recherche de l’enfant psychonaute qui avait été signalé. Leur mission a été accomplie, elle a eut un début et une fin, et à présent, ils en tournent la page. Éloi d’Ossanie sait déjà comment il compte la fêter, et d’ailleurs, il ne s’en prive pas de le hurler à voix haute, afin que Hakim et Anna puissent l’entendre.

– Quand nous iront à Belgrade, que le Seigneur m’en soit témoin : Y aura pas une putain qui pourra marcher, quand sire Éloi aura placé ses pieds dans les bas-fonds !
– Vous dites ceci à chaque fois que nous voyons le donjon du Saint-Suaire, sire Éloi.
– C’est que c’est la vérité ! Deux ans que je n’ai pas tiré ma crampe, ça commence à bien faire !
– Nous avons fait vœu de célibat, sire Éloi.
– Vœu de célibat n’est pas la même chose que vœu de chasteté ! J’ai bien juré de massacrer des montres, on me pardonnera de vider mes couilles !
Deux ans bon sang... Et vous voyez mes enfants, vous deux, vous êtes vierges, alors forcément c’est facile à vivre. Mais une fois que vous avez baisé c’est trop tard, vous savez ce que vous manquez. C’est une lente torture fatigante et irréversible. Comme un affamé dans un verger.


Et il se répandit en nouvelles plaintes pathétiques, pouffant et crachant au sol.
Le Saint-Suaire était une grande bâtisse qui dominait une plaine depuis un petit massif. Sur la plaine, il y avait un gros bourg rempli de chaumières d’où s’élevait des feux de cheminées. Les gueux payaient des impôts directement à cette commanderie, surtout en nature, avec des services et de la nourriture. Mais c’était un esclavage un minimum tolérable ; Contrairement à d’autres villages, le bourg de Saint-Suaire ne pratiquait pas le Droit du Seigneur et jugeait correctement les paysans incriminés dans des affaires. Quitte à devoir travailler toute sa vie pour pas grand chose, autant s’épargner ces peines. Ils pouvaient s’estimer chanceux. D’autant plus qu’ils servaient les Traqueurs, l’ordre le plus saint parmi les ordres saints, encore plus que les templiers de l’Ordre du Saint-Cippe qui, selon la rumeur, se préparaient à une prochaine Croisade dans le sud, allant aider le Podestat Léonide Ducatore dans sa « libération » de la Sicile. Qu’importe. C’est loin toutes ces histoires. C’est au bout du monde.

En s’approchant des portes du château, deux gardes se tenant devant la porte observèrent les trois cavaliers qui venaient. L’un des vigiles posa ses doigts sur sa bouche et siffla. D’autres se mirent alors à faire tomber le pont-levis et à relever la herse.

– C’est bizarre ça... D’habitude le château est ouvert en journée, nota Éloi.

Les trois cavaliers pénétrèrent dans l’enceinte fortifiée. Sitôt à l’intérieur, la grille métallique s’abaissa et le pont-levis se releva. On entendit les sabots des chevaux qui battaient le pavé, et ils purent enfin poser le pied à terre, venir se faire aider de pages, qu’on leur apporte à boire, du bon vin, et qu’on leur retire leurs grosses armures qui protégeaient leurs corps.
Depuis qu’il avait tué une femme innocente, Hakim n’avait pas parlé. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’il était témoin d’un meurtre de civils.

Ils n’eurent même pas le temps de se détendre que le grand-chambellan Narcis vint les trouver. Narcis était un homme très fin, squelettique, qui avait la peau noire comme la nuit, de grosses lèvres et un nez épais. Il s’exprimait dans un latin parfait et fit une courte référence aux traqueurs.

– Dame Anna. Sire Hakim. Sire Éloi. Je pense que votre mission est accomplie.
– Elle l’est effectivement. Voilà la preuve. Et je suis peu mécontent de m’en débarrasser.


Éloi tira une petite sacoche puante et humide, entourée de mouches, qui était accrochée à son cheval. Il la jeta au sol. À l’intérieur, la tête de l’enfant psychotique avait été arrachée, et était maintenant en pleine décomposition, bouffée par les vers et les asticots.
Narcis afficha un fin sourire satisfait.

– Et aucun d’entre vous n’a été blessé... Bien.
– Pourquoi le fort est fermé ? Vous êtes en état de siège ?
– Êtes-vous passés par le village en arrivant, sire ?
– Nan, on l’a contourné. Pourquoi ?
– Nous avons fait fermer les portes pour empêcher un mouvement de panique. La rumeur est venue jusqu’ici. Un nouveau village a été massacré. Celui de Germanoköv. Les gens de Saint-Suaire veulent se réfugier dans le château, mais ils doivent continuer à travailler la terre : L’hiver approche.
– Ces paysans ! Toujours à claquer des dents !
– Cela fait six mois, sire Éloi, six mois que des villages entiers sont massacrés, et le voïvode Místlav Petrak n’a aucune idée de qui est derrière ça. Si ce n’était que des massacres, soit, mais il est très clair par la façon dont les cadavres sont empilés qu’il s’agit d’un rituel noir. Vincent en a d’ailleurs retrouvé la trace dans un ouvrage. Il dit que Sainte-Carmen et les Grands Traqueurs ont déjà vu un tel massacre lors de leur périple, dans l’ancienne Hispanie, au sein d’un caveau d’une église anabaptiste.
– Et tu crois en ces balivernes, Narcis ? Je t’imaginais plus cartésien.
Allez, je dois aller prier. Hakim, tu devrais venir avec moi.
– Vous avez droit à vos quartiers ; Mais avant quatorze heures, le commandeur souhaite vous recevoir. Tous les trois.
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Mathusalem



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MessageSujet: Re: Diacerant. Partie I : Pax Venator    Mar 23 Mai - 15:58

"Ouromagnie". Un mot lourd, presque primitif, plus éructé qu'articulé. Ce qui se cache derrière ce terme est pourtant immensément vaste : des montagnes et des plaines, des forets et des lacs, des marécages et des grottes, monstres comme sauvageons disait-on, pullulaient dans ces grands espaces de nature à l'apparence placide.

Ici une plaine d'herbes grasses, flanquée d'un massif montagneux au fond et de falaises rocheuses sur les cotés elles mêmes envahies de mousses recouvrant leurs strates sédimentaires. Paysage typique de l'Ouromagnie. Une rivière cristalline venait compléter le tableau, sillonnant la plaine jusqu'à atteindre une épaisse et sombre foret en contrebas qui semblait s'étaler sur des lieux et des lieux même au delà de l'horizon.

Juste avant le labyrinthe végétale, à cheval sur le cours d'eau, se tenait une bien pittoresque bourgade au nom aussi divers qu'il y avait de peuples dans toute l'Ouromagnie. Bourg notoire pour être devenu en quelques mois seulement un point de passage obligé pour toute caravane passant par là, alors que la foret pourtant réputée impénétrable il y a quelques années de cela, était devenue soudainement comme apprivoisée par la population de la bourgade.


* * *


Une fine pluie s'abattait comme une berceuse en dehors de la grande longère où tout le village venait d’être convié. La venue de chaque nouvelle caravane marchande était encore prétexte de fête ici, fête pour laquelle le Maître du village n'hésitait jamais à faire étalage de sa toute récente richesse, richesse elle même apportée au final par les caravaniers qui s’arrêtaient en ce lieux pour se reposer et se réapprovisionner.
Le Maître se trouvait tout au fond de la maison longue, au bout d'un feu où cuisait encore des légumineuses toute terreuses à la broche, riant, se bâfrant et se tapant le ventre à la manière dont il devait s'imaginer les nobles françois dans leurs grands châteaux lors d'un banquet, histoire d'appuyer son prestige.
Les autres villageois eux aussi étaient à la fête. Tous sans exception, jusqu'aux bergers vivant pourtant plus haut dans les montagnes, se trouvaient réunis ici pour l'occasion. Nul besoin de garde non plus dehors... Il leur avait fallut un bon moment pour se rendre bien compte de leur soudaine aubaine : plus besoin de sortir du village en groupe et armé; plus besoin de barricader les portes et d'allumer de grands feux la nuit tombées. Et de ces changements c'était toute la vie qui s'en trouvait peu à peu chambouler dans la bourgade.

Urraca et les siens se fondaient comme neige dans l'eau dans cette grande pièce. Vêtus de lourds manteaux comme le reste des caravaniers avec qui ils étaient parvenus jusqu'ici après des jours de marche depuis les Balkhans, les traqueurs ingurgitaient leurs soupes de pois tout en gardant un œil discret sur les alentours.
L'ambiance se trouvait chaleureuse, entre les âtres ardant parcourant la longère de pierre, la nourriture aussi généreuse que bourrative et la musique grave et profonde enveloppant le lieux.

Une germaine, marmite calée sur ses hanches et louches de bois en main, vint même resservir une troisième Martel et Sobieski, insatiables. Alors que le premier accueillit cette nouvelle ration avec un franc sourire son collègue traqueur un peu plus âgée en décrocha un lui aussi, mais plus intéressé et accompagné d'un clin d’œil qu'il ne jugea apparemment pas assez appuyé puisqu'il ajouta à ça un baiser dans le vent plus qu'explicite.
Là dessus Clarence décocha un regard de reproche pour Sobi qui ne manquait jamais une occasion pour cabotiner depuis qu'ils étaient arrivés ici. La promesse d'un repas chaud et d'un lit ne lui suffisait visiblement pas, il lui fallait en plus la femme.
Les traqueurs avaient pourtant une mission ici.
Dès qu'Urraca en donnera l'ordre, tout se mettra en branle.

Mais en attendant, rien ne les empêchaient d'apprécier simplement ce moment de calme.

Clarence se permit de se mettre plus à l'aise, même si la présence d'autant de sauvages autour d'elle l'inconfortait. La longère puait la moisissure, la pisse et la transpiration -entre autre-. Pas de quoi incommoder ces primitifs crasseux apparemment.
La traqueuse se défit de l'emprise de son manteau de fourrure pour pouvoir dégainer un crayon et sortir de sa sacoche un petit carnet relié. Son écuyer, Martel, releva un bref moment son nez de sa bolée fumante. Il ne saurait dire pourquoi, mais le jeune homme appréciait de voir l'expression de la chevalière quand elle notait dans son journal, lèvres pincées, sourcils froncés et fossettes pourtant relevées comme si elle souriait en son fort intérieur.

Clarence venait de remarquer l'absence de vieillards parmi la population du village. Un indicateur non négligeable du niveau de vie selon elle. Pas un cheveux blancs chez ces sauvageons. L'hiver se trouvait rude dans ces hauteurs et les attaques de monstres venues de la sombre foret incessantes... enfin jusqu'à il y a peu. Malgré l'accumulation de facteurs défavorables au développement d'une communauté pérenne, Clarence s'étonnait de leur niveau d'avancement. Construction en pierre (certes sèches et sans mortier) et bois (plus brut que véritablement charpenté), mais surtout, et point important selon elle encore une fois, révélateur du niveau "civilisationnel" de cette communauté : leur art. Ou plus particulièrement ici : de leur musique.

La traqueuse notait ses observations tout en s'octroyant quelques pauses pour se permettre d'apprécier le sons se diffusant dans la pièce. Entre les deux âtres, au milieu de la pièce, se tenaient plusieurs bardes en pagnes et torses nues luisant à la chaleur des flammes. Deux grands tambours en bois et en cuire étaient frappés avec grande maîtrise avec des os, produisant un sons rythmé et grave accompagné par plusieurs joueurs d'instruments à vent dont le plus impressionnant se trouvait être un tronc d’arbrisseau creusé avec ficelé en son bout un antique plot de signalisation, amplifiant le sons à sa sortie. Le chant d'une femme venait finir de compléter ce tableau musical, parfois grave, parfois aiguë, toujours avec justesse, accompagnant et liant à la perfection les autres sonorités.
Jamais la traqueuse n'aurais cru qu'une musique aussi tribale aurait pu faire vibrer ce quelque chose en elle. C'était pourtant le cas. Clarence en aurait eut presque les larmes aux yeux... Ou bien était-ce la fatigue qui y jouait ?

- Regardez le l'autre fanfaron... Souffla Sobi entre deux gorgées de sa bière tiède alors qu'il lorgnait le Maître du village au fond de la pièce.Il frime comme un jeune con venant de tirer pour la première fois sa crampe devant ses puceaux de potes. Il eut un claquement de langue dédaigneux pour toute ponctuation et continua sur le même ton. Avec tout son bazar autour du cou, sur son trône de roi des ploucs.
Là dessus Clarence se permit un sourire. L'homme avait effectivement tout un attirail de colliers. Du bijoux artisanal en os et en galet jusqu'à la "relique" qu'est... une chaîne de vélo et une petite rallonge électrique quasi entièrement dénudée.
Son trône ? Un fauteuil de voiture défoncé d'où pendait encore le cliquet rouge sur l'un des cotés.
- Tu penses que c'est not' gars Sobi ? Questionna de sa lourde voix le jeune Martel avec son ton ingénu habituel.
- Je l'espère bien en tout cas.
Le jeune écuyer se gratta alors la tête pensif.
- Il a l'air d'et' un bon chef, tout le monde l'apprécie et lui souri tu vois.
Son collègue retint une insulte et se contenta alors de souffler longuement en levant les yeux au ciel. A son grand dam Martel le benêt continua pourtant de parler:
- Il a l'air comme toi et moi et pas d'un magicien. Her ! Un bon homme et un bon chef, moi j'l'aime bien. Hé quand t'on est bon on peu pas être maléfique.
Là dessus Sobieski ne pu dissimuler son agacement, il pinça l’arrête de son nez, ses traits tendus :
- Putain ce que t'es con gamin.
Pourquoi... Pourquoi tu me parles ? Arrêtes.
Arrêtes, juste... arrêtes.


La musique s’arrêta peu à peu alors que le chef se mit au centre de l'attention, prenant la parole pour un petit discours dans sa langue. Il s'épancha en remerciements : pour son peuple, pour sa femme, pour son druide, pour ses ancêtres et ainsi de suite, se félicitant de leur bonnes récoltes et fortune.
- Martel a raison : ce n'est pas un psychonaute. Trancha net Urraca. Elle renifla l'air comme un chien de chasse. Il a raison aussi sur un autre point : son petit peuple l'aime. Ils doivent certainement penser que c'est grâce à lui que les monstres ont quittés la foret.
Ce n'est pas le cas. Notre psychonaute est membre de cette communauté c'est certains. Un jeune qui a découvert son potentiel il y a peu de temps... et qui l'emplois à écarter les monstres de son chez lui. Comme la plupart des psychonautes il utilise son potentiel pour protéger les siens... jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il peut utiliser son pouvoir à d'autres fins.

Le groupe de traqueurs s'était tue pour écouter quasi religieusement leur meneuse. Ils étaient tous inexpérimentés et le savaient, même Sobieski faisait montre d'un minimum de respect pour la vieille de Léon. Ici la véritable traqueuse c'était elle.
- On va utiliser "monsieur le maire" pour faire pression. Préparer vos armes.
Martel tu gardes la sortie. Clarence tu restes ici, ton flingue sous la table, fais profile bas. Sobieski : avec moi.

Sortant son fusil d'assaut de son sac, la vieille hispanique se leva de toute sa stature, mobilisant instantanément l'attention de tout le monde sur sa personne alors qu'elle alla à la rencontre du chef du village, toujours affalé sur son siège d'automobile.
- ECOUTEZ ! Beugla-t-elle dans leur dialecte.
Nous sommes Traqueurs de l'Ordre du Krak, missionnés en ces lieux pour débusquer un mutant aux capacités psioniques ! Un magicien qui a réussi à soumettre les monstres qui vous harcelaient. La traqueuse se tourna brièvement vers Sobieski qui approuva silencieusement de la tête. Le peu de Germain qu'Urrana avait appris fut du jeune homme, spécialement pour cette mission.

Le petit roitelet s’empourpra et se releva d'un bon vociférant une bouillie de paroles incompréhensibles. La traqueuse n'y comprit rien mais sut à quoi s'attendre en voyant Sobieski lever son pistolet alors qu'un balourd venait de se détacher de la foule, gourdin en main.
- Il ne nous croit pas... Je...
Deux autres silhouettes se levèrent de leur table à leurs tour, l'un brandissant un pieu en bois.
- Je ne crois même pas qu'ils sachent ici ce qu'est le Krak m'dame... et je ne connais même pas d'équivalent pour le mot "psionisme".
Urraca eut un souffle de nez agacé :
- Dis lui de calmer ses sbires, on ne veut pas d’effusion de sang.
Le traqueur s’exécuta rapidement, bafouillant presque dans l'urgence de la situation.
La réaction fut instantanée : le chef hurla un ordre en les pointant du doigt.
Urraca réagit immédiatement en braquant son arme sur l'agresseur le plus proche et appuya sur la gâchette de son arme.

La détonation fut assourdissante, des cris de surprises s'élevèrent tout autour d'eux alors que l'homme au gourdin tituba, un trou ensanglanté en plein sternum. Les barbares restèrent bouches ballantes.
Le corps s'écrasa lourdement au sol sous les regards médusés de la foule.
La traqueuse tourna son arme sur l'homme à la lance et lui fit immédiatement comprendre qu'il valait mieux pour lui qu'il pose son arme à terre en douceur... ce qu'il fit dans la foulée, courbant bien bas l'échine, les genoux tremblants de terreur.

Urraca rangea son arme avec calme et monta les quelques marches menant à l’estrade où se trouvait le chef pétrifié. Le bonhomme, livide, regarda s'approcher la traqueuse la gorge sèche et les yeux exorbités.
Le silence se trouvait uniquement habillé par le crépitement du feu. Pas un bruit. Pas un mouvement. Même pas une respiration.

La traqueuse prit un moment pour se tourner et observer la foule. Elle donna l'impression de prendre le temps de poser son regard sur chacun d'eux. Un regard vide, insondable. D'une froideur qui leur semblait inhumaine.
Pour la foule c'était comme si les monstres de la foret étaient revenus.

Alors elle frappa leur chef. D'un grand coup, le mettant à terre plus par surprise que par la violence du choc.
- Je sais que tu es là. Dit elle alors calmement en dégainant son épée.
- Je sais que tu tiens à eux. Ils sont ta famille. Ton monde. Ceux pour qui tu te bats. Urraca articula avec lenteur chacun des mots de leur langage barbare.
- C'est toi que je veux, pas eux. Mais je vais devoir leur faire du mal.
Jusqu'à ce que tu décides de te montrer.

Elle empoigna alors fermement la tête du chef toujours à genoux, tirant ses cheveux comme si elle voulait les lui arracher. Sa lame scintillait sous la lumière des flammes. Un moment passa, songeant si elle devait ou non lui trancher la gorge.
Urraca préféra alors lui couper l'oreille gauche.
L'acier tranchant de sa lame dévora la chaire molle sans le moindre effort.

La longère s'emplis d'un long hurlement de douleur. Le pauvre homme se trouvait écrasé à terre, deux mains tremblantes et blanchâtres posées là où se trouvait son oreille. Le sang imbiba sa joue puis sa barbe. Des larmes coulèrent sur son visage crispé par l'atroce douleur. Il soufflait fort, les dents serrées, comme un aliéné, se balançant faiblement d'avant en arrière.
N'en pouvant plus il hurla de nouveau. Un cri aussi bref que pathétique, se noyant dans un sanglot morveux.

Urraca tendit alors lentement une main ganté. Le bonhomme s'écarta péniblement, toujours à terre, poussant sur ses pieds, terrifié.
La traqueuse attrapa le morceau d'oreille tombé au sol qu'elle amena près de sa bouche :
- J'ai dis : Je vais leur faire du mal jusqu'à ce que tu te dévoiles.
Ne penses même pas à utiliser tes pouvoirs, ils te maîtrisent eux mêmes plus que toi tu ne penses les contrôler.
Tu n'as pas idée de...


Une plainte s'éleva alors de la foule. "Assez !"
A coté du vieux druide de la ville se tenait un jeune homme qui tituba péniblement jusqu'à la traqueuse. Il garda la tête basse et les yeux encore plus bas.
- Comment as tu fais pour faire fuir les monstres de la foret ?
Urraca ne vit rien d'autre que la même touffe de cheveux. Le garçon gardait les bras croisés et la bouche scellé.
Soit.

Enlevant son gant, elle approcha sa main du visage du jeune homme qui essaya de se soustraire à son emprise d'un mouvement de tête. Elle dut empoigner fermement son menton pour lui relever le visage. La traqueuse pu alors voir un jeune psychonaute effrayé. Il était à peine conscient de ses capacités mais possédait un haut potentiel ressenti Urraca.

- On l'emmène dehors.






* * *




Urraca referma avec grande précaution la lourde porte de la bibliothèque du château du Saint Suaire pour ne pas perturber Sir Vincent qui se trouvait être déjà le nez dans ses grimoires. Elle avait ce qu'elle était venue chercher ici : un crayon et du papier pour pouvoir enfin écrire un bref rapport de leur mission passée.
Voilà à peine un jour que sa troupe de traqueur avait de débarqué au Levant, harassés qu'ils étaient les traqueurs avaient dormis quasi la journée entière. Il leur avait fallu des semaines pour traverser les montagnes au Nord des Balkhan, puis des jours de traversée en bateau, longeant les cotes, pour enfin arriver au Saint Suaire, point final d'un long voyage qui avait débuter il y a des mois de cela au Krak des Traqueurs dans les lointaines Alpyrénées.

La traqueuse finie par arriver jusqu'à ses appartements personnels, privilège des chevaliers. Elle claqua la porte sans prendre la peine de fermer le loquet, puis alla tirer une table jusqu'au petit balcon donnant une vue directe sur toute la ville s'étalant en contre bas, à peine éclairée par les premières lueurs du soleil matinal.
Fermant les yeux, elle huma l'air un long moment. La douce brise chaude du Levant lui avait fort manqué. Tout ici lui rappelait son chez elle de son enfance : le terrain légèrement vallonné, aride par endroit, broussailleux à d'autres. En fait... c'était l'Hyspanie qui lui manquait réalisa-t-elle, amer.
Elle jeta alors ses feuilles de papiers sur la table et alla se chercher un bol remplis à ras bord de grosses olives violettes dont elle piqua instantanément deux spécimens particulièrement charnue. La traqueuse détestait écrire et plus encore perdre son temps dans des rapports alors qu'elle avait déjà tout racontée en détails au Commandeur à leur arrivée ici. Mais c'était le fonctionnement des Traqueurs, il fallait impérativement garder une trace de tout, absolument tout. Pourquoi faire ? Voilà bien longtemps qu'Urraca ne se posait plus la question et se pliait à l'exercice du "rapport de mission" qu'elle expédiait malgré tout le plus vite possible, se débarrassant de ce qu'elle voyait comme rien de plus qu'une besogne.

Elle bloqua une minute entière face à son papyrus. Toute une saison de traque à coucher sur papier c'était trop pour elle, même en y fournissant le minimum de détails. Voilà des mois qu'ils étaient partis du Krak, aux premières fontes de neiges dans les Alpyrénées, elle, Clarence et son jeune écuyer Martel. Urraca les avait recrutés personnellement, en leur cachant ses véritables motivations. Clarence ne méritait pas son tout récent rang de chevalier jugeait elle. Elle était trop molle, trop penchée sur ses centres d’intérêts propre : l'étude du monde d'avant, des peuples, de la géographie... et pas assez concernée par la traque. La glorieuse Traque, ce pour quoi leur Ordre avait été fondé et continuait d'exister. De plus, le voyage -quasi pèlerinage- jusqu'au Saint Suaire permettrait à son écuyer de découvrir le vaste monde avait jugée Urraca en les recrutant au Krak. Que connaissait Martel du monde ? Son bout d’île britonne et une portion des Alpyrénée, voilà tout. De Léon voyait surtout le potentiel du jeune écuyer qu'elle jugeait être gâché par son tutorat avec une chevalière bien trop craintive.

Leurs premiers mois de pérégrination s'était trouvé bien tranquille si ce n'était l'épisode du rampant des marais qu'ils avaient débusqué avec l'aide de soldats François à la frontière Est de leur royaume.
L’événement suivant fut le recrutement de Sobieski lors de leur halte à la citadelle des traqueurs de Stadtgart. Le commandeur de la citadelle avait parlé à Urraca du cas Sobieski. Il venait de perdre il y a peu son chevalier tutélaire lors d'un combat contre des goules sauvages... le jeune homme n'en éprouvait aucune affliction, la relation avec son tuteur ayant été extrêmement conflictuel, mais bien au contraire Sobieski en gardait une certaine morgue car lui, le "petit" écuyer avait survécu et triomphé.
Aussi Urraca décida d’enrôler Sobi à sa petite troupe en route vers l'Est avec la bénédiction du Commandeur de la citadelle. Le petit avait un énorme potentiel, mais son arrogance l’empêchait de voir l'étendue de son inexpérience. Urraca et sa troupe partirent de Stadtgart avec une recrue en plus et surtout : une mission. Des caravaniers venus d'Ouromagnie ont fait part à des collègues traqueurs-inquisiteurs l'étrange histoire d'une bourgade ayant réussie subitement à faire fuir toute présence de monstres dans leurs parages.

La suite ? Un long périple dans les montagnes jusqu'à dénicher le bourg en question.

Urraca cracha les deux noyaux d'olives par dessus le balcon après les avoir longuement mordillés comme anti-stress. Devant elle : une page vide. La traqueuse eut un souffle désespérée et posa son crayon.
Bilan de cette saison de traque ? Clarence ne méritait pas son titre et Sobieski ne fera pas un bon traqueur. Urraca avait lu le dégoût dans leurs yeux alors qu'elle venait de décapiter le jeune psychonaute, en dehors du village. Elle s'en souvint très clairement, la pureté de leur expression, le choc. Mais elle s'y attendait, elle les avaient rapidement cernés. Pour eux deux être traqueurs revenait à chasser des monstres et des démons. Mais ils n'ont jamais réellement pensé que les démons pouvaient aussi bien être leurs semblables. Il avait bien fallu leur apprendre à la manière dur la complexité morale de la mission des traqueurs.
Martel ? Il n'avait pas bronché. Voir des gens se faire étripé, il a grandit avec cette vision, surtout du fait que c'était de ses propres mains que cela se produisait. Urraca s'été attendu pourtant à une personnalité plus marqué, plus sauvage du jeune briton. Son flair avait failli sur un point.

La traqueuse se décida finalement de coucher son récit sur le papier, d'une traite avec son écriture tassé et cursive quasi illisible. Quand elle eut finit le soleil s'était déjà bien levée et la ville s'éveillait... mais se trouvait loin d'avoir son bouillonnement habituel. Une peur diffuse émanait de la cité en contrebas.
On frappa à sa porte qui, non verrouillée, s'ouvra en grinçant au second coup de poing.
- Pardon... Exprima Martel qui se souvint de ses cours de bonnes manières.
La traqueuse étira son dos endolorie et fit craquer son poignet de quelques moulinets dans le vide.
- Eloi...
- Sir Eloi d'Ossanie. La reprit Urraca, plus sèche qu'elle ne l'aurait voulue.
- Sir Eloi, Hakim et m'dame Anna viennent d'entrer au castel maîtresse de Léon.
Trop fatiguée pour encore reprendre le jeune homme, la traqueuse préféra passer devant lui et commencer à descendre les escaliers en lui faisant signe de refermer la porte de ses appartements.
- M'dame Urraca, j'peux avoir la permission d'aller en ville ? Questionna le jeune écuyer derrière elle alors qu'ils atteignaient la dernière marche de l'escalier de la tour.
- Non. Je ne pense pas que le moment soit... approprié. Vas rejoindre ta tutrice et...
- Dame Clarence dort encore dame Urraca.
La traqueuse tira une moue réprobatrice.
- Vas donc chercher le grand chambellan, qu'il te trouve quelqu'un pour te faire approfondir tes études des lettres, Martel.
Et elle le planta là sans attendre une quelconque réponse.

Urraca trouva rapidement sir Eloi en train de finir de converser avec un de gardes du château, certainement pour un renseignement aux sujets des bons bordel de la ville pensa immédiatement la traqueuse avec un certain dégoût pour son frère chevalier. Elle prit rapidement des nouvelles de leur mission. Objectif remplis et aucun blessés lui assura Eloi en la rassurant... bien que le "gamin semble accuser le coup... je m'attendais à ce que tu l'ai plus endurci que ça ma chère !".
Vas te faire foutre. Elle garda l'insulte en son fort intérieur et tourna des talons pour aller trouver son petit Hakim non loin de là, assis sur un talus l'air maussade.
Contrarié, Hakim faisait souvent cela : se mettre à l'écart mais sans trop, histoire qu'on le voit bien faire la tête.

- Courriers ! S'écria soudain Sobieski qui venait de débarquer dans la cours, une sacoche pleine de lettre en bandoulière.
S'approchant badin de la troupe il commença par désigner sir Eloi, sourcils haut et faux airs pensif :
- Eloyy... d'Ossanie ? Le fameux "meilleur" duelliste François du Krak hum ? Ça doit être ça.
Le chevalier leva une main agacée :
- Tu baisses d'un ton immédiatement, sauf si tu veux vraiment comprendre pourquoi je suis le meilleur épéiste de l'Ordre gamin.
Sobi faillit surjouer un air faussement paniqué mais se retint de peu, décochant plutôt de son sac à courrier une lettre cachetée.
- Jolie sceau familial. Fit il avec un grand sourire en observa le cachet de cire. Ma famille a quasiment le même.
Le chevalier lui arracha la lettre des mains, l'air mauvais, et s'en alla avant de perdre patience. Il était trop fatigué pour tenir tête à ce jeune coq.
- Quoi d'autre, quoi d'autre...
Sobi fit semblant de chercher la lettre d'Anna, qui attendait impatiemment devant lui, bras croisés, sourcils froncés. Il Sortit enfin de sa sacoche une lettre que l'on voyait déjà dépliée...
- Encore ta groupie qui t'écris hein ? Étrange qu'elle t'écrive si souvent non ? C'est quelque chose de sérieux ma mignonne ?
Comme son tuteur, l'écuyère lui arracha la lettre des mains avant de s'en aller, agacée.

Sobieski afficha un air grandement satisfait, mains sur les hanches, menton haut et sourire jusqu'aux oreilles.

- Où est Clarence patronne ? Y a du courrier pour elle.
Urraca, assise sur le même cailloux que son Hakim, une main réconfortante sur ses épaules, informa distraitement Sobi que Clarence dormait encore, aussi celui ci s'en alla chercher d'autres personnes à qui délivrer ses lettres et à emmerder au passage.
La traqueuse attendit un moment avant de se retourner vers son "petit".
Elle se permit de lui caresser les cheveux et d'une voix douce et rassurante :
- N'y penses plus.
Tu as vu de quoi ce monstre était capable là bas.
Un monstre.
...
Si tu n'avais pas aussi bien agit, vous auriez pu tous y passer.
Tu...

Sa voix se serra un moment :
- Tu aurais pu mourir là bas.
Mais tu as bien agis Hakim. Tu as très bien agis.
Tu les as sauvés. Eloi, Anna, tu les as sauvés là bas.


L'ancien janissaire se mura dans son silence. Urraca s’écarta alors peu à peu. La traqueuse connaissais son petit louveteau, elle savait que ses paroles n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd. Il lui fallait juste du temps. Un peu plus de temps que d'habitude peut être.
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Diacerant. Partie I : Pax Venator    Ven 26 Mai - 17:52

Les cloches de l’église de Saint-Suaire se mirent à lentement sonner, et toute la garnison de la citadelle, à l’exception des gens d’armes qui assuraient la garnison, furent conviés à s’amasser devant la grande chapelle. Le fond de la nef était occupé par tous les manants du château ; Les cuisiniers, les forgerons, les servants, les petites mains qui entretenaient l’édifice et pourvoyaient à tous ses besoins en chauffage ou en nourriture. Sur les bancs se trouvaient également des combattants, mais qui appartenaient à la roture ; Il y en avait beaucoup au teint mat, venant du sud, et d’autres qui au contraire ressemblaient à des blancs-becs bronzés par le soleil de Levantine, les premiers étant des turcopoles portant des arcs, les autres des hellvètes venant des villages montagnards des Alpyrénées. Tous s’agenouillaient et croisaient les mains au passage de la sainte-relique que l’on vénérait.
À la place d’honneur, les chevaliers-traqueurs ordonnés, et leurs pages et écuyers. Ils placèrent un genou par terre, une main sur leur front, et se mirent à réciter des prières en latin quand on posa l’objet sur l’autel. Puis, tous, l’un à la suite des autres, arriva devant, et projeta un peu d’huile sainte dessus.
C’était un morceau d’orichalque, surnommé « la griffe », avec laquelle Sainte-Carmen avait changé la face du monde lors de sa grande Odyssée. En passant devant, tous devenaient humbles, même Éloi d’Ossanie qui avait passé sa matinée à avoir des fantasmes lascifs sur les putes qu’il pourrait serrer ; Soudainement, il s’était transformé en enfant de cœur, tout doux, tout chaste, baissant les yeux face à la beauté simple et valeureuse de ce morceau de pierre verdâtre qui était protégée dans un écrin d’or et de velours, placé sur un coussin rouge et pourpre brodé avec des fils d’argents et agrémenté de pierres précieuses.

Quand le service fut fini, on décida de convaincre certains des chevaliers dans le bureau du Grand-Commandeur, et c’est avec une appréhension certaine qu’Éloi d’Ossanie, Urraque de Léon, et Clarence de Villepalme montèrent les grands escaliers en colimaçon qui conduisirent vers le plus haut étage du plus haut donjon du Saint-Suaire.

Ils entrèrent tous trois dans un grand bureau aux murs couverts de tapisseries et d’écus aux couleurs du Krak. Ils vinrent s’asseoir sur des fauteuils devant une grande table en bois d’ébène, mais n’y restèrent pas assis bien longtemps. Quand une porte métallique s’ouvrit, ils se levèrent tous les trois pour faire face aux gens qui pénétraient à l’intérieur, et qui vinrent s’installer face à eux, avant de se rasseoir.

Trois personnes face à trois autres. Devant les chevaliers, le chambellan nègre qui gardait un rictus narquois sur ses lèvres, et à leur droit le scribe Vincent, avec son visage vieux et ses cheveux blancs, qui sortait des papiers devant lui. Au milieu, transpirant d’autorité dans son armure dorée, le Grand-Commandeur Vulgrin de Chartres, qui se mit à leur parler. Vulgrin était un grand homme, au physique bien françois, mais au regard constamment triste avec ses sourcils levés sur son front.

« Bonjour mes frères et mes sœurs. Je suis ravi de voir que vous êtes toujours en vie. Malheureusement les circonstances de votre venue ici sont inquiétantes.
Je vous rassure, il ne s’agit aucunement de vous passer un savon ; Vous n’êtes pas la cause de mon inquiétude. Mais vous risquez d’en être bientôt mêlés... Comme tout l’ordre y est mêlé. »


Il tendit sa main vers frère Vincent, qui lui donna une liasse de papiers, y comprit une jolie lettre qui portait un sceau brisé ; Le sceau d’or du Krak.

« Comme vous le savez les défis sont nombreux, et je vis actuellement dans une grande inquiétude pour mes commanderies du Levant et des Balkhans.
Il y a d’abord le contexte international, qui est indépendant de notre volonté. Le Chah de Tripoli a envahi la Sicile, et le Podestat de l’Alcyonienne République de Venise préfère envahir des îles et raser des ports de commerce que libérer la terre anabaptiste. On murmure que l’Augure d’Aube souhaite ordonner une grande croisade qui pourrait enflammer tout le bassin de la mer Âcre. Le Roi d’Outremer est directement en face des forces du Calife, et l’Ordre du Saint-Cippe y est solidement ancré... L’Ordre a été construit pour lutter contre les monstres, mais on ne pourra pas rester neutres cette fois-ci. Si l’ennemi attaque, on n’aura pas d’autres choix que de participer à la Croisade.
En plus de cela, il y a, comme vous le savez, une série de meurtres qui ont lieu dans les villages. Tout à commencer au sud de l’Ouromagnie, pour gagner des bourgs reculés des balkhans, et maintenant, les meurtriers semblent tracer jusqu’à la Levantine. On dirait véritablement que c’est un groupe de nomades qui est à l’origine de ces crimes. Ils vont de villages en villages, et y massacrent les habitants, profanant les églises et laissant les corps dans des positions horribles... Les rumeurs s’amplifient et gagnent jusqu’aux villages les plus reculés. Il y a de plus en plus de psychonautes qui naissent dans la région, vous en avez poursuivis. Il me semble que les deux actes soient liés.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, j’ai reçu un courrier du Krak. Une alerte... Ils ont reçu un courrier étrange, et à présent, le Grand-Maître de l’Ordre m’a appelé pour que j’aille me présenter au fort des Alpyrénées, en personne, dans un Grand Conseil qui décidera des événements qui auront lieu dans les semaines qui viendront.
Malheureusement, je ne souhaite pas quitter le Saint-Suaire avant de m’assurer que les affaires soient en ordre. J’ai demandé à Narcisse de me régenter, et j’ai toute confiance dans son expertise. Mais j’ai besoin de votre aide.
Avant mon départ, vous allez mettre fin aux agissements de la horde qui déferle de villages en villages. Et vous allez avoir pour cela une grande aide, unique, inattendue.
Dès demain matin vous embarquerez avec vos chevaux pour gagner le port de Tripoli. À partir de là, vous rejoindrez l’île d’Athènes. Vincent vous accompagnera. »


Un silence gagna les trois chevaliers ; Un silence vite rompu par sire Éloi.

« Athènes ? C’est pas... La cité des Chroniqueurs ?
– Elle-même. Les chroniqueurs disposent d’une technologie qui vous permettra de trouver la horde qui massacre des villages. Une technologie qu’ils appellent « l’œil dans le ciel ».
– Sauf votre respect, monseigneur... Les Chroniqueurs sont des gens étranges et peu appréciés. Il y a de nombreux chroniqueurs qui fréquentent les sultans et les vigiles. Pourquoi nous aideraient-ils à traquer une bande de psychonautes, qui sont probablement envoyés par la Mosquée ! »


L’accusation qu’Éloi lançait était très grave, mais non moins dénuée de sens.
Depuis quelques années, les Grands-Maîtres des Vigiles et des Traqueurs s’étaient rencontrés en terrain neutre, pour discuter de sujets privés qui les concernaient. Depuis, les deux organisations avaient prévu de rester entièrement neutres et de rester chacun sur leur bout de continent très peu délimité. Mais les meurtres et les rituels paraissaient trop exotiques, trop orientaux, trop... « étrangers ». Il ne faisait de toute aux yeux de personne que les Vigiles devaient être mêlés à ces agissements.

« Votre objection est compréhensive, sire Éloi. Mais je vous assure que les chroniqueurs d’Athènes sont, au moins sur ce point, dans notre camp.
Le voyage vers Tripoli ne sera pas difficile. J’espère juste que d’ici-là, les troubles avec le calife ne vous guetteront pas. L’Archipel des Balkhans est en partie contrôlé par des apostats qui prient vers la Mecque, ils pourraient décider de s’attaquer à vous et vous empêcher de rejoindre Athènes.
C’est pour cela que votre voyage ne sera pas officiel. Les détails ont été prévus par Vincent, qui vous servira de guide. Pour le départ de votre étape jusqu’à Tripoli, vous accompagnerez une caravane de marchands, pour un voyage à travers le désert qui prendra une bonne semaine. Ensuite, ne vous inquiétez de rien, tant que Vincent et ses papiers vous accompagnent, vous serez en sécurité.
– Mais... Il parle pas ?
– Il ne vous parlera pas, non.
– Vous êtes sûrs que c’est pas plus simple de-
– Pax Venator, traqueurs.
– Pax Venator. »




Les Traqueurs s’étaient armés après une journée et une nuit de repos. Le lendemain, à midi, les grilles de la forteresse se levèrent et les héros partirent, en armes, pour gagner la bourgade étalée sous le promontoire de la montagne.
Il y avait là une grande caravane qui les attendaient, faite de chameaux, des ânes et de dromadaires, de villageois et de coursiers, de charrettes remplies à ras-bord de victuailles et de choses en tout genre à aller échanger sur le port de Tripoli. Une trentaine de marchands et de simple voyageurs, plus quatre ou cinq gardes qui étaient debout sur des chevaux de mauvaise qualité, armés de lances et d’arcs sur leur dos. Tout le monde fut impressionné par les traqueurs, et firent les yeux ronds, même ceux qui venaient du sud et qui priaient el-Yaqiza : Les guerriers traqueurs sont des gens avec lesquels il fallait faire attention.
Les rares femmes du convoi étaient voilées de la tête aux pieds, et marchaient à la suite des hommes. Les traqueuses furent un peu étonnées, et Sobrieski n’avait pas pu s’empêcher de lancer une plaisanterie qui n’avait rien eu de cocasse, à l’attention de dame Clarence. Hakim a simplement foudroyé du regard le jeune roitelet, le reste des traqueurs étant bien trop concernés par leur tâche pour la relever.

Ils marchèrent à travers le désert. En réalité, c’était un désert bien plus simple à traverser que la grande étendue qui séparait la Lévantine du Califat. Il y avait ici de nombreuses oasis, des villages qui recevaient de l’eau propre grâce à des oléoducs, et les paysages ressemblaient plus à des montagnes escarpées qu’à une étendue insurmontable de sable. Pour les femmes et les marchands, c’était éreintant. Pour les Traqueurs qui avaient survécut aux montagnes enneigées des Alpyrénées, c’était une partie de plaisir. Même s’ils devenaient rouges et suaient avec la force du trajet, ils ne manquaient pas d’eau pour se désaltérer. D’autant plus que le trajet n’allait pas durer une éternité : Du Saint-Suaire au port de Tripoli, peut-être une semaine de marche au maximum. Le tout allait être ennuyant plus qu’autre chose.
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MessageSujet: Re: Diacerant. Partie I : Pax Venator    Dim 28 Mai - 18:29

- Ce bled n'existait pas la dernière fois que je suis passé dans le coin... Maugréa Eloi, rougeaud et éreinté.
- Ça remonte à combien de temps ? Questionna alors Urraca du même ton lourdé de fatigue, crachant le noyau de sa dernière olive qu'elle avait pu embarquer avec elle pour le voyage.
Le chevalier se gratta distraitement la barbe. Pleine de sueur celle ci n’arrêtait pas de le démanger.
- Pas mal de temps... quelques années. Pour mon dernier pèlerinage au Saint Suaire. J'en avait évidement profité pour faire un saut au grand Tripot.

Devant la caravane se dressait un grand campement, entouré de palissades éclatantes sous le soleil déclinant. De petites silhouettes s'activèrent à pousser les grandes portes pour laisser entrer la procession qui s’avançait à eux. Plus d'une quarantaine d'hommes, de femmes, de bêtes et de marchandises. Les caravanes marchandes ne se déplaçaient guère plus qu'en gros effectif désormais, l'ombres des pillards planant constamment en Levantine, venant s'ajouter à cela le spectre de la guerre entre Nord et Sud.

La caravane éclata rapidement une fois les portes refermées derrières elles : les marchands s'en allèrent immédiatement faire affaires, les assoiffés étancher leur soif et les affamés leurs faim.
Les Traqueurs eux, restèrent à l'écart. Toujours dans l'ombre, vigilants.

Le campement se trouvait être qu'un amoncellement de tentes et de petits cabanons branlant, avec en son centre comme un site de fouille : la terre se trouvait ici creusé sur plusieurs niveaux, eux mêmes raccordés par des échelles de bois s’enfonçant toujours plus profondément dans le sable, puis le sol.

Anna, encore dégoulinante après s’être déversé une gourde entière d'eau fraîche sur sa face brûlante, observait de sa bute de terre la vie dans le camp. Elle constata bien vite :
- Il y a énormément d'enfants ici. Qu'est ce qu'ils viennent faire tous ici ?
En effet, le camp semblait grouiller de gosses, simplement vêtu de pagnes. Les quelques adultes présent ici se trouvaient habillés de tunique courte sans manche, jaunâtre. Anna aperçu une scène non loin : une femme, le teint brun et les cheveux secs, semblait battre à coup de bâton l'un des enfants qui laissa échapper de ses main le seau qu'il transportait.
- Ils appellent ce lieux "la Feraillerie". Indiqua Clarence, son journal -encore- ouvert entre ses mains. On m'a déjà parlé de lieux similaires qui existeraient en Hyspanie.
Son écuyer, voyant que sa maîtresse ne cogitait plus sur son cahier, en profita pour la questionner :
- Il n'y a pas d'bêtes. Pas de cultures là. Que font ils ici ?
La traqueuse eut un fin sourire et se retourna vers son écuyer qui se tenait toujours non loin d'elle :
- Ici ils explorent la terre. Tu vois comment ils ont creusés le sol là bas ? C'est parce qu'ils ont trouver un "gisement".
Une ville doit se trouver sous nos pieds, ensevelis par les sables. Les ruines de l’Ère Première regorgent de ressources.

Martel s'illumina, et comme un gosse répétant bien sa leçon, dit :
- L'époque d'avant la Fracture !
Clarence s'était faite un plaisir d’instruire son tout nouvel écuyer sur son sujet préféré, mais il lui restait encore énormément à apprendre. Elle acquiesça et continua :
- Les enfants font de bons mineurs malheureusement, ils sont petits et menus et arrivent à se faufiler dans les tunnels. Ils y récupèrent surtout des métaux pour les faire fondre.
- Des récupérateurs quoi. En méchamment cons !
Sobieski avait gardé comme à son habitude une oreille aux conversations alentours. Torse nue, ils se coupait les ongles, calé sur un coussin posé à même le sol sous leur grande tente ouverte.
- J'imagine même pas toute la technologie qu'ils ont dépiauté juste pour en ressortir le cuivre. Des trucs fameux ont été perdu j'suis sur. Des cartouches fondus pour forger une lance... pfff j'te jure. Les cons.

Anna hocha la tête en silence et finis par se retourner de nouveau pour continuer son observation distraite du campement.
- Une ville sous nos pieds...
T'imagines même pas ! Pensa Clarence enjouée. Tout un réseau pouvait s'étaler là dessous, les villes de l'ère première se trouvaient être bien plus grande et plus peuplée que celle d'après la Fracture. Des bâtisses gigantesques parfois construite en des matériaux  dont les secrets de fabrications resteraient à jamais perdu, eux aussi engloutit par la fracture. La chevalière ouvrit à peine la bouche pour se raviser immédiatement après. Elle ne voulait pas paraître lourde, le genre de fille à toujours se la ramener. Si Anna voulait en savoir plus, elle posera la question se dit la chevalière.

Plus loin, Eloi s'était levé. Humant l'air, il grogna :
- Ça pue la pisse le sang et le vice d'ici.
C'est marrant de voir à quel point le Tripot pue, même jusqu'ici.

Il ne leur resterait qu'une poignée d'heures de marche le lendemain matin avant d'atteindre enfin la ville portuaire et d'embarquer pour la mystérieuse île des Chroniqueurs.
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MessageSujet: Re: Diacerant. Partie I : Pax Venator    

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