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 Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]

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Mathusalem



Messages : 38
Date d'inscription : 12/09/2016

MessageSujet: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Dim 11 Déc - 23:39

Il faisait encore nuit alors que, dehors, chameaux et hommes s’apprêtaient. On sanglait les vivres, l'eau et les couvertures. On cachait les armes, enroulées dans du tissu. Les bêtes bramaient  mais restèrent docile, plus paisible que leurs maîtres. Le réveil s'était trouvé bien brutal pour les traqueurs...
Quand Henry sortit enfin, accompagné de Carmen bien évidement, qui avait prit le temps de se changer alors que les autres chargeaient les bêtes, Svetlana la balkane vint s'interposer, acariâtre :
- Quelle est son putain de problème ?
Elle pointa du menton la jeune hispanique, qui préféra continuer sa marche, penaude.
- Pas de connerie cette fois. Toi dis moi c'est quoi son putain de problème.
Elle est un danger. Redresses la chevalier Rex.

La balkane collait presque son interlocuteur, dents serrées. Zeus n'eut qu'à les apercevoir comme ça, les crocs sortis, pour accourir calmer le jeu.
- Wooow, wow. Y a quoi ? Y a rien. Viens m'aider à charger la mule patronne.
Le traqueur tira Svetlana par la manche, et elle fini par le suivre. Le sergent était déjà suffisamment à cran pour eux tous, pas la peine d'en rajouter entre eux.

Hassan, le propriétaire des lieux, alla personnellement dire ses au revoir aux membres de l'équipe. Serrant la main de chaque traqueur, il leur lança une formule de bonne chance dans sa langue et ce fut le départ.



* * *



Cailloux et herbes sèches.
Encore et encore.
Des heures et des heures.
Sous une chaleur épuisante.

Le terrain se vallonna peu à peu en fin d'après midi. Le groupe s’enfonça dans des petites ravines et autres cours d'eau asséchés. De petits arbustes poussaient ça et là, leurs racines tentaculaires s'arrimant aux rochers brûlants.
Même les lézards n'osaient sortir réchauffer leur sang froid, sous une chaleur pareille ils auraient cuit.

Pourtant ces collines grouillaient littéralement de vie. Tout autour d'eux était venus se poser des rapaces. Dix, vingt puis trente. Semblable à des corbeaux, mais plus rachitique et au plumage grisâtre. Cent, deux cent. Le boucan des claquements d'ailes et des croassements se faisait de plus en plus oppressant.
Un millier de ces rapaces les entoura bientôt.

Hassan les avait prévenu. Et avait aussi assuré qu'il n'y avait rien à craindre. Les rapaces ne s'attaquaient qu'aux voyageurs isolés.

Les bêtes, elles, étaient affolées par le vacarme.

Sur la route, des cadavres plus ou moins décomposés, et des ossements blanchit ne furent pas non plus de rassurantes augures.

Rien ne put disperser la terrible nuée. Coups de machette et coups de feu.
Svetlana avait même craquée et utilisée le lance flamme. Une multitude de boules de feu prirent leur envolent et le cri de la nué s'intensifia. Kra! Kra! Kra! Des heures durant.

Ce ne fut qu'une fois de retour dans la vallée, alors que Fès fut en vue, que la torture cessa enfin. Le nuage de rapaces ne s'aventura pas hors des collines.
- Putain de pays ! PUTAIN DE PAYS ! Hurla Roland, encore assourdit par de chimérique croisements.

Mal de dos terrible, soif inapaisable et oreilles encore vrillées d'acouphène, le groupe s'aperçu rapidement qu'il n'était pas sorti d'affaire.
Un essaim en remplaça un autre.
Des grappes entières de mouches grouillaient sur le sol, aux cotés de flaques de boues. Les insectes étaient si nombreux qu'on aurait dit le sol entier tartiné d'excréments.
Les pieds des chameaux en écrasèrent des tas entiers.
- Je l'sens pas...
- T'avais p'tet raison. Répondit Zeus.
- De ?
- La ville est envahie de monstres.

Toutes ces mouches... On aurait dit que Fès n'était plus qu'un cadavre immense et qu'elles s'en bâfraient. Une carcasse de ville livrée aux charognards.
L'image correspondait bien à la réalité : la ville en ruine se trouvait littéralement éventrée. Une immense cicatrice l'entaillait de part en part. Le canyon, ou plutôt la fissure, se trouvait large de dix mètres par endroit, comme de deux mètres à d'autres.
Quelle force infernale avait pu causer pareille balafre à la terre ?

Le soleil déclinait et le froid gagnait. Les traqueurs s'enfoncèrent dans la ville purulente.
Les antiques maisons avaient été pour la plupart réaménagées et même agrandies, des planches de bois, des bâches, l'on observait à l'intérieur du vieux mobilier qui tenait encore debout. Le lieux était sans conteste habité...
Mais sans habitants.

Pas de bruit.
Que des mouches.

Le vieux Rex dégaina calmement, et le reste de la section suivit le geste. Armes en main, le groupe s’enfonça plus profondément dans le dédale puant.


Spoiler:
 


La rue se trouvait bordée de cadavres. Pendus.
La peau grise, le corps distendu. Tous avaient le ventre largement ouvert, laissant pendre des tripes depuis longtemps sèches.
Et sa dégueulait d'asticots de partout. De partout. De la bouche jusqu'aux orbites vides. Et leur ventre, seigneur, il bougeait littéralement, il dégueulait cette masse blanche d'asticots. On aurait pu y plonger la main et en ressortir une pogne pleine tellement il y en avait.
- Vous... avez entendus ?
Carmen avait chuchotée, et tout le monde s'était instantanément crispé.

Les traqueurs continuèrent de s'avancer dans la rue, sur leurs bêtes.

Un croisement. Sur leur gauche, la fracture qui traversait la ville. A droite un cadavre détaché de sa potence, écrasé mollement au sol. Un enfant à ses pieds, s'affairant...
L'enfant leva la tête, laissant un instant de flottement. Puis il détala, bousculant du pied un sceau remplit d'asticots qui se déversa au sol.
Cassius fut le premier à lancer sa bête.
Le gosse filait de ruelle en ruelle, sautant par dessus les éboulis  alors que les traqueurs peinèrent à le suivre.
- On l'a perdu !

- Chef ! Chef !
Roland appelait de la rue principale.
Une buggy approchait.
- C'est l'une de la Citadelle de Gibraltar.
- Ce sont nos gars dedans ?
- Non.

Le vrombissement du moteur du tout terrain s’arrêta à une trentaine de mètre de là. Un gars enturbanné pointait la mitrailleuse embarqué sur eux. Il beugla quelque chose dans son langage.
- Heu... Sergent ?
L'étranger réitéra son appel, suivit par son collègue au volant, leur voix se mêlant.
- Sergent !
Zeus, devant le manque de réaction de Cassius, jeta pieds à terre et leva haut les mains :
- TRAQUEURS ! Cria-t-il.

Les deux étrangers échangèrent un regard et quelques paroles. Le conducteur arrêta alors le moteur de son appareil et sortit.
- Que... qu'est ce qui m'dit qu'c'est vrai ?
Son français était bon, l'accent présent mais pas trop lourd. Le gars s'était avancé à cinq mètre du groupe. Un petit bonhomme, peut être un mètre soixante, tout fluet comme son collègue sur la mitrailleuse.
Cassius en toute réponse dégaina son épée, qu'il planta au sol.
Intrigué, l'étranger approcha jusqu'à pouvoir toucher le métal de la lame.
- Que venez vous faire ici traqueurs ?
- Nous sommes à la recherche de nos compagnons. Sept d'entre eux. Ils...
- Qui t'es et où tu as trouvé ce bolide bonhomme. Coupa la lourde voix de Svetlana.
Le gars ne prit même pas le temps de la réflexion et répondit :
- On est la garde de Fès. Soldat du Caïd de Fès.
C'est la première fois qu'on sort avec le buggy. J'savais même pas qu'on en avait un. C'est le grand chef qui a demandé à notre chef à nous qui s'est les bons Gardes. Et not' chef à nous il a dis au grand chef "eux deux" et Fakir et moi on a la buggy maintenant. L'chef y dit d'en prendre grand soin et qu'c'est un honneur...

Le bonhomme déblatérait un flot impressionnant de parole en un temps record. Non pas qu'il semblait stresser, tout le contraire même, il s'agissait là de son flow naturel.
- On désire s'entretenir avec ton supérieur, soldat.   Coupa net Cassius.


Spoiler:
 


La population de Fès habitait littéralement les profondeurs de la ville. En effet il fallait se mettre au centre de la cité en ruine, au milieu du canyon pour trouver un semblant de vie urbaine. Sur les profondes parois était fichées diverses structures branlantes, et des ponts reliant les deux extrémités.
"C'est un vrai gruyère là dessous" Leur assura Saïd, chef de la Garde de Fès et bras droit du Caïd.
Saïd était venu trouver les traqueurs aux "pieds" de la ville de Fès. Car, si les citoyens vivaient au frais dans les sous terrains et sur les parois du ravin, une junte militaire occupait les bâtiments entourant le canyon. L'accueil fut immédiatement amical, même s'il l'on sentait la soldatesque on ne peu plus crispé.
Les gardes de cette ville n'étaient qu'armés de lances courtes, et vêtu de pagnes usés. Tout transpirait la misère ici. Même Saïd, souriant et aimable, avait les traits profondément marqués et les joues creusées.

Le chef de la garde avait coupé court aux questions, enjoignant plutôt les traqueurs à se poser "au frais" et à se désaltérer après leur longue et éprouvante route.

Cassius et les autres empruntèrent alors une première passerelle descendant dans le ravin, puis un pont menant à une grande grotte, séparée en deux par le canyon, comme s'il ne s'agissait que d'une tranche d'emmental.
L’atmosphère était poussiéreuse... mais délicieusement fraîche. Les traqueurs débarquèrent donc dans cette grotte où s'entassait tables et chaises. "La cantina" Leur présenta Saïd. Une poignée de badaud, le dos arqué, se trouvaient penchés sur leurs gamelles, avalant leur purée comme des affamés.

Les traqueurs prirent place à une grande table, tous étaient évidement suspicieux, à l'exception de Cassius  qui avait de toute façon l'habitude qu'on traite les traqueurs avec les plus grands égards, même si l'on possédait peu.
- Bogdan est un ami de Fès. Un grand ami.
C'est lui et ses traqueurs qui ont exterminés l'invasion de rat-taupe il y a un an de cela.
Ces saloperies sortaient de partout, je vous le jure, infernale, elles ont même grignotées nos dernières réserves de graines. C'est de leurs saletés de galeries que sont sortie ces satanés de mouches. Par million !
- Bogdan est repassé ici ?
- Il y a quoi... cinq jours. Avec ses gars et toute leur cavalerie motorisée.
Contre une buggy le Caïd leur a donné vivres et surtout une tonne de flotte. Vraiment, ils en ont remplit des bidons entiers. Ils se sont pas attardés... faut dire, avec le bordel que c'était.

- Quel bordel ?

Un type approcha de leur table, pied bot et manchot, le miséreux avait les cheveux broussailleux et un fort strabisme divergent. C'était un serveur et il leur amenait un pichet d'eau. Sa main gauche avait visiblement était amputée, mais il tenait sans trembler le plateau et la dizaine de verres en équilibre sur son moignon.
- L'eau est bien notre seule ressource ici. Soupira Saïd en tendant son verre.
- Vous la puisez ? Demanda Roland.
- Non. On a des capteurs de rosé un peu partout. On tend des bâches vous voyez, et au petit matin on récupère quelques bidons d'eau, rien que part la condensation.
Saïd s'enfila d'une traite son godet.
L'ambiance dans la grotte était reposante. Les bruits de fourchettes raclant leur gamelle en fer, les mastications et autres discutions se trouvaient étouffées par le plafond bas.
- Que vous ont ils dit sur leur mission ? Attaqua Cassius, qui n'en démordait toujours pas.
- Hola, ne vous inquiétez pas, vos gars se sont montré on ne peu plus discret.
C'est pas parce que je dis qu'ils sont nos amis que... enfin qu'ils vont nous livrer les secrets du Krak. Les traqueurs de Gibraltar sont respecté ici parce qu'ils nous on bien aidé voilà tout.
Vous inquiétez pas chevalier.

- Que vous ont ils dit exactement... C'est très important. Leur vie est peut être en danger. Tenta Roland, qui s'était penché sur la table, l'air de la confidence.
Le chef de la garde n'en fut qu'à peine étonné.
- Evidemment, partir aussi loin à l'Est... c'est forcément du suicide. Saïd reprit alors, navré de ses mots : Je veux dire, avec le respect pour votre Ordre ! Les chevaliers sont des hommes, et les hommes finissent toujours engloutit par les sables mes frères.
- Ils vous ont dit qu'ils partaient à l'Est ?
- Oui. C'est tout ce que Bogdan m'a dit. Je m'en rappel bien, je lui avait dit : ne pensez même pas pouvoir faire escale à Oran ou ailleurs... Partout où la vermine Libyenne s'est installée, le mauvais œil à suivit. C'est une ville morte.
- Qu'est ce qu'il allait chercher aussi loin...
- Ah ça, je lui ai bien demandé, avant qu'ils ne repartent.
- Et ?
- Sauver ce monde il m'a dit.


Saïd fixait son godet qu'il faisait tourner entre ses doigts, sans le voir, il se remémorait plutôt sa dernière rencontre avec Bogdan. Sur le coup il n'avait pas fait attention à ces dernières paroles. Ce qui l'avait bien évidement marqué avait été le ton cassant du traqueur. Il n'avait rien dit, mais son ton et ses yeux avaient parlé pour lui, Bogdan était emplis de dégoût.
Ça, ça avait été dur pour Saïd... et voilà qu'on l'avait amené à revoir cette scène, à ressentir à nouveau le blâme et la honte. Il ne pu alors s’empêcher de répondre aux airs de mépris de Bogdan, mais en parlant pourtant à ces traqueurs étrangers :
- Vous les traqueurs vous nous sauvez en exterminant les monstruosités. Et on vous en remercie.
Mais quand la maladie vient, et la famine, vous nous laissez tous mourir.

Cassius, toujours aussi agité depuis Gibraltar, tiqua à cette attaque que pourtant tout traqueurs entendait au cours de son service.
- Nous ne sommes pas là pour sauver ! Nous sommes là pour purger ce monde de la corruption mutante. Depuis toujours telle est notre mission.
Saïd semblait désolé... de ce qu'il avait dit d'une part, d'avoir bassement critiqué ces nobles chevaliers, mais encore plus désolé de la réponse du sergent. Il se leva alors, poliment :
- A quoi bon nous sauver de la menace mutante si, au final, il n'y aura plus personne à sauver ?
Il reprit son manteau posé sur son siège, l’épousseta de sa poussière et l'enfila calmement.
- La compagnie de chevaliers du Krak est toujours plaisante, mais je ne peu plus continuer à me dérober de mes besognes quotidienne.
Mes frères, veuillez accepter l'hospitalité de Fès et de son Caïd pour cette nuit.

Le chef de la garde claqua du doigt le serveur, l'ordonnant d'un geste de servir les invités, puis il partit.

- Hm. Il m'a l'air plutôt sérieux comme gars. Commença Zeus.
- Il est sincère en tout cas. Ça tient la route.
- Vous en pensez quoi Sergent chef ?
- Que si ils sont partis à l'Est nous irons à l'Est. Que, même s'ils sont partit jusqu'à Tunis, nous les traquerons.
- Traquer ? Hola... attendez, vous ne pensez quand même pas que... merde, qu'ils ont tués nos frères ? Leurs frères ?
- Et toi vieux Rex, tes tripes te disent quoi sur tout ce bordel ?

Le serveur boiteux et manchot revint, une marmite sous le bras et une pile de gamelle en équilibre sur son avant bras mutilé.
- Pardon sidi. Fit il alors qu'il s'interposa entre Henry et Carmen pour commencer à les servir.
Une gamelle en fer accompagné d'une purée blanchâtre, grumeleuse et fumante.
- C'est quoi ça ?
- La manne. Souffla l'estropié.
- Pardon ?
- C'est tout ce qu'il y a à manger ici... ça et les champignons des grottes.
- Je vois...
Voilà qui expliquait peut être l'aspect rabougri des habitants de cette ville.

Le serveur semblait mal à l'aise, ses yeux étaient comme fou et papillonnait dans tout les sens. Certainement parce que Svetlana  avait ancrée son regard dans le siens depuis le début de son service.
- Je n'ai vu aucunes femmes, ici.
Les traqueurs qui ne l'avaient pas encore remarqués se révélèrent en zieutant tout autour d'eux, observant les quelques hommes alentours attablés face à leurs purée.
- C'est qu'on garde nos femmes en sécurité.
Roland, à son tour, tilta :
- Je n'ai vu surtout aucuns libyens dans le coin.
- Ah ! je me demandais pourquoi je me sentais aussi bien tiens ! Pas de nègres, je respires putain !
Le serveur, lui, ne rigolait pas... Svetlana le força alors à s'asseoir avec eux.
- Des milliers de libyens chez les ibères, mais pas un seul chez leurs cousins berbères. Constata simplement la Balkane.
- Il... il y en avait tout autant ici aussi. Pour un d'entre nous il y en avait cinq d'entre eux... maudits
Le serveur était tassé sur lui même, ses dents claquaient presque alors qu'il sifflait ses phrases.
- Ces maudits ! Ils ont amenés le mauvais œil. Le mauvais œil.
Pestiférés, sorciers, violeurs...

- Des réfugiés surtout.
Le serveur lui lança un bref regard noir, mais baissa immédiatement après la tête.
- T'inquiètes, on voit le tableau, chez les ibères aussi ils ont foutues une belle merde ces cons là.
- Ont ils amenés leurs mouches avec eux ? Non. Cracha-t-il, débordant d'une haine acide. V-v-v-vous ne savez pas c'que c'est d'avoir faim... d'avoir si faim... faim à vous en bouffer la main.
Ils étaient si nombreux... si nombreux. Et nous si peu. Et il en venait encore et encore.
Plus il en venait, plus on avait faim.
Plus ont était nombreux à avoir faim.

N'en tenant plus, il se dégagea du banc et partit en boitant. "Le Caïd nous a sauvé. Il nous a tous sauvé."

- Je... je pige pas.
- Y a rien à piger. Répondit Zeus à Roland, attaquant enfin sa ration de bouillasse.
La balkane avala comme une affamée sa portion.
- De toute façon ce qu'il se passe ici ne nous concerne pas... Commença Roland. Qu'est ce que c'est ? J'ai l'impression de bouffer une farine huileuse. Il sentit la portion pêchée par sa cuillère en bois. Et ça ne sentait pas grand chose.
- Tunis... c'est loin comment ? Questionna la Balkane, qui n'avait aucunes connaissances de cette partie du monde.
Zeus ne put qu'en rigoler.
- C'est pas que c'est loin. Enfin si. C'est surtout que c'est un putain d'enfer. Tornade de feu, raiders dégénérés et ces saloperies de scorpions, bon sang !
- Ah ! T'as la phobie gros dur ?
- Putain, j'suis pas du genre à me la jouer ou quoi hein, j'en ait vu ! Ça j'vous le dis j'en ai vu des trucs ! Mais des scorpions de la taille d'une putain de jeep ça j'peux vous dire que... bha.
- Je savais pas que t'étais déjà allé dans l'coin Zeus.
- Nan... j'aime ni le sable ni les négroïdes. Mais quand j'étais mercenaire, j'ai eut une mission en Sicile tu vois et...


A l'autre bout de la table, Cassius était vert.
Il fixait sa gamelle. Une purée blanchâtre grumeleuse. Pâteux en bouche, au gout farineux très prononcé. Trop prononcé pour être de la farine. Du bout de sa cuillère et l'estomac noué, Cassius attrapa un bout encore gesticulant. Une partie d'asticot avait visiblement réchappé aux lames du hachoir.
Faillant s'étouffer d'abord, le sergent recracha bruyamment.
Svetlana éclata de rire.


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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Lun 12 Déc - 15:25

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent. Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront Tous les jours de ma vie, Et j'habiterai dans la maison de l'Eternel Jusqu'à la fin de mes jours.

Rex avait vieilli. Tellement vieilli. Trop vieilli. Il le savait bien sûr, même s'il ne voulait pas s'en rendre compte. Mais il avait vite comprit lors de la traversée du désert, avec les rapaces qui tournaient autour. Sa jambe lui faisait un mal de chien, et il n'avait plus de drogue pour lui permettre de résister. Il avait le souffle coupé, il avait chaud, il avait sentit la mort arriver.
Et Carmen, plus que tout, l'avait sentit. Elle ne comprit pas pourquoi, mais elle passa le reste du trajet assez terrifiée, en sentant son amant de plus de 30 ans son aîné, qui était en train de petit à petit rendre l'âme. Et par on ne sait quel miracle, il survécu, pour arriver jusqu'aux portes de Fez. « Portes » n'était pas le bon mot... Mais on y reviendra.

Alors que Rex était sur le point de crever, on vit non loin des épouvantails dressés le long de la route. Épouvantails qui firent très mal leur travail ; Les corbeaux arrivaient pour leur picorer les yeux et leur arracher des morceaux de muscles. C'était immonde. Tout bonnement immonde. Puant. Mais Rex semblait avoir l'habitude. Il se contentait de serrer les dents et plisser les yeux, tout en s'avançant vers les tréfonds de la ville qui s'était réfugiée dans une griffe arrachée à la terre.

Il y eut le rendez-vous avec Saïd. Rex ne dit pas un mot. Il comatait à moitié. Il faisait un sacré malaise. La chaleur, la fatigue, la faim, tout ça plus ou moins accumulé, avec une sorte de problème au ventre, qui le mettait mal à l'aise, ballonné... Il avait envie de vomir, de tout dégueuler, mais il avait appris qu'il fallait pas faire ça pour garder des forces.

Puis on les avaient servis à manger et à boire. L'antique chevalier comatait un peu. Assis sur sa chaise, le regard vide, un peu hagard. Il écoutait d'une oreille distraite les autres qui parlaient entre eux. Néanmoins, il nota que Cassius continuait de penser qu'il était possible que Bogdan ait trahi l'ordre.

- Et toi vieux Rex, tes tripes te disent quoi sur tout ce bordel ?

Vieux Rex leva la tête. Il haussa les épaules, avant d'observer à nouveau sa gamelle dans laquelle il se força de manger.

- J'ai connu Bogdan. Il était juste chevalier à l'époque. Un ami d'Azrael, il me semble. Mais il n'a jamais fait autre chose que rester dans le décor, un gars standard, c'est tout.
Mais il a attiré les foudres du Krak, et notamment de Strabo et de Mohammed à l'époque où il était pas régent... Parce qu'il avait du mal avec notre vœux de neutralité.
Enfin je veux dire... L'ordre a toujours eut des alliés, bien sûr. Mais lui... Lui, il pensait que la seule chose qui importait, la seule, c'était la destruction des psychonautes. À n'importe quel prix. Et pour ça, s'il le fallait, il hésitait pas à fournir un coup de main à des raiders ou des tarés locaux, en sachant qu'ils lui renverront l'ascenseur. Lorsqu'il était dans les Balkans, il lui arrivait d'acheter des armes à des gros trafiquants. Et en échange, il hésitait pas à utiliser ses traqueurs comme gros bras, pour faire de l'épuration ethnique... Parfois quelques meurtres.

- Mais, comment il a fait pour diriger Gibraltar ?
- Strabo l'avait dit. Parce que c'est le meilleur. On n'a jamais pu aller à l'encontre de son bilan : Il a purgé la Serbie des psychonautes. Pas repoussés. Purgés.

Petit silence à nouveau. Zeus le regarda droit dans les yeux.

- Mais... Est-ce que c'est le genre de gars qui aurait pu tuer ses frères traqueurs ?

- Il l'aurait jamais fait sans raison.
- Et s'il avait une raison ?
- Alors oui. Carrément. Il aurait pu les tuer.

Tout le monde continua de manger sans rien dire.

- Il est peut-être déjà mort... Souffla Carmen.
- Les traqueurs disparaissent tout le temps. Mais j'ai appris avec le temps qu'il fallait jamais dire qu'ils soient morts avant de voir leurs cadavres.
- Tu veux dire... Comme Bastian ? Ricana Zeus.
- Bastian n'est pas mort. Il peut pas être mort. Faut l'avoir déjà vu utiliser une épée pour en être sûr...
Bastian tout le monde ne l'aimait pas. Azrael le haïssait, et je pense que peut-être qu'il y avait un peu de jalousie là-dedans.
Il peut pas être mort. Je le dis avec toute l'assurance du monde. Mais c'est pas une bonne nouvelle.

- Pourquoi ?
- Parce que, pour tous ses défauts, jamais Bastian ne serait parti, jamais il n'aurait abandonné le Krak, sans une véritable raison.
J'ignore ce qu'il a trouvé en Scandinavie. J'ignore ce qu'il s'y cache. Mais quoi que ce soit, ça doit être suffisament terrifiant pour anéantir l'Humanité.

- Et Bogdan, alors ? Si ça se trouve c'est un syndrome psychologique, t'sais... Les mecs qui s'amusent à tout quitter pour partir en Croisade !
- Don Quichotte, dit Roland.
- Quoi ?
- Don Quichotte, c'est comme ça qu'on appelle quelqu'un qui dédie sa vie à une lutte sans réel but.
- C'est quoi cette langue, « Don Quichotte » ? C'est les bougnoules ?
- C'est espagnol.
- La même chose alors !


Rire gras.

C'est après que le serveur vint et se mit à discuter avec tout le monde. Et malheureusement, ce qu'il dit ne servit pas à rassurer le groupe. Il partit en tremblant, bizarre, tandis que tout le monde se mettait à observer ses assiettes.
Cassius cracha.
Rex resta avec la fourchette surélevée, en grimaçant.

- Je crois que j'ai compris ce qu'il se passe.
Les mecs pendus à la surface, c'est les lybiens. Ils les laissent pourrir et récoltent les asticots qui sont pondus par les mouches...
Cela m'étonnerait même pas qu'ils aient quelques prisonniers ici même, à Fez, et qu'ils s'amusent à les pendres quand un cadavre fini trop décomposé, ou trop bouffé par les corbeaux. Avec la chaleur ça se conserve pas, tout doit pourrir vite.

- Putain de merde... Souffla Roland, les yeux écarquillés et la face blanche.
- C'est... C'est comestible au moins ? Demanda Zeus.
- Quand un asticot n'est pas lavé, on risque des infections. Sans oublier des myases sur la peau ou dans l'estomac.
- Et si c'est pas lavé ?!
- Zeus, calme-toi. Les corses mangent des fromages dans lesquels il y a des asticots vivants. La seule chose que tu risques, c'est des vomissements, des nausées, et des diarrhées sanglantes.
Il n'empêche... Pauvres Lybiens, putain. Même Enguerrand de Portugal qui tire au phosphore blanc, c'est plus humain que ça.


Silence à table.
Rex regarda Carmen. Elle avait sentit son assiette. Et immédiatement après, elle s'était mise à trembler. Trembler de partout. Trembler des mains, trembler des jambes. Ses yeux s'injectaient de larmes, et elle devint soudain incapable de déglutir, incapable de respirer. Elle était en transe. Pas difficile de savoir pourquoi.
Elle se retrouvait à nouveau dans son rêve. C'était ça. La neige, c'était des putains d'asticots. Et non seulement elle en avait ressentit sur sa peau, mais maintenant, elle en avait avalé. Elle avait l'impression de devenir folle, que tout ça était irréel.

- Carmen, ça va ?

Rex lui avait touché la main, et serré tendrement. Elle la retira aussitôt, se séparant de sa courte emprise. Elle avait horreur de ça. Elle se sentait tellement sensible. Elle se sentait la peau à vif. Elle avait envie de s'arracher l'épiderme. Oui, elle aurait préféré mille fois avoir la peau rongée, purgée par les flammes des mortiers du duc du Portugal, que de rester une seconde de plus là.

- Ça va...

Dit-elle sur un ton pas du tout convainquant.
Tout le monde la regardait à présent.

Elle ne voulait pas rester ici. Elle ne voulait pas. Elle voulait partir, le plus vite possible. Elle voulait s'échapper, en courant, pour ne plus jamais revenir ici, pas à Fez, pas au milieu des cadavres.

Et pourtant ça va être encore pire là où tu vas... Sembla lui chuchoter son chevalier français. Et pourtant, Henry n'avait pas bougé les lèvres. Il avait prit un verre d'eau pour se désaltérer.

- Madame fait pipi au lit, dit Svetlana sur un ton froid et particulièrement dur.

Carmen ne répondit pas. Elle préféra baisser les yeux. Les autres n'en rajoutèrent pas.
Mais la balkane n'en démordait pas. Elle observa Carmen qui tremblait comme une feuille.

- Mange.
- Svetlana...
- Qu'elle mange. Hors de question que elle faire malaise. Ok ? Elle est gamine, elle fout quoi ici ?
- Svetlana. Carmen est une traqueuse. Elle a passé les rites pour être initiée, exactement comme toi.
- Mais moi j'ai pas couché avec mon professeur...

Si Carmen avait pu disparaître, elle l'aurait fait. Et le pire ? C'est qu'elle savait, intimement, au fond d'elle, que Svetlana avait raison.
Qu'est-ce qui lui avait prit de faire ça ? De... D'avoir une relation avec un supérieur, comme ça ? Comment qu'on ne pouvait pas la considérer comme une putain après ça ?

Cassius, qui s'était pas trop remis de ses émotions en sachant qu'il mangeait les asticots de Lybiens, arrêta net la discussion.

- Il faut qu'on sache comment on va aller jusqu'à Tunis.
- Si on marche avec les bêtes, ça va être très dur. On risque de se faire attaquer par des gangsters locaux.
Avant, il y avait des gens qui maintenaient l'ordre au Maghreb... Mais depuis la crise, je suis incapable de savoir ce qu'il s'y trame. Il doit y avoir quelques tribus indépendantes, des indigènes qui ne parlent même pas une vraie langue. Les villes doivent succomber de plus en plus, mais des nomades parviennent à survivre, touaregs ou autres.
Fez n'a rien à nous offrir. Plutôt que d'aller directement à Tunis et suivre les vieilles autoroutes, on devrait aller dans un hub commercial, tenter de trouver un véhicule à la place de nos bêtes.

- Les Traqueurs ont-ils des postes en Afrique du Nord ?
- Il fut un temps où on avait des commanderies à l'ouest du golfe de la Géhénne. Mais c'était il y a longtemps... Et toutes ont été laissées à l'abandon, pour que Bastian Nardavec parte en Croisade. Elles doivent sûrement être occupées maintenant.
- Les coffres ?
- Toutes leurs ressources ont été reprises avant qu'on abandonne les châteaux. Il en reste plus rien, sinon de la pierre et des fortifications.
Mais, l'avantage, c'est qu'au moins, on sait où elles se situent. Et on sait qu'elles sont à l'abri des tempêtes de feu et de sables. Peut-être que si on va de commanderie en commanderie, comme des étapes, on pourra toujours avoir un coin avec de l'eau et un toit jusqu'à ce qu'on atteigne Tunis.
Mais comme je vous l'ai dis, ces commanderies sont sûrement toutes occupées, avec des locaux qui se sont mises dedans.
La ville la plus proche, c'est Oran, puis Alger. Mais si elles sont à l'instar de Fez ou de Gibraltar, faut s'attendre à avoir des ennuis dans le coin. Je pense qu'il serait plus sage de passer par les montagnes fertiles, où vivent les nomades et les sauvages, ils sont arriérés, mais c'est plus simple de parlementer avec eux.
Vous en pensez quoi ?
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Mar 13 Déc - 15:10

Roland passa une main dans sa fine barbe, pensif :
- On devrait suivre à la trace le chemin emprunté par le convois de Bogdan, histoire de ne pas rater le moindre indice non ?
Avec leur camion, je ne vois qu'une route possible : ils ont pensés comme nous, aller de commanderie en commanderie. Oran, puis Alger, jusqu'à Tunis. Etape par étape. Puis jusqu'au Golf...
- Qu'est ce qu'il nous dit qu'ils sont passés de l'autre coté de la Géhenne ? Qu'est ce qu'ils foutraient en Libye ?
Coupa Zeus.
- Hé bien certainement pour enquêter sur ce qu'il a bien pu se passer là bas ?
- Comment ça "ce qu'il s'est passé là bas" ?
- Hé bien sur ce qui a poussé à la migration de centaine de milliers de libyens.
- On le sait ça !
s'emporta-t-il. La maladie et les monstres, et ces pestiférés les ont amenés avec eux partout où ils sont allé.
J'vois pas comment Bogdan compte lutter contre la maladie...

- Me dites pas que je suis le seul à m’être demandé pourquoi ça a dégénéré en Libye ? Quelle est l'origine de ce mal qui s'est abattu...
- L'origine qu'il dit ! Y a pas d'origine, et puis on s'en fout, on lutte contre les mutants pas contre les germes bordel.

Encore une fois la discutions entre Roland et Zeus s'emporta, ce qui sembla réveiller Cassius de sa torpeur. Le sergent tapa du poing.
- La question est : nous devons aller à Oran. Mais par où ? En longeant la cote ou en passant par les montagnes.
L'ancien mercenaire leva les yeux au ciel, comme exaspéré, et souffla :
- Entre une promenade en bord de mer et une escapade dans des montagnes infestées de tarées certainement cannibales, la question se pose en effet !
Svetlana se tourna alors vers son supérieur, glaciale comme toujours :
- Vous êtes le chef. Vous faites le choix.
D'un ton dans le genre "assumes ton rôle de meneur pauvre con". Mais le sergent ne saisit pas vraiment la nuance dans ces paroles.
- Je dois y réfléchir.
Zeus étouffa un ricanement mesquin, et Svetlana eut un sifflement de serpent. Et le sergent prit la fuite, se levant de table, et allant faire les cents pas dans la grotte. La balkane en profita pour tirer jusqu'à elle la gamelle du chef qui, visiblement, ne la finira pas.

Roland renifla bruyamment et s'enfila le fond de son verre.
- Toute cette histoire... ça sent la magouille de psychonaute.
Le nom était lâché. Le pire ennemi de l'Ordre, car ils étaient le pire ennemi de l'humanité. C'était la pensée des traqueurs en tout cas, et leur véritable mission. Car si, l'écrasante majorité des missions de l'Ordre des traqueurs se trouvais être l’extermination des monstruosités mutante, sous toute ces formes, de la goule jusqu'aux rats géants, l'autre partie était la traque d'humains. Pas n'importe lesquels évidement : les psychonautes. Des hommes et des femmes aux capacités psioniques diverses, du contrôle mental jusqu'à la télékinésie.
Une nouvelle race humaine qui mettait en péril l'existence de l'autre, faible, dénué du moindre atout dans ce monde apocalyptique.

- Mon cul ! Éructa Zeus. Moi j'en ai déjà vu un de psychonaute ! J'en ai déjà vu un ouais. Et un balèze.
- Ah, tes missions au bordel ont finies par porter leurs fruits alors ?
- En Sicile mon gars ! Je connais le coin c'pour ça que le Krak m'avait envoyé. Y avait un de ces sorciers qui avait parasité... l'esprits des gosses d'un village ! De gosses bordel de merde, une bonne demie douzaine. Sous l'emprise psionique ...  C'était devenue des bêtes fauves ! Il en faisait ce qu'il voulait. C'était ses jouets.
...

Il pointa du doigt Roland avant même qu'il n'ouvre ça bouche, et reprit :
- Un psychonaute s'en prend aux esprits faibles. Aux gosses et aux attardés ! Vous le savez. Jamais on en a chopper un capable de s’immiscer dans un esprit solide. Alors un sorcier qui se la joue marionnettiste avec sept gars bien solide de chez nous mon cul ! Ce n'est pas possible ! CE N'EST PAS POSSIBLE !
Mais Roland n'en démordit pas et répondit lui aussi en haussant le ton :
- Et Tolède alors ? Expliques nous ça gros malin ! L'Ordre n'est pas omnisciente, c'est pas parce que t'as lu dans un livre qu'ils n'existaient que des psychonautes de type A B et C que c'est la vérité ! La vérité c'est qu'on en sait foutrement rien ! Si au moins on les écoutait avant de les massacrer peut être qu'on se retrouverait moins cons à l'heure actuelle.
L'ancien mercenaire s'était brusquement levé, pointant un doigt menaçant face à une telle assertion.
- Fais gaffe à ce que tu dis mon pote.
Heureusement pour tous, Roland fit preuve d'un plus grand contrôle de sois et décida de calmer le jeux. Il prit une inspiration et clarifia :
- Je dis juste qu'on vit dans un monde bien étrange, hé, des millions de mouches sont sorties des tréfonds de la terre ici même c'est pas taré ça déjà ?
Le psionisme est un de ces mystères aussi grand que celui de la mort, autant ne pas trop s'avancer sur la dimension réelle de cette... malédiction.

- Mais putain de merde, tu veux juste pas piger. Si un de ces connard avait le pouvoir de faire péter les plombs à une ville entière, pourquoi n'a t-il pas encore dominé le monde ?

Pour toute réponse il ne lâcha qu'un soupir d'exaspération. Trop fatigué pour s'échiner à faire comprendre son point de vue à cette tete de cailloux, Roland préféra prendre congé de ses camarades et aller trouver un coin où pouvoir pioncer.
Bientôt suivit par le reste de la troupe.

Henry claudiqua dans les boyaux de la grotte, à la recherche du trou qui allait lui servir de chambre et que lui avait montré le serveur manchot.
- Ça va pas fort, hm ?
Une voix sortie de l'ombre, bientôt suivit par une silhouette.
- T'as pas l'air en forme le vioc, mais j'ai exactement ce qu'il te faut pour t'éviter de clamser.
Le gars était torse nue, pantalon en jute et sac en bandoulière, mais visiblement en bonne santé, sa face jeunot rayonnante. Il agitait une boite de médicament.
- Tu me laisse ta fille pour cette nuit et t'en auras autant que tu voudras.
Spoiler:
 
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Mer 14 Déc - 18:02

- Va te faire enculer putain...

Henry regarda à peine le jeune homme qui agitait les médocs comme si c'était des bonbons. Et pourtant il en aurait bien eut besoin... Sa jambe le fit atrocement souffrir. Elle lui lançait, comme s'il recevait d'horribles chocs électriques au fond de sa chair. Il en serrait les dents, ses molaires tremblant entre elles.
Il passa une nuit assez horrible, roupillant à demi au fond d'un trou froid. Un sommeil sans rêve.
L'inverse de Carmen, qui eut un rêve sans sommeil.

------------------------

- Alors, chef ? Par où on va ?
- Par la mer.
- Comme si on aurait dû avoir la moindre hésitation putain.
Rex ?
Rex ?

- Ouais, je... Pardon, je me sentais moyen. Par la mer d'accord.

Un petit déj leur avait été servi. Pas d'asticots cette fois. C'était extrêmement frugal. Des sortes de... De fruits au goût amer et franchement mauvais, aucune idée d'où ils étaient allés chercher ça.
De toute façon, les Traqueurs avaient encore quelques vivres pour le reste de la route, à l'aide de leurs bêtes. On pourrait croire qu'une telle chose serait un avantage. Mais pas pour Rex.

- Se balader à pied avec les bêtes nous donne un aspect de caravane. Et les psychotiques ont l'habitude d'attaquer les caravanes.
- Honnêtement, repris Roland, les gens d'Afrique ne doivent pas être habitués à voir des caravanes venir de l'ouest. Plutôt celles qui fuient depuis l'est...
- Alors cela ne fera de nous qu'une proie encore plus appétissante. Maintenez vos formations et assurez vous de pouvoir tirer à tout moment.

Rex se prenait un peu pour le chef ces derniers temps. Il faut dire que Strabo avait laissé de grandes chaussures à remplir. Des chaussures que Cassius avait beaucoup de mal à enfiler. Le jeune homme semblait mal à l'aise. Peut-être encore choqué de la mort de son supérieur, pour lequel il avait beaucoup d'estime et d'amour. Peut-être surtout à cause de ses désillusions sur la nature humaine. La vue des cadavres de Fez, alors qu'on remontait à la surface, ça... ça avait eut le pouvoir de le miner. Mentalement et même physiquement. Il avait l'air assez mélancolique.

Les Traqueurs partirent à travers la poussière volante, pour finalement disparaître, laissant les tunneliers de Fez à leur habitat naturel.

Et ils commencèrent à marcher.
Marcher.
Marcher.

Svetlana clôturait la marche. Sûrement qu'elle craignait que quelqu'un ralentisse le groupe. Elle s'attendait à ce que Carmen flanche, ça se voyait. Depuis ce matin, depuis que l'hispanique était sortie de son pieu, elle n'avait pas arrêté de la suivre et de la surveiller, sans lui adresser la parole pour autant. Ca avait l'effet de foutre les jetons à la jolie jeune femme, qui baissait les yeux et continuait de trottiner en avant, à côté des bêtes.

Pourtant, celui qui flancha fut Henry.

Ils étaient sur un tronçon de vieille autoroute. Une autoroute vide, entièrement vide. C'était étrange parce que souvent les autoroutes avaient d'énormes bouchons de voitures rouillées dans lesquelles pouvaient vivre des SDF ou dans lesquels des monstres pondaient leurs œufs. Mais là, que de l'asphalt fissuré, et, sur les côtés... Des épaves de chars d'assauts français. On en reconnaissait le camouflage kaki et les vieux drapeaux tricolores peints. Tous, anéantis, enfoncés, recouverts de sables jusque dans le canon. Alors que tout le monde se mouvait, tête droite, à l’affût du moindre bruit, Rex s'écrasa sur le côté en crachant. Tout le monde s'arrêta et se retourna. Zeus s'agenouilla devant le vieux alors que les autres, sans paniquer, ou du moins sans montrer leur panique, entouraient le petit convoi avec leurs armes.

- Vieux ? Qu’est-ce qui te prend ? Oh ? T'es avec moi ?
- Ma jambe ! C'est ma jambe putain !

Pas d'insolation. Rex était parfaitement conscient. Zeus sorti tout de même sa gourde d'eau pour humidifier le front du vétéran et pour lui faire boire. Mais surtout, il commença à lui retirer le pantalon pour observer.

- Va pas croire que je suis pédé, hein, ricana-t-il avant de commencer à l'ausculter.

Il observa la jambe de Rex.
Il n'y avait rien. Rien à part une cicatrice, qui avait été formée il y a de cela longtemps. Pas de sang, pas d'infection. Carmen, qui était l'infirmière du groupe, s'approcha de son amant pour l'observer.

- J'comprend pas... T'as que dalle vieux.
- Je te jure putain ! Ça me lance ! C'est horrible !
- Tu la sens plus ?
- Si ! Si je la sens ! Je la sens plus que tout ! C'est... Putain ! J'ai envie de m'amputer ! J'y arriverai pas !
- Laissez-moi avec lui, je m'en occupe.

Une douleur fantôme. C'est comme ça qu'on appelait ce genre de symptômes. En apparence, la jambe n'avait rien, strictement rien. En vérité, le vieux traqueur en ressentait toutes les lacérations qu'il ait jamais vécu. Il pouvait revoir, à nouveau, l'hippogriffe lui déchirer les entrailles avec ses serres avant de le projeter dans un mur, l'encastrant net. Il avait mis tellement de temps à être rééduquer, et jamais il ne s'en est jamais vraiment remis...

Carmen attendit que personne ne regarda. Le reste du groupe surveillait, continuer de marcher un peu plus loin. Roland était partit pisser, Zeus se fuma une cigarette, Cassius alla amener les bêtes à l'ombre d'un des chars français pour qu'elles n'attrapent pas un coup de chaud. Ils étaient assez seuls, alors même qu'ils étaient au milieu de l'autoroute.

- Henry. Regarde-moi.

Elle plongea ses pupilles en lui, et lui caressa lentement sa joue barbue.

- Tu n'éprouves aucune douleur. Tu n'éprouves aucun mal. Tu m'entends ? Tu n'éprouves aucun mal, tu n'éprouves aucune douleur, tu n'éprouves aucun mal...

Lentement, ainsi, et à demi-voix, elle se mit à répéter les mêmes mots et les mêmes phrases. Et, ainsi, Henry se détendit. La douleur s'effaça lentement. Et il se releva, plus frais que jamais, sans même avoir besoin de l'aide de la jeune femme.
Elle avait ce don. Depuis son enfance. De pouvoir... Changer au plus profond d'eux-même l'esprit des gens. De pouvoir les influencer, dans leur subconscient. C'est pas comme ça qu'elle l'appelait ou l'imaginait, mais c'était la vérité. Et pour cause ; Carmen avait une force psionique. Une qui la rendait propice à être manipulée par les psychonautes.

Rex se mit à trotter, pour se défouler les jambes. Zeus sourit en le regardant.

- Tu pètes la forme le vieux. Qu'est-ce qu'elle t'as donné ? Pas du shoot j'espère.
- Nan, j'sais pas, ça devait être le soleil...
Dépêchons-nous de trouver un endroit où se mettre à l'abri.


Et ils marchèrent. Encore et toujours, sur la route. Il n'y avait aucun bruit, sinon le souffle du vent et des graviers au sol qui roulaient.

Alors qu'ils marchaient, Rex, discrètement, ressorti de sa poche un petit quelque chose. Un collier d'orichalque. Un qui lui avait été confié par Strabo juste avant sa mort. Il l'observa, en regarda ses propriétés, sa taille, son poids, sa forme. Il souriait un peu en le voyant. Un sourire nostalgique. Il se rappelait de son chef.
Carmen s'était furtivement rapprochée et prit le bras de son comparse, pour regarder ce qu'il tenait en ses mains.

- C'est le collier de Strabo ?
- Il me l'a donné avant de mourir.
Tu sais, quand il était blessé, il... Il a crié mon nom. Il aurait pu crier le nom de n'importe qui, sûrement de quelqu'un plus proche de lui, comme Cassius. Cela aurait été logique. Moi j'étais dans la jeep, assez loin de lui. Pourquoi il a crié mon nom ?

- C'était ton ami. Vous étiez proches. Il t'a dit quelque chose avant de...
- Non. Il ne m'a absolument rien dit.

Silence pesant. Carmen soupira.

- Tu t'imagines des choses... C'était juste son porte-bonheur, et tu étais son compagnon. C'est pour cela qu'il te l'a donné. Pas pour une autre raison.
- Oui. Tu as sûrement raison.
Dis-moi... Svetlana m'a dit. Enfin, non... Svetlana a dit à Cassius, qui a dit à Roland, qui m'a dit que tu n'avais pas réussi à dormir cette nuit.

- Non, j'ai... J'ai eu un cauchemar.
- Tu sais, moi aussi à une époque j'avais du mal à dormir. Mais-
- C'était pas un cauchemar, le coupa-t-elle subitement. C'était plus fort que ça. Beaucoup plus fort. Comme une... Prémonition.

Ca par contre, ça fit tiquer Rex. Il fronça les sourcils, et fit pivoter sa tête pour observer l'espagnole. Sa voix, aussi, se fit plus dure, plus rauque.

- Explique.
- Quand... Quand tu m'as retrouvé en train de convulser, et... 'Fin bref. J'ai senti des cadavres en putréfaction.
- Ca veut rien dire ça, c'est-
- Tu as déjà vu le Duc Enguerrand de Portugal ?
- Oui.
- Il est brun, assez grand, épaules serrées, chauve sur le devant ?
- Ouais.
- Je l'ai jamais rencontré de ma vie. Et pourtant, dans mon rêve, je l'ai vu... Je l'ai vu, là, pour de vrai. C'était lui. Je pouvais le sentir. Je pouvais lire dans ses pensées.
- Carmen, s'il te plaît... Ne soit pas sotte, tu ne vas pas-
- Il portait une bague avec un « I » sur l'annuaire gauche, il avait huit boutons à sa chemise, il portait un épais gilet pare-balle qui ressortait sous son manteau gris, il portait une épée avec une inscription en latin sur le manche, il-
- Carmen. Calme-toi. Tu psychotes.

En effet, elle avait soudainement paniqué. Mais elle ne comprenait pas la réaction de Rex. Il lui tourna le dos, et marcha d'un pas un peu plus rapide.
Elle avait horreur de ça. De... De ça. Elle en devenait un peu folle. De comment il l'envoyait chier tout le temps, sauf quand il avait envie de baiser. Tout le monde savait qu'ils couchaient ensemble, pourquoi soudainement la rembarrer comme ça ? Pour pas avoir la honte devant tout le monde ? Ca lui déchirait le cœur.

- J'ai eu un rêve... J'étais nue, et recouverte d'une matière noire, visqueuse, et puante... Comme du pétrole. Et autour de moi, il y avait des rires. Des rires d'enfants, des rires de fous, qui s’esclaffaient...
- Carmen, ne dit plus un mot. D'accord ? Plus un mot.

Il pressa le pas pour rejoindre Cassius, qui était juste au bout du convoi, à genre un ou deux mètres devant.

- Chef. On marche depuis ce matin et si on continue ainsi on sera à Oran dans deux heures max.
- Bien. Je suis ravi que nous ne soyons pas tombés sur un os...
- Il faut rester vigilants. L'Algérie c'est vraiment pas un coin facile.
Il y a des champs pétrolifères où quelques raiders installent des bases. C'est du brut, mais ils peuvent le vendre à des raffineurs.

- Je sais, Rex. C'est ce qu'on fait, on est vigilants.

Rex avait envie de lui parler de quelque chose. Mais il ne savait pas vraiment comment le formuler... Pourquoi parler soudainement des champs pétrolifères ? Qu'est-ce que ça avait à voir ?
Il observa Carmen, les sourcils obliques. Il ne savait pas trop comment gérer ce genre de choses...
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Ven 16 Déc - 15:19

Chaleur écrasante. Svetlana suait à grosse goûte, de ses lobes d'oreilles jusqu'au bout de son nez il pleuvait des larmes de sueur. Roland était rouge comme une écrevisse, plus habitué au froid du grand nord qu'il était. Et en s’arrêtant pour la blessure de Rex ce fut encore pire, comme si en stagnant votre sang bouillait d'un coup. Aussi étrangement qu'heureusement la crise passa vite et Rex continua à gambader gentiment. Une journée de marche, qui en suivait une autre, c'était harassant, physiquement et mentalement, mais le groupe tout entier serrait les dents et continua d'avancer.
- Putain de... ça veut dire quoi ça, on est arrivé ?
Un de ses antique panneau vert indiquant une sortie d'autoroute tenait encore ici, piteusement, rouillé et écaillé. Des mots avaient été peint dessus, en gros et en noir.
- C'est du latin.
- "Ici vivent les monstres".
- Hé ben... c'est qu'on est sur la bonne route alors.
Le convois ne s’arrêta même pas et passa par dessous alors qu'au loin se dessinait les ruines d'une grande ville, bordé par une mer aussi calme et plate qu'un marécage, comme si même ses vagues étaient morte.




Spoiler:
 

Les chevilles lourd, le dos trempé et le visage brûlant, les chevaliers pénétrèrent enfin dans ce qu'il restait de Oran. L’atmosphère était tout bonnement suffocante, autant sur l'autoroute, même si le soleil tapait dur un vent frais venu de l'Atlas allégeait la peine des voyageurs, mais ici dans le bourbier urbain ne restait qu'une étrange chaleur.
Toute la ville était étrange d'ailleurs, baignant dans un fin brouillard, brillant d'une lueur orangée alors que l'astre solaire touchait tout juste l'horizon.
Par précaution les traqueurs s'était dispersés en une longue ligne, laissant un espace de quelques mètres entre chacun des membres de l'escouade... créant un terrible sentiment d'isolement alors que, tout atour, dans chaque coin de pénombre morbide, on semblait les épier.
Il n'y avait rien pourtant, tout était vide, abandonné.

Rex faillit vaciller en sentant tout à coup son cœur se refroidir... il mit immédiatement une main sur sa poitrine, et y trouva son pendentif. La Griffe réagissait.
- Sur la droite ! Beugla Svetlana en face de lui.
La Balkane braquait son fusil à pompe en direction d'une fenêtre béante plongeant dans une épaisse noirceur.
- J'ai cru voir un truc par là.
Roland, derrière, pistolet en joue, s’avança imprudemment vers une tente déchirée. Retenant son souffle, il souleva la toile et n'y trouva rien d'autre que de la vaisselle cassé et une couche de poussière.
- Continuez d'avancer ! Cria le sergent en tete de file.
Planche de bois qui casse et grognements étouffés.
Putain de pays.
Putain de ville hantée.

Mais, pendant la longue demie heure de traversée, rien ne sortit des ombres, il n'y avait que les chevaliers et leurs peurs qui se projetaient dans celles ci.
Inconscient les écarts entre chaque membres de la section diminuèrent, pour qu'ils finissent cotes à cotes à la sortie de la ville déserte.
- Ça doit être l'ancien Fort.
Cassius désigna un ancien échangeur de voie d'autoroute, la portion restante en tout cas. En haut de celle ci se trouvait dressé des murs de tôles renforcé de sac de sables et de plaques.
- Et si on ne trouve rien ici aussi... ?
- On continuera jusqu'à Alger.
Enfin sortit de cette épave urbaine, la douce brise froide venue des montagnes et l'air frais de ce début de soirée vinrent laver les hommes de leur frayeur et de leur fatigue.

Les traqueurs et leurs bêtes montèrent sur l'autoroute jusqu'à l'ancien fort.

Là haut ils furent accueillis par une tête de fillette dépassant de la palissade.
Elle les regarda, ils la regardèrent et elle se tourna :
- Popa !
Une voix s'éleva du fort. La petite leur fit face à nouveau répétant mot pour mot :
- C'est qui ?
- Nous sommes chevaliers du Krak.
La petite bouille disparue sous la tôle et s'ensuivit un moment de flottement. Un crissement métallique indiqua qu'on déverrouillait la porte, un dispositif rudimentaire fait de plaques attachées à un grillage sur roues.
Les portes du Fort leur était désormais ouvertes.

Les chevaliers pénétrèrent dans l'enceinte un par un, passant devant la gamine qui leur tenait la porte. Une gosse qui n'avait pas encore toutes ses dents, la peau criblée de taches de rousseurs et des cheveux cendrés rassemblés en deux petites nattes, le regard farouche.

Le Fort était minuscule. Une tente et une caravane.
Devant cette caravane : une vieille momie, tassée sur son tabouret alors qu'elle épluchait on ne savait quel tubercule. Et devant la mamie : Un gars qui faisait cuir des brochette de pigeon dans un fut métallique troué lui servant de barbecue.
- Bienvenue ! Bienvenue !
Le jeune homme était enjoué, et s'empressa d'enlever son tablier de cuisine plus gris que blanc qu'il jeta à même le sol pour aller serrer les mains des nouveaux venues.
- Ça fait toujours plaisir de recevoir du monde. Et des chevaliers, alors la !
Cheveux court en bataille et longue barbe tressée, le type ne pu s’empêcher de regarder en détailles les nouveaux venus, non pas pour les dévisager et les analyser, mais tout simplement par curiosité.
- Quel bon vent vous mène ici, traqueurs ?
Avant même que Cassius ne sorte un son de sa bouche, le jeune homme précisa, toujours souriant :
- Moi c'est Guilhem .
Le sergent le toisa de haut, comme à son habitude envers les simples gens.
- Nous sommes en mission. Et nous venons nous abriter ici pour cette nuit.
- Vous venez de la ville ?
Le sergent ne daigna même pas répondre et fit bien comprendre qu'il n'avait rien à lui dire.
- Hé! Svetlana s'était approchée à grande foulées, le doigt levé, pointant la caravane. Où as-tu eut cette épée ?
Appuyée sur l'escalier escamotable de la caravane se trouvait l'une des fameuse épée bâtarde des traqueurs, le pommeau brillant , le fourreau bien ciré.
- C'est de mon pater. Son seul lègue. Il était chevalier, comme vous. Enfin peut être pas comme vous... vous avez pas le droit de fonder une famille normalement c'est bien ça ? Ou pas. Je sais pas. On a jamais été proche lui et moi. Jamais.
- Son nom.
- Jacques de Montpellier, monsieur. Il est partit y a quoi... je dirais trois ans. Pour le Nord je crois. Quelque chose comme ça. Vous... vous le connaissiez ?
- Non. Lacha froidement Cassius.
Guilhem, qui tortillait un torchon entre ses mains, sembla déçu, il mit le torchon sur son épaule et ses mains dans les poches de son short cargo.
- Bha... Il a passé toute sa vie ici de toute façon. Je sais pas ce qui l'a amené à partir comme ça, lui et ses gars. Enfin ses "gars", ils étaient deux.
Vous avez des nouvelles de...

- Non, aucunes.
- Bon, bon... Le jeune homme regarda ses pieds poilu un moment, ne sachant trop où se mettre face au ton cassant du traqueur.Et bien, joignez vous à nous, on allait se mettre à table. Vous pouvez attacher vos bêtes là. Y a un trou à chiotte derrière la tente. Et des bidons d'eau au frais, si vous voulez. Pour la graille par contre vous m'excuserez, si j'avais su que...
- On a ce qu'il faut.

La section de traqueurs s'était détendu, entouré de mur on se sentait à l'abri, et c'était pas ce gringalet souriant comme un benet qui allait constituer une menace.
La fillette avait déjà refermée la porte du Fort et passait maintenant entre les jambes des chevaliers, touchant leurs habits de ses petites mains quand elle n'était pas chassée comme un moustique.
Zeus se posa sur un rocher et émit un long soupir de soulagement en enlevant ses bottes, levant les yeux au ciel de bonheur alors qu'il pliait et déplié ses orteils endolories. Les autres se posèrent aussi petit à petit, reposant leurs articulations fatiguées et leurs muscles las, se jetant une bonne lampée d'eau et profitant du répit. Guilhem avait sortie une table et quelques sièges à coté de son bidon à brochettes et enjoignit les traqueurs à le rejoindre une fois que ceux ci s'étaient bien reposés, même s'il n'avait pas grand chose à leur proposer.

Cassius, en fouillant dans les besaces accrochés aux bêtes, s'aperçu rapidement que la nourriture poserait bientôt problème.
- Heureusement que j'ai prévu. Lui dit Svetlana en sortant des vieilles boites de munitions remplies de manne. Ça se conserve très bien, ils m'ont dit.
- Génial... Soupira son chef, déjà dégoutté.


- Je suis né ici ouais, j'ai toujours vécu dans le coin. Disait Guilhem, répondant à une question de Roland.
- Qu'est ce qu'il s'est passé en ville ?
- Ah ça... les dernières années n'ont été qu'une succession de merde. Y a eut les réfugiés d'abord, ca a créer pleins d'embrouilles. Des vols et des bagarres. Puis y a eut les maladies, et beaucoup de gens sont partit.
Puis y a eut les gorgognes.
- Les gorgognes ?
- Oui enfin moi je les appel comme ça. La ville en est infesté. C'est pour ça que j'ai demandé à votre grincheux de chef si vous étiez passé par là, c'est pas par indiscrétion ou quoi.
Roland fit un geste apaisant de la main et l'enjoignit à continuer.
- C'est bizarre qu'ils vous ait pas croqué le cul. Y en a partout. Mais ils quittent pas la ville heureusement. Enfin moi aussi j'ai eut une sacrée chance de m’être sortit de tout ça.
Une sacrée chance, ouais.

Le traqueur prit le temps de finir sa portion de viande séché ramené de Tolède avant de reprendre ses questions :
- Et ces monstres ils sont venus d'où ?
- De nul part mon bon monsieur ! Comme ça, y a quoi, peut être un an.
Et tous ceux qui restaient ont fuis.
...
Enfin tout le monde...
- Comment ça ?
- Bha y a nous déjà. Fit il en prenant soins de désigner la gamine et la vieille. Et puis y avait une bande d'irréductible... Ils créchaient au niveau du port. Des gens bizarres, je les approchait pas. Et les gorgognes non plus d'ailleurs. Étrange hein ? Tout ça c'est à rien y comprendre pour moi.

Roland fronça les sourcils, suspicieux. S'agirait ils de psychonaute ? Il était admis que ces gens là ont un impact sur les monstres mutants. Volontairement ou non d'ailleurs, et de tout un tas de façon différente, mais un impact quand même.
- Ils sont encore là ?
- Oh non. Y a quelques mois... des raiders sont arrivés. Dans le genre bien méchant. Je veux dire ils avaient des véhiculent et des armes.
- Ils les ont tués.
- Non.

Il triturait nerveusement sa brochette, déglutit et reprit :
- Ils les ont juste embarqué. Enfin ils les ont triés plutôt. Tuant certains, embarquant d'autres.
J'étais ici, avec la longue vue, je voyais tout, je les ai vu arrivé et j'étais tellement mais tellement terrifié. Qu'est ce que j'aurais pu faire contre un commando pareil ? J'arrive même pas à attraper une mouche.
Mais, enfin voilà quoi, je sais pas quoi vous dire, ils en avaient rien à faire de moi ou du Fort. Je... Je sais pas.
- Hé, hé.

Roland posa un main par dessus celle de leur hôte, visiblement chamboulé.

Le repas continua autour de la table, dans une ambiance de douce quiétude alors que la nuit tombait. On alluma quelques feu pour s'éclairer et se tenir chaud, aussi pour faire cuir quelques brochettes supplémentaires offerte par leur hôte. La gamine, après avoir longuement observée en silence leurs invités, s'était mise soudain à les bombarder de questions diverses, les uns après les autres, tout excitée.
Cassius lui aussi avait une question à poser. Et pas des moindres.
Le jeune homme lui répondit que oui, il avait bien vu passer un convois il y a plus d'une semaine de cela, un convois correspondant parfaitement à celui des traqueurs de Gibraltar. Ils ne s'étaient pas arrêtés alors même qu'il faisait nuit et avaient foncés droit à l'Est, toujours en longeant la cote.
- En plein par la cale sèche ! De toute façon y a pas de routes dans les montagnes pour un camion Précisa Guilhem.
- La "cale sèche" ?
- Entre Oran et Alger, c'est un désert pleins de vieux navires, alors c'est comme ça qu'on appel la région.
C'est fou comment le coin à changé en quelques années. Je me souviens de ruisseaux et de lacs et d'oasis aussi quand j'étais gamin. Et maintenant plus que du désert. Mais toujours ces vieux bateaux. Eux ils ont pas bougés.
Ouais... c'est fou comment ça a changé.


La Balkane, un pied sur le banc et se nettoyant les dents à l'aide de l'ongle de son auriculaire, demanda :
- Les montagnes il s'y trouve beaucoup de raiders encore ?
- Je sais pas vraiment. J'ai pas l'impression qu'il reste grand monde dans les parages. C'est étrange mais c'est comme ça. Tout le monde est parti.
Et les raiders, bha.
Il se souvint alors : loin au sud, il doit y en avoir. Y en avait des tas en tout cas, autour des puits de mazoute là. Y avait une raffinerie à Sidi Bel Abbes aussi... je me souviens, un matin au réveil, j'ai vu au loin une immense colonne de fumée. J'ai eut une de ses trouilles. J'y suis allée finalement quelques temps après. Tout avait brûlé. Il y avait des corps calcinés... rha.
Passant une main sur sa barbe tressée, il revoyait la scène : terrifié, découvrant le camp calciné, trempé dans le mazoute, décollant un corps de cette flaque visqueuse du bout de son épée tremblante. Il avait vomi misérablement sur le cadavre et se fut tout. Retours immédiat au Fort. Qu'est ce qui lui avait prit de venir là bas aussi ?
- Il y a encore du monde à Alger ?
- Je n'en ai aucune idée, désolé.
Vous savez, ça fait si longtemps que je n'ai pas vu du monde. Enfin autrement que du bout de mes jumelles.
Mais c'est une ville beaucoup plus peuplé qu'ici. Donc je suppose qu'il reste fatalement du monde.





-----




Le reste de la soirée se déroula en toute tranquillité, et si Roland s'était immédiatement effondré de sommeil sous la tente après le repas, Zeus et Svetlana passèrent un peu de temps avec la gamine qui avait sortit de la caravane un antique ballon de foot tout écorché. Dribbles, passes et rires. L'enfant était ravie, et les adultes aussi. Étrange de voir les deux gros bras de l'équipe jouer comme des gamins, et pourtant c'était bien ce qu'il se passait.
Leur hôte se laissait ballotter tranquillement dans son hamac, jouant un quelques aires orientaux avec son luth.

Le Sergent se tenait à l'écart, le dos droit et les deux mains dans le dos, il contemplait la ville par dessus la palissade. Il se faisait violence, au fond de lui, chaque heure de chaque jour, pour tenir. Garder la tête froide, à tout prix, rester le commandant dont son équipe avait besoin. Jamais auparavant il n'avait été à la tête d'une pareille équipe, ni était en pareille mission. De part sa filiation et son éducation, le Krak se servait de Cassius plus comme un intermédiaire avec la noblesse, ou comme émissaire. Ça ne lui avait jamais convenue évidement, il ne voulait pas d'un traitement spéciale parce qu'il ne s'estimait aucunement au dessus du moindre de ses frères chevaliers, et c'était pour cette raison qu'il était devenue le second de Strabo, la figure du traqueur ultime pour lui.
Aujourd'hui, en cet instant, c'était la grande désillusion pour le pauvre Cassius.


------



Une nuit d'un noir d'encre et d'un silence de tombe.
Premier a s’être endormie, Roland se vit donc attribuer le dernier quart de garde. Emmitouflé d'un poncho, assis sur un banc à coté de la porte du Fort.
- A qui tu parles ?
Carmen s'était approchée doucement, mais le traqueur de garde ne prit aucunement peur. Oui il marmonnait souvent, ce qui faisait jaser ses confrères. Mais pas Carmen, elle ne jugeait personne elle. Alors il lui sourit :
- A ma mère. Et a mon père. A ma tribu.
Il se décala sur le banc pour lui laisser une place.
- Le chaman de mon clan nous disait que nous restions ici bas, même après la mort. Que les défunts pouvaient nous entendre. Mais pas nous. Roland sourit bêtement, s'imaginant bien les réponses cinglantes qu'aurait pu lui faire ses autres frères du Krak, comme Zeus. Mais pas Carmen, elle n'était pas comme eux. C'était loin, très loin d’être un illuminé. Il avait toute une conception de la vie et de ses mystères. Et je le crois.
Il avait des pouvoirs tu sais... lui aussi pouvait guérir la douleur rien que du regard.
Il détacha rapidement ses yeux de ceux de Carmen, ne voulant pas qu'elle interprète ses mots comme une accusation, mais juste ce qu'il fallait pour qu'elle comprenne.
- Tu n'arrives toujours pas à dormir ?
Celle ci fit non de la tête. Toujours les cauchemars. Des centaines de corps noyés dans du pétrole, un feu ardent et des rires d'enfants. Non elle ne voulait pas parler de ça.
- Ils sont gentils, tu ne trouves pas ?
Roland se tourna un moment vers la caravane et fit une moue.
- C'est fou q'un gars aussi peu dégourdit s'en sois tiré non ?
Un jeune gringalet, qui jouait de la guitare plus qu'il ne maniait les armes, même pas capable de tuer des animaux. Et pourtant il avait passé toute ces années de troubles comme protégé d'un ange. Alors que tout autour les gens mourraient de maladies ou d'attaques de monstruosité, lui vivait dans son Fort sans etre inquiété. Une chance de cocu.
- Il m'a dit que c'était grâce à son épée. L'épée de son père. C'est au delà d'un simple porte bonheur pour lui. Bha, va savoir, qui suis je pour le juger.
Pourtant sa voix fut bien dédaigneuse. Lui même, étant écuyer, n'avait évidement pas d'épée. Et même quand il le deviendra, Roland savait qu'il n'en aura une de si belle. La bâtarde de Guilhem était un petit bijoux, la lame gravé, et le pommeau incrusté d'un éclat d'orichalque...
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Ven 16 Déc - 18:07

Rex n'avait pas fait long feu. Vieux, fatigué, malade, il s'était allongé dans un coin et recouvert d'une couverture pour s'assoupir un long moment.
Étonnamment, peut-être requinqué par des restes d'une boite de conserve faite de fruits baignés dans de l'eau sucrée, il se mit à rêver. Longtemps que cela lui était pas arrivé. Il avait l'habitude des sommeils vides. Mais là... Là c'était différent.
Il se revit jeune homme. À cet époque il avait le visage beau, blanc, net, sans aucune trace de cicatrice, sans cernes sur le visage, les cheveux très courts, la barbe rasée de très près. Pas de rides sur son front, ni autour de ses yeux, ni près de ses lèvres. Une bonne gueule d'ange. Il se rappelait de son temps où il était officier de la Légion Française. Il revivait ce moment, où il avait mis un genou à terre, et qu'il avait hurlé à voix haute les rites du culte à l'Empereur, protecteur du peuple français, apportant la civilisation dans l'ancien territoire perdu.
Il se rappelait surtout de comment il avait été désabusé par son travail. La chaîne du commandement. La difficulté du leadership. Diriger des hommes ça a jamais été facile. Faire des choix, ça a toujours été compliqué. Insupportable.

En rouvrant les yeux, il commençait à faire jour. On était en plein début de matinée. Zeus et Svetlana dormaient ensemble dans un coin, et il ne voulut pas les déranger. Se levant, il se mit à arpenter ce qui restait du fort, à la recherche du reste du groupe.

Il trouva le jeune homme, fils de Traqueur, en train de se servir à boire. Rex lui sourit en s'approchant, alors qu'il se rhabillait en revêtant son épais plastron de gilet pare-balle.

- Bonjour Guilhem.
- M'sieur. Vous avez bien dormi ?
- Parfaitement bien.
Auriez-vous vu notre sergent ?

- Il est dehors. Pas loin.
- Dehors ? Il fait quoi dehors ?
- Il m'a rien dit m'sieur. Mais il est pas parti sans vous, hein !

Rex le remercia avant de finir de se préparer. Il franchit la petite palissade, son fusil en bandoulière, pour aller voir ce que foutait Cassius.
Il le trouva à genoux, les mains liées, en pleine prière. Le vieux Rex s'approcha lentement dans son dos, sans vouloir le gêner. Et il resta planté là, dans son dos, debout, à le regarder faire, pendant de longues minutes. Cassius ne réagissait même pas. Les yeux fermés, seules ses lèvres se mouvaient, en train de susurrer des liturgies silencieuses.

- Sergent. Vous allez bien ?

Il leva ses yeux, en serrant la mâchoire.

- Sire de Leclerc-Hautecloque. Que voulez-vous ?
- Je vous demande si vous allez bien, sergent.
- Pourquoi ? … Seriez-vous en train de douter de moi, chevalier ?
- Personne ne doute de vous, sergent. On vous suivra jusque dans l’œil de l'enfer si vous le demandez. Mais j'ai l'impression que vous êtes pas... À l'aise avec votre position.
Sergent, je sais que vous êtes en plein doute. Sur notre mission, sur Bogdan, sur l'ordre du Krak. On a l'impression qu'on est laissés à nous même. Je me demande même si Mohammed et Azrael ne se sont pas déjà entre-tués. On est déjà pas beaucoup, mais on doit être les derniers traqueurs sur terre...


Cassius restait silencieux. Peut-être qu'il n'avait rien à faire de ce que Rex racontait. Peut-être que ça l'énervait qu'on lui parle comme à un enfant... Mais le chevalier lui posa une main sur son épaule, et continua son discours, avec une voix assez rauque.

- Il est vrai que même si nous remplissions cette mission, que nous ramenions Bogdan et les siens en sécurité, l'ordre ne sera pas en sécurité pour autant. L'Empire Français, la Hanse Germanique et l'État Épiscopal convoitent tous le Krak et les Alpes. Le Royaume de Saragosse est en train d'être consumé par la guerre civile, les Balkans sont dans le chaos plus que jamais, et l'Afrique est déjà morte et enterrée.
Mais ce n'est pas pour la fierté ou la faveur que nous nous battons. Mais pour l'Humanité, et pour le but que Magnus Venator nous a articulé en faisans le sacrifice de sa vie. Si nous mourrons en remplissant cette mission, alors ainsi soit-il, d'aucun ne pourra jamais dire que les traqueurs ont été déficients. Et si nous survivons, alors nous trouverons un autre jour pour mourir, un autre jour pour nous sacrifier.

- Je n'ai pas peur de mourir, sire. J'ai peur de mourir pour rien.
- On ne meurt jamais pour rien. Chaque monstre que l'on tue, c'est des humains que l'on a sauvé. Et même si ces humains s'entre-tuent...
L'Ordre a toujours eut une pureté naïve. La seule que vous devez retenir. Vous êtes encore trop idéaliste, sergent. Il va falloir vous endurcir, que vous deveniez plus... Cynique.
Autrement vous deviendrez fou.


Rex ne savait pas si ses mots avaient touché le sergent. Mais en tout cas, il se releva, et les deux retournèrent au fort pour se préparer et s'équiper.
Il trouva Carmen et Roland, éveillés, en train de déjeuner avec Zeus et Svetlana. Il salua le groupe rapidement, tandis qu'on se détendait en cette matinée.

Puis, on fit les adieux à Guilhem, en le remerciant de tout ce qu'il avait fait. Ça avait du bien, cette pause, ce... Calme. Cela semble pas incroyable, mais vraiment ; Voir des gens comme ça, normaux, sympathiques, ça requinque toujours.
Les Traqueurs sont un ordre en perdition, en train de disparaître. Mais ils commandent toujours le même respect, partout où ils passent. Ça réchauffe le cœur.

Et ils repartirent donc. Vers le désert, avec leurs bêtes. Et la même marche, devenue habituelle pour ces traqueurs qui s'improvisaient caravaniers.

Pourtant, sur le trajet, Carmen ne collait plus aux basques de Rex. Elle était devant, aux côtés de Roland. Les deux parlaient à voix basse. L'antique chevalier ne savait pas trop de quoi, mais il les épiait, comme ça, allant dans leurs pas. Il s'étonna de ressentir un léger sentiment qui s'empara de son ventre...
Il était jaloux.
Il pressa le pas pour se mettre près d'eux, en souriant.

- Alors la jeunesse. Ça parle de quoi ?
- On parlait de nos enfances... On a beaucoup de points communs, répondit-elle dans un sourire.
- Où avez-vous grandit, sire ? Demanda poliment Roland, juste pour faire la discussion.
- France. Dans un manoir. Je venais d'une famille de riches privilégiés. Tout autour de la villa, on avait un grand domaine, avec des esclaves qui travaillaient aux champs. Mais c'était pas une super enfance. Je me plains pas, mais je veux dire... C'était froid, ennuyant, et je passais plus de temps avec ma nourrice qu'avec mes parents.
J'ai toujours eus une âme assez indépendante. Probablement pour ça que j'ai rejoins les Traqueurs.


Carmen sourit et attrapa la main de son amant.
Il éloigna sa poigne aussitôt, pour l'empêcher de faire ce geste qu'il trouvait particulièrement puéril et déplacé.

- Mais la véritable raison pour laquelle j'ai rejoins, c'est par devoir.
- Tu étais Légionnaire, c'est cela ?
- Exact. Comme beaucoup de jeunes aristocrates, je suis allé à l'École Militaire de Lutèce. On m'a formé, et on m'a donné le grade de lieutenant. On était un régiment, envoyés pour pacifier la Bretagne... Un sacré coin la Bretagne. C'est pas grand, rien à voir avec ce désert et le grand nord, et pourtant...
La France, en général, d'ailleurs. L'Empire aime bien dire qu'il est à l'origine de tout, mais en réalité, il y avait plein de petites entités, de cités indépendantes, de pays qui s'organisaient eux-même, avec leurs traditions et leurs religions.
On les a tous assimilés. De force. Souvent en prenant des esclaves parmi les plus « arriérés ».
Mais c'est pas ça qui me gênait le plus dans mon service. Ce qui me gênait le plus, c'était le but qu'il y avait derrière. J'aimais la Légion parce qu'elle réussissait à agir. Vous auriez dû voir, sérieusement. Je n'ai jamais vu autant de soldats et de moyens militaires au même endroit. L'Empire, il est capable de construire des autoroutes, des ponts, des aqueducs géants.
Mais le problème, c'est qu'ils construisent pas ça au service du peuple. Le peuple, les gens normaux, ils sont livrés à eux-même. Et je vous parle pas du traitement des esclaves.
C'est pour ça que j'ai décidé de rejoindre l'ordre. Je voulais agir pour quelque chose de plus grand. Quand on tue des monstres, c'est pas important d'où on vient, qui on est, le Dieu qu'on prie. Tout ce qui importe, c'est l'humain.


Ni Roland, ni Carmen ne semblaient vraiment convaincus. Ils se contentèrent de faire des acquiescements de têtes, respectueux.

- Tu servais dans le nord, Roland.
- Oui. Commanderie de Skien.
- Pourquoi t'as rejoins ?
- Mes parents m'ont confié à l'ordre, alors que j'étais encore enfant. Ça n'a pas été facile, mais j'ai réussi à passer les rites d'initiation...
- Confié à l'ordre ? Laisse-moi deviner... Tu viens d'une famille de serfs d'une commanderie ? Ta famille avait une ferme près d'un château ?
- Non. C'est plus simple que ça. Je venais d'un village sauvage, loin de la civilisation. C'était pas facile, dans le nord. Le froid, les monstres, les maladies. Si on survivait, c'était uniquement grâce à un homme. Un homme qui soignait les blessures, qui nous prévenait du sens des vents et de la neige, qui trouvait toujours les coins parfait où chasser, et qui savait toujours quand on devait se battre, ou quand on devait fuir.
Et un jour les Traqueurs sont venus. Et il ont tué cet homme.


Carmen baissa les yeux. Rex, lui, se mit à observer Roland directement dans les siens.

- Psychonaute.
- C'est ce qu'ils ont dit, en tout cas. Comme ça qu'ils l'ont appelé. Moi je me souviens d'un vieil homme qui nous gardait, qui nous sauvait, qui... Qui nous a donné tout ce que nous avions.
- Je peux comprendre que ça ait été éprouvant pour toi. Un souvenir douloureux. Mais si nous tuons les psychonautes, ce n'est pas sans raison. On le fait parce qu'on le doit, parce qu'ils sont dangereux pour les autres.
- Facile à dire. Mais, dis-moi, Rex... Si tu découvrais qu'une personne que tu aimes est un « psychonaute », tu crois que ce serait si facile ?

Rex ricana. Non pas qu'il se moquait de Roland. Son rire n'avait rien de franc, c'était pas le genre de rire narquois comme Zeus savait faire. Plus... Un souffle. Nerveux.
La question de Roland l'avait attaqué en plein cœur. Et il aimait pas parler de ça.

En tout cas, une voix se fit entendre derrière eux. Quelqu'un qui s'amusait à se mêler de leur conversation. Svetlana.

- Et toi, Pryncesa, pourquoi tu es chez les Traqueurs ?
- Elle veut pas le dire , répondit Rex à la place de Carmen. Quand elle est arrivée au Krak, elle n'était qu'une gamine de 15 ans, tellement mince que ses côtes ressortaient sous sa peau, vêtue de haillons et couverte de saletés. Je me souviendrais toujours de la réaction d'Azrael quand il l'a entendu dire, avec sa petite voix, qu'elle voulait rejoindre les Traqueurs.
- Si j'ai rejoins l'ordre des traqueurs... Comme Roland, je vivais loin de la civilisation. Mais ma tribu est morte, et j'ai dû fuir.
- Ah. Détruite par des monstres ? Demanda la slave.
- Oui. Exactement. Des monstres.

Des monstres, oui. Mais des monstres bien humains.

Tout le monde continua de marcher, et après 2 heures sous un soleil de plomb, les gens arrêtaient de parler. Mais à voix basse, Carmen décida de se confier à Roland. Les deux se mirent à chuchoter, alors que le reste trottait dans le sable et dans un nuage de sable qui se soulevait avec la brise.

- Peu de gens ont de la patience pour ceux qui ont des... Des visions.
- Des talents psioniques. Comme mon chamane. Comme toi.
- S'il te plaît, Roland... J'ai très peur.
J'étais comme toi, je vivais dans une petit tribu. Mais un jour des hommes nous ont pourchassé. Des chevaliers anabaptistes, qui disaient que des mutants attiraient des bêtes sur leurs troupeaux de bétails.
Ma mère, mon père, mon oncle... On avait tous plus ou moins ça en commun. Pour eux on était des sorciers.
Ils les ont brûlés vivants.

- Pourquoi tu as rejoins les Traqueurs ?
- Parce que je n'ai jamais su c'était quoi, ce don, qui me rendait anormale... Je trouvais ça logique de chercher des réponses chez ceux qui chassent le paranormal.
Maintenant, j'ai réussi à m'intégrer. Plus ou moins. J'espère qu'un jour ils m'accepteront comme une sœur à part entière. Comme ils acceptent Svetlana.
Mais s'ils le découvraient... Je sais pas comment ils réagiraient.


Petit silence.

- En tout cas, quoi qu'il arrive, je te protégerai.

Elle lui sourit.

------------------------------

Debout sur une dune, Rex observait à l'aide de ses jumelles, alors que les autres profitaient d'une petite pause pour se désaltérer et se nourrir.
Lorsqu'il redescendit de sa dune, il portait son fusil d'assaut, et avait retiré la sécurité.

- On entre dans la cale sèche. C'est exactement comme Guilhem l'a décrit.
À partir de maintenant, je veux que tout le monde agisse avec extrême caution. Je prends la pointe, je veux Zeus en binôme avec moi. Le reste du groupe maintien une distance de sécurité avec les bêtes.

- T'as décidé de faire le chef ? Demanda Zeus.
- Non, mais... Il me semble que c'est la manœuvre à suivre.
- Je prendrais la tête, Rex. Et je veux que mon écuyer soit en binôme avec moi.
- D'accord. Très bien...

Ce stupide désaccord de Cassius fit sourire le vieux chevalier. Il était pas content, juste pour être pas content. Juste pour montrer que c'était lui le chef.
Mais c'était tant mieux. Qu'il prenne ses godasses de supérieur. Le fait qu'il veuille aller en première ligne, ça, c'était l'étoffe d'un leader.

Le reste n'avait qu'à suivre.

Ils descendirent de la dune, pour aller dans une sorte d'affaissement du sol. Ils marchaient sur l'eau. Sur ce qui avait été de l'eau à une époque du moins. Un désert stérile. Tout avait séché, il n'y avait même pas une oasis puante d'eau croupie, envahie de moustique. Rien que du sable, rien que du désert, rien que des ossements. Il y avait même pas assez de viande pour attirer les vautours et les rapaces, qui étaient absents. C'était ahurissant comment cet endroit était mort.
La seule trace de civilisation, c'était ces vieux rafiots rouillés de partout, qui ne devaient plus rien avoir d'utile, pas le moindre composant, pas la moindre vis, pas le moindre outil à récupérer ou à recycler pour reconstruire.

En tout cas, ça avait le don de foutre la frousse aux traqueurs. Tous avaient leurs armes entre leurs mains, et observaient les grosses dunes tout autour. La plupart des rafiots étaient des navires de pêche, des péniches, des bateaux à voile. Mais il y avait aussi une frégate militaire, dont la grande tour au milieu du bâtiment offrait une jolie ombre aux traqueurs, un sentiment de fraîcheur autour d'une chaleur qui les faisaient suer de tous leurs pores.

Soudain, Cassius leva le poing pour indiquer qu'il avait vu quelque chose. On s'en approcha avec caution.

Un véhicule calciné était au milieu de la route. Calciné, et pas rouillé. La différence est importante.

- C'est un des buggys des traqueurs ? Demanda Roland.
- Oui, confirma Cassius en montrant le symbole de l'ordre qui était gravé sur le pare-choc ; Un marteau pointé vers le sol.
- Le véhicule n'est pas endommagé, pas plus qu'il est laissé à l'abandon. Il a brûlé.
- Il y a plus de roues, c'est normal ?
- Si on a mit le feu aux buggy, les roues ont sûrement éclaté sous la chaleur... Rajouta Zeus pour réponse.
Mais il y a plus de batterie, aussi. C'est peut-être rassurant. Le véhicule est peut-être tombé en panne, alors ils ont désossé ce qui était utile et ont cramé le reste.
- Pourquoi brûler son véhicule au milieu du désert ?
- Ils étaient peut-être poursuivis... Dit le mercenaire comme hypothèse.
- Ou alors les raiders les ont attaqués, et ont enflammé le buggy... Cocktail molotov, balle incendiaire... Il en aurait pas fallu beaucoup plus, vu l'atmosphère, pour tout consumer.
- On va observer ça longtemps ou se bouger ?! S'énerva Svetlana.
- Du calme.
Oui, je pense qu'il serait utile de continuer la route. Il faut qu'on atteigne très vite un endroit civilisé, sinon on va mourir de soif et de faim.
Au moins, c'est rassurant. On marche dans la bonne direction.


Et ils marchèrent, à nouveau.
Ils marchèrent pendant des heures.

Il devait être autour de seize heures maintenant, et le soleil ne se calmait pas. Les traqueurs étaient en débandade. Leurs bêtes souffraient et bramaient comme pas possible. Eux, ils étaient en haillons. Rex avait trouvé le moyen de survivre. Il avait pissé dans un linge, et se le recouvrait sur le visage pour se rafraîchir. Au départ, les traqueurs s'étaient moqués de lui, dégoûtés. Mais au final, ils l'avaient tous imité.
Les bras étaient lourds. Les jambes ne répondaient plus. C'est souvent ça qu'on prend pas en compte dans les calculs d'itinéraire. Marcher à 4km/h c'est une bonne allure, mais après ça devient 3, 2, 1... Au final, on met un temps fou à faire des distances ridicules. Et comme le désert est à perte de vue, on a aucun moyen de se repérer. Seuls les rafiots de navires servaient encore à s'orienter, à mesurer une distance plus ou moins longue.

Quand il commença à pleuvoir, tout le monde soupira d'aise. Des gouttes d'eau commençaient à tomber en grande quantité. Zeus ouvrait la bouche et tirait la langue pour recevoir les gouttes. Mais sitôt qu'il en senti le goût, il se mit à tousser et à cracher.

- C'est pas de l'eau ! C'est quoi chef ?!

Rex avait les yeux écarquillés. Qu'est-ce que ça pouvait être ? Il y avait pas de nuages dans le ciel, et pourtant il pleuvait...

- C'est du pétrole.
Faites gaffe, y a peut-être des raiders dans le coin.


Du pétrole. Du pétrole brut, tout juste sorti de la terre, sous pression.
Rien qu'à entendre ce mot, Carmen se mit à trembler de toute son âme. Elle le savait maintenant. Elle ne se contenait pas de faire des délires ; Elle avait de vrais rêves prémonitoires.

Ils continuèrent de marcher, alors qu'ils étaient aspergés de ce liquide noir qui devait venir d'au-delà des dunes. Et puis, d'un coup, des explosions. Des grondements, des détonations lointaines. Et le ciel se mit à devenir rouge, et infesté de fumée. C'était difficile de croire à un dégât humain. Non, non, c'était pas possible. Ce devait être forcément quelque chose de plus grand que ça, de quelque chose de divin. Comme dans les contes ancestraux.

La chaleur était déjà étouffante. Maintenant on avait l'impression de cuir. Du mal à respirer. Les cœurs qui s'accéléraient. Et plus ils avançaient, plus ça empirait. Et il était impossible de savoir d'où venait le feu ; La tempête avait envahi tout l'air de cendres, formant une brume compacte à travers laquelle l’œil ne pouvait pas percer. Et tout le monde toussait, toussait comme des fous...

Rex alluma sa lampe torche d'une main, et attrapa les rênes d'un chameau de l'autre, pour le tirer, de force. La bête criait et traînait des pattes, et il fallait lui donner des coups de pieds dans les reins pour la forcer de continuer. Il hurlait, il hurlait aussi fort qu'il le pouvait.

- RESTEZ PROCHES ! RESTEZ PROCHES LES UNS DES AUTRES !
ON VA S'EN SORTIR ! CROYEZ-MOI : ON VA S'EN SORTIR !


Rex le croyait à moitié en fait. Même s'ils s'en sortaient, ils s'en sortiraient pas indemnes.

- CASSIUS ! CASSIUS T'ES OU ?!

Rex le cherchait. Personne ne lui répondait.

- SERGENT ! ON DOIT SE REPLIER POUR SE METTRE À L'ABRI !

Pas de réponse. Toujours pas.

- Les gars ! On retourne dans l'un des navires ! Faut qu'on passe à travers la tempête !
- NON !

Le sergent marchait à travers la brume, comme un fou.

- On risque de rester bloqués là pendant des jours ! On marche ! On va se tirer d'ici ! À Alger !
- Sergent ! Faut qu'on se terre ! Maintenant !
Tout le monde me suit, je sais où qu'on peut se cacher !

- NON ! NON PUTAIN, NON !
ROLAND ! RESTEZ AVEC MOI ! FAUT QU'ON AVANCE !


Les gens hurlaient, mais en réalité, personne ne savait vraiment qui était où. La lumière que Rex agitait était comme un phare dans l'ouragan.
Seule Carmen, en réalité, pouvait savoir ce qui était en train de se passer. Elle ferma les yeux, soupira lentement, et elle crut pouvoir sentir chacun de ses collègues, seules traces de vie dans ce désert stérile.

Elle trouva Cassius, qui était tout devant, et l'attrapa par le poignet. Elle trouva Roland, dont elle guida par la main. Comme ça, petit à petit, elle alla collecter les traqueurs pour qu'ils forment un cercle compact, sans dire un mot.

Les grondements recommencèrent, mais très vite, les Traqueurs trouvèrent un endroit où se cacher. Un petit sous-marin, éventré, couché sur le sol. Ils y allèrent tous, et s'enfermèrent à l'intérieur avant de s'écraser, exténués. Les bêtes se calmaient. Dehors, on entendait encore des bruits et des souffles atroces. Tout le monde se sentait malade, terrifié, paniqué.
Seule Carmen était... Étonnamment calme.

- Tout le monde va bien ?
Les gars... Dites-moi que vous allez tous bien ?
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Mar 20 Déc - 21:35

La colère divine s’abattit sur leur monde. Un déluge. Un déluge de flammes, une vague incendiaire titanesque dégueulant un feu infernal. La vision d'une telle puissance destructrice était au delà de toute compréhension, totalement démente.
Les hommes et les bêtes, fous, terrorisés devant cette violence aussi subite que cataclysmique, furent guidés par la main d'un ange au milieu du brouillard brûlant jusqu'à un abri providentiel.

Le groupe de traqueurs et leurs chameaux terrifiés s’enfoncèrent dans leur course par une ouverture béante d'un antique sous marin. Une fois à l'intérieur, ils continuèrent sans tarder plus en avant dans la fraîcheur de la carcasse métallique.
Le bruit et la chaleur disparurent aussi subitement qu'ils étaient apparus, comme si le charme avait été levé. Pourtant dehors, l'enfer continuait à s'abattre à n'en pas douter, la tôle métallique hurlait sous les assaut du vent brûlant, mais ne cédait pas.

Les traqueurs s'écrasèrent dans les ténèbres de l'habitacle.
Haletants.
Tremblants.
Encore hallucinés.

Le boucan assourdissant du à la dilatation du métal et aux attaques des flammes ardentes sur la structure diminua bientôt. La tempête s’essoufflait... mais ne cessa pas.
- Quelle merde, quelle merde, j'en ai pleins la gueule ! S'écria Roland profondément dégoutté, sa trogne barbouillée de goûtes de mazoute.
Zeus eut un rire aussi sonore que nerveux, son corps et sa voix encore tremblant sous l'adrénaline :
- AH ! C'est ce que t'as mère m'a dit hier soir !
- Ta gueule ! FERMES TA GUEULE ! Hurla en réponse son collègue, comme possédé. S'il n'avait fait aussi noir, il lui aurait sans conteste tombé dessus, ne serait ce que pour évacuer ses nerfs par des coups de poings donnés comme reçus.
- Tout... le monde se calme. Lâcha leur sergent entre deux souffles. Tout le monde se calme !
Section au rapport ! Des blessés ?

La tension retomba peu à peu alors que chacun des traqueurs répondit à la négative. Une lumière transperça les ténèbres.
Le sergent se tenait droit, une lanterne tenue bien haut de sa main droite.
- On forme deux groupes et on par explorer cet endroit. On est partit pour camper quelques temps ici semble-t-il. Vérifions donc que l'endroit ne nous réserve pas de déplaisantes surprises. Zeus, Carmen avec moi.
Roland et Svetlana avec Rex.
On y va.



* * *


Aucunes traces de monstres.
A l'étage du dessous où la structure du sous marin se mélangeait à la terre, l'on trouva quelques flaques d'eau et d'importantes quantités de mousses grasse et verte dont se repurent les bêtes exténuées.

Les traqueurs, eux, restèrent à cran de longues heures. Dehors, par les interstices dans la carlingue, l'on observait toujours le même brouillard rougeâtre et un ciel déchiré d'éclairs orangés. Un paysage cauchemardesque.
- Bien jouée gamine.
Zeus vint claquer le dos de Carmen et s'asseoir près d'elle, posant à ses cotés sa lampe torche.
- Vous avez l'habitude vous les gitans ibères de ce genre de tempêtes ou quoi ?
...
Sacré paire de couille ma gitane en tout cas. Plus que moi sur le coup faut croire.

Aveugle, perdu au milieu de cet épais brouillard, tout ce dont se rappelait l'ancien mercenaire fut le contact de la main de Carmen le ramenant au près du reste du groupe. Il s'était vu mort. Vraiment condamné, finit... Mort.

En face d'eux se tenait la Balkane. Depuis une heure elle se trouvait là, les deux mains appuyées au mur, guettant par une maigre fissure l'extérieur. Elle marmonnait les dents serrées dans sa langue, cognant un poing contre la carlingue parfois.

La nuit était tombée. Pourtant, le dehors se trouvait toujours illuminé de rouge et d'orange, asphyxié de brume et de cendres.

- Haut les cœurs compagnons ! Et à la soupe !
Le sergent s'était improvisé cuisinier et avait préparé avec grand soins leurs dernières conserves pour agrémenter leur ration de manne.
- Putain, pas encore cette saloperie !
Roland faillit véritablement vomir sur sa barquette après que le sergent l'eut servit l'épaisse purée blanche, agrémentée d'haricots et de sauce.
Il mangea pourtant, mais râla entre chaque bouchées. Le sergent lui aussi était dégoûté, mais s'obligeait à ingurgiter la mixture, la faisant passer grâce à de longues lampées d'eau. Seul Zeus et Svetlana ne semblait gênés de leur repas et s'en bâfrèrent avec faim.
- Il faudra se réapprovisionner à Alger.
Ce fut comme s'il avait parlé dans un gouffre. Personne ne répondit quoi que ce soit. Personne ne parla même pendant le repas, ne laissant que le grincement des fourchettes grattant le fond des gamelles en inox. Parfois quelqu'un toussait, ou reniflait, mais aucunes paroles ne fut échangées alors que peu à peu, les traqueurs s’assoupir.


* * *


Ciel bleu. Quelques lucioles étoilées se détachaient de l'épaisse couverture nuageuse.
Carmen, qui observait l'extérieur par une interstice n'avait pas voulue réveiller ses compagnons pour les prévenir. Ils dormaient tous si profondément. Le voyage dans la cale sèche avait été harassant, et le repos proportionnellement bienvenu.
Elle, elle ne dormait pas. Elle ne dormait plus. Cauchemars sur cauchemars. Elle se réveillait à chaque fois en sursaut de ses visions, c'était éprouvant. Non pas la fatigue, car même si son sommeil était mince et inévitablement agité, Carmen ne ressortait pas vraiment fatiguée de ses nuits étrangement. Mais cela restait éprouvant, très éprouvant. Elle vivait pleinement la chose quoi et...
Ses yeux s'écarquillèrent.
- Réveillez vous !
- ... mmmh...
- Debout !
- rha...
Les plaintes de ses camarades se firent plus bruyantes à mesure que leurs esprits émergeaient.
Les lampes torches illuminèrent le noir de la cabine.
- Que ce passe-t-il ?
- Il y a du monde dehors.
Les traqueurs se saisirent de leurs armes et s'avancèrent.
- C'est quoi ce bruit putain.
- Regardez, en face !




Spoiler:
 


- On devrait prendre leurs motos. Lança Svetlana.
Ses mots restèrent en suspens devant l'incrédulité des traqueurs. Qui étaient ils ? Que faisaient ils dans ce désert mort en pleine nuit, juste après pareille tempête ?
Rex fut le premier à réagir et s'écria :
- Éteignez les lampes ! Éteignez !
La section s'empressa d'obéir, mais il semblait que cela fut déjà trop tard.
- Ils viennent vers nous. Observa la balkane qui se recula.

Les motards fendirent les sables à toute vitesse en direction du sous marin. On entendit des rires aiguë au milieu des rugissements de moteurs.
Le premier à arriver était équipé d'un lance flamme rudimentaire, son fioul accroché au dos dans une petite réserve. Il lâcha une courte gerbe de feu sur la carlingue puis accéléra au milieu des flammes en éclatant de rire.
- C'est un gosse.
L'on entendit le métal plier sous le poids des roues. Le motard descendit rapidement de l'autre coté du sous marin alors que ses collègues le suivirent à toute allure, sautant par dessus sans s’arrêter. Les traqueurs se tournèrent pour les observer de l'autre coté.
- Écuyer ! Sortez votre sniper !
Roland s'activa à préparer son arme et alla rejoindre le sergent qui se tenait à coté d'une ouverture dans la paroi métallique. Les motards faisaient des tours autour du sous marin, complètement désordonné alors que le cracheur de feu lâchait quelques tirs au hasard.
- Il y en a un avec un genre d'arbalète.
...
C'est... c'est des enfants chef.

Roland avait l’œil collé à son viseur, les muscles tendus. Cassius s'approcha un peu plus de lui, posant une main sur son dos :
- Abattez le lance flamme.
Long silence. Le sergent resserra l'étreinte de sa main.
- Ce sont... de très jeunes enfants sergent.
- Abattez le. Espérons que cela face fuir le reste.
Un premier tir claqua, assourdissant. Puis un deuxième.
Le troisième tir fut le bon. Il toucha le meneur qui explosa dans une boule de feu, sa moto continuant de rouler un moment avec un chauffeur en flammes avant de s'écraser sur une dune en contrebas.
On entendit des rires d'enfants.

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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Mer 21 Déc - 14:24


- Déploiement pour tir croisé ! Faut qu'on les empêches de se déployer sur la carlingue !

- Affirmatif ! Quel dispositif ?!
- Toi et Carmen vous sortez dehors, moi et Roland en appui-feu, Zeus et Svetlana se replient en bout et sortent par l'écoutille !
- Chef, oui ! On se déploie !

Rex et Cassius avaient gardé toutes leurs capacités martiales. Rapidement, ils firent des gestes de mains et des signes de doigts, pour presser le reste des Traqueurs qui devaient continuer de se mettre au travail.
Pourtant, tout le monde ne semblait pas aussi... Comment dire. Tout le monde ne faisait pas preuve du même sang-froid, du même professionnalisme.

- On devrait pas rester cachés ?! Le sous-marin ne va pas brûler, ils ont aucun moyen de le pénétrer ! Hurla Zeus
- Je suis d'accord, repris Roland.
- Obéissez !

Trois écuyers, trois chevaliers.
Comment le Krak faisait pour décider de qui était adoubé, et qui se contentait de servir un maître ?

On en avait une petite idée en voyant cette réponse à une simple question : Qui est prêt à tuer des enfants ?

Les trois chevaliers le faisaient, sans problème. Rex, Cassius, Svetlana ; Les voilà qui faisaient sauter leurs crans de sécurités et qui collaient les crosses de leurs armes contre leurs épaules.
Roland, Zeus, Carmen, se contentaient de serrer les deux, d'avoir les yeux écarquillés, un peu paniqués, leurs cœurs aux rythmes très accéléré.

Et voilà que Rex ouvrait la grande porte du sous-marin. Le voilà qu'il fonçait dehors, fusil d'assaut en main, pour faire une course dehors, en position militaire, avant de poser un genou à terre. L'une des motos, un enfant de 11 ans la chevauchant, s'arrêta. Sa bécane était trafiquée avec deux grosses tronçonneuses de chaque côté du véhicule. L'enfant regarda Rex, se mit à rire comme un diable sorti de sa boite, et fonça à pleine vitesse vers sa proie.
Une rafale. C'est tout ce qu'il fallut à Rex pour faire chuter le petit corps, et pour que sa moto tombe sur le côté, roule dans le dos et s'écrase dans le sable.

D'autres tirs, sporadiques. Des crachats de balles qui sortent des canons. Tout le monde connaît plus ou moins son rôle. C'est pas improvisé, il ne faut surtout pas croire ça. L'organisation des Traqueurs est le fruit d'une discipline et d'un entraînement qu'on leur a inculqué, parfois très jeunes. Ils sont toujours en binôme, et là, on voit bien pourquoi.
Pendant que Rex est accroupi dans le sable, à tourner ses hanches pour tenter de viser l'un, puis l'autre des motards, tirant de courtes rafales, Carmen est non loin, pistolet en main, à toujours s'assurer que le dos de son amant soit protégé.
Et elle refuse de tirer.

C'était pareil dans la commanderie espagnole. Tuer des monstres, oui, des monstres inhumains, cent fois oui. Mais des enfants ? Non, c'était pas seulement le fait que ce soit des enfants, de petits corps chevauchés sur des motos trop grandes pour eux. C'était surtout les rires. Les rires de déments. Amplifiés peut-être. Elle paniquait. Elle regardait tout autour d'elle. Elle était incapable de les voir.

Rex et Carmen étaient perdus dehors, dans le noir, dans une nuit sans lune, tandis que le reste du groupe continuait de tirer depuis les trous de la carcasse du sous-marin.
Inquiet, le chevalier parla à voix basse à son écuyère.

- Tu vois quelque chose ?

Elle ferma les yeux.
Elle prit une grande concentration.

Elle vit Zeus et Svetlana, à couvert dans le sous-marin, en train de tirer. Mais elle les vu de dos. Et elle se vit s'approcher d'eux. Elle se vit sortir un fusil, et...
Et soudain, très vite, Rex put voir que son hispanique avait les tempes qui tremblaient, les veines qui sortaient, les paupières sur ses yeux fermés qui se mirent à trembler.
Elle se senti en train de se mettre le canon du fusil dans la bouche, et tirer.

- Carmen ?!

Elle rouvrit les yeux, pistolet en main.

- Derrière-toi ! Trois heure !

Rex se retourna. Il ne vit rien dans la fumée, mais, comme je l'ai dis, les traqueurs avaient une discipline inculquée. Il tira à ce qui était ses « trois heures », dans le vide. Plusieurs rafales courtes. La moto traversa et s'éloigna de lui, avant de se manger les tirs croisés de Cassius et de Roland. Il y eut un soudain silence. Roland jeta son arme à terre et commença à retirer son manteau en hurlant.

- Quelle merde ! C'est des gosses ! C'est des gosses putain !
- SOLDAT ! CALMEZ-VOUS !
- VA TE FAIRE FOUTRE, CASSIUS !
ARH !


Il se mit à genoux et hurla dans ses mains. Rex revint près du sous-marin, rapidement.
Il n'y avait plus de bruits de motos, mais il fallait rester vigilant.

Zeus et Svetlana eux aussi vinrent rejoindre Cassius, et se mirent au garde-à-vous devant leur chef. Zeus était couvert de sang, et d'ailleurs, il en semblait dégoûté.

- Vous allez bien ? Pourquoi vous êtes comme ça ?
- Un... Un...
- Un gamin est venu dans notre dos. Et il s'est buté.


La slave avait répondu à la place. Elle mima alors avec deux doigts un pistolet, qu'elle mit dans sa bouche.

- Mais pourquoi ?
- J'en sais rien. Plein de tarés ce coin-là.
Bon, on peut roupiller ? J'ai sommeil.


Elle s'étira comme un chat avant de retourner dans la vieille carcasse d'acier. Roland lui, serrait toujours la mâchoire. Il avait les yeux remplis de larmes, de larmes de rage. Il regarda le sergent, avant de baisser les yeux et rejoindre la slave.

- Allez dormir sergent. Je vais servir de sentinelle.

- Ouais, ouais... Moi aussi. J'ai plus sommeil.
- Très bien.

--------------------------------------------

Le temps s'était rafraîchit.
Mais c'était pas une bonne nouvelle.

Le lendemain, lorsque les traqueurs commencèrent à émerger du sous-marin, et qu'ils se dirigèrent au pas de course vers Alger, il y avait dans le ciel de gigantesques nuages noirs qui bloquaient le soleil. Il faisait soudainement très frais, et en même temps, très sec. Asphyxiant, presque. Les vents, ça devait aussi être grâce à ça. De gigantesques vents qui soulevaient le sable dans toutes les directions. Il fallait se couvrir, la bouche, le nez, les yeux. Personne ne parlait. Il y avait rien d'autre à faire que baisser la tête et avancer, toujours tout droit.

C'est en fin de journée qu'ils arrivèrent vers les ruines d'Alger. Ils étaient entrés dans un vieux immeuble renversé à l'horizontal sur le sol, et depuis un salon d'une maison éventrée, où ils marchaient sur les murs, ils avaient une vue plongeante sur la cité.

Rien.

Que du sable qui volait, que des squelettes de buildings et de maisons. Un grand sentiment de vide.

- Il y a encore des gens en vie ?
Demanda Zeus.
- Oui, répondit Carmen.
- Comment tu peux savoir ça ?
- Je le sens.
- Très bien. Allons-y, dans les ruines.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Sam 24 Déc - 16:52

La ville n'était que carcasses d'immeubles, routes éventrées et montagnes de gravas. La mer bordant ce qu'il restait de la cité se trouvait pareille à un marécage stagnant et puant, vert et visqueux. Un vent morbide soufflait dans les artères sèches de la ville, soulevant poussières et cendres, laissant une haleine rance et sèche derrière lui.
- Ça sens la fumée et la pisse. Cracha Svetlana qui observait d'un air désabusé ce spectacle de désolation pure. Mais elle elle dit qu'elle sent "la vie". Ah.
Le sergent ordonna d'avancer, alors la Balkane suivit et garda le silence comme les autres.

Zeus laissa son regard à la contemplation et son esprit divaguer alors qu'il marchait en milieu de colonne. Qu'est ce que ça devait être de vivre dans ces fourmilière humaine pensait il, penaud. Il se voyait là, au pied de cet immeuble, recréant mentalement une image d'Avant. Des vitres à la place de ces troues béants aux immeubles, avec des volets et des cheminées par dizaine sur le toit, et lui en bas en train de faire la queue comme des centaines d'autres pour avoir sa ration... Quand enfin vint son tour il se présenta devant une caissière qui lui donna du pain  et de la viande tout aussi fraîche. Il sourit à la caissière et elle lui fit un salut.

Il sursauta en voyant que la silhouette de la caissière se tenait encore là, main levée.
- T'as vu quoi ? S'exclama Svetlana derrière lui en dégainant son fusil à pompe.
- Calmez vous.
Le sergent, qui lui aussi avait sorti son arme, se détendit... à moitié.
- Ce sont les fameuses statues de cendres d'Alger.
- Il y en a des milliers comme ça. Précisa la sagesse de Rex par dessus la voix du sergent.

La section reprit sa marche et, effectivement, ils découvrirent tout autour d'eux d'autre silhouettes. D'étranges statues, comme si ces hommes et ces femmes avaient été pris dans une terrible tempête de cendres, les pétrifiants littéralement sur place. C'était un spectacle glaçant.
- C'est des gens d'Avant ?
- Ne les touchez pas Svetlana, respectez le repos des morts.

Le groupe longea un moment la ville en suivant la cote, au loin. Puis Carmen décida de prendre la tangente et de monter vers les collines, sans dire un mot. Le sergent, de toute façon perdu, ne sachant absolument pas quoi chercher, choisit de la suivre : la petite avait du flaire et avait gagnée sa totale confiance depuis l'épisode du déluge de feu dans le désert de la cale sèche.

- Y a du monde...

En face d'eux, de l'autre coté d'un immeuble écroulé et éventré en deux, déambulait quelques silhouettes voûtées. Cassius lorgna par ses jumelles un court instant avant d'ordonner d'avancer.


* * *


Spoiler:
 

Des femmes, des hommes, des vieux et des jeunes. De la vie. Une ville.
Une fine pluie rafraîchissante tomba dans ce qui semblait être un immense campement. Une multitude de tentes se dressaient le long des antiques routes en béton, les lueurs d'un feu éclairait quelques fenêtres aux étages les plus bas des immeubles qui tenaient encore sur leurs fondations. Des cordes étaient tendues entre les bâtiments laissant claquer au vent du linge sale.

Un bonhomme tout encapuchonné approcha en claudiquant, emmitouflé des pieds à la tête dans une superposition de draps rapiécés et il tendit une main squelettique à Zeus.
Ce dernier recula d'un bon après quelques secondes et dégaina son couteau qu'il agita devant lui. Le bonhomme en face sembla prendre peur et parti en trottant follement pour retourner dans le coin sombre d'où il était venu.
- Matez leurs sales gueules !

Tous portaient des stigmates. Cicatrices et bubons pour certains. D'autres avaient juste le teint pales et des joues creusées. Certains boitaient, et d'autres avaient le dos voûtés.
Une horde d'éclopés et de malades cachant leurs difformités sous des draps et des toges aussi lourdes que sales.
Les habitants les observaient d'un œil fatigué, par dessus leurs foulards. D'autres ne présentait même pas le moindre intérêt pour ces nouveau venus, préférant continuer à déambuler comme des zombies.
- Qu'est ce que tu marmonnes toi là ? Hein ?!
La vieille femme invectivée par Zeus eut un sursaut de peur quand celui ci se rapprocha d'elle et préféra fuir.
- Tout doux, ils ne semblent pas bien méchant.
- Ah ouais...

Dans la rue sur leurs droite se trouvait un petit attroupement. Une trentaine d'entre eux se trouvaient écrasés sur leurs genoux, désordonné, certains avaient les mains jointes comme d'autres les bras en croix sur le torse, se balançant d'avant en arrière. Ils priaient une immense croix noire peinte sur un mur de béton.
Les traqueurs ne s'attardèrent pas plus longtemps sur l'attroupement à l'étrange ferveur et continuèrent leur marche dans le campement.

Plus ils avançaient et plus il y avait de monde et de tentes.

Tous s’arrêtèrent avant de passer sous un pont.
Là en face se tenait agenouillés trois personnes, des difformes comme les autres, les mains jointes ils pleuraient et imploraient une grosse femme habillée comme une bonne sœur, tenant d'une main un encensoir alors que l'autre répétait sans cesse le même signe : de haut en bas puis de droite à gauche. La sœur se trouvait encadrée de trois autres femmes, elles même en bure, brune et noire, mais ces dernières tenaient des armes. Fermement entre leurs mains : une hache chacune, sauf pour la troisième qui pointait un ancien fusil de chasse. Toutes les trois droites et figées, le visage de marbre.

miserere nobis
Qui tollis peccata mundi !

L'un des agenouillé cracha dans un pleur un "Amen" retentissant sous le pont avant de se recevoir un brutal coup de hache lui fendant net le crane. Et la scène se reproduisit à l'exact pour le second dont le corps sans vie vint rejoindre l'autre, sanguinolent.
Le troisième n'en tint plus et se leva d'un bon, son froc trempé de pisse et il couru sur quelques mètres  en bramant "smahli! smahli! smahli!" avant d’être cueillit d'un coup de fusil de chasse. Le pauvre homme s'écrasa mollement, le visage dans une flaque de boue.

Les traqueurs avaient immédiatement levés leurs armes d'un geste commun. La nonne au fusil les regarda un bref instant mais garda ses lèvres close et leur tourna rapidement le dos, préférant mettre son arme à terre et se mettre elle même à genoux pour prier, mains jointes comme ses deux sœurs à la hache.

Les traqueurs restèrent estomaqués, leurs armes toujours tendues, leurs cœurs battant dans le lourd silence de la rue à peine brisé par leur souffle audible et la vapeur qui s'échappait de leur bouche en ce début de soirée pluvieux.

- Ma sœur.
Cassius du se rapprocher de la petite grosse et son encens pour que celle ci daigne porter attention à lui.
- Encore des traqueurs.
- Vous... Quand est ce que les autres sont passés ici ?
Celle ci... ferma doucement les yeux et hocha la tête en silence. Cassius ne pu qu'admirer les marques et les cicatrices écorchant le visage pourtant poupon de la nonne, particulièrement le contour de ses lèvres criblé de croûtes.
- Et la réponse est ... ?
Roland s'était avancé, n'en pouvant plus de l'attitude dédaigneuse de cette étrange étrangère.
Pour réponse la nonne ferma doucement ses yeux, à nouveau, et prit une profonde inspiration avant de les rouvrir.
Silence. La pluie continua de les imbiber.
- Ma sœur ? Lança Cassius les dents serrés, comme un ultimatum.
- Suivez moi.

La grosse nonne laissa planter sous le pont ses trois compagnonnes toujours à genoux, les mains jointes, mais sans qu'aucune psalmodies ne soit audible. Les traqueurs et leurs bêtes suivirent alors, suspicieux et donc toujours sur leurs gardes, la porteuse d'encens.


* * *

Le groupe suivit leur guide qui remontait la rue vers les collines, elle ne répondit aux questions que par un inébranlable silence aussi les traqueurs abandonnèrent bien vite toute tentative de discutions.

Plus l'on remontait et plus l'on croisait de nonnes.

Un enfant, torse nue sous la pluie, accouru alors jusqu'à leur guide et s'écrasa à ses pieds et marmonna quelque chose dans le langage local, un langage qu'on pourrait dire plus vomis qu'articulé. La nonne s’arrêta, prit un air solennel et leva bien haut une main qu'on aurait dit toute puissante pour enfin lâcher quelques mots, eux aussi dans la langue des locaux. Le gamin écrasa sa face contre la boue et leva une paire de mains jointes au dessus de sa tête.
La nonne reprit son chemin comme si rien ne s'était passé. Ou plutôt comme si tout les jours des gosses venaient s'écraser à ses genoux en implorant de la sorte.

Rex, qui observait avec intensité les alentours, tentes et hommes, faillit sursauter quand Roland qui s'était approché sans un bruit lui chuchota quelques mots. L'écuyer n'attendit pas la moindre réponse et se glissa aux cotés du sergent en tête de file pour lui faire parvenir son même message.
Le vieux Rex fronça les sourcils en passant près de deux nonnes, pour vérifier ce que lui avait dit son collègue.

Deux nonnes. La plus vieille portait une cagette remplit d'un genre de salade sombre alors que l'autre la talonnait, une hache tenue ferme entre ses deux mains. Il haussa les sourcils en voyant que celle ci avait bel et bien les lèvres cousues.

- L'Abbaye.
Elle ne s'était même pas tournée pour le leur dire et continua sa marche jusqu'au portail.
D'imposants bâtiments de pierre dominaient la colline. Dans la pénombre de la nuit l'on distinguait à peine le moulin, pourtant grand, sur leur droite, ainsi qu'un jardin potager où l'on voyait les ombres de tuteurs soutenir les pouces.

Leur guida monta une courte série de marche menant à l'entrée du bâtiment de gauche et glissa quelques mots à une de ses semblables qui se tenait comme un piquet devant les portes.
- Hum... Nous voudrions parler à...
- A l'Abbesse, oui. Coupa sèchement la grosse. Elle claqua des doigts et fit un geste à sa comparse.
- Sœur Margarite s'occupera de vos bêtes, sires.

Les traqueurs échangèrent tous un regard entre eux, un peu perplexe.
- Qu'est ce que c'est que ce bordel putain de bordel de merde à la con.
- Du calme. Gardons... notre calme. Le sergent enjoignit des gestes apaisant à ses paroles. Lui même était évidement complètement perdu mais que pouvaient ils faire d'autre que la suivre tranquillement ? Elle était au courant pour Bogdan et ses hommes, ils étaient bien passés par ici. Il fallait mener l’enquête, qu'importe ces étranges fanatiques.

Sœur "Margarite" était blanche comme un fantôme, joue creusé et cerne bien marquées pour toute trace de couleur sur son visage cerclé d'un voile blanc. D'une voix fluette elle demanda :
- Avez vous acceptez Dieu dans vos cœurs ?
- Hm, oui.
Cassius avait répondit spontanément bien qu'un brin pantois.
- Allons chevaliers ! Je ne dois pas vous prendre par la main ?
La blakane souffla une insulte en slave à la petite grosse qui les entendait sur le pallier puis suivie le groupe vers les escaliers, laissant derrière elle la ville en ruine et son campement miteux en contrebas.

Le changement d'ambiance fut brutal.
Bougies et encens. De la pierre grise omniprésente jusqu'au son diffus des prières l’atmosphère semblait étrange. Bien plus étrange que mystique. Du moins pour Roland qui n'avait jamais mis les pieds dans un établissement monastique de son vivant jusqu'alors. Tout était calme pourtant, mais cela ne l'apaisait pas le moins du monde. Des bougies, partout, des centaines et des centaines, des vapeurs d'encens et une multitude d’icônes religieuses posés sur un mobilier sobre. Et, surtout : ces prières en latin que l'on entendait résonner à travers les couloirs du bâtiment paroissial.
- L'abbaye entretiens une chaîne de prière ininterrompue depuis un millénaire et un siècle.
Elle avait sortie ça sans cacher sa véhémente fierté, aussi quand Roland souffla un "Ouah... mille ans" un brin trop sarcastique aux oreilles de leur guide cette dernière se braqua instantanément et se tourna, sourcils aussi froncés que sa mâchoire était serrée :
- Oui. Plus de mille cent années.
Heureusement pour tout le monde, elle sembla se calmer et reprit sa déambulation dans les couloirs de son abbaye jusqu'à déboucher dans la grande salle.

Dix mètres sur quinze, trois ouvertures au centre des murs, le tout se trouvait éclairé par un grand feu au centre de la pièce, cerclé de pierres grossières, la fumée s'échappant par un trou à même le toit. Deux longues tables de bois brut s'imposait dans la pièce, ainsi que leurs banc eux aussi en bois sombre. Une petite poignée de nonnes finissaient de manger alors que d'autres de leurs sœurs ramassaient les gamelles vides.
- Nous arrivons à la fin du service du soir.
Leur guide les abandonna là dessus et alla en bout de salle où se trouvait une troisième table, plus petite, à peine cinq place. Il trônait au centre une vieillerie, une bonne femme si âgée qu'on l'aurait dit momifiée. Mais leur guida s'approcha plutôt de l'autre personne attablée là bas, se pencha vers elle et lui chuchota quelques mots.
Celle si hocha la tête, sévère, et se leva dans un grincement de chaise retentissant avant de s'approcher du groupe.

Spoiler:
 

- Sœur Elonore, prieure de l'Abbaye. Présenta la petite grosse en s'inclinant avec respect.
Sa supérieur lui fit un signe de main distrait et celle si se releva de sa courbette.
- Veuillez accepter l'hospitalité de notre ordre. Prenez place. Le ton fut... tellement acide que l'on aurait cru que toute sa famille avait été massacré, violé, torturée sous ses yeux par des traqueurs.
La petite grosse s'en alla dans les cuisines à petites foulées pourtant et beugla des ordres à une de ses sœurs pour qu'elle "serve la soupe aux chevaliers".

Elonore leur fit signe de s'asseoir en début de table puis alla nonchalamment reprendre sa place sur l'estrade aux cotés de l'antiquité vivante.
- Nous vous remercions, Abbesse, de votre accueil.
Cassius savait y faire, un vrai diplomate, l'on pouvait lui chier au fond de la gorge qu'il arriverait à se forcer un sourire.

C'est alors qu'une jeune sœur toute drapée de blanc sortie des cuisines en age, une marmite brûlante entre les mains

Spoiler:
 

- Merci.
Roland tendit son bol de bois et eut un sourire de plaisir gourmand en voyant l'épaisse soupe verte y être déversée.
- Choux et oignons, sire. Fit-elle d'une voix mal assurée.
- Gé-nial.
Une fois que celle ci eut servit toute les gamelles, y compris celle de la petite grosse qui n'avait toujours pas soupé et s'était donc assise avec les traqueurs, la jeune serveuse prit elle aussi place en bout de table et osa se servir le fond de la marmite.
- Sœur Bigael, as tu déjà finis ton service ? Questionna la grosse, inquisitrice, à l'autre bout de la table.
Celle ci souffla une réponse affirmative en baissant les yeux sur sa maigre portion de soupe et s'en fut tout de l'échange entre les deux nonnes.
Cassius arrêta la main de Zeus avant qu'il ne commette une faute, gardant sa cuillère pleine de soupe en suspension entre son assiette et sa bouche. Le sergent enjoignit alors, toujours affable, la sœur à entamer la prière avant qu'ils ne se mettent à manger.

- Amen !
Et le repas pu commencer sous l’œil glaçant de la prieure.
- Magnifique Abbaye mes sœurs.
Aucune réponse. Svetlana ne put s’empêcher de sourciller, mais son sergent l'enjoignit au calme d'un geste discret de la main.

- Qu'est ce qui t'arrives Z, on t'as coupé la chique ?
Roland observait Zeus, qui lui même avait son regard plongé dans la bouillie verte.
- J'sais pas.
Je repense au gamin.

- On a fait ce qu'il fallait, ne...
Il le coupa alors : "Nan." souffla-t-il.
- Je repense pas aux gamins. Mais à "ce" gamin.
Son collègue reposa sa cuillère et fronça ses sourcils, interrogateur :
- On était dans le sous marin avec Svet'... et t'en a un qui s'est glissé dans notre dos tu vois.
- Ah, c'est moche. Dit Roland, compatissant, imaginant le choc que ca devait etre d'abattre un gosse à bout portant. Mais Zeus rectifia, tourmenté :
- Nan c'est pas ça.
Il...
Enfin il s'est tiré une balle.
Comme ça. Il a retourné son flingue. Dans sa bouche.
Bam.

La chevalière intervint en riant de bon cœur, posant son coude sur la table elle se tourna vers son écuyer :
- Des petits cons. Leurs cerveaux sont niqués à force de trop sniffer de l'essence.
- On aurait du mourir. Insista-t-il pourtant.

Une voix s'éleva, la grosse nonne agita sa cuillère en bois et philosopha :
- C'est la volonté de Dieu !
Là Roland ne pu se contenir et rétorqua :
- Éclatez des cranes à la hache aussi ça fait partis des plans de Dieu ?
On entendit la grosse retenir son souffle et vit ses joues s'empourprer. Mais la prieure la devança :
- Nous punissons ceux qui enfreignent les Commandements de l’Éternel.
Nous punissons, mais c'est à notre seigneur qu'il revient de Juger dans l'Au delà.

- C'est la volonté de Dieu ! Répéta la grosse comme un mantra. Et toujours en agitant sa foutue cuillère.
Cassius grifferait presque la table de ses ongles, Roland qui se trouvait malheureusement à l'opposé du sergent ne pouvait voir les signes qu'il lui envoyait pour qu'il se taise, aussi continua-t-il toujours acerbe :
- Ces pauvres gens souffrent assez sans qu'en plus...
La prieure se leva dans une fureur non contenue et cria :
- Nous les avons soignés !
Nous les avons nourris !
Nous les PROTÉGEONS !


Le silence qui s'en suivit dans la salle fut plus assourdissant que les hurlements de la prieure.
Les traqueurs entreprirent de finirent leurs assiettes sans ajouter un mot.

Ce fut la discrète sœur Bigael, assise à coté de Rex, qui entreprit courageusement de briser le pesant silence après ces quelques minutes de flottement gênant:
- La ville était un tripot sous le joug du prince, nous apportions le réconforts aux âmes égarés. A sa mort, et à l'arrivée des monstres et des épidémies, il ne restait plus que notre Ordre pour leur venir en aide.
Et avec la venue des Vigiles, nous n'avions plus eut le choix : il nous a fallut combattre.


Roland arrêta de tapoter son bol vide du bout de sa cuillère en bois pour décrocher un sourire acerbe, faussement étonné :
- Des bonnes sœurs qui portent Dieu dans leurs cœurs et des armes dans leurs mains : surprenant
Sans même le regarder, la petite grosse psalmodia
- Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée.
Le prieure acquiesça comme distraitement à ces paroles, puis répondit à son tour à l'attaque :
- Oui nos Sœurs Exécutrices enfreignes les commandements divin.
Elles font don d'un grand sacrifice aux yeux de l’Éternel dans l'unique but de protéger les brebis des loups.
C'est pourquoi nous prions toutes si hardiment : pour que leur sacrifice et leurs péchés sois pardonnés par notre Seigneur.

- Amen !

- Qui sont ces "Vigiles" ? Questionna Rex après la tirade exalté de la prieure "Elonore".
- Des mécréants ! Vociféra la grosse nonne comme à son habitude.
Sœur Bigael, après s’être doucement éclaircie la gorge et essuyée les lèvres avec sa serviette, vint préciser plus amplement :
- Ce sont des raiders. Il y en avait beaucoup ici dans le temps, des africains par delà le désert.
Mais les gangs disparurent avec le Prince d'Alger. Ils ont tout autant souffert des maladies et des attaques de mutants que nous autres.
- C'est la volonté de Dieu !

Il fallut que Rex enjoignit la sœur à continuer après cette interruption, pour que celle ci reprenne d'une voix encore plus faible :
- Les raiders ont disparues. Et ces "Vigiles" sont apparues. Les gens les appels comme ça, alors nous aussi. Ils viendraient de l'Est, par delà le Golf. Ils sont très bien équipés, c'est terrifiant.
...
Les Vigiles attaquent les communautés encore debout, ils viennent et... capturent des gens.


- Vos amis ne vous on pas mis au courant ? Demanda l'autre nonne aux traqueurs.
- Bogdan et les siens se sont arrêtés ici ?
- Bien sur... Commença la prieure, circonspecte.
- Ils étaient tous là ? Les sept ?
Visage sévère, elle hocha pourtant la tête affirmative.
- Que vous ont ils dit ?
- Que pensez vous qu'ils nous on dit ? La prieure n'en démordait pas une seconde, et présenta toujours la même résistance.
Mais la réponse éclata là où on ne l'attendit pas, et la grosse nonne lâcha :
- Ils vont s'occuper du mal à l'Est. Ils vont se charger de ce que votre "Ordre" aurait du faire depuis bien longtemps ! Oui.
- De ... Cassius se ressaisit en étouffant son étonnement, et questionna d'un ton plus posé : " Quel mal sévit à l'Est ? "
La nonne haussa ses épaules et hasarda :
- Les Vigiles.

Les traqueurs échangèrent un regard.
- La Libye. S'agita Zeus, comme s'il s'était agit d'un pays sibyllin.
- Comment ont ils pu traverser ?
- Sfax est la dernière ville connue dans cette partie là du monde. Pas loin de l'embouchure du Golf, ils ont du y dénicher un passeur.
- Si cette ville existe encore...
- Elle était la plus riche, en son temps. Une oasis dans le désert. J'ai espoir.
Zeus faillit s'étouffer, lançant un regard à chacun de ses compagnons, et s'insurgea :
- On va traverser montagnes et déserts, traverser ce putain de Golf sans preuve ? Sans putain de preuve tangible ?
Svetlana eut un coup d’œil amusé pour les nonnes et lui souffla : "Tu ne les crois pas sur paroles ?"
- Et puis la buggy dans le désert ! Intervint Roland.
- Bogdan va vers l'Est on en est certain.
Pourquoi ? Nous le découvrirons.
C'est le genre de personne à suivre ses propres règles, et s'il lui a fallut déserter l'Ordre pour mettre un terme aux agissements d'un groupuscules de raiders en Libye... et bien je trouve que c'est une hypothèse fort probable, non ? En connaissant la réputation de cet homme.

- Sept traqueurs contre des raiders mon cul sergent !
- Et qui d'autre sinon Zeus ? Il n'y a plus personne ici, les princes berbères se sont exilés... pour ceux qui ont survécus.
Ma décision est prise, nous continuons sur les traces de Bogdan : à l'Est.


Toutes les nones présente dans le réfectoire se trouvaient tournées vers le groupe de traqueurs attablé qui osait échanger leurs messes basses.
Cassius se racla la gorge bruyamment et se leva de toute son altière présence :
- Merci encore pour votre accueil mes sœurs, l'Ordre vous remercie, et l'Ordre ne l'oubliera pas !
Notre mission nous urge à partir plus à l'Est aussi, au nom du...


La prieure coupa net à la demande à peine naissante du sergent, et acide comme le venin d'une vipère dit :
- Vous désirez des vivres pour votre voyage ?!
- Hé bien ce serait là...
Et de le recouper aussi sec, se levant à son tour qui plus est, pointant un doigt menaçant :
- Nous avons déjà cédées à cette exigence de la part de vos confrères !
Vous ne savez qu'exiger vous autres, comme si le monde vous était du !
Vous désirez plus de vivres ? Vous n'avez donc qu'à rattraper vos collègues là bas et vous partager ce que nous leur avons déjà généreusement donnés !
...
Sœurs, accompagnez donc ces chevaliers hors de mon Abbaye.


Cassius avait encore les yeux exorbités sous la violence de l'attaque alors que son écuyer le prenait par le bras pour le faire venir à sa suite. Il semblait bien que faire profil bas était l'option viable sur ce coup, aussi les traqueurs suivirent leur maigres escortes, à peine constituée de la petite grosse et de sœur  Bigael, dans les couloirs de l'abbaye.
- Vous alliez réellement lui demandez des vivres sergent ?
Il répondit à Roland que part un hochement de tête négatif :
- Lui demander à nous abriter pour cette nuit plutôt.
Svetlana ne pu s’empêcher d'éclater de rire.
- Je pense qu'elle aurait refuser votre demande de toute façon, quelle qu'elle soit. Fit Roland qui se voulu rassurant.

- Je suis navrée messire...
Dehors s'abattait encore cette douce pluie fine. La grosse nonne les abandonna en haut de l’escalier, ne daignant pas se tremper après manger.
- Vous trouverez à vous abriter en basse ville. Dans les rez de chaussés des ruines. On y est à l'abri du vent et de la pluie... du froid aussi, parfois.
Faites attention aux voleurs.

Bigael était descendue seule dans la cour de l'abbaye avec les traqueurs, et les aidait à sortir leurs bêtes des écuries.
Soudain elle attrapa Rex par l'avant bras et plongea un regard implorant dans le siens :
- Amenez vous avec moi chevaliers ! Je... je ne peux plus rester ici ! Amenez moi, n'importe où, à Sfax, au Krak je m'engagerais, n'importe où pitié...
Demain matin à l'entrée de la ville, venez me chercher pitié ! Pitié !

Ses pleurs s'interrompirent soudain alors que la grosse nonne l'appela. Elle dégagea immédiatement son étreinte et s'en alla au trot jusqu'à sa maîtresse.


- C'est des barjos. Déclara Svetlana pour tout adieu à l'Abbaye alors qu'elle entraînait sa bête à sa suite vers la basse ville.



* * *


Les traqueurs trouvèrent en un ancien magasin d'épices leurs refuge pour cette nuit pluvieuse. L'espace était totalement dégagé, même les rayons avaient disparues depuis longtemps, seuls restaient l'essentiel : quatre murs solide. Cassius était allé troquer un peu d'eau contre quelques fagot de bois, aussi la tanière des traqueurs se trouvait désormais baignée dans une chaleureuse atmosphère prodiguée par un maigre foyer au milieu de la pièce.
Les bêtes étaient avec eux, pour la plupart allongées et tranquille. Zeus finissait de se faire la toilette dans un bac d'eau froide, récupérée via le réseau de gouttière, armé d'un bout de savon épais comme une feuille de cigarette et d'un torchon presque propre.
A coté de lui, Roland nettoyait son sniper consciencieusement.
- Z a peut être raison. Commença-t-il après avoir soufflé dans la culasse de son arme. La piste est maigre. Et Sfax... c'est loin.
On pourrait aller à Tunis. Trouver un moyen de gagner la Sicile et rentrer chez nous.


Cassius faillit s'étouffer et se leva d'un bon, toussant encore il dit :
- Abandonner ?! Abandonner ?
Jamais !

Tout le monde s'était tourné vers lui.
- Nous sommes chevaliers du Krak ! Nous ne reculons pas !
Nous irons au bout de cette mission.

Roland s'abstint d'en rajouter, cette mission était venue à bout même de Strabo avait il envie de lui répondre mais cela aurait été bas et blessant pour le sergent, même s'il ne le respectez pas autant que le reste de ses camardes et bien... ils étaient tous dans la même galère.

- Hé !
Svetlana avait bondi comme une furie, sa batte cloutée en main.
A l'autre bout de la pièce, trois silhouettes sursautèrent et prirent la fuitent.
- Voleurs ! Voleurs ! Cria-t-elle avant de finir par des insultes en slave.
En quelques secondes elle fut sur eux et frappa en plein dans le dos l'un des fuyards qui alla s'écraser au sol alors que ses deux comparses avaient déjà bondit dans la rue, leur maigre butin en main (un poncho et un foulard).
Svetlana ne pu continuer la poursuite car elle venait malencontreusement de trébucher sur le corps du troisième homme qu'elle avait mise à terre.
Elle se releva alors, les genoux boueux, le regard fou cherchant au milieu des quelques badauds qui s'étaient arrêtés les deux autres proies. Mais les voleurs avaient disparus.
- Ça va... ils n'ont rien pris je crois les gars.
C'était Roland, qui fouillait dans les sacs encore accrochés aux chameaux.
Mais la Balkane ne l'entendait pas. Elle n'entendait plus rien désormais. Celle ci lâcha un grognement et alla attraper d'une main sa proie, la tirant par le col en plein milieu de la rue, projetant finalement violemment le corps du voleur sur le béton.
Elle leva sa batte, la pointant tout autour d'elle, désignant les badauds sous leurs turbans comme s'ils étaient tous complices de ce vol.
Alors elle vint défoncer le crane du voleur, prenant son élan comme si sa batte se trouvait être une lourde massue. Le bruit sourd du bois heurtant l'os, puis de la mâchoire se fracturant sous le bitume. Svetlana poussa le corps du bout de sa botte, le laissant doucement se tourner sur lui même. Elle contempla avec grande satisfaction les yeux morts de sa victime et s'en alla sans plus s'y attarder, retournant auprès de la réconfortante chaleur du feu.
- Ça va dissuader les autres connards de nous chercher des problèmes en tout cas.


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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Lun 26 Déc - 18:40

Stress. Fatigue. Peur. Un peu tout à la fois. Les traqueurs étaient gagnés de sentiments qui rongeaient leurs âmes. L'expérience, l'entraînement, la discipline, ça leur avait permis d'endurer les pires blessures physiques. Ils avaient réussi à traverser l'Espagne jusqu'à l'Algérie, un voyage qui aurait été mortel pour n'importe qui, mais ils n'avaient perdus que l'un des leurs. Imaginez un peu l'époque où il y avait des centaines de chevaliers traqueurs. Une armée capable de massacrer tous les monstres imaginables. La raison d'une telle discipline, c'est les rites initiatiques que devaient passer tous les futurs membres de l'ordre. C'est même pas juste du parcours du combattant qu'on leur fait faire. Une des épreuves consiste à lâcher l'initié nu, dans les montagnes des Alpes, au sommet de ce qui avait été le Mont Blanc. Dans le froid, la neige, en pleine nuit, avec le manque d'oxygène, l'initié doit réussir à ramener au Krak un trophée, un cœur d'une espèce de canidé vicieux et dangereux. Il y a aussi tous les moments d'hypnose et de prise de drogue pour leur apprendre à gérer la douleur, les veillées interminables suivies d'entraînements physiques, l'entraînement de la mémoire, des premiers soins, de l'utilisation d'armes de toutes sortes... Oui, il n'était pas exagéré de dire que les traqueurs étaient les meilleurs combattants du monde.

Mais leurs âmes, elles, elles ne pouvaient pas être endurcies de la meilleure façon. Alors que tout le monde mangeait autour du feu, il était clair qu'ils semblaient tous troublés. Rex le savait, parce qu'il les avaient regardés chacun, les uns après les autres, dans leurs yeux. Cassius qui était en plein doute, Roland qui avait des idées de désertion, Carmen qui était à bout de forces, Svetlana à cran... Cette mission aura eut même raison de Zeus. Rex ne l'aurait jamais cru, jamais imaginé une seule seconde, qu'un gars du cran de Zeus soit capable de faillir.

Le problème, quand on commence à avoir une âme faible, c'est que les psychonautes en profitent.

Rex n'avait plus du tout la même force physique qu'avant. Il était devenu lent. Ses jambes lui faisaient mal. Ses bras étaient lourds. Sa vision, autrefois digne d'yeux de lynx, était en train de baisser. Même le recul du fusil, quand il tirait, devenait ingérable et commençait à déboîter son épaule. Jamais il ne pourrait changer ça. La vieillesse, on y échappe pas.
En regardant l'orichalque de Strabo, il se mit à se demander quel serait son futur. Toute sa vie il n'avait connu que l'ordre, uniquement l'ordre. Des femmes, il en avait aimé, mais toujours d'un amour passager, temporaire, condamné à l'échec. Des frères, il en avait connu plein ; Mais tous ses amis étaient morts en mission, c'est ça d'avoir des copains traqueurs. Ses parents avaient passé l'arme à gauche depuis bien longtemps, mais de toute façon, il les avait quittés pour rejoindre le Krak. Tous les traqueurs sont loyaux à l'Ordre, mais Rex c'est un peu plus que ça. C'est sa vie. Tout ce qu'il connaîtra jamais. Il se maudissait, le vieil homme. Il se maudissait de ses blessures atroces, une lacération qui l'avait empêché de partir avec les autres dans le Grand Nord. Au lieu de ça, pire que tout ; L'incertitude. L'incertitude régnait. Être dans le noir c'est la pire des sensations.
Aussi, il était clair que Strabo avait peut-être raison. Il était temps pour Rex de prendre sa retraite. D'arrêter. De ne pas devenir un poids pour les cadets qui pourraient rejoindre. Mais ce n'est pas pour ça qu'il quitterait l'ordre. Il sera toujours là, partout où il marche. Un marteau, gravé dans son crâne.

- Il va falloir qu'on réfléchisse à comment atteindre le golf. Nous n'avons pas assez de vivres pour tenir la route. Je suppose qu'il va falloir qu'on vende une de nos bêtes pour avoir de l'eau, de la nourriture... Et peut-être même des munitions.

- Il est vrai que nous avons peu de choses à troquer. Fut un temps où on pouvait fouiller les ruines pour trouver des objets, des bricoles à échanger. Plus maintenant. Foutue civilisation...
- Mais nous sommes les traqueurs. Je suis sûr que si on demande, des gens accepteront de nous donner des vivres, gratuitement. On commande toujours le respect dans le coin.
- Peut-être... Peut-être...
Dans tous les cas, il faut qu'on continue. Il faut qu'on se batte, traqueurs. C'est la victoire, ou la mort !

- La victoire a un prix...

Zeus qui venait de parler, picora un morceau de pain. Heureusement que la soupe de l'abbaye les avaient bien nourris. Il semblerait que cette force de la nature de Zeus en avait gros sur le cœur.

- Vide ton sac Zeus. Que se passe-t-il ?
- Rien, Rexouille. Rien. C'est juste que...
...Que... Que je sais pas comment dire, c'est. C'est bizarre. J'ai l'impression que... Que depuis que je suis chez les traqueurs quoi, j'ai l'impression...
J'ai l'impression que je suis en train de me perdre quoi.

- Explique-toi.
- Bah je sais pas comment dire. Avant, quand je me battais, quand j'entendais les gens hurler et les balles voler, c'était tellement excitant ! J'avais la trique, le cœur qui battait à cent à l'heure, le sang qui bout et les oreilles qui sifflent !
Maintenant, j'ai... J'ai l'impression que ça devient plus... Plus... Plus...

- Pur.
- Simple.
- Ouais... Ouais c'est exactement ça. J'ai plus vraiment l'impression d'agir. Juste... J'sais pas. J'sais pas comment dire. J'ai pas de mots pour exprimer ça. Rex, vieux, ça te l'as fait toi aussi, à l'époque où t'étais pas encore un vieux débris ?
- Bien sûr. Tu es en train de changer, Zeus. Je sais que ça peut sembler fou, ou dur à admettre. Mais tu n'es plus vraiment un homme normal à présent.
- Un homme normal ? Mouais. Mouais...
- On vit tous ce moment là en mûrissant. On se purge de ses faiblesses, de ce qui fait un poids sur l'âme. On se concentre, et on commence à changer. C'est dur de changer. On se sent plus fort, et en même temps, plus mélancolique.
- Quand tu le dis comme ça on dirait que ça sort d'une gamine goth qui se taillade les veines, Rex.
- T'inquiète pas Zeus. Cela te le fera quand tu seras vieux. Si tu vis vieux, ce qui n'est pas assuré. Peut-être que tu vas venir à mourir dans les jours qui suivent.

Petit silence. Tous les traqueurs regardent à présent le Rex.

- Bordel t'es encourageant !

- Et pourtant il est nécessaire que tout le monde se rende bien compte de ce que ça implique que d'être un traqueur. Je vous regarde tous, vous tous. Vous êtes jeunes. Trop jeunes. Et vous venez tous avec vos propres bagages émotionnels. Mais je veux que vous réfléchissiez à ça avant de dormir : Vous vous accrochez à l'espoir, mais l'espoir est la première étape vers la déception.
Nous sommes des armes. Absolument rien d'autre que des armes. C'est pour ça que l'Ordre veut à tout prix être neutre, pourquoi il veut à tout prix ignorer les cris et les pleurs de femmes martyrisées par des psychotiques, qu'importe que ces psychotiques soient un petit gang de bikers ou une nation avec un drapeau. L'Ordre veut être neutre, parce que notre force vient de cet état d'esprit, de ce souffle que tu es en train de ressentir, Zeus. Le fait de se vider de ses émotions, de s’amurer avec une voile d'acier. Il y a les monstres, et il y a l'Humanité. Notre seul objectif est de les éliminer.

- Il y a l'Ordre, Rex.
- L'Ordre ? Cassius, j'ai fais partie de cet ordre pendant bien plus longtemps que toi, j'ai côtoyé tous ses chefs, j'ai visité des dizaines de commanderies et accomplit tant de missions pour l'Ordre. J'aime l'Ordre plus que tout autre homme au monde, l'Ordre est ma vie, la seule chose à travers duquel je regarde le monde. Et pourtant, je hais l'Ordre. Vous vous ne vous rendez pas compte ? Les secrets ? Les mensonges ? Jamais dans notre Histoire un Grand-Maître a jamais eut l'idée de s'absenter en emportant les chevaliers avec lui ! Et Bogdan alors ?! Un commandeur, qui décide de s'absenter, sans la moindre explication, en emportant des reliques sacrées avec lui ?!
Et regardez Strabo. Le meilleur d'entre nous. Tué pour absolument rien au milieu d'une hispanie en train de brûler. Rappelez-vous de lui, et dites-vous que c'est bien là la seule chose que l'héroïsme vous apportera.
La lutte contre les psychonautes est la seule chose que nous avons, la seule chose que nous connaissons. C'est pour cela que nous n'allons pas rentrer au Krak, pour cela que nous allons aller jusqu'en Enfer pour retrouver Bogdan. Si Bogdan est un traître, nous le tuerons. S'il a fait son devoir, nous l'aiderons. La Traque. Voilà ce que c'est, l'idéal de Magnus Venator. La Traque.
Nous ne sommes pas les bergers qui gardons le troupeau. Nous sommes les chiens qui dévorent les loups.

- Ouais... Ouais t'as peut-être raison Rex.
Mais au moins je sais que je peux compter sur vous, sur mes frères.
- Bravo
, dit Svetlana. Maintenant on se fout à poil et on se dévore tous la bite ?
Allez bien vous faire foutre. Je vais dormir.


La slave s'allongea dans son sac de couchage, sur le côté. Mais elle avait les yeux toujours ouvert. Les mots de Rex continuaient de résonner dans son crâne. Sur l'instant, elle se mit à haïr de tout son être le vieux Traqueur. Comment un homme pouvait dire des choses comme ça ?
C'était ironique. Il n'y avait pas une personne plus enragée, plus assoiffée de sang qu'elle. Mais elle ne savait pas pourquoi, le cynisme dont faisait preuve le vieux l'inquiétait.

****

Au petit matin, les traqueurs s'étaient divisés. Si Svetlana et Carmen devaient garder le camp et s'assurer qu'aucun voleur n'arrive, Cassius, Roland et Zeus étaient partis au milieu des pestiférés, pour pouvoir trouver des vivres. Ils s'étaient mis en tête d'aller échanger une des bêtes contre tout ce qui serait utile pour le long voyage qui les attendaient ; Autant faire des stocks que d'être pris à court. Médicament, munition, bouffe, eau, tout serait utile. Mais pas sûr qu'une tête de bétail suffise pour s'offrir tout ce dont le sergent voulait. Heureusement qu'il était diplomate, et heureusement qu'il arrivait à jouer sur le fait qu'ils étaient traqueurs pour tenter d'échanger et de troquer avantageusement. La peur absolue des Vigiles, couplée au fait que Cassius annonçait à qui voulait l'entendre qu'ils allaient aller en Libye, encourageait beaucoup de gens à s'imaginer qu'ils allaient chasser les monstres.
Seul problème, mais gros problème : La barrière de la langue. Les gens d'Alger baragouinaient dans un dialecte impossible à comprendre. Zeus, déjà un peu raciste, n'arrêtait pas de s'énerver. Cassius était latin, Roland nordique, aussi, cet étrange malformation d'arabe était égale à un baragouinage impossible à comprendre.
C'est pour cela que Rex avait décidé de quitter les autres pour aller chercher celle qui désirait quitter son abbaye.

Il marchait seul jusqu'à l'entrée de la ville. Fusil sous le bras, pistolet bien en vue dans son étui en cuir, manteau couvert de poussière qui volait derrière. Et surtout, le morceau d'orichalque au cou, à côté de son crucifix. Tous ces symboles à la fois inspiraient la confiance, et les lépreux assis sur les côtés de la rue, sous des porches de vieux magasins, saluaient ou s'agenouillaient devant le vieux.
Il repassait devant les statues de cendres, magnifiques d'une certaine manière, pour aller se retrouver près de ce qui avait été une station service. Les prix affichaient des chiffres dont le Traqueur n'avait aucune idée de ce qu'ils signifiaient. Ainsi, il pouvait lire que le « SP98 » coûtait « 22,78 »€ le litre. Donc, près de 1000€ pour un plein. Sachant que l'Algérie est un pays rempli de pétrole.

Il resta là, un moment, avant de voir au loin, debout sur la route, une personne recouverte d'une cape brune. Il s'en approcha. Lorsqu'elle se retourna, il reconnu le même visage blanc et les cheveux blonds voilés sous son manteau. Rex s'approcha d'elle, s'arrêta juste devant, et l'observa, le visage dur, les traits fermes. Les deux se jaugèrent, silencieux.

- Alors.

- Vous... Vous êtes venus.
- Du calme. Ce n'est pas parce que je suis venu que ça veut dire que j'accepte que vous nous accompagniez.
Pourquoi ? Pourquoi vouloir abandonner le monastère ? Je n'ai pas l'impression que c'est parce que vous avez envie de rejoindre les traqueurs.

- Elles veulent que je devienne une "sororis carnifex".
- Une sœur exécutrice. Celles qui ont les lèvres cousues ?
- Oui... Elles sont censées être silencieuses, pour ne pas parler des actes qu'elles commettent. C'est un symbole.
- Des actes ? Vous voulez dire, décapiter des gens en pleine rue.
- Et la torture, et le meurtre, et d'autres choses...

Rex resta silencieux un moment, passant sa main dans sa barbe sale et épaisse.

- Écoutez... Ma sœur. Je peux pas en leur vouloir, à ces bonnes sœurs. Nous aussi les Traqueurs on a nos propres codes, et c'est pas facile.
- Mais vous ne tuez pas d'autres humains. Juste des monstres.
- Certes. Mais...
Enfin, bon sang. Pardonnez moi, mais vous devez vous regarder. Vous êtes une crevette, petite, mince. Vous ne survivrez pas aux rites des traqueurs.

- J'ai vu que l'une des traqueuses n'était pas particulièrement... Enfin...
- On va traverser le golfe de la Gehenne. On va traquer un de nos frères. On va aller chez les Vigiles, une bande de tarés apparemment.
- Amenez-moi jusqu'à Sfax ! Je peux vous aider ! Je sais soigner les gens, je sais utiliser une arme à feu, je connais la langue locale... Je vais jusqu'à Sfax, puis j'utiliserai mon argent pour aller en Italie, pour aller jusqu'au Krak. Mais pitié, ne me laissez pas ici !

Rex regarda au loin. Il soupira.

- Une fois que nous serons à Sfax, je vous donnerai une lettre avec le sceau des traqueurs. Vous devrez tout faire pour donner cette lettre à Mohammed el-Zarzis, régent de l'Ordre.
- Oui ! Oui je le ferai !
- Viens avec moi. On va retrouver les autres.

****

Alors que tout le monde était parti, Carmen et Svetlana avaient le boulot de garder le camp. Pourquoi Cassius leur avait-il demandé ça ? Peut-être que l'anabaptiste avait, dans sa tête, une vision claire du devoir des femmes et des hommes. N'empêche que voilà que Carmen était occupée à laver les vêtements dans de l'eau de pluie, pendant que Svetlana restait assis sur une chaise, une cigarette dans le bec, une batte de baseball couverte de sang aux pieds. Quelques jeunes gens s'étaient approchés. Mais sitôt avaient-ils vu la slave, qu'ils avaient fuis en courant. Les rumeurs vont vite, et les rumeurs d'une folle ayant ouvert le crâne de quelqu'un, ça ça arrive à convaincre les gens de ne pas s'approcher.

En tout cas, le silence régnait. Carmen baissait les yeux, et n'osait rien dire, même pas croiser le regard de la blonde. Alors, penaude, elle s'occupait de ranger les affaires et de préparer les bêtes pour le voyage.
Svetlana elle n'en démordait pas. Elle n'arrêtait pas de regarder l'hispanique, les yeux rivés sur elle, un grand sourire en coin. Soudain, elle se mit à parler avec son accent très présent.

- T'as encore mouillé ton lit cette nuit ?

Carmen tourna la tête pour lui répondre, les dents serrées.

- Non.

- Mais t'as pas dormi ?
- Non.
- T'as encore fais des cauchemars ? Tu veux un doudou ?

Ça servait à rien de discuter avec elle. Carmen se retourna et termina de charger les bêtes.
Soudain, elle senti ses mains se poser sur ses seins. Elle les frappa vite, et se barra en râlant ; Mais les mains n'arrêtaient pas de la toucher, et un corps se collait à son dos. Une horrible odeur de transpiration et de tabac froid sortant de la bouche de celle qui était en train de la toucher.

- Je peux dormir avec toi, pryncesa... Tu crois que ça te calmerais ?
- Lâche-moi !
- Shhh, j'peux être douce tu sais...
Allez, ça fait des lustres que j'ai pas baisé... Rends-toi utile pour une fois.

- Va te faire foutre !
- C'est c'que j'essaye de faire !

Carmen donna un coup dans le bras de Svetlana, se dégagea, et la poussa violemment.
La slave ne tomba pas. Elle se contenta de faire un pas en arrière, et de regarder l'hispanique. Ses yeux étaient écarquillés, presque choqués pendant un instant.
Puis elle donna une grosse baffe à Carmen. Elle ne laissa même pas le temps à la gitane de réagir, qu'elle lui attrapait les joues, crachait sa cigarette par terre, et colla ses lèvres à la jeune fille. Elle enfonça sa langue dans sa bouche, se forçant sur Carmen, qui sentait une main lui peloter le derrière. Un profond sentiment de peur et de dégoût se mélangeait dans la tête de l'espagnole, qui se trouvait parfaitement incapable de réagir. Elle était là, les cheveux en bataille, complètement choquée, ailleurs, tandis que Svetlana commençait à faire son affaire. Pendant un bon moment, Carmen restait fixe, beaucoup trop longtemps, plus longtemps qu'elle aurait pu l'imaginer. Elle était embrassée, caressée au-dessus de ses vêtements. La blonde se permit même de commencer à lui déboutonner sa chemise, à caresser ses seins... Est-ce que c'était un viol ? Ça devait être un putain de début de viol.
C'est seulement lorsqu'elle sentit la folle lui pincer l'entre-jambe à pleine main qu'enfin elle revint à elle. Elle sécha Svetlana d'un coup de poing, direct, dans le ventre. La blonde couina et se recula en crachant.

- Suka ! J'vais te faire payer ça !
Espèce d'allumeuse ! T'entends ça, kücka ?!

Elle attrapa les cheveux de Carmen, et les tira violemment.

- T'as pas intérêt à parler ! T'as pas intérêt à aller chialer à ce con de Rex ! Sinon !


Carmen était paniquée. Ses joues rouges, les mains moites, les yeux un peu humides. Elle se reboutonna la chemise, et recommença à préparer les bêtes, un peu paniquée.

Elle termina rapidement, en baissant les yeux, en ignorant Svetlana qui était partie en donnant un coup de pied dans la chaise sur laquelle elle était assise. Elle était frustrée, la slave. Faut la comprendre. Elle n'avait pas exactement le même genre de moralité que les autres. À ses yeux, ce qu'elle venait de faire, c'était pas du tout une tentative de viol, c'était de la drague. De là où elle vient, les « pryncesa » comme Carmen, elles font pas long feu, elle a appris à devenir un vrai mec, même si elle est limitée par son manque de pénis. Il lui arrive de prendre des traitements de stéroïdes en secret, et pourtant, elle ne se voit même pas comme un homme, elle n'a aucune idée de transsexualisme. Svetlana était une femme, mais une femme qui essayait à tout prix de repousser sa nature féminine. Elle n'avait même plus de règles, à force de s'injecter des hormones.

Alors que Carmen terminait de sangler, elle entendit des bruits de pas s'approcher. Immédiatement, elle se recula, et posa une main sur l'étui de son pistolet. Cinq bonnes sœurs se tenaient là ; Quatre terrifiantes, aux lèvres cousues, et la dernière, la petite grosse qui les avaient accueillies. Carmen resta plantée là, un moment, fixe, les sourcils froncés.

- Ma fille.

Svetlana alla voir ce qui était en train de se passer. En voyant les « carnifex », elle ne put s'empêcher de prendre son fusil en main. Les nonnes devant ne réagirent à peine. Elles avaient toute une hache à leurs pieds, prête à être agitée dans tous les sens.

- Que se passe-t-il ?
- N'ayez crainte mes enfants. Où sont les autres traqueurs ?
- Y sont pas là. Pourquoi ?
- Tant mieux s'ils ne sont pas là. C'est vous que nous voulions voir, pas eux. Nous désirons que vous nous accompagniez.
- Pour aller où ?
- Eh bien, pour venir vivre à l'abbaye, quelle question !
Les traqueurs sont des guerriers mâles, violents et hirsutes. Ils sont de braves guerriers et nous prions pour leurs âmes, pour qu'ils puissent aller au paradis et aient la force de protéger l'Humanité... Mais soyons honnêtes, ce ne sont pas des hommes de bien. Ils ne vivent que pour tuer, ils sont des chevaliers noirs, et non pas de braves templiers comme l'Augure en connaît.
Vous êtes deux jeunes femmes. Votre place n'est pas avec des hommes comme eux. Vous pouvez rester ici ; Nous vous donnerons un logis et à manger, et vous pourrez utiliser vos talents pour le bien, en protégeant le peuple d'ici, en nous aidant à nous défendre contre les Vigiles. Ne serais-ce pas bien plus gratifiant que de traverser le golf pour aller en Enfer ? L'Enfer corrompt.


Petit silence des deux traqueuses.

- Ma sœur, je... Je suis désolée, mais nous ne pouvons pas vraiment accéder à cette demande. Nous avons toutes deux juré un serment, nous avons accompagné nos frères jusqu'ici, et-
- Et quoi ? Enfin, ma fille, qu'est-ce que tu désires ? Mourir ?! Car voilà le seul sort qui t'attends !
- On a pas peur de mourir, vieille conne. On est les Traqueurs. Pax Venator ! J'ai buté des monstres, pourquoi venir chercher emmerdes à me traiter de faible ?!

La grosse parut choquée. Ses yeux furent écarquillés et sa bouche se transforma en une moue.

- Regardez-vous enfin ! Vous êtes jeunes et jolies, vous avez l'âge de petites filles. De petites filles qui sont en train de se transformer en psychotiques.
- Tu m'as traité de petite fille ?!
- Svetlana, calme-toi...
- Et vous, vous êtes mieux ?! Bordel, derrière toi elles ont les... Les lèvres ! Les lèvres fermées !
- Si vous allez jusqu'en Libye, vous mourrez. Et non seulement vous mourrez, mais vous n'aurez aucune chance d'atteindre le havre du Seigneur. Pourquoi vous obstinez vous ?
- Casse-toi ! Aller ! J'veux plus voir ta tronche !

Elle soupira, avant de faire un signe de croix avec ses doigts.

- C'est désolant.
Nous prierons pour vous malgré tout.
Bonne chance.


****

https://www.youtube.com/watch?v=7IkvAb6THQY

Alger était derrière eux. Svetlana et Carmen décidèrent de ne pas parler de la rencontre avec les bonnes sœurs de l'abbaye. Pour quoi faire ? Non, ce serait leur secret. Ça et le fait que la slave ait tenté de se forcer sur sa sœur traqueuse.
Les traqueurs recommencèrent à marcher. Et ils n'avaient plus que deux bêtes avec eux. Les autres avaient été vendues, pour obtenir de quoi survivre. Une sorte de vieille mule mutante transportait un gros bidon d'eau, et des petits sacs sanglés remplis de poudres, de bandages et de grenades. L'autre, un ruminant bovidé, portait des tas de vivres, des sacs de couchage, des vêtements, une toile de tente et quelques armes sur son dos, et servait tout autant à transporter que de gros morceau de viande ambulant. Les autres traqueurs croulaient sous le poids de leur paquetage, mais ils avaient fait le sacrifice d'animaux pour la suite.
De toute manière ils n'avaient pas vraiment le choix. Ils approchaient de la fin du monde connu. Au-delà de la Libye, au-delà du Nil, qu'est-ce qu'il restait à l'Humanité à découvrir ? Plus grand chose. Certains doutaient même que la Terre soit ronde. Seuls les Chroniqueurs, une secte de scientifiques et d'ingénieurs, continuaient de dessiner des cartes sphériques pour savoir à quoi ressemblait le monde.

Et ils marchaient, et ils marchaient, et ils marchaient. Avec néanmoins une tête de plus. Une femme en plus. Bigael. C'était grâce à elle que les traqueurs s'en soient tirés avec autant de paquetage. C'est pour ça que Cassius avait décidé de la tolérer, au moins jusqu'à Sfax, après quoi, il s'imaginait que peut-être ce serait une bonne idée de se débarrasser d'elle en lui cherchant un pêcheur qui ait un bateau. Bigael était discrète, et silencieuse, chose qui énervait par dessus tout Svetlana qui ne comprenait pas ce qu'on faisait avec une autre personne dans les pattes.

Heureusement, ils ne marchaient plus dans un désert. Ils marchaient dans des montagnes.

Certains pourraient se plaindre de ça. Du terrain, du dénivelé, du fait que ça anéantissait les semelles et cassait les genoux. Bigael avait l'air d'en chier en tout cas, mais elle se plaignait silencieusement. Les Traqueurs, eux, étaient des alpins. Ils étaient habitués depuis bien longtemps à ce genre d'environnement, et n'avaient aucun problème à escalader, à grimper, à trotter. Les bêtes c'était plus compliqués. Massives et à quatre pattes, ces foutus animaux demandaient toujours à ce qu'on utilise un chemin secondaire, qu'on fasse des boucles, que l'on prenne un chemin plus long. Un homme aurait pu atteindre Sfax en deux, trois jours max. Avec le ruminant et la mule, ça allait en prendre quatre au minimum. Quatre-cinq jours à marcher là-dedans, dans le relief.
Dieu merci il faisait pas aussi chaud que dans le désert. Dieu merci tout n'était pas stérile. Dieu merci, on pouvait voir des oiseaux qui n'étaient pas des rapaces, et entendre des animaux courir dans les petits bois et les signes de végétation.

Le problème, c'est justement qu'il y ait trop de vie. Zeus avait l'air d'être celui le plus terrifié.

- Doit y avoir des sauvages dans le coin... Des sauvages.
- Des vigiles.
- Même pas les vigiles ! J'te parle des putains de tribaux ! Les indigènes débiles avec des piercings dans le nez et des tatouages sur le corps ! Des mecs comme Roland avant qu'il soit civilisé !

Roland fronça les sourcils et fusilla Zeus du regard. Carmen le calma en lui tenant la main. Alors ce fut Rex qui fusilla Roland du regard.

- Du calme Zeus. Pas besoin de s’énerver.
- Et si on croise des tarés avec des lances ?! Hein ?!
- On les tuera. On a des flingues.
- Les flingues ça sert à rien quand ils vous prennent en embuscade !
Une fois j'ai dû affronter des putes de pseudo-amazones qui utilisaient des lames empoisonnées ! Vous vous faites toucher par ça, vous crevez.

- Les traqueurs aussi utilisent des lames empoisonnées, nota Roland.
- Ouais, mais contre des monstres, pas contre d'autres hommes ! On est pas des sauvages nous.
- Tout le monde se tait. Cessez de geindre. J'en ai marre de vous entendre.

Et alors ils marchèrent en silence. Ils marchèrent en silence un jour entier, jusqu'à décider de camper à la belle étoile. Les bêtes attachées, la toile de tente dressée, deux qui font le guet pendant que les autres dorment, avec un tour de rôle que Cassius avait décidé. Une organisation que tout le monde respectait.
On fit un feu dans lequel on chauffa quelques boîtes de conserves, et tout le monde arriva à dormir.
Tout le monde sauf...

****

Un désert. De poussière. Carmen, seule au monde, comme elle l'avait toujours été. Elle avait froid, tellement froid que ses bras étaient remplis de chair de poule. Sous ses pieds, elle s'enfonçait dans du sable, du sable fin, mais qui commençait à l'avaler. Elle se leva, et fit un pas devant. Le sable resta fixe un moment, puis commença à nouveau à l'avaler, à l'enfoncer. Terrifiée, elle se mit donc à courir, courir dans le vide. Une seule chose pouvait la guider. Au loin, une lumière qui venait de pyramides. Elle courrait vers ces pyramides, elle courrait vite, aussi vite que possible, pour ne pas que ce qui se trouvait derrière elle, l'obscurité, ne la prenne toute entière. Elle courrait, et ainsi elle courut pendant de longues minutes, jusqu'à ce que son souffle se mette à se couper. Elle était endurante, une vraie coureuse de fond ; Elle devait avoir couru pendant des heures avant d'être tellement essoufflée qu'elle ne pouvait plus que marcher laborieusement, trop lentement pour qu'elle puisse empêcher le fait que le sable s'enfonce sous ses pas, qu'il ne s'enfonce plus vite qu'elle ne puisse courir.
Et au loin, la pyramide illuminée semblait toujours si éloignée. Elle hurla alors qu'elle se sentait avalée sous la terre, disparue, du sable entrant dans sa bouche.

Elle se réveilla. Elle se réveilla couverte de sueur, dans la tente, dans son sac de couchage. Elle regarda autour d'elle, terrifiée à l'idée d'avoir pu réveiller quelqu'un.
Mais il n'y avait personne.

- Rex ?

Elle se leva et quitta la tente. Personne. Personne. Même pas les bêtes. Un seul sac de couchage dans la tente, le sien. Et un souffle, du vent, bizarre.

Elle était terrifiée. Elle courut, partout. Elle ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. Ils étaient partis ? Ça n'avait pas de sens. Elle pouvait sentir une présence. Elle pouvait... Elle pouvait entendre des cris huler, frapper au fond de son crâne, comme si elle était une caisse de résonance. Quand elle se retourna, ses yeux devinrent écarquillés, terrifiés, en voyant qu'un être humain venait de se matérialiser dans son dos.

Un homme qu'elle n'avait jamais vu. Grand. Plutôt beau. Couvert de sang. Couvert de sang. Du sang partout. Un geyser d'hémoglobine qui sortait de ses narines et de son épaule. Au milieu, son torse était ouvert, et l'on pouvait voir ses os et sa chair juste au niveau de ses pectoraux. Il leva les yeux vers Carmen, et se mit à parler, à parler d'une voix tellement humaine, tellement réelle, qu'il était impossible pour l'hispanique de ne pas croire qu'elle voyait une véritable personne.

- À la fin, la seule chose que je vis fut un éclair, et une lumière tellement éblouissante que mes yeux en souffraient, suivie d'une douleur qui arracha mon corps... Je Le sentais, en train de lacérer et démembrer mon âme. Après de longues minutes d'agonie, je n'étais plus personne, plus rien. La lumière s'éteint, et je disparu dans les ténèbres absolus.
J'ai accueilli la mort avec délice.


Son sourire devint psychotique. Et ses yeux noirs.
Et Carmen fut terrifiée. Si terrifiée qu'elle se pissa dessus.

Carmen avait des talents psioniques, latents, peu maîtrisés. Mais toute sa vie, elle avait pu sentir les âmes des gens. Elle avait pu ressentir leurs émotions, leurs êtres, elle pouvait entendre leurs voix avoir un écho particulier du fond de leur torse. Elle pouvait même entendre leur cœur battre.
Et même quand les gens étaient morts, elle pouvait encore les ressentir. Comme des spectres. Apaisés, pour certains. Terrifiés, pour d'autres. L'enfer et le paradis, comme le décrivent les anabaptistes ? Les esprits, comme dirait Roland ? En tout cas, elle savait une chose, Carmen. Elle savait que les âmes existaient.
Mais cet homme devant lui.

Elle ne ressentait rien. Absolument rien.

Il était comme une tâche, une tâche dans l'univers matériel et immatériel. Il ne devrait PAS exister. Son sang, son sang qui coulait de partout, il semblait avoir une constitution... Mais comment le sang peut-il couler lorsqu'on a plus de cœur ?!
Non seulement le fait qu'il n'avait plus d'âme la terrifiait, mais en plus, elle sentait un énorme sentiment d'oppression. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle se mit à courir, pieds nus, à travers les montagnes. Les morceaux de relief lui lacéraient la paume des pieds, alors qu'elle sentait l'homme derrière la suivre en marchant, et se téléportant lorsqu'il rencontrait un obstacle que Carmen escaladait. Au bout de la course poursuite, elle sentit sa cheville se briser, et elle tomba des montagnes d'Alger, roulant et s'écrasant les membres et le cou en contrebas.
Alors qu'elle était avachie, sur le ventre, à haleter, elle entendit l'homme lui parler à nouveau, avec toujours le même ton clair et la grosse voix.

- Il a dit ton nom, Carmen.
Il t'attend.
Mais le plus terrifiant ?
Il n'est pas seul. Il a des frères.


Et soudain, sa voix fut triste. Râlante. Obstruée. Comme si on était en train de l'étrangler.

- Est-ce... Est-ce que tu viens me chercher ?
J'ai froid...


Elle se réveilla à nouveau.

****

La marche fut reprise. Mais Carmen était plus terrifiée que jamais. Elle tremblait, comme une puce. Elle n'avait parlé à personne. Même Roland, qui s'était approché gentiment, fut repoussé violemment, la gentille hispanique lui crachant d'aller se faire foutre.
Elle s'était jurée de ne plus jamais dormir. De ne même plus penser à ce qu'elle avait pu voir. De ce qu'il lui avait dit. Cet homme, elle l'avait jamais vu. Jamais. Comment il avait pu raconter ça ? C'était...
C'était même pas un cauchemar qu'elle avait vécu. C'était réel. Réel. Il lui avait parlé, putain. Et pourtant il n'avait pas d'âme. Il était devenu autre chose. Quelque chose de pire. De plus horrible, de plus immonde. Un monstre. Rien que de l'imaginer à nouveau, elle pouvait sentir ses yeux humides, elle en était terrifiée. Elle avait la nausée. Elle avait envie de hurler, de crier, de se mettre dans un coin et de chialer. Mais elle pouvait pas. Elle pouvait pas parce que tout le monde marchait et qu'on devait se taire, et qu'elle ne devait surtout pas montrer le moindre signe de faiblesse.

Ou de talents psychonautes.

- Elle va bien ?

Bigael parlait à Cassius, un peu inquiète.

- Je...

Il n'en avait pas la moindre idée.

- Elle est toujours comme ça, dit Svetlana.
- Elle est fatiguée, elle est jeune et nerveuse, et faut la comprendre, dit Zeus.
- Tu prends sa défense maintenant ?! Hurla la slave. C'est fou ça ! Tout le monde prend sa défense !
- Elle nous a sauvé du désert.
- Oui, et franchement, vous trouvez pas ça bizarre ?! Genre elle peut voir à travers la tempête ?!
Faut la tenir en laisse, c'est tout !

- Svetlana.
Ferme ta gueule.


****

C'est fou les effets que ça a de pas dormir. Encore plus quand on doit ne pas dormir et faire du sport toute la journée, en grimpant dans des montagnes élevées, en étant constamment vigilant.
Alors que tout le monde faisait sa vie, Carmen n'était pas au mieux. Elle avait à peine réagit quand Zeus et Rex avaient réussi à tuer une sorte de proto-sanglier pour faire un bon repas. Elle se battait contre le sommeil.

Le premier jour ça allait. Elle sentait juste son cœur palpiter, elle avait froid et les mains gercées.

Le second jour ça avait été nettement plus difficile. Elle avait mal à la tête, mal au cœur, les doigts qui tremblaient. Elle faisait semblant de s'allonger, mais s'interdisait de se reposer. Elle marchait toujours en tête ou en bout de convoi, et lorsque quelqu'un venait faire la conversation, elle se contentait de réponses laconiques.

Le troisième jour, elle commençait à devenir un peu folle. À avoir des hallucinations auditives, à croire qu'on lui parlait alors que personne ne disait un mot. Si elle avait eu accès à de l'alcool, elle l'aurait vidé.

Et arriva le quatrième jour.

On campait à nouveau à la belle étoile. Toujours aussi agréable. On mangeait toujours les mêmes rations fades et sans goût, mais qui nourrissaient bien. On racontait toujours les mêmes histoires. On avait les mêmes débats. Les mêmes idioties. Rex qui raconte ses histoires, Zeus qui donne ses opinions sur les races, Roland qui nous apprend sur la nature. Et Carmen qui est silencieuse, qui a le regard vide. Le soir venu, tout le monde était allongé sous la tente. Sauf Carmen, qui luttait de toute ses forces pour pas fermer ses yeux injectés de sang.

Elle se leva silencieusement, et s'approcha furtivement dans le dos de Rex qui veillait près des bêtes. Elle lui mordit le lobe de l'oreille et commença à lui caresser le torse.
La réaction de son chevalier fut...
…Pas très accueillante.

- Tu fous quoi ?
- Tu me manques Henry... J'ai besoin de toi...
- Va dormir.
- Je t'en supplie... J'ai envie de te prendre dans mes bras... Juste ça, au moins ça...
Pourquoi tu me traites comme ça ? Je t'ai fais quoi ?


Sa voix était paniquée, sanglotante. La pauvre était vraiment devenue tarée. Et elle continuait de couvrir son vieux de bisous dans le cou, sur sa peau ridée et puante. Elle voulait pas vraiment lui faire l'amour, elle voulait juste que quelqu'un la prenne, la calme, l'embrasse. Elle voulait juste se confier à quelqu'un, sortir son cauchemar qui n'était pas un cauchemar, mais carrément prémonitoire.
Mais Rex se refusait. Il se reculait, et la poussait. Il lui attrapait les mains et la vira.

Elle pleurait vraiment cette fois. Ses yeux rouges débordaient de larmes salées qui coulaient sur ses joues.

- Va dormir. T'as besoin de sommeil.

- Henry... Putain...

Il avait dit ça avec un ton tellement dur. Elle, elle ne pouvait pas s'empêcher de pleurer. Elle tenta de s'approcher à nouveau, mais il se leva, et la laissa à genoux devant lui.

Blessée, elle se leva et parti en se couvrant la bouche et le nez, en fermant les yeux, un voile d'eau lui obstruant la vue. Bien sûr que oui Rex se sentait mal. Mais il avait ses raisons.

Pourtant elle n'alla pas dans la tente. Elle alla de l'autre côté d'un rocher, pour aller voir Svetlana qui était allongée près de la pierre, son fusil en main.
En voyant Carmen approcher, elle fronça un peu des yeux. Mais l'hispanique s'agenouilla devant elle et commença à lui lécher le visage, à lui rouler une pelle, à passer une main dans ses cheveux gras.

- Baise-moi...
- T'es plus tarée que moi.
- Baise-moi...

****

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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Jeu 29 Déc - 22:07

"15 heures de marche. 15h par jour putain de bordel de couille ! Vous vous rendez compte de ce que ca représente ?
Ce que ça provoque comme douleur de dégager un pied ensanglanté en fin de journée de sa botte trempe de sueur ou de devoir s'éclater ses ampoules avec la lame d'un couteau brûlant ? De ne plus rien sentir d'autre que de la douleur, un cri de détresse hurlé par chacun de vos muscles, de vos mollets jusqu'aux épaules ??

Et ce putain de connard de Soleil assassin constamment au dessus de vos têtes, on en parle ? Chaque minute de chaque heure de chaque jour. De quoi faire évaporer chaque goutte d'eau de votre corps au moins dix fois et ne laisser qu'un cadavre sec comme une feuille morte, si l'on n'ingurgitait pas notre piscine de flotte journalière ?"

Zeus enrageait intérieurement, là bas derrière ces rochers.

"Le seul réconfort c'est la bouffe ! Et encore, vous savez que vous allez souffrir après ça car vous devez immédiatement reprendre la route après le repas, un tord boyau au sens propre du terme !  
Et cette bande de CONS n'a rien trouvé de mieux à nous faire bouffer... que des pêches.
Des pêches au sirop.
DES PÊCHES nom d'un bordel à pute nègre !
des pêches...

- Dépêches toi Z ! Lui cria Roland.
- JE T'EMMERDE SALE BABOUIN !
Là bas, rouge comme une tomate gorgée de soleil, futal sur les genoux, Zeus vomissait tripes et boyaux par le cul. Il avait été pris d'une terrible chiasse ce matin au réveil, et bien malgré l'infusion que lui avait préparé Roland et qui semblait pourtant avoir fait momentanément effet, voilà qu'il avait été pris d'une nouvelle urgente affaire.

- Désert à la con, bouffe de merde, pays de charognes !
Le traqueur revint auprès de son groupe, bouclant sa ceinture, les mains moites et le front inondé de sueur.
- C'est bien, l'infusion est faite pour te vider un bon dernier coup et après ça ira nettement mieux.
- Vraiment au poil tes remèdes de baiseurs de phoque.
- Vas crever ! J'aurais du te filer un laxatif tiens.


De l'autre coté, en tête du groupe, se tenait Cassius bras ballants et mine déconfite. A la sortie des montagnes s’étalait à nouveau l'immensité du désert.
Le désert engloutit tout. Les hommes et les peuples. Les caravanes et les citées. Les rêves et les convictions.
Plus d'une semaine de marche. Une semaine entière, harassante, brûlant le corps et mettant à genoux les esprits. Les déserts constituaient la pire partie, il attaquait jusqu'à votre lucidité. En perdant tout repère l'on s'exposait à perdre toute raison.
A ce voir ainsi entouré d'une désolation aussi pure, l'on en venait à croire que tout le reste du monde était devenue ainsi. Les jours semblaient des semaines, les semaines : des années.

Le sergent était exténué, quasi abruti par la fatigue physique et mentale. Oui, les traqueurs se targuaient bien d’être les meilleurs car ils bénéficiaient du meilleur entrainement. Mais en quoi vous apprendre à survivre nu dans les Alpes seulement armé d'un canif vous préparait il... a ça ? Des semaines de marche ininterrompue dans une chaleur hostile et un monde aride ?
Non, l'entrainement ne vous préparez pas à tout,  c'est bien pour cela qu'avant de devenir chevalier l'on se devait de servir comme écuyer pour l'un d'eux. Pour apprendre sur le terrain.

Cassius se lamenta, presque larmoyant : quelle folie m'a-t-elle prit de vouloir suivre Strabo ?
Il portait son statut comme une malédiction, il n'était pas prêt à voir son mentor mourir. Il n'était pas prêt à diriger. Cassius s'en aperçu clairement à cet instant précis, il reçu l'évidence comme un coup de fusil dans la poitrine.
Hurler, déchirer ses vêtements et pleurer voilà ce qu'il voulu faire là, à présent.

"Seigneur, seigneur...
Ressaisis toi bougre d'idiot ! Ressaisis toi bon sang !
Oh... Seigneur Dieu."

Le seigneur... qu'était donc ses plans en laissant ainsi brûler le pieu royaume hispanique, et laisser pourtant intact un Empire décadent ? Le sergent sentit son sang bouillir quand il repensa à sa famille de biens nés restée là bas, dans la capitale de l'Empire Français. Ils devaient festoyer comme chaque jour, devant une table croulante sous la nourriture, un entassement aussi obscène et immoral quand on savait qu'il allait être mangé, mangé et encore mangé... jusqu'à aller en dégueuler dans les rues... pour après y retourner immédiatement et s’empiffrer à nouveau comme un glouton possédé. Orgies... orgies, tout ce qu'ils désirent c'est plus d'orgies.
Tout ceci était mal, si mal. Alors pourquoi Seigneur ? Pourquoi eux vivent ils ainsi et nous soufrons tant ? Nous qui vous prions si hardiment ?!
Vous êtes un Dieu bien cruel...

- Et merde, du sable, encore du sable ! Se lamenta bruyamment Zeus. Mais qu'est ce qu'on fout ici ??
Il se parlait plus à voix haute qu'aux autres, et continua de geindre dans un ton touchant de plus en plus à de la pleurnicherie défaitiste :
- On aurait du se tirer de ce pays de malheur ! De ce nid à cafard ! Ce soleil ça les a tous rendu dingue, et ça va finir par nous rendre dingue aussi... mais putain quoi, sérieux... putain ! Y en a marre de ces conneries ! Mission de merde !
Svetlana n'y tint plus et déboula sur lui :
- Ta gueule.
- Toi ta gueule !

Elle le saisit brusquement par le col et enfonça le clou de sa menace en répétant :
- Ta gueule.
Il se dégagea de sa prise en lui donnant un brusque coup sur l'avant bras, si fort qu'elle en gardera un bleu. Alors elle revint à l'attaque comme une enragée. Il esquiva le premier coup :
- Pauvre conne !
- Souka !

Coup de poing contre coup de genoux. Ils s'empoignèrent après ça, crocs sorties.

Une balle vint éclater le sable à leurs pieds. Le coup de feu résonna dans les oreilles des traqueurs un long moment, strident. Les deux bagarreurs s'étaient écartés, regardant leur chef qui braquait son fusil sur eux.
Cassius garda un moment son fusil épaulé, les traits tendus, le coin des lèvres tressautant sous la tension. Mais il décida de baisser son arme, le calme était revenu.
- C'est quoi ces conneries bon sang ?! Vous êtes des animaux ! Des bêtes !
Pauvres sots !

Les yeux du chef firent plusieurs fois le voyage entre Svetlana et Zeus. Sa voix était plus amer qu'autoritaire. Il frappa le sol du pied.
- Qu'est ce que vous voulez ? Qu'on se sépare là ?
Seul vous mourrez. A deux vous mourrez ! On reste ensemble et on survit.
On accomplit notre mission... et on repart chez nous !

Qu'il aurait voulu avoir la verve et la puissante autorité d'Henry, mais il en était bien loin et le savait, tout ce que Cassius pouvait faire c'était parlé franchement, du fond de ses tripes.

Après quelques secondes d'hésitation Zeus fit signe de ses mains : "relax".
- Pardon boss.
Les regards se tournèrent vers la slave :
- Ouais. Daigna-t-elle finalement répondre.

Et ils purent s'enfoncer dans le désert, abandonnant derrière eux le souvenir de cet accrochage.



* * *


- Ah : on s'est bien perdu. Dit Roland, presque satisfait d'avoir eut raison de le répéter depuis quelques heures.
Le sergent avait ordonné à la troupe de s’arrêter là, aux pieds d'une étrange tige de métal tordue.
- Qu'est ce que c'est que ce truc ? Demanda Svetlana de sa voix crachant la testostérone.

Cassius analysait sa carte posée sur le dos d'une des bêtes, une boussole dans son autre main.
- C'est un lampadaire. Répondit doucement Bigael.
- Ah.
- Ça faisait de la lumière.
- Hum.
- Il y en avait pleins tout le long des routes, pour les éclairer la nuit.

Svetlana fit le tour de la tige métallique rouillée dépassant de la dune, intriguée. Elle finit par lever un doigt vers le poteau et dit :
- Alors c'est tout ce qu'il reste de ce pays ?
...
Un lampadaire.


C'est alors que Cassius se releva, satisfait. Il avait mal estimé leur position à la sortie des montagnes : il s'était vu plus au sud et pensait atteindre Sfax en faisant route plein Est.
Mais ils étaient un peu trop au Nord.
- Direction Sud-sud-est.

Les traqueurs reprirent la route alors, marchant tout le reste de cette journée sans atteindre leur destination. Le désert tunisien se trouva bien moins vide que la cale sèche, l'on trouvait des points d'eau et de la végétation en la nature de quelques bussions épineux et touffes d'herbes brunâtres. La caillasse poussait aussi en abondance dans ces coins là.

Quand la nuit menaça de tomber, amenant avec elle sa mordante fraîcheur, l'on monta les tentes aux pieds d'un gros rocher qui l'espérait-on, abritera du vent. Un feu fut allumé, une corde tendue pour étendre quelques pièces de linges et un trou creusé plus loin en guise de chiotte.

- Des haricots, sérieusement ?
La cocotte suspendue au dessus des flammes dégagea son fumet de bouillie de légume.
- Essaies de dormir cette nuit, tu as une mine affreuse. S'inquiéta Roland.
Il avait posé sa main avec compassion sur le genoux de Carmen. Elle le repoussa mollement. Derrière lui Svetlana décrocha un sourire carnassier.


Bigael mangeait un peu à l'écart du groupe, consciente depuis le début de la gêne qu'elle constituait pour la plupart des traqueurs.
Pourtant Cassius vint la rejoindre en cette soirée.
Il avait la mine déconfite, ses mains s'agitaient entres elles comme celles d'un piqué en manque.
- Ma sœur...
- Chevalier. Répondit elle, amène.
Il hésitait. Son regard plongé sur ses propres bottes. Ses épaules tressautèrent et ses lèvres remuèrent comme s'il se jouait intérieurement la discussion. Et le sergent resta pourtant assis là sans rien dire sur son cailloux.
Assez longtemps pour la mettre finalement mal à l'aise.
Puis trop longtemps, l'amenant à s'inquiéter.

- Ma sœur...
Long silence.
- Ma Foi vacille.

Bigael plissa les yeux. Elle eut un souffle difficile à interpréter.
- Anabaptiste ? Questionna-t-elle, totalement glaciale.
- Oui ! Fit-il, presque indigné, comme si c'était l'évidence même.
Bigael eut encore un de ses souffles énigmatique. Elle grogna alors, dans un ton qu'on ne lui connaissait pas :
- Vous autres croyez en un Dieu intrinsèquement Bon et Juste.
C'est si enfantin.
Pathétique.

La fin fut éjectée comme un venin. Cassius se trouvait effaré. Il s’aperçut q'au delà de ses apparences il ne connaissait pas cette femme :
- En quoi... croyez vous alors ?
Elle prit le temps de poser son assiette dans le sable et afficha un air presque méprisant :
- Comment des traqueurs peuvent ils avoir Foi en un Dieu de justice ?
- Mais
Elle le coupa, autoritaire :
- Votre Seigneur a crée le psionisme que tu combat.
Elle insista bien là dessus, joignant un geste à ses paroles :
- Il est à l'origine de ce que vous combattez. Votre seigneur a crée le psionisme et les psychonautes.
Bigael l'enjoignit calmement à se taire et continua :
- L'Abbaye a peut être l'une des dernière bible originelle de tout le Maghreb. Une vraie. Une d'Avant.
Des histoires de prophètes. Des centaines de prophètes.
Dotés de pouvoirs... D'autres qui vivent neuf cent ans. Tous des psychonautes. Des psychonautes qui altèrent le monde qui les entours. Des psychonautes prophètes de Dieu. Il leur a donné ces pouvoirs, Il les protège et les guide, ils sont le peuple élu de Dieu.
Les psychonautes. Pas les hommes.

Dégoutée elle dit :
- La vérité est que Dieu hait les Hommes.
Cassius, encore abasourdit, bégaya :
- Mais... et votre ordre ? L'abbaye, les sœurs ?
Dépitée :
- Que croyez vous qu'il se passerait si les gens connaissaient la vérité ?
Que les anges sont des démons. Que nos âmes, après notre mort, sont immanquablement vouées à être dévorées sans que l'on y puisse rien y faire par un Dieu vorace qui ne cherche qu'à détruire notre espèce ?
Qu'importe votre vie de fervente prière, votre morale, votre charité... A la fin Il consume notre énergie, notre âme.
Que croyez vous qu'il se passerait ?
Le Chaos.
Notre Ordre, la Foi est le rempart contre ce Chaos.
Ceux qui furent au courant de cette terrible vérité se devaient alors de la garder secrète. Pour protéger le monde des hommes il fallut mentir, il fallut faire croire que notre plus grand ennemi était en fait un Dieu bienveillant.

- Taisez vous !
Mais TAISEZ VOUS !

Le sergent s'était levé d'un bon, renversant sa gamelle métallique, faisant sursauter sœur Bigael et les autres traqueurs. Et il fuit sous la tente, trouvant refuge sous le tissu et dans la prière.

- Allez y mollo avec le Sergent, vous allez finir par nous le casser. S'insurgea faussement Roland.
Zeus, qui avait suivit d'une oreille la fin de leur discutions se grattait sa barbe en pagaille, faisant une moue presque impressionnée :
- Alors pour toi tout le clergé fait partie d'une sorte de complot visant à cacher le fait qu'il n'y a pas de Dieu ? Enfin si, mais qu’enfaîte c'est pas notre pote ? Intéressante théorie.
- Toutes vos croyances sont prise de tête. La vie est simple : il y a Moi, et y a ce qui se trouve de l'autre coté de mon flingue.
Roland s'étonna et fit un signe du menton, désignant le pendentif en croix que portait la Balkane :
- Je pensais que t'étais croyante.
Elle leva alors sa croix du bout de sa lame de couteau :
- Ça c'est le Joker des Balkans. Si des raiders te capturent et voient que tu porte le Signe alors ils te relâchent.
Certains te relâchent.


Zeus reçu l'explication avec un bâillement sonore, signe qu'il était temps pour lui de ramper jusqu'à sa couchette, il laissa les autres autour du feu et puis de toute façon ce n'était pas lui qui commençait le premier quart de garde.







* * *


A nouveau une longue marche. A nouveau le Désert dans toute sa terrible immensité. Cassius avait informé sa section de ses calculs, il faudrait entre cinq et douze heure de marche selon lui avant d'atteindre Sfax.
Mais voilà que la matinée passa tout entière sans trace de ville à l'horizon. La mi journée fut ponctué d'un repas, encore de conserves qu'ils fallut à peine chauffée tellement la température était élevée. Les traqueurs ne voulurent agrémenter leurs rations ni des baies rouges et bleus qu'ils dénichèrent pourtant dans les buissons alentours, ni des insectes, araignées comme scorpions, qui grouillaient dans les sols. Une bonne gorgée d'eau et se fut repartit.

Le ciel était d'un azur éclatant, presque irréel, si brillant qu'un regard sur celui ci vous brûlait les yeux. Un vent frais venu des montagnes allégeait tout de même leur calvaire collectif.
Les traqueurs ne laissaient derrière eux que leurs traces de pas, l'impact sur le sable de gouttes de sueurs et leurs espoirs de sortir d'ici sans emporter avec eux d'irréparable séquelle sur leurs corps desséchés.
Abruti de fatigue de la sorte vos pensées devenaient aussi lourde que vos pas.
"Seigneur envoyez moi un signe ! Seigneur envoyez moi un signe !" Se répétait intérieurement le sergent, les dents serrés et le dos pétri de douleur sous le poids de son paquetage.

Une fatigue si intense vous gagnait alors que la seule pensée de pouvoir s'asseoir sur une chaise en fin de journée vous donnait plus la force de franchir la prochaine dune que la pensée d'accomplir la mission, quelle qu'elle soit.
Qu'elle était elle d'ailleurs ? L'on oubliait tout dans ce désert.

Les bêtes eurent bientôt soif et le firent comprendre en bramant et en remuant. La section s’arrêta alors à un point d'eau.
Deux flaques boueuses, trouble et puante. Mais bien remplies. Autour toujours de la caillasse, quelques touffes d'herbes brûlées et troncs d'arbres morts, pétrifiés dans une pose qui était inconfortable rien qu'à les regarder. L'on attacha les bêtes aux souches et les laissèrent se désaltérer de la bourbe.

De grands oiseaux projetaient leurs ombres sur le sable. Quatre ou cinq de ces bestiaux tournoyaient au dessus du groupe de traqueurs comme des vautours en piaillant.
Un doux vent vint soulever quelques volutes de sable alors que les traqueurs se détendaient tout autour du point d'eau.

Un silence étouffant s'installa alors.
Les oiseaux c'étaient tus.
Les bêtes s'étaient dressées, tendues.

Le calme, si absolue qu'on l'aurait dis artificiel, les prirent peu à peu à la gorge.
Le vent lui même n'osa plus souffler.

Les flaques d'eau fut parcouru de vaguelettes tremblotantes.
Puis les pierres furent à leurs tour pris de convulsion. D'abord imperceptiblement, pour finalement tressauter sur le sable chaud.

Tous s'étaient levés. Les bêtes devinrent folles, tirant sur leurs liens, cherchant se dégager.

Là bas une dune de sable semblait bouger.
C'est à ce moment que les traqueurs ressentirent leurs cages thoracique vrombirent. Puis tout leurs corps.
Un vacarme sourd. Une terreur invisible dans les boyaux.

L'on serrait son arme pour se rassurer péniblement.
La caillasse tremblait si follement que quelques rochers tombèrent dans la flaque d'eau.
Les bêtes hurlaient.

De la vague de sable sortit une bête immense.


Spoiler:
 

Son cri fut si puissant que vêtements et cheveux flottèrent sous le souffle.
Un Titan monstrueux tout en dents et en horreur grotesque.
Le ver des sables se tenait dressait, impressionnant, projetant une ombre gigantesque sur ses proies.


Zeus et Roland furent les premiers à faire demi tour et sprinter, suivit dans la seconde par Bigael.
Fuir ! Fuir ! Il fallait fuir ! Hurlait l'instinct des hommes.

Cassius portant s'écrasa sur ses genoux.
Abattu.
Bras ballant et tête pantelante.

Il leva ses mains aux cieux pourtant cachés par la monstruosité dressée. Les joues inondées de larmes.
Cassius avait perdu sa Foi. Et sa raison.

Svetlana tirant violemment le Sergent de sa catatonie pour l'amener à sa suite de justesse.
Car déjà la bête plongea vers la petite oasis.
Engloutissant celle ci.

Spoiler:
 
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Ven 30 Déc - 19:16

Le problème avec le désert, et le problème encore pire avec les vers des sables, c'est qu'il n'y a aucune couverture possible. Certains monstres peuvent facilement être évités avec du camouflage, d'autres, on peut éviter leurs puissantes attaques en utilisant des pans de murs ou des boucliers balistiques. Pas ce genre de choses. La peur au ventre, le groupe se mettait à courir aussi loin que possible de l'oasis. Le monstre avala net les deux bestiaux, et avec elles, emportait leurs réserves d'eau et de nourriture. Deux énormes animaux, engloutis, d'un coup. Après avoir couru, le groupe regarda, hébété, alors que le monstre disparaissait à nouveau sous la terre. Tous se tenaient prêts à se battre. Tous, sauf Rex. Le vieux rangea son fusil, et prit un air désolé.

- Qu'est-ce que tu fous ?! Aboya Svetlana.
- Ça sert à rien. Il n'a plus faim. Il ne reviendra plus.
On continue de marcher.

Petit silence. Tout le monde regardait le chevalier. Ils avaient des yeux écarquillés, choqués, alors que tous continuaient de respirer fortement, leurs cœurs ayant eut une sacrée poussée d'adrénaline.
Soudain, Zeus se mit à rire. À hurler de rire. Il hurlait tellement de rire qu'il s'écroulait sur le dos, que sa face devenait rouge, que ses côtes se mettaient à se tordre. C'était nerveux. Roland aussi se mit à rire ; Oui, il riait avec Zeus. Et Svetlana aussi se mettait à un peu pouffer. Et Carmen ? Folle dingue comme elle était, elle n'avait pu s'empêcher de sourire, et à voir des larmes de rire couler de ses yeux.

- Traqueurs, reprenez-vous.

Ils ne l'écoutèrent pas. Ils continuaient de rire, rire comme des diables. Entre ses énormes rires, Zeus essayait de sortir quelques mots.

- Comment tu fais ?! Comment tu fais putain ?! On est perdus dans le désert, on va crever et personne pour nous enterrer ! Ah ah ah ! Et... Et toi t'es ! T'es toujours calme putain !
- J'ai appris depuis bien longtemps que le monde n'a aucun sens.
Alors nous marchons.


Et ils marchèrent.
Et ils marchèrent.

Au bout d'un moment on pense même plus. On a même plus la force de se plaindre. C'est atroce. Les traqueurs se retrouvèrent dans un nouveau mode. Le mode zombie. Ils ne marchaient plus en fait ; Ils erraient. En guenille. Quel spectacle... Ils cherchaient même plus à défendre leur camp. Enfin, ce qui leur servait de camp, puisqu'on leur avait mangé leur tente, leurs bûches de bois, leurs sacs de couchages et tout ce que les bêtes avaient accrochées sur elles. Ils mangeaient ce qui leur restait, sans se parler, sans même se regarder dans les yeux. Ils buvaient leur propre pisse et humidifiaient leurs visages à l'urine pour tenir. Rex était le seul qui essayait de grommeler des trucs pour qu'ils restent éveillés, mais c'était la seule chose qu'il était capable de faire : Les maintenir éveillés. Il n'aimait pas leurs regards. Il n'aimait pas comment Carmen avait les yeux globuleux, les pupilles dilatées, les yeux ensanglantés... Il n'aimait pas comment Zeus n'arrêtait pas de pouffer de rire de temps en temps. Il n'aimait pas comment Roland serrait des dents. Surtout, il n'aimait pas ce que Cassius était en train de devenir.
Il avait ce regard. C'est difficile à décrire un regard comme ça. Comme s'il était dans un endroit sombre. C'était pas juste une crise de foi. Il était dans le vide. Rex le savait parce qu'il y avait déjà été. Il n'en était sorti qu'en obtenant un cynisme dur et froid. Il réfléchissait à ce que Bigael avait dit. Cette conne. Pauvre conne. Il la maudissait. Il regrettait de l'avoir amenée dans le groupe. Il aurait pu contrôler Cassius, lui parler, devenir son mentor après la mort de Strabo. Trop idéaliste, ce jeune Cassius. « L'espoir est la première étape sur le chemin de la déception », c'est ça qu'on lui avait appris, et qu'il voulait apprendre aux autres traqueurs. Merde, putain, ça devrait être la leçon numéro 1. Trop de putains de gamins s'engagent chez les Traqueurs parce qu'ils sont persuadés qu'ils vont sauver l'Humanité, qu'ils vont devenir de grands guerriers, des paladins de la foi et de la bonté... Les cons. Les cons. Mais de beaux cons. Des cons avec des étoiles dans les yeux et un cœur pur.

Cela faisait un moment qu'il n'avait pas prié. Mais silencieusement, il s'éloigna des autres qui roupillaient dans le froid, au milieu du sable, pour aller s'agenouiller dans un coin, observant le ciel.

''Seigneur, créateur de la terre et des cieux, toi qui a révélé l'Apocalypse à Sammaël, je crois en toi.
J'ignore tes dessins. J'ignore ta voie. J'ignore quel destin tu nous réserves. Tu nous mets à l'épreuve, une épreuve telle que je n'en ai jamais connue.
Tu sais, Seigneur... J'ai eu de nombreuses fois l'occasion d'arrêter dans ma vie. Plein de fois. Tellement de blessures qui auraient dû me laisser sur le carreau... Je suis vieux, fatigué, meurtri. Je devrais lâcher prise. Parfois je me suis demandé si ce n'est pas ce que Tu voulais. Que je dépose les armes. Que je me rende. Que je fonde une famille. Que je goûte à l'amour que Tu nous portes et que le Christ nous porte...
...Mais je ne peux pas.
La nuit, j'ai du mal à dormir. Et lorsque j'arrive à dormir je me réveille en faisant d'atroces cauchemars. Je connais tous leurs noms. Tous. Je n'ai jamais oublié.''


Il parut soudain... Triste. Profondément triste. Des larmes coulèrent doucement de ses vieux yeux de chiens battus.

''Leuthar, Elias, Vosgi, Ulysse, Arnt, Amador, Balian, Tancrède, le Fantôme, Gilles, Price, Orianne, Vitus, Aurèle, Vincent, Paulus, Igor, Lino, Honoré, Àlvaro, Cvetko, Wilbert, Julie, Boyd, Crève-cœur, Calixte, Dextre, Roy, Adkins, Trevor, Strabo.
Je me rappelle de chacun d'eux. De leurs vies, durant laquelle je les ai accompagnés, au moins une toute petite partie. Et de leurs morts... Où j'étais auprès d'eux.
Je sais ce que tu es Seigneur. Tu veux le meilleur pour tes sujets. Même si tu as une sacrée façon de connard de le montrer.
Mais entend moi. Je suis Ton serviteur. Lorsque je suis seul, je voyage dans un endroit où mon corps et mon esprit ne font qu'un. Une arme, maîtrisée pour Tes mains, pour Ta volonté.
Lorsque je vois une ombre, je ne vois qu'un marteau, celui que brandit Magnus Venator.
Seigneur, entends ce que je te dis. Donne-moi la force. Donne-moi la foi. Armure-moi de toute la volonté que tu peux trouver. Permet moi de guider mes disciples jusqu'au milieu de l'enfer. Permet-moi d'y bannir tous les démons et tous les monstres ; Aide-moi. Car je sais que tu vas un jour amener ton fils pour tous nous juger, et que je souhaite le servir dans son armée d'anges et d'archanges contre tous les ténèbres. Et si je souffre, alors j'endure ces souffres avec joie ; Car je sais que je suis né pour ça. Que c'est mon devoir. Mon fardeau. Ma croix.
Tu n'en as pas fini avec moi.
Tu n'en auras jamais fini avec moi.''


--------------

La marche des zombies continuait. Ils baissaient tous la tête, et le sable volait jusqu'à les recouvrir, tandis qu'ils tentaient, autant que possible, de se retrouver dans cette épaisse fumée. Et pourtant, ils marchaient. En grognant, mais ils marchaient. Tout ça à cause de Rex. Ce putain de Rex qui continuait d'aller tout droit à travers la tempête, à guider le reste du groupe abattu. Il leur disait toujours : « Après cette dune et ce sera bon ». Puis, après que la dune était passée : « Vers cet arbre, ce sont les derniers mètres ». Et lorsqu'ils étaient après l'arbre, « Encore un effort, nous allons vers cette carcasse de voiture ». Toujours le même mensonge, leur faire croire que c'est la fin alors qu'il devait leur rester des kilomètres de terre à parcourir. Le but c'était d'occuper leur esprit. Les jambes ça peut crever, le cœur ça peut suer, au final c'est le cerveau qui va décider de ça.

Et là, le problème, c'était Bigael.

Quelle conne cette Bigael.

Rex n'arrêtait pas de lui lancer des regards assassins, en lui montrant les dents comme un chien enragé. On aurait dû lui coudre les lèvres, même lui arracher la langue. C'était ça le problème quand on était trop gentil.
Quelle ait son opinion ce n'était pas important. Qu'elle ose diviser le groupe en ouvrant son claque-merde, c'était différent. Certes, elle n'avait peut-être pas fait exprès, elle ne se rendait pas compte de ce qu'elle avait dit. Mais on parle de Traqueurs, putain. On parle de mecs qui sont voués depuis des générations à la lutte contre un ennemi immortel et tellement, tellement plus puissant qu'eux. Une lutte qui ne peut pas être gagnée, et la seule raison pour laquelle ils se battent, ces traqueurs, c'est qu'au fond de leurs tripes, ils sont résolus à mourir et à se battre. Il lui demandait pas de vendre de l'espoir à Cassius, de lui promettre la vie éternelle et le pardon. Il lui demandait juste de pas se mettre à raconter que son âme allait être dévorée après sa mort. Craindre la mort c'est l'anti-thèse du Traqueur. Accepter sa fin, c'est ça qui fonde la force.

- Il y a des gens qui s'approchent.

La petite voix de Carmen s'était fait entendre. Immédiatement, Rex sorti son arme poussiéreuse au canon débordant de sable, et on entendit un bruit métallique lorsqu'il chargea l'arme. Les autres l'imitèrent. Sauf Cassius, qui se contenta de s'écraser à genoux.

Deux véhicules roulèrent vers eux. Une vieille jeep rafistolée avec des morceaux de métal rouillé, et un camion militaire au camouflage vert-kaki qui était parfaitement visible dans le sable. Les deux voitures s'arrêtèrent à bonne distance des traqueurs, et des hommes armés en descendirent, pour viser le groupe, avant de hurler des ordres dans un dialecte local.

Rex se leva, baissa son arme, et commença à se déshabiller. Il retira son t-shirt, et montra son vieux bras fripé et ridé, sur lequel était tatoué un marteau.

- taeaqqab!

Les hommes baissèrent leurs armes. Et un homme s'approcha des traqueurs. Un grand monsieur, à la peau noire et aux grosses lèvres, l'homme le plus nègre de tous les nègres possibles, la caricature pure de l'homme africain que Zeus décrivait. Il portait un long vêtement ample, un pantalon bouffant, et portait une épée. Il s'approcha des traqueurs, et leur sourit. Il commença à parler, dans une langue incompréhensible.

- Putain... si Bamboula il se met à nous baragouiner ça va être dur.

Bamboula fronça les sourcils et jeta un regard assassin vers Zeus. Soudain, avec une voix dure, rauque, ultra-grave, il lui répondit dans un français parfait.

- J'ai beaucoup de respect pour les frères-Traqueurs. Mais si l'hospitalité est importante, le respect est tout ce que je demande en retour.
Bonjour, frères. Je suis le père Mamoud. Pardonnez mes ouailles qui vous ont visé avec leurs armes, mais nous nous attendons depuis trop souvent à l'arrivée de vigiles.
Vous ne me semblez pas bien. D'où venez-vous ?

- Alger... Chuchota Rex avec sa gorge serrée et assoiffée.
- Vous aussi ? Je savais que les Traqueurs étaient dans une position instable, mais de là à envoyer des groupes à travers le désert...
Venez donc. Nous nous occuperons de vous.

Les traqueurs avaient-ils un autre choix ? Les locaux remontèrent dans les véhicules. Nos héros mirent un long, long moment à se rendre compte qu'ils venaient de rencontrer d'autres êtres humains, avant d'enfin se réveiller et de les suivre. Ils grimpèrent dans le camion qui était couvert d'une bâche, et se sentirent soudain bien plus légers, au frais ; La plupart s'écroulèrent de fatigue. Même Carmen, qui était au bout de sa vie.

--------------

- Réveillez-vous, frères traqueurs. Et bienvenue à Sfax.

Le bruit des moteurs s'arrêta, et on aida les traqueurs rouges et fatigués à descendre du camion. Ils marchèrent dans ce qui était un garage frais, avant qu'on les fasse monter sur une passerelle. Un des locaux se mit à siffler, et immédiatement de jeunes enfants tirèrent sur des cordes pour actionner une roue, qui fit grimper la passerelle.
En voyant la lumière du soleil, tous les traqueurs eurent la bouche bée. C'était une arche construire au-dessus d'une eau, d'une vraie eau, pure, tellement pure qu'on avait envie de se jeter dedans. On les conduisit jusqu'à une salle baignée dans la lumière, pour les amener s'asseoir dans un réfectoire géant, mais vide. Dans un coin, sur une des tables, on leur avait mis des bouteilles, et des fruits gorgés d'eau, telles des clémentines, des pamplemousses et des melons, tous frais. Ils s'assirent et se mirent directement à manger, alors que Mamoud s'approcha des traqueurs pour s'asseoir à leurs côtés. Les autres sfaxiens, ils ne s'arrêtèrent pas, et allèrent amener leurs armes dans une autre pièce fermée à clé et gardé, l'armurerie locale.

- Vous devez être exténués, frères-traqueurs. Je ne m'attendais sûrement pas à votre visite. Voilà des années que je n'ai plus vu des hommes comme vous dans le coin. Fut un temps où vous aviez une minuscule commanderie à Sfax, mais le chevalier et l'écuyer qui s'y trouvaient sont partis il y a deux ans, en emportant toutes leurs reliques. Mais je ne suis pas étonné de votre arrivée. Bogdan m'avait prévenu qu'il était possible que des hommes du Krak le cherchent.

Tout le monde était en train de manger. Personne n'avait réagit à entendre ce nom. C'était comme si les Traqueurs avaient oublié leur mission, la raison de leur présence ici.
Tous, sauf Rex, qui avait relevé la tête.

- Bogdan. Il est venu ici ?
- Oui. J'aurai préféré qu'il ne vienne pas, car il avait une bande de monstres aux trousses. Nous avons dû lutter pour les faire fuir. Huit de mes enfants sont morts dans la rixe qui a suivit.
- Combien de traqueurs étaient présents ?
- Six.
- Ils auraient dû être sept...
- Alors vous avez mes plus sincères condoléances.

Petit silence. Mamoud regardait tout le monde manger, se remplir de nourriture comme si leur vie en dépendait.

- Pourquoi faire tout ce chemin ? Depuis Alger ? Vous devriez savoir que la région est extrêmement dangereuse depuis quelques temps.

- On devait suivre Bogdan.
- Pourquoi ?
- Je... Je n'en sais rien.
- Cela demande beaucoup de conviction pour traverser un désert de sable et de cendre simplement pour retrouver un homme.
- Que vous a-t-il dis ?
- Bogdan ? Eh bien. Il a été un homme plutôt... Peu agréable. Il m'a remercié de l'avoir sauvé, lui et ses hommes, puis il a immédiatement demandé quel était le chemin pour partir vers la Libye.
- Il vous a dit ce qu'il comptait y faire ?
- « Sauver le monde ». C'est tout ce qu'il m'a confié. Il y avait quelque chose dans son regard. Une... J'ai du mal à exprimer mon idée. Une conviction. On aurait dit que Dieu lui-même s'était révélé à lui. Nous lui avons donné des vivres et des munitions, et ils sont partis avec leur véhicule jusqu'au Golfe.

Rex se tourna vers le groupe, qui continuait de manger.

- Vous entendez ça, traqueur ? Nous nous rapprochons de notre piste. Il n'a pas pu emporter son véhicule sur le Golfe ; Il ne nous reste plus qu'à chercher le passeur à qui il l'a vendue, comme nous avions fait en Hispanie avec notre voilier des sables.
- Mon ami. J'espère que vous ne pensez tout de même pas traverser le golfe ?
- C'est notre devoir, mon père.

Mamoud eut le regard dur, froid.

- Vous n'avez pas idée de ce qui vous attend.
Cela fait bientôt 20 ans que je vis à Sfax. 20 ans que l'Augure m'a demandé d'établir une congrégation ici. Et je n'ai jamais vu un danger plus grave que celui que nous traversons. Les Vigiles errent à l'est du golf, et s'attaquent à quiconque n'est pas assez bien armé... Ou n'a pas de quoi payer pour les éloigner.

Bogdan est suivi. J'ignore ce qu'il a fait pour attirer leur colère, mais je sais qu'ils veulent le tuer. [/color]
- Nous avons un devoir à remplir, mon père. Nous ne pouvons pas abandonner.
- Quel devoir ? Rattraper Bogdan ? Et ensuite ? « Sauver le monde », vous aussi ?
- S'il le faut.
- Votre fanatisme est un exemple, mon ami. Mais il vous conduira vers la mort.
J'ai une autre proposition pour vous. Restez ici. Dans deux semaines, un navire venu de Rome est censé m'apporter des renforts, que l'Augure lui-même a bien voulu m'accorder. Vous pourrez embarquer dans ce vaisseau, et rentrer chez vous. Le Krak est en manque de traqueurs. Il a besoin de vous vivants.

- Vous ne comprenez pas, mon père. Ce que Bogdan a vu, nous l'avons vus également. Un village entier, devenu fou, tuant ses propres frères, faisant des rites barbares avec leurs corps...
L'Humanité a besoin de nous. Nous devons nous battre pour la civilisation. Et qu'importe combien de vigiles il y a entre nous et notre devoir. Nous irons le remplir.


L'africain fronça ses sourcils.

- Je comprend.
Eh bien, dans ce cas, restez ici le temps de vous soigner et de vous remettre en pleine forme, un jour ou deux. Puis, je vous dirai quel chemin prendre pour atteindre le Golfe de la Gehenne.
Sfax tiendra debout. Une fois que vous aurez rempli votre mission, revenez nous voir, et nous vous permettrons de rentrer chez vous par bateau. Sinon... Nous honorerons votre mort.
Bonne chance traqueurs.


Il se leva, et quitta le réfectoire. Lorsque la grande porte en métal de la pièce claqua, les traqueurs se retrouvaient seuls, et terminaient leur repas.
Aucun d'entre eux avait dit le moindre mot.

- Nous nous approchons de notre but. Maintenant ou jamais. Graissez vos fusils, décrassez les canons. Nous allons nous assurer d'être entièrement opérationnels puis nous repartons.

Personne ne lui répondit.

- Les gars. Eh. J'espère qu'il n'est pas question de me lâcher maintenant. Je vais traverser le Golfe, et je vais aller en Libye. Je veux savoir si vous vous tiendrez avec moi.

Il regarda Bigael dans les yeux.

- Sauf toi bien sûr. Toi tu en as bien assez fait, dit-il méchamment. Toi à partir de maintenant tu fais ta vie. Tu vas rester à Sfax, et te casser par navire dans deux semaines.
Les autres vous m'entendez ?
Roland. Qu'est-ce qui se passe ?

- Rex, je... Je suis désolé. Mais c'est de la folie.
C'est déjà un miracle qu'on ait survécus, qu'on soit tous vivants. Qu'on se tienne ici, à respirer... On devrait profiter de cette chance. Rentrer. Est-ce que c'est ce que le Krak voudrait, qu'on soit ici ? On était censé juste prendre des nouvelles de Gibraltar, pas-

- Strabo nous a donné cet ordre. Il ne l'aurait pas fait sans raison.
- Mais Strabo est-
- Mort. Mort pour l'ordre. Mort à son service. La mort la plus pure. La seule morte qui vous attend.

Il se leva de son siège, et monda sur le banc, pour regarder de haut tous ses compagnons.

- Tous mes discours, tous mes enseignements, rentrent-ils par une oreille pour sortir par l'autre ?
Vous ne comprenez donc pas ?!
La vie d'un traqueur EST de mourir. Ma mission a toujours été d'aller dans des endroits où je pouvais mourir. Vous ne devez pas avoir peur de la mort. Grâce au sacrifice de Strabo, nous sommes ici, nous sommes arrivés jusqu'à Sfax. Maintenant, c'est juste une question de terminer notre devoir. Quoi. Qu'il. En. Coûte.

- Oui, oui, mourir... Mais mourir pour quoi ? Pour une folie ?! On ne sait même pas ce que l'on cherche ! Qu'est-ce qu'on va découvrir en Libye ?!
- Qu'importe ! Quelle importance cela a-t-il ?!
Vous pensez que je ne vois pas quel est le problème avec vous tous ?
Comment vous perdez la foi
, dit-il en regardant Cassius, comment vous avez peur, comment vous êtes en plein doute ? Vous pensez que ça ne m'est jamais arrivé ? Que ce que je fais là, ce n'est qu'une question de folie, que c'est moi qui suit un fanatique ?
Quand nous traquons nous tuons.
Personne n'est en sécurité, rien n'est sacré. Il n'existe qu'une vérité simple. Nous sommes les Traqueurs. Nous sommes la dernière ligne de défense. Nous sommes prêts à brûler nos corps pour assurer la Pax Venator, car c'est la paix absolue.


Carmen, soudain, elle qui était d'ordinaire si timide, si fatiguée, se mit à parler.

- Dans la cathédrale de Tolède. Vous vous rappelez de ce que nous avons vu ?
Le massacre, la mort, la destruction ?
Et si c'est ça qui attend l'Humanité ? Et si c'est ça que Bogdan a pu voir ?
Je n'ai pas envie de prendre ce risque. Il faut qu'on fasse notre devoir. Je vais en Libye.

- Cassius. Tu es troublé. En plein doute. Tu croyais en Dieu et tu as l'impression qu'il t'abandonne.
Cesse. Cesse d'être un gamin. C'est ridicule. Et écoute-moi plutôt.
J'ai vu des gens prier en des tas de choses. En un Dieu, en Trois. J'ai vu des satanistes vénérer le mal. J'ai vu des animistes prier les esprits, et des polythéistes craindre la venue de l'apocalypse. Tu n'as pas à te poser la question de savoir si Dieu existe ou pas, de quel est le dessein du Seigneur. Tu n'as qu'une seule question à te poser, une seule : Que vaut ton service ?
Je me fiche de ce en quoi vous croyez, et de ce en quoi vous ne croyez pas. Je me fiche de savoir s'il y a une vie après la mort, si ce monde a un but, quelle est la logique de tout ça. Vous le voyez putain, vous le voyez partout. Avant nous il y avait un monde, et ce monde a été anéanti, disparu, ses civilisations englouties à jamais. Est-ce pourtant que vous devez devenir des sales nihilistes, tout refuser, ne croire en rien, ne plus vouloir faire votre service ?
Ce monde n'a aucun sens. Alors, il est de notre devoir d'en forger un. Et ce sens qu'on lui a trouvé, il est pas compliqué. Protéger les hommes. Tous les hommes. Peu important à quel point ils sont pécheurs, idiots, ou arriérés.
Sfax c'est jamais qu'un morceau d'eau au milieu de nulle part. Mais pour les gens qui vivent ici, c'est leur maison, leur foyer, leurs familles, tout ce qu'ils ont jamais connu de beau et de grand. On se bat pour quelque chose de tellement, tellement plus puissant que nous... Je vous parle pas de métaphysique. Je vous parle même pas de psionisme. Je vous parle juste d'humain.


Petit silence pesant.

- Je parie que tous, on a dû vous apprendre des choses.
Roland, ton chamane, il a dû t'apprendre que les hommes ont une âme, et qu'il y a tellement de beauté insoupçonnée.
Cassius, ton prêtre, il a dû t'apprendre que tu es sur cette terre pour une raison, et que tu as une mission à accomplir.
Carmen, ta mère, elle qui t'aimait, elle devait te dire à quel point tu étais unique, et que tu ferais de grandes choses.
Zeus, quand t'étais mercenaire, tu devais rêver de gloire et de force.
Et Svetlana. Quand tu vivais dans les balkans, entourée de psychotiques violents, peut-être as-tu voulu rejoindre les Traqueurs pour changer les choses.
Moi je vais vous apprendre une leçon.
J'avais une amie. Une traqueuse, de laquelle j'étais très proche. Vous savez comment elle est morte ? D'infection. Tout simplement. On a pas pu la soigner, et après être lacérée, elle est morte comme ça, dix jours plus tard, d'une mort bête et sans but, pour absolument aucune raison.
Vous savez ce que j'ai appris, en la regardant une dernière fois dans les yeux ?
J'ai appris que le monde n'a un sens, que si on lui oblige à en avoir un.


Long silence, cette fois. Et plus léger.

- Le paradis n'existe pas. Peut-être ne le toucherons nous jamais, et peut-être que personne ne l'a jamais touché. Mais tant que nous faisons ce qui est juste pour rêver d'y goûter, alors cela n'est pas important d'à quel point nous en sommes éloignés.
Préparez-vous. Dans 24 heures, nous repartons.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Mar 3 Jan - 22:18

Zeus prit une longue et profonde inspiration, laissant son organisme et son esprit s'oxygéner. Apprécier l'instant, intensément, et penser : au calme si apaisant du réfectoire, aux doux rayons de soleil baignant la pièce, à ses muscles enfin (enfin !) au repos. Le traqueur se sentit tout simplement bien. Apaisé.

Il dégaina alors du fond de son sac à dos encore poussiéreux de sable son petit journal personnel, en cuir usé. A l'intérieur des pages et des pages remplies d'une écriture parfois anarchique, parfois soignée, ainsi que la présence d'un petit bout de crayon, pas plus grand que la moitié d'un auriculaire. Zeus prit le stylet et inscrivit :
"Retenez bien mes mots : La Terre promise est toujours de l’autre côté du désert."
Et il hocha la tête, satisfait.

- Regardez moi ça : Zeus se prend pour Platon !
Roland avait déclaré ça dans une sale pourtant vide, et s'approcha toujours enjoué.
Son collègue contenu difficilement un sursaut et se dépêcha de refermer son journal et d'enfourner celui ci dans son sac, oubliant même dans la précipitation d'y joindre son crayon :
- C't'un vieux livre de blagues... Dit il comme s'il voulait se dédouaner. Si tu croyais que tout mes traits d'esprits sortaient de ma caboche désolé de te décevoir.
Roland haussa les épaules, éludant totalement le sujet du journal "intime" de Zeus.
- Aller descends de ton rocher l'ancien.
Et il descendit de la table en bois où il s'était assis pour écrire. Son collègue continua :
- On nous donne accès aux bains.
Z, des bains !
Les autres y sont déjà j'pense bien.


Le duo de traqueurs du traverser toute l'arche, qui n'était en fait qu'un assemblement de larges pièces, réfectoire, cuisines, salles de prières et entrepôts divers, pour enfin pouvoir descendre le long de la paroi en pierre qui cerclait l'oasis de Sfax. Toute la partie intérieure de cet énorme trou se trouvait recouvert lui aussi de bicoques et de passerelles.
Les bains se étaient en haut aussi n'eurent ils qu'à descendre qu'une volée de marches pour les atteindre.
La pièce se trouvait être creusée à même la roche, formant ainsi une petite grotte aux murs pourtant recouverts de tuyauterie rafistolées, formant des enchevêtrement de canalisations. Les bains étaient mixtes et cela ne posaient aucuns problèmes, bien que père Mamoud avait essayé de changer cela en imposant des heures d'utilisations pour chacun des sexes, ce à quoi la population ne s'était jamais pliée trop ancrée dans leurs habitudes. Aussi trouvèrent ils là leurs collègues.
Svetlana se trouvait dans un bac en bois, les genoux légèrement pliée pour pouvoir y entrée entièrement, inondée jusqu'aux épaules d'une eau savonneuse. La traqueuse avait une musculature si développée qu'il lui fallu le renfort d'un gant scotché au bout d'un bâton pour nettoyer son dos encrassé de sueur.

Zeus s'était arrêté en plein mouvement alors qu'il se débattait pour enlever son t-shirt sale, et leva un doigt interrogateur :
- C'est quoi ces conneries ?

Carmen et Bigael partageaient un espace creusé à même le sol. La cavité se trouvait recouverte d'une boue fluide.
- Bain de boue thérapeutique.
Carmen avait répondue d'une voix gênée, sa nudité ainsi exposée même si cachée par une fine couche de boue sur sa peau, la mettais mal à l'aise face à ses collègues.
- Parait que sa raffermis la peau et cicatrise les blessures. Expliqua plus amplement Roland en se dégageant de son boxeur, dévoilant sa queue flasque et poilue.
- Pff. Truc de gonzesse. Souffla simplement Zeus en se mettant à son tour nue et allant prendre place dans un bac d'eau libre.

L'eau était si délicieusement tiède que ça en était indécent. Le traqueur ne put retenir un long râle d'intense satisfaction.

- Réception.
Roland catapulta un bloc de savon noir dans le bac de Zeus en face de lui. Ce dernier se réveilla en sursaut.
Réalisant hébété qu'il s'était endormi brutalement, comme une masse quelques secondes à peine être entrée dans le bain moussant.
- Rex nous a sorti un bien jolie sermon hein ?
Le traqueur grommela un "ouais" encore lourdement ensommeillé. Il zieuta aux alentours et vit que les deux gamines étaient déjà parties. Svetlana était encore là, se tenant debout non loin, se séchant avec un drap. Il fixa suffisamment longtemps son corps pour sentir monter une érection, heureusement dissimulée sous l'eau.
Il se détourna subitement alors, ne sachant même pas dire depuis combien de temps il venait de la fixer ainsi. Bordel qu'il était fatigué, si fatigué. Son esprit s’empêtrait dans un miasme de lassitude, laissant difficilement ses neurones connecter.
- La petite a raison pourtant.
Dieu ? Il nous envois tous aller nous faire foutre.
Matte un peu notre pieu sergent, lui et sa vie de prières. Matte comment il vient de finir.


Cassius n'avait retenus que ces mots du discours d'Henry : "Le paradis n'existe pas". Il avait reçu ces paroles comme l’ultime coup de couteau dans son dos pourtant bien meurtri.
Le sergent n'avait dès lors plus répété que cela : le paradis n'existe pas. il n'existe pas. Le paradis..." encore et encore, comme un forcené ou un débile profond. Le spectacle avait touché chacun des traqueurs, chacun en une manière différente. Henry avait été le seul à être resté à ses cotés alors que eux autres... étaient là à profiter des bains.

Roland sortit tout dégoulinant de son bac, trempant le sol de pierre sous ses pieds le temps que sa collègue lui jette une serviette propre qu'elle était allée chercher sur un étendoir rouillé fixé à la roche.
- Souvenez vous des mots du Rex. Commença Svetlana, grave. Nous avons une mission. Nous avons une traque. Nous mourrons pour elle car nous sommes des traqueurs. Et ceux qui ne mourront pas pour cette mission mourrons pour une autre.
Car la Traque sera éternelle tant qu'il y aura monstres à abattre !

Elle les regarda tour à tour et dit du fond de ses tripes :
- PAX VENATOR !

Un raclement de gorge.
A l'entrée un petit bonhomme venait de faire son apparition.
- Tout ce passe bien sire chevaliers ? Demanda-t-il plus par politesse qu'autre chose alors qu'il s'afféra à ranger la pièce, jetant les serviettes usée dans un bac en osier et épanchant les flaques éparses avec un torchon.
- Ça se passe : Au Poil, mon petit pote. Répondit Zeus, savourant encore son bain qu'il n'était pas près de quitter de sitôt.
Svetlana et Roland commençaient déjà à se rhabiller.
- J'espère que Rex a réussi à remettre les idées en place au sergent... Hasarda-t-il un peu embarrassé alors qu'il fouillait son sac à la recherche de sous vêtements.
Personne ne répondit, tout le monde regarda au sol. Quand ils les avaient quittés, Rex était parti chercher père Mamoud, peut être dans l'espoir que le prêtre saurait lui trouver les mots.  
Une gêne commença à s'installer. Alors Zeus questionna le Sfaxien qui inspectait minutieusement la tuyauterie :
- Et l'eau usé, elle va où ?
- On s'en sert pour abreuver les bêtes ! Fit il avec son fort accent, toujours occupé à sa tache.
- Putain j'vous conseil pas... Notre sueur doit être plus chargée d'acidité et de toxine qu'une fausse à purin.
- Quels bêtes ? Questionna alors Roland.
- Des agneaux principalement. C'est notre première source de viande depuis que nous avons perdu notre troupeau d’ânesses.
On en sert ce soir au messe d'ailleurs.

Svetlana accusa le choc, ses paupières papillonnèrent hallucinées :
- De la viande d'agneau... ce soir ?
Le bonhomme hocha la tête.
Zeus s’expulsa alors de son bain d'un seul bon, guidé par son estomac fou, gargouillant bruyamment face à cette délicieuse promesse.



* * *


- Bozhe moy...
Svetlana pleurait face à son assiette. On lui avait interdit de se resservir une quatrième fois en cuisine, aussi savait elle que c'était sa dernière part de gigot. Part qu'elle dégusta les joues inondées de larmes de joie.

Roland alla s'asseoir aux cotés de Bigael. Le traqueur enrageait presque, une seule part de gigot avec ses dattes et le voilà rassasié jusqu'à la nausée. Son estomac avait du se rétrécir à cause du régime de ces dernières semaines pensa-t-il.
Ayant donc terminé bien plus tôt que ses collègues il décida d'aller s'asseoir aux cotés de l'ancienne nonne, les autres traqueurs étant trop occupés à se bâfrer.

- C'est étonnant, beaucoup de gens ici parlent notre langue.
La fille décrocha un petit sourire en regardant sa tasse de thé :
- Toutes les familles ici veulent que leurs enfants apprennent la langue de l'Empire.
Ils en ont une vision idéalisée. Totalement fantasmée... C'est le but à atteindre dans l'esprit de beaucoup de gens : faire partie de l'Empire.
Sourire las. S'ils savaient les pauvres.
Au tour de Roland de sortir une expression amèrement amusée :
- Comme quoi tout le monde vie dans Son mensonge hein ?
Quand c'est pas à cause de leur religion c'est à cause de leurs idéaux.

- Vous ne me croyez pas hein ?
- Je ne veux pas vous croire.
Bigael hocha la tête, compréhensive.
- Je suis persuadée que les Traqueurs se trompent de cible.
Vous luttez contre les conséquences... Alors que vous devriez éliminer la Cause.

Le traqueur haussa les sourcils, rieur :
- Nous devrions tuer Dieu ?
Elle se crispa alors légèrement avant de détendre ses traits et de hocher la tête négativement :
- Les psychonautes le peuvent j'en suis certaine. Le psionisme n'est qu'une sorte de toile, une autre dimension, qui communique avec le "divin". Je pense que le Krak doit se concentrer là dessus. L'on peut tuer les mutants mais il en naîtra toujours d'autres non ? Il faut détruire ce qui se trouve à la source de ses mutations donc.
Il doit y avoir un moyen pour nous, humains, de maîtriser cette Toile... de passer même dans cette dimension. Attaquer à l'origine du problème.


Sœur Bigael s’arrêta là, plusieurs Sfaxiens venaient de faire leur entrée. Des fermiers apparemment, sales, tout crotteux dans leurs salopettes et visiblement épuisés par leurs journée de travail. D'autres habitants bientôt firent leurs apparitions, l'heure du souper devait avoir sonnée.
Deux jeunes garçons demandèrent alors s'ils pouvaient prendre place à leur table. Ils acquiescèrent poliment. L'un d'eux devait avoir à peine plus d'une dizaine d'année, tout basané, de grosses oreilles en choux fleurs dépassant de sa chevelure crépue. L'autre était un jeune adulte, les épaules et le cou larges, mais pourtant de petite taille, blanc et rougie de coups de soleil, arborant une bonne barbe brune et une chevelure coupée au carré donnant un air encore plus grave à ses yeux naturellement tristes.
Le garçon baragouina dans son langage, tout excité, alors que les deux sfaxiens prirent place au bout de la petite table, laissant un espace entre eux mêmes et les traqueurs plus par respect que par défiance.
- Il me demande si vous êtes chevaliers.
Leurs voix se confondirent alors pour expliquer que seul Roland servait le Krak. Le gars traduisit et le petit sauta littéralement de joie, bombardant immédiatement ces héros de questions, toujours dans son langage barbare.
Roland et Bigael répondirent avec plaisirs aux questions qui leurs furent posées, et traduite. Où était son épée et son cheval s'il était chevalier ? Combien avait il tué de dragons ? Était il assez grand et fort lui même pour devenir chevalier ? A quel point le Krak était il grand ? Autant que Sfax, deux ou trois fois plus ?
Étaient ils venus ici pour les sauver ?

- Vous sauvez ? Vous vous en sortez mieux que n'importe quelle communauté d'Afrique.
Le jeune homme barbu hocha la tête sans traduire et, lançant un bref regard au gamin, leur dit :
- Il n'a jamais quitté la ville, il ne réalise pas à quel point le chaos nous entoure.
- Comment t’appelles tu ? Lui demanda alors Bigael, affable.
- Philippe. Je suis conducteur pour la caravane qui relie Sfax à Tunis.
- Comment se porte Tunis ?
- Ce sont des gens violents. Ils ne comprennent que ça, la violence et la force.
C'est pour ça qu'ils ont survécu.
Plus ou moins.
Ils restent ouvert au commerce et c'est le seul port reliant régulièrement la Sicile à l'Afrique.

Roland hocha la tête comme s'il le savait :
- C'est de là que viendront les renforts de Rome qu'à mandé père Mamoud alors.
Haussement de sourcil, surpris, puis expression confuse.
Une nouvelle voix se joignit à la discutions :
- Vous laissez pas embobiner !
Un troisième homme se joignit à eux, s’asseyant entre Bigael et le garçon. Bien peigné, barbe taillé et nez cassé, le nouvel arrivant leur décrocha un sourire franc comme salut :
- Fary. Se présenta-t-il en mettant une main sur son torse. On m'a chargé de vous guider vers vos chambres quand vous le désirerez. J'ai déjà amené votre collègue là... Il ria. Elle s'est endormie sur la table !
On l'a amenés jusqu'au lit. "On" je veux dire avec votre collègue. Votre gros bras de pote là, le gars solide là, pas de cheveux là, regard méchant et tout là...
- Zeus.
- Wé. On l'a amené au lit comme j'vous dis sidi. Elle en aura pour ses seize heures de sieste la gazelle !

Roland eut une mine grave. Oui ils étaient tous épuisés, terriblement.
- De quoi vous parliez Fary ? Les soldats de Rome...
L'arabe eut un éclair dans les yeux, se souvenant alors de comment il était entré dans leur conversation :
- Des renforts de Rome ! Bientôt !
...
Ça fait dès mois qu'il nous bassine avec ça. Des mois qu'on en voit pas le bout de leurs étendards.

Philippe répliqua alors, sans démentir l'accusation de l'autre sfaxien néanmoins :
- Mais s'il l'a dit aussi aux Traqueurs... alors ça doit être vrai ! Il ne pourrait pas leur mentir.
Les renforts vont bien venir, cette fois c'est sure !

Il eut un souffle dédaigneux et leva les yeux au ciel. Penses ce que tu veux p'tit gars.
- Vous vous plaignez beaucoup, mais votre sort est pourtant enviable. Attaqua alors Roland, repensant aux horreurs qu'il avait croisés pour venir jusqu'ici.
L'arabe leva les mains et sourit, baragouinant quelques mots incompréhensible puis dit plus clairement :
- On meurt pas de faim, ça oui sidi. Mais on meurt quand même.
Croyez le ou non sidi, mais dehors, wallah ! dehors... Des monstres, partout. Des... des vers des sables !
Ma parole sidi ! Je mens pas ! Je mens pas oh non !
Un qui nous a boulotté tout le troupeau de bœuf en début d'année.
C'est y pas vrai ?

Il décrocha son regard insistant de Philippe quand ce dernier hocha la tête silencieusement, lui même avait vu le monstre de ses yeux ce jour là.
Fary reprit en comptant sur ces doigts :
- Vous savez pas ce qu'on a enduré sidi ! Oh non !
Une décennie entière à lutter contre les pillards libyens ! Oh oui !
Pis la maladie sidi ! Terrible !

Philippe précisa doucement :
- La fièvre noire.
Fary reprit :
- La fièvre qui débilite les gens ! Qui rend légume sidi !
Au moins après ça les pillards sont partis.
Et maintenant, les monstres ! Partout, ils attaquent nos caravanes et les villages alentours.
Des meutes de molosses des dunes viennent nous attaquer la nuit. Toutes les nuits il y a des gardes blessés.
Un jour on ne tiendra plus chevaliers ! On ne tiendra plus.


- La fièvre noire. Pensa tout haut Roland. N'était ce pas la même épidémie qui avait frappée Tolède ? Des gens ont ils survécu à la fièvre ?
Fary eut un signe de main et baissa les yeux tristement. Philippe prit le relais :
- Beaucoup sont morts... Beaucoup. Commença-t-il. Personne n'y survit vraiment. Ceux qui ne meurent pas restent débiles...
Fary eut quelques mots de prières en arabes.
- Ils sont partis vers le Levant un beau jour. Les malades étaient parqués dans un village non loin.
Le village se trouva vide du jour au lendemain. Ils étaient tous partis... là bas.

- Là bas ? Questionna Bigael.
- Là où sont les démons. Cracha Fary en faisant un autre signe de la main. Ils ont été appelés !
Là dessus Philippe eut un froncement de sourcils :
- Ne l'écoutez pas.
- Wallah je l'ai vu ! En rêve j'ai vu l'entité ! Sur ma tête je l'ai vu.
- Tais toi donc pauvre fou. Les chevaliers vont te prendre pour un de ces mutants qu'ont des visions.

Celui ci écarquilla alors les yeux, près à déblatérer un flots ininterrompu, à jurer sur sa famille et sa descendance, à invoquer Dieux et ancêtres pour leur prouver qu'il n'était pas un mutant, mais Roland mis un terme à ces simagrées d'un geste las. Le traqueur était écrasé de fatigue tout d'un coup, il réalisa à quel point une simple discutions l'avait vidé de son fond d'énergie.
Alors le traqueur demanda à son guide de le mener jusqu'à sa chambre.


Ils se levèrent dans se réfectoire de plus en plus bondé et s'esquivèrent.
Toute l'arche semblait remplie de monde. Mais pas remplie au point où il fallait jouer des épaules pour se frayer un chemin dans la foule. Fary et Roland croisèrent une douzaine d'ouvriers en bleu de travail, taché de cambouis et empestant le mazoute. Ils venaient de Sakiet lui assura le guide au traqueur, là bas non loin au Nord de Sfax se trouvait une grande ville, d'un milliers d'habitants dans le temps. Une grosse installation d'Avant attirait tout un tas de travailleurs, il s'agissait d'un puits de pétrole. Autour du puits s'était créer un immense camp de tentes, créant ainsi une vraie petite ville avec ses commerces et même son école.
Dans le temps en tout cas. Avec l'arrivée soudaine des vers des sables se fut les trois quart de la ville -et sa population- qui furent engloutie. Seul subsista l’installation d'Avant, solidement ancré dans un sol rocailleux, impraticable par les vers. Il ne restait aujourd'hui qu'une poignée de travailleurs, s'échinant à ramener la précieuse énergie dont avait cruellement besoin Sfax et sa population. Mais plus le temps passait et plus de gens mourraient... Un beau jour il n'y aura plus personne à Sakiet dit gravement Fary, et Sfax entamera inexorablement sa chute.
Un jour.
Bientôt.

Ils arrivèrent enfin au bout de l'arche et prirent un ascenseur pour descendre le long de la paroi. Fary activa manuellement une corde qui fit descendre lentement la petite plateforme jusqu'à une quinzaine de mètres en contrebas.
Ici, dans ses "rues", Roland ne pu remarquer que le silence de la ville. Ils passèrent alors devant plusieurs maisons apparemment abandonnés depuis quelques temps.
Le traqueur arrêta son guide d'une pression sur son épaule. Il le força presque à se tourner et désigna l'autre bout de la cavité. Là bas, sur la parois, était taillé à même la roche une étrange statue à l'aspect primitive. Son œil droit brillait d'un bleu éclatant alors que celui de gauche ne présentait qu'une orbite vide.
Fary eut quelques mots violent dans sa langue :
- L’idolâtrie est péché !
Mais il consentit à expliquer au traqueur qu'il s'agissait là de la statue de la sois disant divinité protectrice de la ville, taillée par les premiers hommes à s’être installé à Sfax, il y a de cela dix millénaire. Tout le monde avait oublié ne serait ce que le nom de la divinité désormais, mais certains la prier encore ou à défaut, vouait un respect certains à celle ci.
- Ils pensent que l’œil droit d'obsidienne assure les bonnes récoltent pour la ville.
- Et le gauche ? Demanda péniblement Roland, franchement abattu de fatigue.
Son guide eut un haussement d'épaule et une mine moqueuse :
- Je me souviens même plus de ce que c'était comme pierre. Elle n'est plus là depuis... pfff un an.
L’œil gauche protégeait des monstres.

Ils continuèrent alors leur marche, Fary était encore à grommeler sur la statue, comme quoi il ne croyait pas en "l’âme des pierres" comme certains, que c'était non pas stupide selon lui, mais un grave péché que de penser cela.
Et ils finirent enfin par arriver. Roland pénétra dans une bicoque plutôt spacieuse et lumineuse.
- La maison des Ben Fahda... Une famille de caravaniers.
Ils se sont fait bouffé par une hyène en début de semaine. Paix à leurs âmes.
Foutue bestiaux. Monstrueux. La taille d'une jeep et une peau dure comme...
- Je connais.

- Hm.
Bon.
Y a votre collègue ici. Et dans la maison au dessus c'est là que se trouve Rex. Les autre sont...

Il le coupa d'un geste las et l'ordonna à sortir.

La porte claqua doucement et Roland faillit s'évanouir de fatigue.
S'il ne s'effondra pas à même le sol ce fut à cause de l'étrange vision de Zeus, assis sur son lit là bas au fond de la baraque, bras croisé et traits tirés. Son collègue l'interrogea d'un mouvement de tête, trop fatigué pour sortir ne serait ce qu'un son.
- Pas moyen de dormir. J'ai fait cauchemars sur cauchemars.
Zeus eut un sourire vanné et continua : Et maintenant j'suis plus foutue de trouver le sommeil même si je suis éclaté. J'angoisse mon pote...
J'angoisse de ne pas dormir et d'avoir à repartir déjà demain.

Roland s'écrasa sur son lit immédiatement.
- On a parlé avec Svet'.
Vingt quatre heure de repos, à peine... après tout ça... tout ce merdier.
Je vais allé parlé à Rex, lui faire entendre raison. On peut pas reprendre la route demain au petit matin. Alors on va faire pression.
T'en es ?

Roland n'eut qu'un grognement approximativement affirmatif suivit d'un ronflement sonore pour toute réponse.
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Jeu 5 Jan - 1:27

Une douche chaude, c'est tout ce que Rex prit à Sfax. Son seul confort. Ça et le fait de pouvoir laver ses vêtements. Puis, il avait passé le reste du temps avec Cassius, à lui parler, longtemps, ouvertement, à échanger. Il fallait lui faire écouter raison. Le calmer. Oh, n'allez pas croire que le but était de le faire franchir sa crise de foi, de le faire redevenir un bon anabaptiste. Un bon anabaptiste c'est un prêtre terre à terre qui doit défendre son village, comme père Mamoud ; Et un bon croyant, c'est un fermier qui passe son temps à travailler sans vraiment se poser de grandes questions. Cassius n'était pas ça. Cassius était un traqueur. Le but n'était pas de l'apaiser ou de le rendre heureux. Le but n'était pas de lui insuffler de l'espoir, mais au contraire de lui en vider. Pour qu'il devienne un être cynique, apathique, qui n'en a plus rien à faire de la souffrance humaine, et qui soit prêt à mourir pour l'Humanité. C'est ironique pas vrai ? C'est ultra ironique. Que les mecs les plus nihilistes et fatalistes de l'existence soient ceux qui sont le plus dévoué au meurtre de démons.

Puis, le Rex était allé se vautrer dans un hamac suspendu, avec vue plongeante sur la fosse remplie d'eau, pour tenter de roupiller, bras croisé, fusil toujours à portée. Il avait bien mangé, il se sentait propre, et maintenant, le but, c'était juste de se remettre en forme avant de repartir. Repartir dans l'enfer traquer Bogdan.

Il n'avait même pas eut le temps de se poser qu'il entendit quelqu'un racler sa gorge à côté. En se retournant lentement, il vit Zeus et Roland se tenir là. Un sourcil levé, il les observa, avant de marmonner.

- Vous voulez quoi ?
- On voulait vous parler de... De la mission chef.
- Et vous n'allez pas voir Cassius ?
- Bah... C'est qu'il est plus tellement en état, alors je me dis...
- Oui.

Que c'était lui le chef maintenant. Tant mieux dans un sens. Zeus se savait plus apte à diriger. Il se décida, malgré tout, à se soulever et à poser ses pieds sur le sol, avant de se dresser devant les deux traqueurs.

- Donc ?

- Chef, c'est juste que... On peut pas repartir demain matin. J'arrive pas à roupiller.
- Si c'est qu'une question de ça, je peux vous assommer Zeus.
- Chef, c'est pas drôle, je déconne pas.
- Mais moi non plus je ne déconne pas. Zeus. Retournez dormir. On s'en va dès qu'on est parés.
- Nous ne sommes pas en position de repartir, confirma Roland.
- Vous êtes en position d'obéir à mes ordres. Enfin... Vous vous rendez compte de ce qui nous attend en Libye ? Plus on attend ici, plus ça risque d'empirer là-bas. Les vers de sables, les vigiles. Cet endroit est en train de s'effondrer.
Vous seriez restés à Gibraltar deux semaines, jusqu'à ce que Renard d'Amarante et les portugais viennent tout anéantir au phosphore blanc ?
Ne vous laissez pas amadouer. Ceci n'est pas notre vie. Ce repos n'est pas encore mérité.
Une fois que la mission sera terminée, on se reposera. Pas avant. Pour l'instant on marche. On marche. On marche. On marche à la mort, ou on marche à la victoire, mais on va uniquement de l'avant.


Rex souleva ses épaules, et plaça ses mains dans le dos.

- M'sieur, c'est... C'est pas ça dont je parlais. Oui, d'ac, on va aller marcher dans la mort d'accord. On a pigé. Pas besoin de nous faire encore un sermon poétique.
C'est juste que j'ai les pieds en sang. Je vous demande juste un peu plus de temps. Bon sang chef... Juste quelques jours, le temps qu'on se remette.


Rex soupira. La mort dans l'âme, il soupira et répondit.

- 48 heures. 2 jours entiers de repos.
- Merci chef.

***

Carmen était tranquillement assise près d'un feu de camp. Il faisait nuit. Elle avait fait connaissance avec quelques-uns des Sfaxiens, et même si elle n'était pas très loquace, ça lui faisait du bien d'enfin rencontrer des gens civilisés, à peu près sympas. Certes, ils parlaient français. Certes, ils priaient le Dieu mort sur la croix. Mais au final, ces gens-là étaient plus agréables que les hispaniques et les français qu'elle avait eut à supporter toute sa vie. Elle se demandait pourquoi Zeus avait une telle haine de ces gens, alors qu'ils paraissaient un minimum plus agréables que la moyenne.

Elle se chauffait les mains en tendant ses paumes et ses avants bras nus, sur lesquels étaient dressés quelques petits poils, pas grand chose, du duvet. Et elle pouvait voir le reflet de son visage propre, enfin propre, dans une casserole qui était mise à bouillir. Elle parlait peu, mais elle n'en avait pas besoin. Les gens parlaient bien assez entre eux. L'un d'eux racontait son voyage autour du monde, parce qu'il était le seul de tout le village a avoir jamais bougé. Et bougé loin. Il expliquait à quoi ressemblait Lutèce.

- À Lutèce, ils utilisent de gros tubes en métal pour acheminer l'eau. Et le truc magnifique, c'est qu'ils n'ont pas besoin d'utiliser la gravité. Même sur une pente montante, ils peuvent faire acheminer l'eau.
- Impossible ! Comment ils font ?!
- Ils utilisent un système de pression, où l'eau tourne de façon circulaire.
- Ingénieux !


Ils baragouinaient en arabe, mais le « impossible » et le « ingénieux » avaient été sortis en français. Ils adoraient la France. Ils rêvaient de la France. Pour eux la France c'était le bout du monde.
S'ils savaient putain. Carmen avait été en France à un moment. Elle avait à peine 13 ans. Pendant ses quelques années là-bas, on avait tenté de la réduire en esclavage, on avait essayé de la violer 4 fois, et elle avait dû vendre son corps d'enfant pour obtenir de quoi manger. C'est une société cruelle. Croyez pas que l'aqueduc soit gratuit.
Enfin, si, c'était ça le truc marrant. L'aqueduc avait été gratuit à sa création. L'ancien Empereur, Marius II, avait fait en sorte que n'importe qui puisse utiliser l'eau propre de l'aqueduc. Mais plus maintenant, maintenant il fallait un droit de distribution. Mais Carmen ne relevait pas ça. Ses démons elle les avait enfouis en elle. Même à Rex elle lui avait jamais dis ça. Pour quoi faire ? Zeus avait ses démons. Svetlana avait ses démons. Rex avait pire que ça. Oui, Rex... Rex c'était...
Quand elle le regardait dans ses yeux, même juste quelques secondes, elle pouvait le voir. Il en avait gros sur la conscience. Lui c'est le genre de gars qui devait avoir plein de regrets et de remords. Mais quoi donc ? Tuer des enfants ? Torturer des gens ? Quelles choses Rex aurait bien pu faire dans une ancienne vie ? Jusqu'où serait-il prêt à aller pour sa mission, pour l'ordre ?
Elle ne voulait pas le savoir.

- Aussi, à Lutèce, ils ont un moyen de transport rigolo pour arpenter la ville. C'est comme une voiture, mais très grande, et avec des sièges ; Et il y a des grands fils montés sur des poteaux, qui convoient de l'électricité, pour faire bouger les multiples roues de la voiture. Ils appellent ça le « tramway ».
- Une voiture à électricité ? Bizarre.
- Mais c'est plus incroyable que ça. En fait, ils ont-

Un cri l'interrompit. Un cri lointain et qui fit écho à l'autre bout de l'arche. Tout le monde s'était retourné. Carmen avait bondit sur ses petites jambes et sorti son pistolet.

- Qu'est-ce que...
- ABDUL ?! CA VA?!

Les lumières commencèrent à s'éteindre. Et une chose s'approcha. Des monstres à quatre pattes, accompagnés d'un humanoïde noir et visqueux. Un sentiment de peur remplit les cœurs, tandis que Carmen fut éblouie par de multiples flashs de lumière devant ses yeux. Elle leva son arme et vit un des hommes se faire déchirer le bras, tandis qu'un autre tentait de tirer dans le tas. Elle visa et se mit à presser la détente sur toutes les cibles qu'elle trouvait, mais... Mais c'était bizarre, terrifiant. À chaque fois qu'elle tirait, elle voyait un autre flash, et d'un coup, tout semblait changeait, la disposition de tout le monde. Elle vit deux corps tomber par terre, tandis que son bras fut accroché par un des monstres. Celui-ci ouvrit sa gueule remplie de dents alors qu'il s'approcha pour lui bouffer le visage ; Elle sorti son couteau avec son bras libre, et lui enfonça en plein dans la joue.
Flash de lumière.
Elle venait de poignarder Rex. Le traqueur se mit à râler, sa gorge crachant du sang, alors qu'il tomba lentement au sol. Elle l'observa, quelques instants, pétrifiée, avant d'à nouveau se réveiller.

***

Elle s'était réveillée dans le même lit que Svetlana. Qu'est-ce qu'elle foutait là ? Elle ne put même pas essayer de sortir qu'elle pouvait sentir le bras de la slave l'accrocher, et l'empêcher de se barrer. Elle sentait sa main se mettre à peloter ses petits seins, et la bouche puant le gigot commencer à lui faire des baisers sur la nuque.

- Tu fais encore des cauchemars pryncesa ?


Pas de réponse.
Carmen était mal à l'aise. Elle détestait l'entreprise de la slave. Elle n'était pas homosexuelle, voilà tout ; Sentir ses grosses mains sèches et froides la déshabiller et la caresser ne faisait rien à part la mettre à cran. Mais au moins... Au moins elle pouvait sentir la chaleur de quelqu'un. Elle pouvait entendre un autre cœur battre contre son oreille. C'était tellement rassurant... Tellement plus calme. Elle était tout bonnement pacifiée.

- Hm ?
- Ça t'arrive jamais de faire des cauchemars toi ?
- Si.
- Tu fais des cauchemars sur quoi ?
- Ne me pose jamais plus de questions de ce genre, pryncesa.

Au moins c'était clair.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Ven 6 Jan - 23:33

Encore le mess.
Encore le soir.
La scène d'hier semblait se répéter à l'exact avec les sfaxiens débarquant peu à peu, d'abord les fermiers puis les ouvriers avec leurs familles. Les traqueurs se trouvaient réunis sur la grande table centrale, occupant à peine le tiers de celle ci, laissant d'autres habitants prendre place à leurs cotés.

La journée s'était passée...
Non. La journée n'était même pas passée.
La troupe avait dormi jusqu'au déraisonnable. Carmen en avait été témoin. Zeus tenait la palme avec près de dix huit heure d'un sommeil lourd, suivit de près par Svetlana. Roland s'était trouvé plus raisonnable en consommant qu'une simple sieste de treize heure. Même Rex s'était laissé allé avec une dizaine d'heures dans l'oreiller. Oh elle le connaissait bien, il s'était levé sur les coups de six heures du matin, réglé comme une horloge d'Avant, pour aller vider sa vieille vessie, mais s'était permis après ça un petit extra de repos.
Cassius lui n'était toujours pas remonté. Carmen venait tout juste de descendre, lui apporter au moins une assiette. Elle trouva le sergent dans ses appartements, juste à coté de la maison réquisitionné pour Zeus et Roland, assis sur son lit, statufié.
Elle pressentit que le sergent était resté assis là pendant des heures, complètement éteint. Épuisé, essoré de toutes ses émotions. Carmen n'eut aucun mal à s'immiscer dans son esprit. Elle n'y découvrit qu'un îlot d'affliction subsistant au milieu d'un océan de vide.
La traqueuse hésita longtemps, très longtemps, mais fini par l'obliger mentalement à se nourrir. Le sergent claudiqua alors jusqu'à son assiette. Carmen ne sut même pas se dire à elle même comment elle y était parvenue... elle ne s'était même pas concentrée. Elle avait juste pensée et lui, avait "obéis".
Vacillant sous le choc, réalisant soudain le pouvoir qu'elle venait d’exercer, Carmen préféra prendre la fuite, presque apeurée.

- Il vient avec nous.
La volonté de Rex ne subit aucunes critiques. Le nouveau chef du groupe de traqueur venait de prononcer ses mots alors que Carmen était revenue, informant les autres que Cassius avait bien daigné sortir de sa léthargie pour se nourrir. La question s'était alors posée : que devaient ils faire de leur ancien sergent ?
Rex venait de donner la réponse.

- Vous repartez après demain alors ?
Fary fit son entré en posant un plateau contenant autant de tasse de thé qu'il y avait de traqueurs attablés. Le sfaxien leur fit le service alors que Svetlana l'interrogea. Les mines étaient sombres autour d'eux remarqua-t-elle.
Et ce fut au visage de l'arabe de se faire sombre à son tour :
- Les gardes ont perdus l'un des leurs cette nuit.
Il ne voulut pas s'épancher plus là dessus. Mais ce fut sans compter l'intervention de l'un de ses contemporains, assis juste à cotés qui se tourna vers eux et leur appris que, selon ses mots, l'un des gardes avait attaqué l'un de ses collègues cette nuit. Le poignardant à mort.
Fary insulta l'importun, mais ce dernier ne sembla pas en prendre grief et au contraire, lui fit un clin d’œil en disant, moqueur :
- Certainement un coup des Djinns mon bon Fary !
- Qu'est ce que c'est ? Intervint Svetlana.
- L'une des innombrables fables de notre chers troubadours. De son sac il peut vous sortir milles et une histoires mes amis :
Les Djinns farceurs du désert !
Ou encore l'incroyable histoire du Pharaon revenu de l'au delà !
Ou ma préférée : l'Entité mutante responsable de la fièvre noire, il débilite les gens pour en faire ses esclaves ! Oui rien que ça !

Encore des injures en arabe et Fary partit, vexé et insulté, alors que l'autre resta sur son sourire narquois.
L'incident fut clos, et chacun retourna à son assiette.


Fary redescendit en trombe jusqu'à ses appartements. Foutus kabyles, vautours moqueurs ! Se moquer de moi, en présence de chevaliers ? Maudit !
Il ouvrit la porte de sa cabane, enjamba le corps de son fils qui jouait avec une bobine de fil, puis le corps de son quatrième et dernier fils, pleurant de caprices alors que sa sœur venait de lui chaparder sa boule de scotch lui servant de ballon.
Foutue marmaille !
Et... et foutue kabyles surtout !
Oui il racontait des histoires, mais toutes lui était parvenue de sources fiables, quand ce n'était ses propres yeux la source ! Ce n'était pas de sa faute si lui au moins sortait de ce trou pour voir le monde alors que ces singes blancs de kabyles restaient dans leurs petit confort.
Ah ça oui, ils avaient tous bien ri quand il leur avait parlé du canyon du bout du monde. Une crevasse démentiellement grande, balafrant la terre d’Arabie jusqu'à la Caspienne. Ils s'étaient alors tous tellement ri de lui que Fary cru s'étouffer de haine ou de honte, il ne se rappelait plus vraiment.
Pourquoi réagissait ils tous à chaque fois comme les singes qu'ils étaient ? Fary enrageait. Pitié et mépris, voilà le sentiment mêlé qu'il ressentait pour ses contemporain.

Là, assis en tailleur sur les coussins de la salle commune, il se rappela dans un frisson l'histoire la plus terrible qu'il lui fut parvenu. C'était le Cheikh d'In Amenas (car oui ! Fary, fils d'Ibn Wallid le mendiant et de Sebha la fermière était déjà allé jusqu'à In Amenas !) qui lui avait confié un soir, sous la tente, le récit du Dieu parmi les hommes. Un mutant à la puissance psionique si démentiellement grande que, à l'instant même de sa naissance, le bébé tua tous ceux présent sous la tente. Sa mère, son père, les deux sages femmes. Sur le coup. Hémorragie cérébrale brutale.
Il frissonna. Une telle force, un tel pouvoir... Le Cheikh lui même en avait été tout bouleversé rien qu'en lui narrant cette histoire.

Fary laissa son esprit divaguer, narguilé à la main, confortablement affalé dans les coussins de la pièce, se remémorant ses pérégrinations passées. La fois où j'ai faillit finir Bey. L'aventure avec mon frère jusqu'aux confins des territoires Maures.
Il fut sortit du souvenir d'une énième et savoureuse anecdote par sa femme. Quelqu'un le demandait. Alors Fary se leva, insulta la femme d'oser déranger son homme et alla jusqu'à l'entrée.
Zeus le salua. Le traqueur alla droit au but, cassant barrière et codes de politesses.
La requête était simple : Zeus ici présent désirait "baiser de la négresse" et se renseigna sur la présence d'un bordel à Sfax où assouvir ses pulsions.
Fary s'étrangla d'insultes. Putain de babtou, plus c'est blanc plus c'est con comme un cochon. Sale race, bon qu'à ramasser la merde.
L'arabe lui répondit aimablement pourtant. Mais négativement. Père Mamoud avait fait fermé l'établissement il y a longtemps déjà.
Enfin le croyait il. Fary lui donna une adresse dans les bas fond de la ville et referma la porte.


* * *


La nuit était tombée depuis bien longtemps sur la ville mais quelques silhouettes éveillées arpentaient encore ses artères. En surface, les gardes étaient plus tendus qu'à l'accoutumé, depuis l'incident d'hier chaque hommes gardait soigneusement ses distances avec les autres. Les monstres n'effrayait plus, ils savaient comment les gérer, étaient formés à cela. Les raiders n'arpentaient plus le désert, et les Vigiles ne restaient qu'une ombre sur le pays, plus jamais depuis leur apparition à Sfax il y a trois ans de cela on ne les avait revu dans les parages. Non, ce qui terrifiait les gardes en cette nuit était l'autre, à dix mètres. Chacun s'observait avec défiance, près à abattre au moindre signe suspect l'ami d'hier.


Le lendemain, à midi, Rex alla retrouver ses hommes au mess. Du moins une partie. Il revenait d'un entretien avec le père Mamoud.
- Nous partons demain matin. Une jeep nous mènera à l'ouest. Nous y trouverons Moshe, notre passeur.
Les mines qu'il observait étaient déconfites. Carmen semblait toujours enfermée dans son mutisme. Svetlana se trouvait irascible. Elle contestait l'autorité de leur nouveau et autoproclamé chef, mais le gardait pour elle. Du moins essayait elle. Roland lui, pour finir, accusait encore le coup de sa mauvaise cuite d'hier. Le traqueur était livide, hagard, et portait la trace d'une rixe. Il s'était misérablement saoulé la nuit dernière. Pour ce qui était de Cassius et de Zeus : aucunes traces. Rex pensa à aller voir dans leurs quartiers une nouvelle fois après le repas.


- Chiotte de chiotte de bordel de chiotte...
Pays de merde, pays de merde !

Zeus avait mis plus d'une heure à revenir des bas fonds de Sfax. Une longue et pénible heure. La nuit s'était pourtant agréablement déroulée, à dépenser ses maigres bien en passes de prostitués et en alcools. On lui avait même fait tiré sur une de leur espèce de narguilé dont le traqueur su grandement apprécier ses effets psychédéliques.
Mais il se réveilla brutalement. Palpitations et sueurs froides. La pâteuse et la nausée.
Les locaux se firent pourtant bien agréables, lui servant une collation et se voulant amical en engageant la discutions.
- [...] même avec vos épées, vos armes et vos couilles. C'est risqué. Lui avait dit le propriétaire du bordel en lui servant du thé. Ils en étaient venu à parler de la Libye.
- Les raiders on les encules. Les hyènes on les encules. Avait il alors craché, fatigué de la discutions, et énervé que l'on mette en doute ses capacités.
- Pas n'importe quels raiders seigneur ! Les vigiles ont des armes automatiques et des véhicules ! Des armures et des munitions !
- Je les encules tous. Marmonna le traqueur en se resservant une troisième tasse d'infusion, tentant d'épancher sa soif.
Mais l'arabe n'en démordit pas pourtant :
- Vous y trouverez surtout du sable ! Du sable et encore du sable ! Et tapis dans le sable, des scarabées, des tiques et des scorpions géants !
Zeus fit tomber sa tasse. Sa main était prise de tremblements.
- Scorpions ?
L'arabe acquiesça :
- Les plus gros et les plus méchants que t'as jamais vu seigneur : ils sont là bas en Libye !

Voilà comment Zeus s'était retrouvé dans le mal. Fiévreux il entreprit de remonter jusqu'à ses appartements. Il fut prit de spasmes en chemin et vomi une, deux, et trois fois. Rapidement il se sentit délirant, prit de panique.
Alors quand il arriva enfin dans ses appartements après ce qu'il lui semblait une éternité, il ne pu s’empêcher de crier sa rage.
- Chiotte de chiotte ! Des scorpions ! Sa mère des scorpions !
Il alla soulever le coussin de son lit et le lancer, prenant l'arme qu'il avait caché en dessous.
- C'est pas ma guerre putain c'est pas ma guerre !
Zeus arracha son sac d'une pile d'affaire jetée dans un coin et alla y fourrer en pagaille ses vêtements lavés la veille.
- Je les emmerdes tous ! Cassius ! Rex ! Le Krak ! Et même le bon dieu j'l'emmerde !
S’arrêtant un moment, le poignet devant la bouche, luttant pour contenir une nouvelle montée de bile, Zeus reprit enfin ses hurlements une fois qu'elle fut redescendue, lui brûlant se faisant toute la gorge. Le traqueur sentit ses yeux lui piquer de larmes.
- J'me casse j'me casse j'me casse.
Marmona-t-il en essuyant ses yeux humides sur ses épaules.
- Je me casse ! Finit-il par hurler.
Luttant contre les vertiges et ses crampes d'estomacs, le traqueur finit par plier bagages.

Mais quand il se retourna enfin pour sortir, il resta cloué sur place.
- On ne déserte pas l'Ordre.
Cassius venait de prononcer ces mots, atone.
- Dégages de là "sergent" !
Zeus le menaça d'un doigt qui se transforma vite en un poing menaçant.
- Seul la mort met fin à notre engagement.
Il trembla d’effarement alors que Cassius dégaina son épée de traqueur. Il l'avait fait d'un geste lent, gardant vissé ses yeux sur ceux de Zeus qui recula instinctivement.
- Renies tu l'Ordre ?
Son sac tomba immédiatement à ses pieds. Zeus leva ses mains devant lui, poussa le sac du pieds, et recula d'autant plus en arrière. Il ne lisait rien dans les yeux du sergent. Même pas une once de folie.


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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]    Sam 7 Jan - 22:29

Rex priait. Agenouillé devant une croix, ses mains étaient liées et un petit chapelet bougeait entre ses doigts. Il priait à voix basse, ses lèvres bougeant, mais aucun son ne sortant de sa gorge. Entièrement dévoué à Dieu, ses pensées Siennes, il n'avait même pas entendu Carmen entrer dans sa chambre, et s'asseoir dans un coin pour le regarder. Rex priait pour le courage, pour la force, et pour la protection sur les Sfaxiens, sur chacun des Traqueurs, et sur l'âme de Strabo. Quand il eut fini, il prit une grande inspiration et se releva ; Il parut étonné de voir la petite hispanique dans la chambre, mais tout juste une fraction de seconde, avant de lui lancer un sourire forcé et de se diriger vers sa garde-robe pour se changer.

- Je ne savais pas que tu priais encore, lui dit-elle, avec sa petite voix, tandis qu'eelle s’asseyait sur le lit, en ramenant ses genoux vers son menton, ses mains attrapant ses mollets.
- Pourquoi es-tu étonnée ?
- Tu as dis à Cassius que le paradis n'existait pas. Pourquoi tu pries Dieu et le Dieu sur la Croix si tu ne crois pas que ton âme sera sauvée ?
- Parce que.
Parce que...
...C'est compliqué.


Son visage parut soudain triste. Ses sourcils broussailleux se firent obliques au-dessus de ses pupilles, tandis qu'il commençait à retirer son t-shirt pour exposer ton torse et son dos. Il était vieux, cela se voyait. Malgré sa musculature quand même assez impressionnante, il était couvert de boutons, de grains de beauté, de cicatrices et de tatouages. Carmen l'observa avec un sourire. Elle avait déjà senti ce corps contre le sien, ce corps froid et tremblant sous ses doigts. Elle avait encore envie de lui, qu'importe qu'il l'ignore.

- Mais encore ?
- Il y a un Dieu Carmen. Cela je le sais ; Il doit forcément y avoir un Dieu, un qui a créé les cieux et la Terre. Et Jésus, je crois qu'il est le fils de Dieu, qu'il a aimé les hommes, et qu'il est mort sur la Croix.
Mais si je crois en Dieu, j'ai du mal à croire aux hommes. Sammaël est venu nous apporter la Révélation de l'Apocalypse. Il a fait de nous des anabaptistes, une dernière chance pour nous de rentrer dans les grâces du Seigneur très miséricordieux.

- Mais tu ne crois pas au paradis ? S'il te plaît Henri... Arrête. Arrête de réciter des mots, comme si t'étais un prêtre. Je veux que tu me parle sérieusement, au fond de toi. Pourquoi tout ça ?
- Parce que... Soupira-t-il. Parce que je suis un sale vieux fatigué. Et parce que j'ai peur. Je suis terrifié. Terrifié par tout ce que j'ai vu. Par tous les gens que j'ai perdu. Je crois, même si toute la raison veut m'y en empêcher, je crois qu'un jour j'aurai enfin le repos et la paix.
J'ai 57 ans Carmen. J'ai rejoins les Traqueurs quand j'en avais 19. Tu sais ce que ça fait, presque 4 décennies de traque ? Cette opération, aujourd'hui, traverser un désert pour retrouver Bogdan, ça n'a rien d'incroyable pour moi. Cela fait plus de cent fois que je fais des corvées de ce genre. Et Strabo, c'est pas le premier ami que j'ai perdu.
Et toi, Carmen. T'es pas la première femme que j'ai aimé. Un jour viendra, où quand tout sera fini et que la lumière s'éteindra, et que mes muscles arrêteront de me faire souffrir, et que ma poitrine ne m’assaillira plus... Où je pourrais aller les retrouver. Et tous les embrasser.

De petites larmes commencèrent à humidifier ses yeux secs de vieux molosse, alors qu'il continuait de se déshabiller. Carmen savait de quoi il parlait. Elle savait qu'il avait raison. Mais pas pour les raisons qu'il pense. Oui, le paradis existe, mais ce n'est pas un endroit dans le ciel où flottent des anges qui récompensent ceux qui ont prié la Croix. La paix des âmes, ça existe...
Dans le psionisme.

- Et les psychonautes alors ? Qu'est-ce qu'ils sont ?
- Je ne comprend pas de quoi tu parles.
- Les traqueurs vous chassez des monstres mutant, d'accord. Mais vous tuez aussi des psychonautes. J'ai appris à comment les repérer et les tuer lors des rites d'initiation. Mais il y a cette question à laquelle je n'ai jamais pu répondre.
Pourquoi on tue les psychonautes ? Qu'est-ce le psionisme, pour toi ?

- Un grave danger. Un danger qu'on ne peut tolérer sur cette planète.

Elle resta silencieuse un moment, en se mordant la lèvre inférieure. Elle avait peur de partir sur ce sujet. Mais elle avait besoin de réponses.

- Roland m'a raconté l'histoire de son chaman.
- Oui. Oui je vois où tu veux en venir.
- N'est-ce pas ?
- Les psychonautes... J'en ai déjà vu. J'ai déjà parlé à certains. Le psionisme est une force, une force... Acquise avec l'Apocalypse. Une sorte de nouvel élément, qui transcende le royaume matériel des hommes.
- Comme Dieu ?
- Non. Non plutôt comme des démons. C'est ce que nous croyons, les anabaptistes. L'Apocalypse de Saint-Jean est arrivée. Mais tu sais, quand il y a une guerre, les armées tirent à l'artillerie, et des fois, on retrouve des obus qui n'ont pas explosé, mais qui peuvent exploser des années après. Eh bien, les psychonautes, c'est la même chose. Il y a eut une confrontation entre les anges et les démons, mais il reste quelques-uns qui n'ont pas été vaincus par l'armée du Christ. Ce sont eux.

Carmen s'énerva. Pour une raison évidente. On était en train de la traiter comme un démon. Un démon. Un démon. Elle qui avait sauvé le groupe en les sentant à travers la poussière ; Comment pouvait-il être si aveugle ? Elle se mit à devenir rouge de rage et à froncer les sourcils, tandis que sa petite voix de jeune fille se fit grondante.

- Henri, tu es un homme plein de facettes. Mais pas un fanatique. Je le sais. C'est pas ce que tu crois. C'est ce que tu te répètes pour dormir la nuit, mais c'est faux. Tu n'es pas vraiment un anabaptiste. Tu ne crois pas en ce que tu dis.
- Carmen. Je n'ai aucun doute que le chamane de Roland était un homme bon. Je n'ai aucun doute que certains psychonautes vivent et meurent sans jamais rien apporter d'autre que du bien.
- Alors pourquoi on les traques ?!
- Parce que c'est un pouvoir qu'on ne pourra jamais contrôler ni comprendre. Cela nous dépasse complètement. J'ai déjà vu un psychonaute capable d'enflammer un traqueur par la pensée. J'en ai déjà vu un être capable d'appeler des animaux pour nous attaquer.
Et tu as vu ce qui s'est passé à Tolède. Tu l'as vu, de tes propres yeux ! Tu as vu la corruption démoniaque, les corps mutilés et profanés, la cathédrale et ses milliers de cadavre !
C'est ce que les psychonautes peuvent faire !

- Non. Non. Henri. Je suis d'accord ; C'est une force supérieure qui a fait tout ça, une force mentale. Lorsque je suis arrivée dans la cathédrale de Tolède, j'ai... J'ai senti une présence. Une présence... Tellement forte, tellement horrible, que je me suis mise à paniquer.
Mais c'était pas un psychonaute derrière ça. Les « psychonautes » sont des catalyseurs. C'est autre chose qui cause ces morts.
Tu ne comprends pas, Henri ? Cela me semble pourtant évident ! Jésus, l'enfant que tu pries, ce devait être un psychonaute ! Comment autrement aurait-il pu faire des miracles, et parler à son père ?! Et Sammaël aussi, c'était forcément un psychonaute, c'est comme ça qu'il a pu traverser toute l'Europe en parlant aux gens de toutes les langues différentes !


Rex s'approcha et lui donna une claque.

- Ne blasphème pas leurs noms ! Tu ne comprends pas de quoi tu parles ! Tu es...
- Je suis ?
- Tu es une païenne. Une gamine de quatorze ans, prostituée, qui se ramène à notre fort pour vouloir nous servir. Rien de plus qu'un autre de ces esprits cassés. Tu ne peux pas comprendre ce monde. Tu parles de choses que tu ignores.
- Je sais tellement plus de choses sur ce monde que toi, Henri. J'en sais plus que tu ne peux possiblement l'imaginer. Je parle aux morts. Et je lis à travers les vivants.

Rex se recula. Son esprit essayait de... De comprendre. Qu'est-ce qu'elle était en train de raconter.
En fait, il avait comprit. Il l'avait comprit immédiatement. Oui. Oui c'était une psychonaute. Mais c'est quoi une psychonaute ? Qu'est-ce que ça veut dire, être psychonaute ?
Le cerveau de Rex refusa de l'imaginer. Cette idée refusa de monter à cet esprit entraîné, chevauché, maîtrisé par quatre décennies à tuer et exterminer tous les sorciers ayant la plus minime des capacités psioniques.

- Arrête tes délires d'animiste, Carmen. Des gens qui disent parler aux morts, j'en vois partout. Des charlatans, il y en a des milliers.
- Henri je t'en supplie. J'essaye de te parler mais c'est compliqué. Je veux t'expliquer quelque chose.
- Qu'est-ce que tu veux m'expliquer ?
- Je suis en train de te faire comprendre...
Non les psychonautes ne sont pas des démons. Ce sont des gens qui maîtrisent le psionisme, mais ça ne veut rien dire, plein de gens le peuvent. Vous les traqueurs, voulez simplement les tuer, par peur, et peut-être que vous avez raison, car les psychonautes sont dangereux. Mais tant que vous les tuerez, d'autres arriveront. Pourquoi ne pas essayer de comprendre ? Qu'est-ce qui les corrompt ? Qu'est-ce qui vit au-delà de ça ?
Tu ne crois pas au paradis, mais tu pries Dieu... Cela n'a aucun sens. Cela n'a aucun sens !

- Carmen je suis fatigué...
- J'ai envie qu'on parle maintenant ! Parce que si ça se trouve, on pourra plus jamais parler ! On va mourir en Libye.
- J'ai tué des psychonautes. Des psychonautes ont tué des potes. Je ne veux pas leur donner une explication. Je ne veux pas savoir s'ils sont des démons antiques, ou s'ils sont la création d'une expérience biologique d'avant-guerre. Je ne veux rien savoir. Je crois ce que je vois. Ce que je vois, c'est qu'ils sont dangereux, et mortels. C'est pour ça qu'on les tues.
- Et tu fais quoi, du fait que le psionisme nous dépasse complètement ? Comment tu vis en sachant ça ?
- Tout simplement, Carmen. Je ne vis pas. J'ai cessé de vivre le jour où on m'a jeté dans les Alpes enneigées. Je me suis perdu là-bas, dans une grotte. Et j'ai remplacé ça par autre chose. Je ne suis plus un homme.
- « Tu es un chien de berger », je sais, tu m'as déjà fait la morale, tu te répètes, tu radotes comme-
- Je ne suis pas un chien de berger. Je suis un loup.
Regarde Cassius. Tu crois qu'il est devenu fou ? Non. Il est allé au bout du chemin. C'est devenu un Traqueur. Et Svetlana aussi, elle est une vraie traqueuse.
C'est pour ça que nous sommes des chevaliers. C'est pour ça que toi, Zeus, et Roland, vous êtes encore des écuyers, et pas pour une autre raison. Roland peut pleurer, se dire que c'est parce que la famille de Cassius a donné du fric, ce n'est pas vraie. La vraie raison, c'est que Roland ne pourra jamais être un véritable chevalier, tant qu'il ne se sera pas enfin armuré de cynisme et du réalisme le plus crasseux au monde.
Nous sommes des chevaliers parce que nous sommes prêts à tout pour défendre l'Humanité, pour permettre aux gens normaux, aux habitants de Saragosse, de Tolède, de Gibraltar, Fès, Oran, Alger, Tunis, et Sfax, de pouvoir réfléchir à des questions vaines comme ça, de pouvoir faire des choix, qui mènent à leur richesse, ou à leur pauvreté. On se bat pas pour la justice ou le bonheur des hommes, on se bat pour que les hommes puissent tout simplement, EXISTER.
Nous sommes des chevaliers, parce qu'on est capables de se débarrasser de toutes considérations morales. On est capables de tuer des enfants. Et on est capable de voir des enfants se suicider sans raison sous nos yeux, sans que cela nous choque.
C'est pour cela, que nous brandissons le marteau de Venator. Aucun de nous ne fait de vœux de chasteté, et pourtant, nous ne fondons pas de famille. Tu sais pourquoi ? Parce qu'on a appris à ne plus aimer, et parce qu'on sait qu'aucun enfant et aucune femme ne pourra jamais apprécier des gens comme nous.
Carmen, je veux que tu comprennes... C'est ce chemin que tu dois suivre. Pas un autre.


Il se retourna, s'habilla avec des vêtements propres, et parti. Carmen resta silencieuse. Quand elle entendit la porte se fermer, elle se mit à chialer. Chialer comme elle avait jamais chialé. Elle n'était pas blessée par les propos de Rex, c'était pas ça. Elle pleurait de façon nerveuse, comme si elle perdait le contrôle d'elle même. Les voix, les rêves, ses capacités... le fait de pouvoir voir les corps des gens, de pouvoir forcer un gamin à se tuer, de...
C'était trop. Trop. Elle voulait que ça s'arrête. Elle ne savait pas comment faire arrêter ça. Elle avait tout essayé. Elle avait même prié ce beau jeune homme qu'on avait empalé sur une croix, comme son amant le faisait ; Mais il ne lui avait apporté aucun réconfort et aucune solution. Et Rex non plus, il ne lui avait apporté aucun réconfort. Ni Svetlana. Elle n'était même pas seule au monde ; Elle aurait adoré être seule. Depuis son enfance, elle se savait constamment suivie et surveillée. Vous savez ce que ça fait, vous ? Les enfants ont peur des monstres, ils regardent sous leurs lits. Mais pour Carmen, ces monstres existent. Ils la regardent tout le temps, même lorsqu'elle est le plus vulnérable. Vous imaginez, un démon qui vous observe pendant que vous vous lavez ? Pendant que vous chiez, pendant que vous vous brossez les dents ?
C'est pour ça que Carmen avait à tout prix besoin de quelqu'un. De quelqu'un de fort et de dangereux. D'un chevalier. Pas pour baiser, elle n'en avait que faire, elle n'avait jamais vraiment trouvé beaucoup de plaisir là-dedans. Mais juste pour se sentir protégée, armurée, à l'abri.

Pourquoi est-ce qu'elle lui avait pas dit ça ?! Pourquoi ?! Elle s'était soudain levée, sitôt que son Rex était parti. Elle sauta du lit et ouvrit la porte, en trombe, comme une furie. Elle le vit en train de marcher au bout du couloir. Il fallut le rattraper au pas de course, lui attraper la main. Elle le poussa contre le mur et passa sa main sur son torse, tandis qu'elle se mit à chialer dans ses bras, sous le regard interloqué de deux sfaxiens à la peau très bronzée qui étaient en train de fumer, soufflant à travers la fenêtre de l'arche. Carmen essaya de parler, mais elle ne pouvait pas, à travers les sanglots. Rex la serra, bien sûr, pour la calmer. Il le faisait comme un daron avec son enfant. Et son cœur arrêta de battre, tandis qu'il chuchota des mots rassurants et qu'il lui pressait le dos contre son torse.
Il la ramena à l'intérieur de sa chambre.

***

Il restait plus que 12 heures avant de partir. La plupart des traqueurs étaient laissés au quartier libre. C'était leur dernière nuit.
Zeus continuait de stresser et de profiter de quelques instants tranquilles. À baiser, à fumer, à se vautrer dans la pire des luxures. C'était son moyen de se donner du courage. Svetlana prenait un bain, à se détendre, seule, en écoutant de la musique ; Un petit kabyle de 16 piges avait une guitare électrique qui fonctionnait encore, il l'avait branchée au générateur et s'était mis à faire de la musique rien que pour elle. Rex était allé voir le père Mamoud, pour assister à son office du soir, et puis pour discuter, notamment de cette histoire de renforts censés venir de Rome. Bigael avait disparu. Pas partie ; Mais elle avait eut une discussion avec Rex. « Discussion » étant plus « se faire passer un savon ». Pourquoi ? Elle n'avait rien fait de mal, en fait. Mais Rex l'avait tout de même expliquée que les traqueurs restaient entre traqueurs pour une bonne raison. Pour ne pas perdre la foi.

Carmen, elle, avait trouvé refuge dans la taverne de l'arche. Elle ne buvait pas grand chose. En fait, elle prenait même quelque chose de totalement innocent ; De la limonade. Ça avait fait rire le barman, un vieux gars estropié et borgne. Mais voyant sûrement le portrait craché de sa fille en la traqueuse, il avait accepté de lui offrir sa consommation. Elle pouvait entendre les discussions en arabes, essayant de comprendre un peu le dialecte local. Des gars du coin discutaient de choses totalement normales : Du foot. De leurs enfants. Du père Mamoud. Ils discutaient pas des vigiles, ou des vers des sables. C'était une scène de vie totalement normale. Trop normale, peut-être. C'était vraiment... Saisissant, de voir des gars qui vivaient, non dans la richesse, mais juste, dans cet espèce de sentiment de normalité.

- Qu'est-ce tu fais, Carmen ? T'es toute seule ?

Carmen se retourna alors qu'elle entendit une voix un peu rieuse.

- Roland, ça va ?
- Maintenant qu'j'te vois ouais, ça va.

Il s'assit au tabouret juste à côté du sien. Carmen lui sourit avant de se concentrer à nouveau sur le bar. Roland lui avait toujours été sympathique, aussi, sa compagnie était agréable. Même s'il semblait avoir beaucoup bu, et qu'il avait un verre rempli d'une liqueur marron à la main.

- C'est gentil.
Mais moi je t'avouerai que ça va pas fort...

- Tu stress ? Pour la mission ?
- Oui. Je crois que... J'ai un peu peur de mourir.

Roland eut un petit rot en entendant ça.

- Mais... C'est toi qu'a fait le speech à Rex. Pour qu'on reparte.
- Je sais, et ça me semble bien normal. Quelqu'un doit retrouver Bogdan. C'est notre devoir, non ?
- Si tu le dis.

Carmen sentit une profonde gêne. Roland la gênait. Il y avait... Quelque chose en lui. Pas un doute. Quelque chose de plus que ça.

- Roland... Quelque chose ne va pas ?

- Eh... J'peux vraiment rien te cacher, hein ? Tu lis en moi comme dans un livre ?
- Tu veux en parler ?
- Ouais. Mais non, il faut pas. Il faut surtout pas.

Il reprit une autre gorgée qui lui fit plisser les yeux et serrer les dents. C'était de l'alcool dégueulasse, mais qui arrivait à lui tuer le cerveau et l'esprit. Ses mains tremblaient d'ailleurs un peu, comme son cœur qui battait plus vite.

- Tu vois Carmen... J'ai eu un rêve cette nuit. Et pour la première fois depuis bien longtemps... J'ai rêvé de mon enfance.
- Oh.
- « Oh. » Ouais.
J'vais être honnête avec toi Carmen... Tu m'écoutes ? La vie dans ma tribu elle était pas géniale. Je me souviens du froid. D'un froid tel que ton cœur bat lentement et que tes mains gercent quand tu dors la nuit. Je me souviens de longues périodes de faim, le temps que notre chamane nous amène à tel endroit où il y avait des poissons ou des renards à chasser. C'était pas une vie enviable. P-Plein de gens voudraient pas la vivre cette vie...
Mais c'était ma vie. C'était ce que j'étais. Mon sang, celui de mes ancêtres. Quand j'étais recouvert de fourrures, à me battre avec une lance, dans ces forêts glaciales... J'avais aucun doute sur qui j'étais.
J'ai perdu tout ça en rejoignant l'ordre. Je sais que j'y suis entré enfant, mais...


Il ne dit plus un mot.

- Carmen. Comment t'as survécu « la marche alpine » ? J'veux dire... Quand on t'as lâchée nue dans les Alpes. Comment t'as survécu ? Comment t'as fait ?
- La première journée a été la plus difficile. J'ai cru mourir. Mais j'ai réussi à me concentrer. Et j'ai réussi à trouver des écureuils pour me nourrir et me remplir l'estomac.

« Tu parles ! » avait-il eut envie de lui répondre. Il n'était pas con. Deux et deux avaient fait quatre. Carmen était une psychonaute, il en était persuadé, il le savait au fond de lui ; Et si elle avait réussi l'épreuve, c'est parce que ses talents psioniques lui avaient permis de survivre. Ils lui avaient servis à réchauffer son corps pour qu'il reste à une température normale. Ils lui avaient permis de trouver les animaux, y compris le louveteau qu'elle a tué et ramené à Rex pour devenir une traqueuse.

- Tu sais comment j'ai survécu ?
Quand... Quand j'étais là, dans la neige... J'ai tous ces souvenirs qui me sont revenus. Tous ceux de mes parents, de ma famille. Ils sont revenus en moi, et ils m'ont guidé. C'est ça qui m'a permit de tenir.
Carmen. C'est pour ça que je ne veux pas mourir. Pas pour moi. Mais pour eux. Je suis leur dernier espoir. Je suis le dernier espoir de toutes ces hommes et ces femmes qui ont disparus ; Je suis la dernière personne au monde à connaître leurs visages, leurs noms, et leur dialecte. Si je meurs sans accomplir quelque chose, toute leur mémoire va disparaître du monde.

- Je... Je vois ce que tu veux dire.

Roland lui attrapa la main, tendrement, et tourna ses pupilles dilatées vers les prunelles de Carmen.

- Viens avec moi, lui chuchota-t-il.
- Comment ça ?
- Viens. On se cache. On les laisses partir en Libye. On peut fuir. Avec Bigael ; On s'en va à Tunis, on rentre en Italie...
- Roland, tu as trop bu, c'est l'alcool qui parle et pas toi.
- Tu crois quoi ? Que Rex en a quelque chose à foutre de toi ? À ses yeux tu n'es que la 8e. Et Svetlana ? C'est pas parce qu'elle te touche qu'elle va ouvrir son cœur à toi.

En entendant ça, Carmen senti une pulsation lui arracher le corps. Cela fit serrer les dents à Roland.

- Tu croyais que j'étais aveugle ? Je ne suis pas Rex. J'ai su tout de suite ce que toi et elle faisaient, dès la première nuit.
- C'est... C'est pas ce que tu crois...
- Et Cassius ? C'est un fanatique qui n'a plus rien à perdre ou à gagner. Lorsqu'il saura que t'es une psychonaute, il va te tuer. Tu t'en rends compte ? Il va te tuer, Carmen !
- Tais-toi ! On pourrait t'entendre !
- Carmen, je t'en supplie... Je t'aime, et tu peux m'aimer. On peut fonder quelque chose toi et moi. On s'en fout de Bogdan, on s'en fout des monstres, on s'en fout de Renart d'Amarante et son armée de portugais ; Tout ça ça nous dépasse. Viens, on peut partir, on peut tout lâcher, fonder une famille. Vivre libres, plus jamais soumis à quiconque.
- Je... Je...
- Carmen, regarde-moi dans les yeux. Je suis fou de toi.
- Mais... Mais je ne t'aime pas, Roland...
- Je sais que tu m'aimes pas. Mais tu apprendras à m'aimer.

Un instant, Carmen s'imagina la vie si ce que disait Roland était vrai.
Parce qu'il avait raison. Elle pouvait le savoir en regardant directement dans ses yeux.
Un instant, le souvenir de Guilhem lui revint. Guilhem, ce jeune homme qui vivait seul dans son fort. Il n'avait pas besoin d'un empire comme les français. Il n'avait pas besoin d'honneur et de foi comme Renart d'Amarante. Il n'avait pas besoin de devoir et de dévouement comme les sœurs d'Algérie. Il vivait libre. Il vivait pour lui. Il vivait simplement... Mais il vivait heureux, au moins. Heureux. C'est pas si dur que ça, non ?
Elle s'imaginait Cassius, ce qu'il était devenu. Et Rex... Oui, Rex. Voilà ce qu'elle risquait de devenir. Comme eux, comme les trois chevaliers. Cette Svetlana qui n'avait plus aucune émotion à part la haine. Ce Cassius vide de tout à part son devoir. Et Rex, meurtri par la guerre et la traque.
Elle voulait fuir, oui. C'était une idée résolue. C'était ce qu'il fallait faire. À quoi bon mourir en Libye ?

- Roland, tu as raison. C'est ça la meilleure vie qui m'attend.

Elle pouvait totalement l'imaginer. Un endroit où il fait chaud, mais pas étouffant. Une baraque en bois. Trois gosses. C'est quoi le pire qui puisse arriver ? L'Italie c'était un endroit parfait, calme, sécurisé. Les anabaptistes avaient tué tous les psychotiques et chassé tous les monstres. On pourrait vivre bien là-bas.

Et quoi ensuite ?

La péninsule ibérique aussi était tranquille à une époque. Une terre magnifique pleine de gens heureux.
Maintenant il y avait une guerre horrible, entre les portugais et leurs nobles et français, et le Royaume de Saragosse qui devait lutter contre des immigrés libyens. Combien de temps on peut fuir ? Combien de temps on peut se détacher de tout, avant que les monstres nous rattrapent ?

- Mais c'est pas possible.

- Pourquoi ?! Demanda-t-il soudain, avec une voix aiguë.
- Parce que je ne serai jamais libre, Roland. Quoi que je fasse je le serai jamais. Je vivrai toujours avec la peur et les monstres qui guettent.
- Non... Non c'est faux Carmen. C'est faux. C'est toi qui te soumet à eux, qui vit à leur contact. Tes monstres ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent, on peut fuir, on peut vivre heureux...
C'est pas ce que tu veux ? Je pourrais te protéger contre tout ce que la Terre nous balance, Carmen...
Il y a que moi qui t'aimera jamais comme moi je t'aime.

- On est des traqueurs, Roland. On-
- NON !
Non ne commence pas à me sortir ça ! Pas ce même putain de discours ! C'est pas toi ! Arrête ! Arrête...


On entendit quelqu'un s'approcher. Svetlana était là, et elle voyait comment Roland tenait la main et caressait la joue de Carmen. Elle ne put s'empêcher de poser une main sur son couteau.

- Y a un problème ?
- Non. Non espèce de vieille harpie, il y a pas de problème, on discute.
- Pardon ?
- Carmen, j'ai juré de te protéger. Mais je te conseillerai de faire attention. Je peux pas te protéger de toi-même.


Il termina son verre cul-sec avant de partir en titubant. Svetlana ne put s'empêcher de pouffer de rire.

- Il te voulait quoi ?
- Rien. Rien c'est passé...
- Mouais.
Tu dors avec moi ce soir ?

- … Non. Non désolée, je... J'ai envie d'être seule.
- Ah. D'accord. Bonne nuit.

Déçue, Svetlana haussa les épaules avant de partir, sans rien dire de plus.

***

De l'eau.
Un océan d'eau.
Que ça, une eau, impressionnante, à perte de vue. Carmen se tenait sur une petite barque de bois, une barque sans pont, sans voiles, et sans rames, au milieu de nulle part, qui naviguait au-dessus de l'eau. Au-dessus, un ciel bleu et un puissant soleil. Et en-dessous, une eau cristalline, mais dont le fond, profond, était impossible à observer. Et aucune trace de terre, dans n'importe quel horizon.
Sur la barque se tenait un homme. Un vieillard, qui était tout au bout, agenouillé. Elle s'approcha de lui, et vit très vite que ses yeux n'avaient pas de rétine ; Ils n'étaient que des globes blancs. Elle vint s'asseoir à ses côtés, et immédiatement, l'homme se mit à lui parler, d'une voix lente mais éthérée.

- Alors. Tu n'as plus peur de tes visions, Carmen ? Fut un temps où tu te serais mise à hurler et à te jeter à la mer.

Cet homme...
...Avait une âme.

Ce n'était pas comme l'homme de la dernière fois, qui lui disait avoir eut l'âme arrachée. Non. Non, non. Elle sentait très clairement une présence, légère, libre, dans l'enveloppe de ce vieillard aveugle.

- Si, j'ai peur. Mais je suppose que je dois m'y habituer.
- Tu as raison, Carmen. C'est très mal de vouloir lutter contre son destin. De vouloir tout le temps fuir, sans raison. Tu dois t'y résoudre, et l'accepter.

Elle respira à plein poumons l'air marin.

- Je veux des réponses.
- À quelles questions ?

Elle en avait huit mille des questions. Mais elle avait peur que, si elle commence à lui en poser une, sa réponse lui en fasse poser 3 de plus.

- Pourquoi es-tu aveugle ?
- Car le monde est injuste, et il l'est de nature. Je ne parle pas de l'injustice des hommes, mais de l'injustice du monde ; Pourquoi des enfants naissent-ils avec le cancer ? Pourquoi y-a-t-il des tremblements de terre ? Pourquoi suis-je né aveugle ? Parce que le monde est profondément injuste.
- Qui es-tu ?
- Je suis Servile.
- Mais encore ?
- Il n'y a rien d'autre à savoir sur moi, Carmen. Je suis Servile.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est quoi ces devinettes sans aucun but ? C'est pas drôle putain.
- Du calme Carmen.
Tu n'as rien à savoir sur moi. Je suis Servile, j'ai été comme toi à une époque. Esclave d'un grand cheik. Très respecté, pour ma sagesse on me dit. J'étais un philosophe et un érudit, appelé Servile.

- Et qu'est-ce que tu as appris de tes longues années à philosopher, Servile ?
- Beaucoup de choses... Tant de choses...
- Qu'est-ce qui est important que je sache, alors ?
- Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir un monstre lui-même. Car lorsqu'il regarde au fond de l'abysse, l'abysse le regarde à son tour.
- L'abysse me regarde depuis que je suis née !
- Alors la solution est toute simple. Deviens un monstre.

Un large sourire béat s'afficha sur ses lèvres. L'aveugle commença à tomber, et se jeta à la mer. Elle se leva pour le regarder, tandis qu'il s'enfonçait dans l'eau, et disparaissait au bout de quelques secondes, avalé par la mer.

Et soudain quelque chose remonta. Partout. Comme vomi. Des corps. Des centaines de corps. Des milliers de corps. Des millions de corps. Des corps mutés, couverts de pustules, à la peau arrachée et calcinée. Tout autour, l'océan devint un océan de cadavres.

Carmen se réveilla.

***

L'heure était venue de partir. La jeep était prête, le moteur allumée, tandis que Mamoud et Rex terminaient leur discussion à deux, et se serraient la main en guise de respect mutuel.
Carmen répondit à l'appel. Svetlana répondit à l'appel. Zeus était blanc, les tempes remplies de sueur, mais il avait répondu à l'appel.
Reste deux.

- Restez ici. Je vais les chercher.


Il n'avait à vrai dire pas le temps. Mais il était désireux de partir sur la route, et espérait ne pas avoir à vivre de désertions.
Il demanda à Mamoud de les retrouver, et celui-ci alla parler en arabe à quelques gens qui se séparèrent. Avec le respect que commandait le prêtre, cela ne prit pas beaucoup de temps. « Téléphone arabe » on appelle ça. Ils se séparèrent tous pour aller piailler aux quatre coins de l'arche, et à revenir pour expliquer au padré où que les deux traqueurs étaient partis.

Ainsi, Rex, accompagné de deux jeunes kabyles, alla descendre dans une des baraques, pour entrer dans une maison. Cassius était là, couché sur le ventre. Le vieux chevalier s'approcha de son collègue, les mains dans le dos, la face grave.

- Cassius. On a déjà eut cette discussion.
J'ai besoin de toi, tu ne peux pas déserter maintenant.

- Rex... Tu sais bien que tu peux compter sur moi.

Il se leva. Sur son corps, il avait un marteau géant tatoué. De l'encre indélébile enfoncée dans son épiderme. Rex observa le résultat, un instant, avant de ricaner.

- T'es parfait.
- Alors. On est prêt à partir ?
- On y va, camarade.

Ils se serrèrent la main et sortirent ensemble, épées sur le côté.

Roland, lui, on le retrouva dans un coin, à roupiller. Il était alcoolisé. Trop alcoolisé. Un café serré, très serré, et une douche froide auront eut raison de lui. Puis, en serrant les dents, il se remit en état, et accepta de suivre Rex et Cassius jusqu'à la jeep.
Tous les traqueurs s'engouffrèrent dedans comme des sardines, tandis que Mamoud arriva leur dire au revoir.

- Mes bons amis. Je vous répète. Vous faites une erreur d'aller jusqu'en Libye. Mais je ne souhaite pas vous convaincre. Vous allez accomplir votre devoir, et nous prierons tous ici, sans relâche, pour votre réussite.
- Une fois que nous aurons fini, nous reviendrons à Sfax, mon père.
- Si c'est le cas... Nous serons tous heureux de vous ramener en Italie, afin que vous puissiez regagner les Alpes.
En attendant.
DA PACEM DOMINE.
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Thébaïde fantasmatique [Partie II : dans la Fournaise Ardente]
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