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 Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]

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Mathusalem



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MessageSujet: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Lun 21 Nov - 15:44

- ... nouvel ennemi. Et nous ne pourrons jamais le vaincre comprenez vous !?
Azrael frappa le bureau pour appuyer ses mots alors que le jeune sergent chevalier Cassius venait de pénétrer dans les bureaux du Grand Maître. Il toqua à la porte ouverte pour signaler, bien penaud, sa présence, mais la tempête de la dispute entre Azrael et Mohammed engloutit cette misérable annonce. Le Grand Maitre régent s'emporta à son tour, brandissant un papier chiffonné dans sa grosse pogne :
- NON !
Non ! La vraie menace vient de l'Est et tu l'as lu ! Tu l'as lu autant que moi. Ils nous supplient bon dieu, ils nous supplient d'envoyer des troupes à la citadelle des Balkans.


Saisit de malaise en sachant pertinemment qu'il n'aurait jamais du entendre de telles paroles, Cassius renouvela l'appel de sa présence en cognant, cette fois énergiquement, la porte en bois.

- Sergent.

Cassius claqua immédiatement ses botes, droit comme un i et, le menton haut et fier dit :
- La section est prête Maître ! Equipement vérifié, nous sommes prêt à décoller sur vos ordres !

Azrael, l'air étrangement fatigué lui répondit qu'il allait descendre donner les dernières informations à la section mais le Grand Maître le coupa. Non, c'était à lui d'y aller.

Accompagné du Maitre des traqueurs, Cassius s'engagea à sa suite dans l'étroit escalier en colimaçon menant à la cours intérieur. A chaque marches il ressassa les paroles saisie à la volée dans les bureaux du maître. La situation à l'Est était difficile, personne n'en fait secret... mais de là à ce que le maître de la citadelle des Balkans (un pur produit de ce terroir, intraitable et inébranlable) écrase son orgueil au point d'écrire "nous vous supplions"... et bien il n'y avait qu'une raison : l'Enfer s'est abattu sur eux.

Une bouffée d'air alpin revivifiant, capter les derniers rayons d'un soleil radieux de fin de journée, Cassius se permit de savourer ce cours instant avant de passer sous une arche pour enfin déboucher devant l'héliport du Krak. Face à lui une section sur un rang, dos droit, saluant l'arrivée du Grand Maître.
Cassius alla trouver sa place au coté du chevalier commandeur Strabo sans tarder. L'équipe avait été réuni dans l'heure qui avait suivit l'appel à l'aide du Fort Brazatortas.

- A 17h45 heure du Krak nous avons capté l'appel à l'aide du Fort : la ville de Tolède s'est embrasé. Et nos frères Traqueurs ont subit un premier assaut de la part de ces rebelles.
Brazatortas dépend directement de la Citadelle de Gibraltar comme vous le savez. C'est à eux de leur venir en aide.
Mais ils n'ont donnés strictement aucunes réponses. Le Krak n'as pas eut de communication avec Gibraltar depuis plus de cinq jours. Nous ne pouvons donc pas compter sur eux.
Aux dernières nouvelles du Fort, la ville essuie un important incendie et la masse de rebelle aurait prise d'assaut le château du duc où sont massés les survivants. D'autre part... une force psionique semblerait être à l'oeuvre, voir à l'origine de ce soudain et brutal soulèvement.

CHEVALIERS ! Votre mission est de sécuriser le Fort en priorité puis d’enquêter sur la possible ingérence mutante et d'agir en conséquence.


Le grand Maitre étouffa un "bonne chance" et préféra tourner les talons. La troupe s'activa immédiatement alors que Strabon beugla : "Section ! Montez !"


De son cockpit Tobjorn guetta d'un œil mauvais la troupe monter d'un pas lourd dans son amante, il la calma en lui murmurant un "chut, chut" et en dégrafant un de ses gants de pilotage pour lui caresser la carlingue.
- Pilote, fermez le sas !
Tobjorn souffla dédaigneusement dans le micro de son casque : "On décolle".
L'appareil vrombit d'une simple pression sur un simple bouton... L'électronique s'éveilla et des voyants de toutes les couleurs s'allumèrent. Tobjorn poussa les moteurs et eut une érection alors que l'appareil se décrocha de la gravité.


- Une force psionique est à l'oeuvre ? Sérieux, maintenant il nous faut trouver ce genre d'excuses pour qu'on puisse dégommer du basané énervé ? Railla Zeus alors qu'il se sanglait à son siège.
- Leur esprit esclave, veux dire. Esclave psychonaute. Plus peur. Plus humain. Lacha en réponse Svetlana de son accent dur comme du béton.
- Ah ! J'les considérais d'jà même pas comme des humains ces enculeurs d'Aurochs, putains de basanés qui sentent les épices, sous race de mal accouché.
- Silence écuyer !

L'argos ballotta violemment, ce qui tua toute réponse possible.
Roland, le sniper, attendit une accalmie pour s'adresser à Carmen, visiblement terrifiée :
- T'inquiètes pas, c'est encore plus terrifiant pour ceux qui sont sur la terre ferme et qui nous voient débouler.
- Première fois Argos ? Questionna Svetlana alors.

- T'inquiètes pas qu'il dit l'Inuit. Arf ! Se moqua Zeus. Naaaaan, on a juste l'Empire qui a fermé hermétiquement ses frontières, y compris aux traqueurs et, de l'autre coté de ces putains de Pyrénées : un putain de royaume dans le chaos depuis trois semaines même pas foutue de mater quelques nègres loqueteux ! Moi je vous le dis on va se prendre une roquette avant de poser pieds à terre mes salops !
- Aux dernières nouvelle l'armée hispanique a reprise Madrid des mains des insurgés Libyens.
- Aaaaah voilà qui me rassure chef ! C'est vrai après tout c'est pas comme si les Lusitaniens ont fait sécession et que l'Andalousie était toujours aux mains de ces putains de bougnoules ! Nan, au lieu de ça l'armée royale reprend un putain de tas de bouts et de ruines.
Voilà plus d'un mois déjà que les premiers heurts de grand ampleur avaient eut lieux en Hispanie. Les ibères accusaient les libyens de tout les maux : d'avoir amener cette terrible peste qui sévissait de Valence jusqu'en Lusitanie, mais aussi d’être à la source de la recrudescence de monstres et d'engeance en tout genre qui infestaient désormais la moindres ruine du pays. La situation n'avait fait qu'empirer, jour après jour, semaine après semaine, alors que plus en plus de migrants affluait.
- L'Hispanie n'est que la mèche qui, si elle s'embrase, fera exploser l'Europe.
- Sans déconner le mangeur de phoque, je me demandais bien pourquoi l'Empire avait foutue toute la quatrième légion juste pour sécuriser la frontière.

- Vos gueules.
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Lun 21 Nov - 19:16

Carmen semblait effectivement retournée par le décollage. Elle s'agrippait à son siège, en regardant partout autour d'elle de ses grands yeux bruns, légèrement terrifiée. Elle avait tellement pas sa place ici. Elle était entourée d'hommes (Et d'une femme) aux airs martiaux, militaires, musclés et bien armés, là où elle avait de longs cheveux noirs, une peau douce, et même une bonne odeur ; Elle avait été la seule personne assez folle pour se mettre du déodorant, là où ses frères chevaliers ne se gênaient aucunement de tels inutilités.

Rex, lui, n'avait pas dis un mot. Il écoutait très attentivement, en affichant un demi-sourire. C'était un plaisir de repartir en opération. Voilà deux ans qu'un psychonaute l'avait laissé dans un sale état, lui lacérant entièrement la cuisse, passant ses griffes infectées sur son ventre, plantant ses crocs sales dans son épaule. Deux ans de rééducation. Deux ans de douleur insupportable. En fait, il y a même pas deux semaines, Henry « Rex » était allongé sur son lit, à hurler le martyr, et c'est un miracle qu'il tenait encore bien. Cette situation le mettait dans un état horrible. Il se sentait inutile, il sentait qu'il était un boulet pour ses frères, alors même que l'ordre traversait une période grave.
Alors reprendre les armes et servir les Traqueurs, c'était une joie.

- C'est la première fois que je monte dans un véhicule volant, annonça Carmen d'une petite voix. Je... Je trouve que c'est un peu instable... Mais j'ai lu tant de choses sur l'Argo.

Oui, l'Argo faisait presque office de relique légendaire pour les Traqueurs. Il y avait des enluminures qui montraient les exploits de cette machine. Henry s'était même mis en tête de la prier et de la vénérer, ce qui faisait doucement rire ses frères athées et plus cartésiens. Les anabaptistes adoraient prier, tout le temps, et pour n'importe quoi.

- Mais je ne comprends pas, frère Zeus... Pourquoi les lybiens nous tireraient dessus à la roquette ? L'Ordre n'est-il pas neutre dans toutes les affaires extérieures ? Est-ce qu'ils sont vraiment tous manipulés par des psychonautes ?
- C'est plus compliqué que ça,
reprit Rex. Les lybiens ne sont pas des nègres idiots, contrairement à ce que notre frère ici veut bien croire... Mais ils n'ont pas d'organisation centralisée. C'est plutôt un regroupement de bandes armées réunies sous un seul « Maître de Guerre », qui n'est pas héréditaire, et qui a besoin de l'accord constant des autres chefs de bande. L'invasion de la péninsule Ibérique, ce serait pour le Maître de Guerre actuel, un succès cinglant, un moyen pour lui de s'assurer le contrôle de tout le nord de l'Afrique, avec ses puissantes routes commerciales et ses villes vassales qui payent de grasses taxes.
Et l'ordre ? On est connus partout comme les plus grands guerriers d'Europe. S'il parvenait à nous abattre, voire même à prendre le Krak, il laisserait sa marque dans l'Histoire et légitimerait son règne.

- Mais... Pourquoi s'attaquer à nous ? On risque pas de s'allier avec les comtés espagnols ?
- Je ne sais pas. Je ne suis pas dans leurs têtes. Peut-être que c'est une bande qui s'est détachée du Maître pour attaquer l'ordre elle-même.
Dans tous les cas, il ne faut pas sous-estimer les néo-lybiens. Ils ont peut-être un équipement et un entraînement très inférieur au notre, ils restent des combattants âpres et dangereux.


Le reste du trajet se déroula assez correctement. Étonnamment, il n'y eut pas de roquette ou de missile sol-air qui vint anéantir leur transport. Mais lorsque leur pilote les prévint de leur prochaine destination, Rex se leva le premier pour aller ouvrir une des portes latérales de l'aéronef. D'un coup, il y eut une légère dépressurisation, et un air très frais vint envahir la cabine, alors que le tumulte des hélices et du moteur vrombissaient dans les oreilles. Carmen dû poser ses mains sur ses oreilles, peut habituée à ce vacarme.

Rex regarda dehors, fusil contre l'épaule, un genou sur l'acier qui composait le sol de l'hélico. Il observa en fronçant les sourcils, regardant la scène. Puis il se tourna vers ses collègues et se mit à rugir d'une voix grave et rauque.

- Il y a beaucoup de fumée et quelques feux qui sortent de Tolède ! La ville a été saccagée !
Nous arrivons trop tard !


Qu'à cela ne tienne. Rapidement, le véhicule changea de système. Les hélices, jusqu'ici horizontales pour servir d'avion, se relevèrent et se mirent à la verticale, pour se transformer en hélicoptère beaucoup plus mobile. Il s'arrêta juste au-dessus du petit fortin sous leurs pieds, où quelques Traqueurs devaient tenir, et commença un atterrissage extrêmement délicat, puisqu'il y avait peu de place pour manœuvrer.
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Mathusalem



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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mar 22 Nov - 14:45

Seul à être debout, Strabo se tenait à coté de la porte menant au cockpit, en face du combiné radio en liaison direct avec le poste du Fort. D'une rafale de question courte et précise le commandeur accumule assez d'informations pour avoir une idée précise de la situation, il ordonne alors à Tobjorn de se poser et se tourne vers l'équipe, toujours solidement ancré au sol alors que tout l'appareil ballottait follement, comme prit dans une tempête :
- Six traqueurs tiennent le fort, leur capitaine est mort. 10 soldats de la Guardia Civil avec arme et munitions sont avec eux. Une trentaine de civil et une douzaine de blessé au sous sol.
Une fois à terre, séparation en deux équipe, je veux

Un cri strident vrilla les tympans de toute l'escouade, saturant leurs micro-intégré et une énorme secousse vint couper le souffle à chaque soldat alors que leur commandeur se retient de peu à une prise haute, s'évitant de se briser la mâchoire au sol.
- PUTAIN DE MERDE !
- Rapport Tobjorn ! Rapport !
Strabo dégaina son colt et déboula dans le cockpit alors que celui ci beugla dans l'intercom :
- On essuie des tirs ! On s'fait tirer d'sus les zonz' putain !
- La prochaine fois que tu nous casse les oreilles, je t'explose la tete.
Il rangea son arme de poing et écrasa ses deux mains sur l'écran de la caméra thermique. Une meute armée de gourdin et de machette, parfois de vieille pétoire, déboulait à grande foulée de la ville.
L'ordinateur identifiait 121 cibles.
122... 123. Il en sortait toujours plus, l'Argos les attirants comme une lampe des nuisibles.

Spoiler:
 

- L'Argos a été touché ?
- Elle s'est prie une BALLE PUTAIN DE MERDE !

Strabo jette un œil par dessus l'épaule du pilote, aucunes avarie, rien à signaler.
- Faites feu.
Personne ne pu discerner le doux "Brrrrrrrrrr" caractéristique des miniguns puisque Tobjorn ne pouvait s'empecher de hurler alors qu'il faisait feu. Heureusement pour lui que Strabo avait jeté son casque lors du première attentat auditif du pilote.
- BRAAAAAAAAA BRAAAAAAAAAAAAAA CRÈVES ! CRÈVES !
Toujours penché sur l'écran de la caméra, le commandeur voit les carrés rouges entourant les cibles disparaître peu à peu... sans les arrêter.
Sans les arrêter. La mort leur tombe du ciel, à la mesure de 2000 coups minute, mais les insurgés continues à avancer, enjambant leur morts.
Bientôt une vingtaine d'entre eux passèrent par dessus l'enceinte extérieur du fort, un misérable muret avec du barbelé. Des fenêtres du fort éclata des coups de feu sporadique.
Encore une trentaine d'assaillant pénétra l'enceinte extérieur alors que Tobjorn éliminait les derniers de leur horde en bas de la colline.
- Posez nous.
Le commandeur déboula à l'arrière, pas le moins du monde gêné par la descente subite de l'appareil.
- Au moins quarante cibles, armes blanches, peut être un ou deux mousquets.
La cabine s'illumine de vert, signalant l'ouverture de la porte. Le commandeur prend immédiatement les devant et est le premier à bondir à terre, deux mètres plus bas : il braqua son arme et tira trois cartouche de son Hécate, tuant trois assaillants qui fonçaient sur eux alors que le reste de la troupe débarquait, faisant feu à leurs tour.
Déjà l'Argos reprit de la hauteur. Autour d'eux du sables, des corps, des cris et une dizaine d'enfoirés brandissant leur misérables massues. L'escouade fit feu de toute ses armes, en quelques secondes le terrain proche était dégagé.
- Svetlana, Zeus : l’escalier et l'étage. Cassius, Roland : le garage.
Vous deux avec moi !

Le chef clôtura ses ordres d'une bastos dans le buffet d'un insurgé qui essayait péniblement d'escalader la clôture.
Déjà Cassius et son écuyer avaient pénétré dans le garage dont la porte se trouvait éventré par une explosion. Sur leur droite, à l'extérieur, Svetlana posa pied sur la première marche et tira un premier coup de chevrotine à un homme encapuchonné, aux poings entourés de barbelés, puis une deuxième cartouche partie cueillir en plein sternum un autre assaillant qui venait de débouler par la porte. Puis un troisième fut accueillit avec la même délicatesse, son corps fut projeté par dessus la rembarde sous le choc.
- T'es conne ! Il est avec nous putain ! Beugla Zeus qui baissa violemment l'arme de Svetlana. Apparemment on ne croisait pas beaucoup d'uniforme de la guardia civil dans les Balkans... Elle se dégagea de la prise de son écuyer et enjamba trois par trois les marches jusqu'à atteindre l'étage, puis pénétra à l'intérieur.

- Henry, Carmen, suivez les à l'intérieur.
Strabo rangea son fusil et dégaina son épée dans le plus grand des calmes, quasi théâtralement, alors que l'un de ses possédé accourait sur lui en beuglant. Il para aisément l'attaque, donna un coup de botte et ficha son épée avec une telle violence dans son assaillant qu'elle finit sa course au milieu du tronc, écrasant se dernier à terre, sur ses genoux.
Spoiler:
 
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Sam 26 Nov - 17:48

L'ordre avait tellement, tellement changé depuis deux ans. Qu'on aime ou pas le Grand-Maître, tout le monde était d'accord pour dire qu'il était un homme honorable qui transpirait la chevalerie. Aujourd'hui, quelles genre de forces restaient-ils encore aux Traqueurs ?
Rex avait sauté juste après son supérieur, et se déploya rapidement pour tenter de former un cercle avec lui. Mais en voyant les humains escalader les clôtures et se jeter dans la cour, il ne put se résoudre à appuyer sur la détente, ou à garder le même positionnement militaire. Non. Il se leva, doucement, et retira le foulard qu'il avait placé sur sa bouche et sous son nez pour se protéger de la poussière soulevée par les pâles de l'hélicoptère en position stationnaire juste au-dessus d'eux ; Ses yeux semblaient incroyablement vides, alors qu'il voyait ses collègues tirer au hasard dans une masse de chair et de corps humains. Il écouta à peine les ordres, quand il sentit une pression sur son bras, qui l'exhortait à se reprendre et à lutter.

Carmen ne semblait vraiment pas à l'aise, avec son pistolet dégainé. Elle marcha dans les pas de Rex, en laissant une petite distance de sécurité d'un mètre à peine. Elle prit une position militaire, comme on lui avait appris, certes ; Les deux mains sur le pistolet, le doigt qui n'est pas sur la détente, le dos légèrement voûté pour absorber le recul. Mais elle ne tira pas la moindre balle. Elle ne voulait pas. Contrairement à son chevalier, qui lui calait la crosse de son fusil vers son épaule, afin d'éjecter quelques balles en direction des têtes des émeutiers qui tentaient d'arriver. Un spectacle dégoûtant. Strabo faisait le gros du boulot, n'ayant aucune hésitation à les dégommer, en tirant dans la masse de leurs corps, ses projectiles transperçant et perforant aisément. Rex, lui, avait une cadence de tir bien plus faible. Carmen comprit vite pourquoi en le voyant faire, genou à terre. Il voulait leur donner des morts propres. Quitte à les laisser s'approcher en hurlant. Quitte à risquer sa vie.

Mais leur supérieur les ordonna vite de quitter la cour et de rejoindre leurs deux collègues à l'intérieur. Rex répondit aussitôt, avec un « Bien, chef ! » hurlé pour qu'il puisse être entendu au-delà des bruits de balles, et notamment du vrombissement terrifiant du canon rotatif de l'Argo qui faisait des cercles autour du fort. Le chevalier ne pouvait pas le voir, mais tout autour du fort, c'était une vision d'horreur. Les humains qui étaient tués par le pilote ne souffraient pas d'une belle mort ; Ils étaient réduis en une bouillie d'os et de muscles, rouge et immonde, que d'autres piétinaient avant de se mettre à hurler eux aussi lorsqu'ils étaient traversés par les balles de calibre 50, une munition normalement créée pour rendre inopérant des véhicules.

Rex se leva, son manteau volant derrière lui, et il alla rapidement, le canon de son fusil dirigé vers le sol, jusqu'aux escaliers, dont il escalada les marches d'un pas extrêmement vif, deux à deux. Carmen le suivit rapidement, mais était beaucoup moins rapide que lui. Son maître s'arrêta à la porte, se tourna et s'accroupit, laissant Carmen pénétrer à l'intérieur la première, fournissant une couverture au cas où. Puis, il se remit droit et entra à l'intérieur, fermant la porte derrière-lui.

À l'intérieur, aucune trace de Svetlana ou de Zeus. En revanche, au moins une demi-douzaine d'hommes à l'apparence militaire, vêtus d'uniformes olives et équipés de fusils semi-automatiques. Il y en avait quelques-uns qui étaient à terre, blessés, dégoulinant de sang en divers endroits, et l'un d'entre eux était mort ; Il avait été traîné à l'écart, à en juger par la terrifiante trace de sang, et on l'avait recouvert d'un drap maintenant maculé d'hémoglobine, seuls ses pieds et une main aux deux doigts manquants en dépassant.

- Ce sont des traqueurs ?
Demanda Carmen, à voix basse.
- Non, répondit simplement Rex, en s'approchant de ce qui semblait être leur sergent, à en croire par son uniforme recouvert de galons. Sargento, dame un informe!
- ¡Feliz de verte gente! Sus amigos están en el techo, pero hemos herido a civiles que necesitan ayuda!
- Un médico se hará cargo de ellos. Por ahora, ayúdanos a empujar la marea hacia atrás.


Carmen assista au dialogue entre les deux, comprenant ce qu'ils se disaient. Puis, Rex donna une tape amicale sur l'épaule du sergent de la Garde Civile, avant de se tourner vers la jeune hispanique.

- Va t'occuper de leurs blessés, je vais soutenir l'équipe.
- Oui, sire.
- Vas-y seule, tu risques rien !


« Tu ne risques rien » était une profonde exagération. Mais Rex partit immédiatement pour atteindre le toit du bâtiment, où Zeus et la balkane avaient rejoins d'autres militaires, à la fois des hommes de la gendarmerie de Saragosse, et des Traqueurs qui défendaient la zone. Ils manquaient de munitions, et parurent tous véritablement soulagés par l'arrivée de renforts, aussi minimes soient-ils.

Rejoignant les autres, Rex se coucha à terre, allongé, et commença à tirer au loin sur ceux qui bougeaient encore. Pendant ce temps, Carmen retourna vers la cour, où Strabo était seul en train d'exterminer à l'épée tous ceux qui s'approchaient. Elle alla jusqu'au sous-sol, où deux hommes de la garde avaient défendu des civils qui s'enfuyaient, et elle commença à se mettre au travail, pour se rendre utile, quitte à ne pas avoir voulu tirer sur leurs ennemis.

Pendant plus de trente-cinq minutes, il n'y eut que des tirs, des tirs, et encore des tirs. Dans l'obscurité de la nuit, l'un des militaires espagnols tira de temps à autre des fusées éclairantes dans le ciel, et alors c'était un massacre ; On tirait au hasard, un peu n'importe comment. Mais il n'y eut pas d'autres victimes. Plus tard, il n'y eut que le silence de la nuit, et l'Argo qui continuait de voler dans le ciel.
Rex se leva. Il était à court de munitions. Il n'avait plus une seule balle pour son fusil. Dans le cas du reste de la garnison, cela faisait depuis longtemps qu'ils étaient à court. Mais la plupart n'en avaient que faire. Ils avaient tous des têtes de morts-vivants, blancs, livides, les oreilles qui sifflaient. Et dehors, juste une masse rouge et nauséabonde. Ça allait être impossible de les enterrer, tous. Ce serait même plus efficace de les passer au lance-flamme.

Après quelques instants de battement, Rex se mit malgré tout à hurler.

- Tout va bien aller ! Vous êtes encore en vie après tout, non ?
On va contacter des renforts et du soutien. Vous êtes hors de danger.


D'ailleurs, Strabo avait quitté la tour pour atteindre le poste radio. Rex, lui, cherchait les traqueurs qui étaient présents sur le toit.

- Vous avez toutes mes condoléances pour votre capitaine et vos frères.
Qui est le nouveau chef du fort ? J'ai besoin qu'il me dise qu'est-ce qui s'est produit ici.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Lun 28 Nov - 22:44

Sur le toit : un silence, dense, et un malaise diffus. Trois traqueurs faisaient face à Rex, assis sur une large caisse métallique, celui du milieux murmurait sans bruits... ses lèvres s'agitaient sans but.
- Tout va bien aller ! Vous êtes encore en vie après tout, non ?
On va contacter des renforts et du soutien. Vous êtes hors de danger.

Le chuchoteur lançait à lui même, nerveusement : "personne ne viendra, personne. Seul, seul, seul...". L'un de ses collègue posa une main rassurante sur son épaule.
- Vous avez toutes mes condoléances pour votre capitaine et vos frères.
Qui est le nouveau chef du fort ? J'ai besoin qu'il me dise qu'est-ce qui s'est produit ici.

"seul, seul, seul, seul...".
- C'est lui. Fit l'un des traqueurs, désignant le chuchoteurs courbé en deux, les mains agrippées si fort sur ses genoux que ses phalanges apparaissaient d'un blanc osseux. Le chevalier qui avait parlé s'était levé et approcha de Rex. Il lui serra la main avec vigueur. "Sans vous... sans vous tous les gars c'était la fin." Il fit quelques pas, s'approchant du bord, à coté d'un autre traqueurs faisant le guet, jumelles en mains.
- On venait juste de rentrer d'une traque...
Hum.
Toute la Castille pullule de mutants depuis maintenant un mois, pas une journée se passe sans qu'on envois une équipe en chasse. Hier on a perdu deux écuyer, et notre Commandeur a été blessé. Sévèrement. Ce matin il s'est réveillé...

Son collègue aux jumelles le corrige immédiatement :
- Non. Il est mort. Et "quelque chose" s'est réveillé.
- ... Ouais. Le corps du commandeur s'est attaqué à son second, l'étranglant à mort avant qu'on ait pu le maîtriser.
- On a brûler les deux corps.
- ... Ouais. Et cette après midi la ville s'est embrasée. Deux départs de feux. Les gens s’entre-tuaient dans les rues, dans les maisons... On est resté ici vous comprenez...
- Les traqueurs ne se mêlent pas de ce genre de problèmes, hein ?
- Une section de soldats de la guardia, en poste au commissariat en face du Fort, de l'autre coté du Rio, nous on rejoint avec des civils.
- Des armes et des munitions.
- Des blessés. Des enfants, des vieillards, des familles... On a vite comprit que ce qu'il se passait en ville n'avait rien à voir avec un quelconque soulèvement populaire. Tout c'est toujours bien passé à Tolède, le Duc est un homme bon et apprécié.
On s'est barricadé, on a appelé à l'aide...
- Et on a tenu.




Strabo descendit les escaliers du poste radio menant à la salle commune. La communication avait été exécrable, mais au moins ce temps orageux et cette fine bruine entrecoupé de subite averses avait permis d'étouffer l'incendie en ville.
- Les nouvelles, chef ?
- Rassemble la section, on part pour Gibraltar.
Le commandeur enjamba le cadavre du garde espagnole et partie en direction du toit.
Toit où il trouva Rex et deux autres traqueurs en pleine discussion.
- Qui est le responsable ?
On lui désigna le "chuchoteur", toujours recroquevillé sur lui même. Strabo se posa devant lui et mis un genoux à terre pour se mettre à son niveau. Il ne resta comme ça que quelques secondes avant de se relever brusquement, dégrafer la barrette métallique de l'uniforme du sergent avant de balancer celle ci au Traqueur équipé de jumelles.
- Sergent-Chevalier, vous êtes le nouveau responsable du Fort.
L'Argo ne détecte aucun signe de vie en ville. Remettez de l'ordre, brûlez les corps. Coordonnez vous avec la Guardia, ils sont désormais vos plus précieux alliés. Vous n'aurez aucun renforts du Krak... ou d'ailleurs, avant que mon équipe n'éclaircisse la situation à la citadelle de Gibraltar.
Nous repartons dans moins d'une heure.



Sous sol du Fort.
Carmen tremblait, de tout son corps, de ses avant bras trempés de sang jusqu'à ses bottes boueuses. Elle était accompagnée du Brigadier chef de la Guardia, armé de ses quelques connaissances en médecine (que venait compléter celle de Carmen) il s'activait à aider le plus de personnes possible.

Roland arriva alors que les deux toubib' échangeaient quelques mots dans leur langue. Le chevalier vint s'écraser dos au mur, à coté de sa collègue.
- Tu tiens le coup ?
Son tabac vint tomber au sol alors qu'il essayait péniblement de se rouler une cigarette. Ses mains tremblaient trop. Il continua :
- On a pas signé pour tirer sur nos semblables hein ?
Mais faut le faire.
Ouais.
C'est les ordres.

Son deuxième essaie se solda aussi par un échec, la feuille de sa roulée se déchira... il jeta le cadavre d'une pichenette.
- Sers toi de ton arme la prochaine fois. Qu'importe ce que l'on combat.
Si Cassius l'avait vu, ça aurait été rapport direct et tirage d'oreilles.
F'in, toujours mieux que si ça avait été Strabo.
Ou Svetlana. Elle serait capable de te tuer pour ça. J'suis sur qu'elle est de ce genre de personne.

Sur ce Cassius débarqua en trombe :
- Vous en avez finis avec les blessés ?
- Plus que ces deux là sergent. Répondit-elle.
- Rejoignez nous dehors quand ce sera finit. Faites vite.
Et il disparut.


* * *

Tolède a survécu à l'apocalypse, intacte. Et aux siècles suivants de désordres, aux bandes de pillards, aux monstres mutants et aux conflit entre comtés... et même, dernièrement, à l'épidémie de fièvre noire qui sévissait dans tout le pays. Seule ville de toute l'Ibérie à être restée vierge des affres du monde qui l’entourait pourtant.
Jusqu'à aujourd'hui.
Le brigadier chef de la Guardia venait de sortir dehors, accompagnant Carmen et Roland. Il faisait étonnamment chaud malgré le temps orageux et la bruine. De l'autre coté du rio, les braises de Tolède mourrait peu à peu. Le brigadier Francisco Soler aimait cette ville. Il l'aimait plus que tout, plus que le Duc, puisque même si les princes s’enchaînaient à la tete de la cité, celle ci demeurait toujours : fière, belle comme nulle autre ville dans ce monde ravagé, bonne pour ses habitants.
Trois milliers d'habitants. Et il les reconnaîtrait tous Francisco.
Il les reconnaissait en ce moment même, gisant dans la boue, le visage tordu, le teint blafard, leurs corps morts et froid pourtant encore gorgé de haine. Le brigadier reconnaissait chacun des assaillants. Celle ci était meunière, celui ci cordonnier et cette dernière là bas, empêtrée dans les barbelés, un trou béant dans le thorax, était l'une des institutrices de la ville.
- Hey, Soler, ça va... Commença Carmen en espagnole.
Celui ci ne répondit rien. Il ne pouvait le faire, la gorge serrée, l'estomac acide, la tete vrillée de douleur. Il fallut que l’écuyère le retienne pour ne pas qu'il s'effondre dans la boue.


- Voilà les derniers arrivants.
Strabo acquiesça et leva la tête en l'air, deux doigts plaqués à la base de son coup pour activer son micro.
- Tobjorn, posez vous, on part pour Gibraltar.
Pour seule réponse : une fine pluie s'abattant sur son visage toujours dressé au ciel. Aucunes trace de l'Argo.
- Tobjorn ! Posez vous !
Vous nous recevez ?

Cassius répéta une fois, deux... et il continuera autant de fois qu'il faudra.
- Pas la peine de vous casser la voix sergent. Pouffa Zeus. Ce couard est déjà repartit pour le Krak, il a plus peur que l'orage abîme son amante que de notre chef qui lui refait le cul pour avoir déso...
- Taisez vous écuyer !
- Il est ici. Le commandeur désigna une faible lueur clignotante à travers les nuages.
La voix de Tobjorn résonna enfin dans le micro casque de l'escouade :
- Négatif ! Pas assez de carbu' pour revenir d'aussi loin, j'laisserais pas l'Argo dans ce trou à merde.
- Toute les citadelle ont des réserves d'essence pour l'Argo Tob...
- Tu crois m'apprendre quelque chose fils de bourge ?! Gibraltar est tombée, la citadelle a été pillée vous le savez ! On prend aucun risque avec l'Argo vous le savez !
- Posez vous immédiatement ! C'est un ORDRE !
- Je ne réponds qu'aux ordres du Krak. Et j't'emmerde petit.
Strabo, tiens mieux en laisse ce petit con, tu sais qu'j'ai raison.
Argo terminé.

Et la lueur disparue.
- Sale chien !

Strabo écrasa une main sur l'épaule de son second, le calmant instantanément.
- On doit se trouver un véhicule.
Le Fort n'avait qu'un misérable buggy.
Le brigadier chef intervint alors, en français :
- C'est le Duc qui possède les véhicules ici, même ceux de la guardia. Vous les trouverez dans la caserne à coté du château.
- Eh bien merci.
Votre français est impeccable monsieur Soler.

- Fils de noble famille hein ? Bonne éducation. Mais cadet donc vous vous êtes engagé. Devina sans problème Strabo. Le brigadier confirma, étonné.
- On y va. Brigadier vous venez aussi.
Un peu déconcerté au début ce dernier finit par acquiescer, mais rajouta :
- Je vais demander à six de mes hommes de nous accompagner.
- Pas la peine, le terrain est dégagé, l'Argo n'a détecté aucune signature en surface.
- En surface ? s'inquiéta soudain Soler.
Strabo ne dit rien, mais l’interrogea du regard, le brigadier clarifia :
- De ce que les survivants disent tout à commencé en haute ville. Les forcenés se seraient déversés des ruines de la cathédrale.
- C'est maintenant que vous nous le dites ?
Acerbe, Soler rétorqua : "J'avais cru comprendre que votre priorité était de reprendre la route pour le Sud, et non pas de nous aider. Nous ou vos collègue du Fort."
Encore une fois Strabo prit les devants, tuant dans la bouche de Cassius sa répartie, quelle qu'elle soit.
- Il y a donc un sous sol ?
- Assez conséquent oui.
Les capteurs de l'Argo n'ont pas pu détecter la moindre trace là dessous dans ce cas.
- Ramenez tout vos hommes valides Brigadier.
Se tournant vers l'escouade :
- Première équipe : Roland, Zeus, Henry et la moitié de la Guardia. Et moi même. On va à la caserne prendre les véhicules et s'approvisionner.
Deuxième équipe : Svetlana, Carmen et le reste de la Guardia. Cassius aux commandes. Inspectez le sous sol de la cathédrale. On vous attendra dehors avec le convois.




* * *


Saccage.
En remontant la rue principale, en direction du château, l'on aurait dis que la ville avait subit l'attaque de pillards. Chaque porte était enfoncée, chaque fenêtre brisée. L'on croisait une poignée de cadavres, la tête dans une flaque de boue ou de sang.
Le groupe avançait en désordre, comme hébété du spectacle qui s'offrait tout autour d’eux.
Les deux mains sur son harnais, Roland fermait la marche aux cotés d'Henry le boiteux.
- Un des écuyers du fort m'a dit que leur commandeur s'était fait... comme possédé. C'est lui qui a tué son second, de ses mains.
...
J'peux pas croire à cette histoire de "contrôle mental". Je peux pas. Ce gars était un vrai ours, un guerrier d'la trempe de Strabo.

Incompréhension la plus totale. D'habitude les mutants aux capacités psioniques les plus puissantes (les fameux "psychaunotes") n'arrivent qu'à posséder les plus faibles, d'où le massacre des trisomiques et des vieillards gâteux dans les Balkans.
- Je pense plutôt qu'il a contracté cette maladie débilitante. La fièvre noire a bien toqué aux portes de la ville il y a quelques semaine nan ? Le commandeur couvait p'tet quelque chose, je sais pas.
Plus haut dans la rue la voix de Zeus éclata :
- Chef venez mater ça !

Aux pieds de Zeus, un homme écroulé, dos au mur, les poings enroulé de chaines et de barbelé à même la chaire. Ventre éclaté, viscères froides déversées sur le sol pavé. Sa bouche, marronnasse de sang séchées, murmurait d'une voix inhumaine une incantation dans une langue qui n'était pas de ce monde.
- Sorcellerie. Siffla Zeus en jetant son mégot.
Strabo enleva ses gants et vint poser une main sur le front de la créature. Le commandeur toujours sur un genoux, ordonna à ses hommes de reprendre la route.
Alors il déboutonna sa veste, et l'ouvris. De sa main droite il alla chercher sous son débardeur un pendentif. Le collier d'acier se terminait sur un petit sac de cuir usé. Et de ce dernier il sortis une pierre verdâtre, grossièrement taillé en pointe.
- Alors c'est ça la "Griffe" ? Peuh. Pas d'quoi effrayer les démons. Chuchota Zeus à Roland, qui avaient reculé mais n'avaient pas reprit leur marche.
Strabo prit dégagea le collier de son coup à deux mains.
- Le Chaman de mon village avait aussi un éclat d'orichalque. Ne sous estime pas la puissance d'un tel artefact.
- Ça a pas empêcher ton village de se faire bouffer par les phoque, hein ? Mon cul ces pierres magiques.

L'on dit de l'orichalque qu'il ne se trouve que par delà l'Oural, au centre d'un cratère de la taille d'un pays, et encore qu'en de misérables quantité. D'autres racontent que cette pierre est vivante et qu'elle vient du corps d'une entité cristalline, un titan combattu et tué par Magnus Venator lui même, à l'épée, d'où le fait que les rares grammes encore présent en ce monde sont des reliques de l'Ordre, venus des premiers traqueurs.
Une seule certitude : l'orichalque est une arme puissante contre les mutants, sous toute leurs formes.

Strabo cala la griffe au creux de sa main, et plaqua celle ci sur le front de l'engeance moribonde. Elle se tu enfin, laissant sa mâchoire ballante, une mousse sanguinolente se déversant de celle ci alors que tout son corps se trouvait prit de convulsion de plus en plus violente. Spasmes ne prenant fin qu'au moment où s'expulsa par la bouche du mourant une gerbe de sang, de billes et de chaire qui vint s'écraser sur le commandeur.

- Dé-geu-lasse.



* * *

La Cathédrale de Tolède n'était plus que quatre pans de murs vallonnés. Des vitraux, des statues, des nefs il ne restait rien. Gravas de pierre grises, poussière et mousses de lichens toxiques.
Le deuxième groupe, commandé par Cassius finit par trouver une entrée à la ruine. Le moral était plombé, le silence lourd, et la pluie fine. L'un des gardes hispanique vint briser le repos du lieux en glissant, tombant, criant puis finalement chutant.
Au milieu de ce qu'avait était la cathédrale : un trou. Les dalles du sol avait été brisées sur plusieurs mètres. Des échelles de bois et de cordes menaient en contrebats, dans les tréfonds du monument.
- Aller, on descend l'équipe. Ordonna Cassius sans conviction.
- Putain, gros merdier. Pas notre problème. Leur problème. Pesta Svetlana en pointant du menton les soldats ibères. Séparer en deux, mauvaise idée.
Cassius se planta devant la traqueuse récalcitrante :
- Discutes jamais les ordres de Strabo. Il a toujours raison, tu m'entends ? Toujours.
La réputation du traqueur n'était plus vraiment à faire, même dans les Balkans on connaissait la 1er lame du Krak. Le sergent poussa avec sa crosse Svetlana qui consentit à sauter en contrebat. Il la suivit, fermant la marche.

Obscurité et pestilence. Les faisceaux de lumières mirent à jour une grande salle, creusée d’alcôves où reposaient rois et princes d'une autre époque. D'un coté : un éboulis de pierre grise. De l'autre : une lourde porte en bois, mitée, grande ouverte.
Personne ne bougea, toutes les lampes et les armes braquées sur l'ouverture. Cassius, malgré l'angoisse, n'hésita pas à prendre les devants, dégainant son épée avec élégance, il prit celle ci à deux mains et s’avança.

...

- Heu... Chef ?
...
- Chef ?
- C'est dégagé. Il n'y a rien.
Enfin...


La troupe décida de s'avancer. Encore une salle immense, grise. Au milieu un candélabre éteint. Et, partout sur les murs : des miroirs. Des miroirs et des éclats de vitres, des miroirs brisés et des rétroviseurs, formant une mosaïque insensée. Chaque putain de parcelle de mur était réfléchissante.
- Rhaa bordel baisses ta lampe j'y vois rien.
- Bon. On continues.

Plus on s’enfonçait, plus l’atmosphère se trouvait irrespirable. Lourde et viciée, cet air, épais, transpirait une odeur ferreuse.

L'on découvrit une autre salle, immense. Une dizaine de bac en inox cabossés, arraché à un abattoir, des tonneaux et des cuves, des coupelles et des couteaux. Le tout inondé de sang. Partout, jusqu'en haut des murs. Des fûts remplis remplis de litres et de litres de liquide poisseux, vermeil.

Un air si saturé en sang que des gouttelettes se condensaient sur la peau.

Un des soldats dégueula bruyamment. Un trou dans un mur, de l'autre coté une grotte. Dans cette grotte une montagne de petits corps frêle, nue, blancs. La gorge tranchées jusqu'au larynx.
Une petite montagne.

- ... On remonte.
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mar 29 Nov - 0:26

Rex observa assez longuement le cadavre, en fronçant les sourcils. Il avait l'air... Pas dégoûté. Non. En colère. Il serrait les dents tellement fort entre elles, qu'on aurait dit qu'elles allaient s'éclater en milles morceaux à la moindre occasion. Lui qui était anabaptiste, voir ce genre de... De spectacle macabre avec un cadavre, ça le mettait mal à l'aise au plus au point. Il en avait de la bile qui se formait au fond de son ventre.

- J'ignore ce qui a poussé les bonnes gens de Tolède à une telle extrémité... Mais l’œuvre d'un démon me semble être la seule explication logique ! Nous allons suivre les enseignements du Magnus Venator, et les purger.

Il se sentait malade rien que de voir ça. Sa jambe commençait à lui lancer de douleur. Il se sentait sale, il avait envie de se gratter, de se ronger la peau...
Un lance-flamme. C'est ça qu'il faut. Tout purger au lance-flamme. Ne pas laisser la moindre trace d'un tel sacrilège.

Même si tout le monde pouvait être d'accord avec son commentaire, le groupe se pressa immédiatement pour partir en direction de la caserne, où ils iraient chercher de l'équipement. Henry en avait la boule au ventre. Il ne put s'empêcher de parler au brigadier espagnol.

- Soldat. Une fois que nous serons partis, vous purgerez cela, et vous ferez mander un prêtre pour que leurs âmes trouvent leur repos...
- C'pas qu'une question de charabia de religieux, rajouta Zeus de son petit commentaire. Les cadavres ont tendance à se relever des fois. Brûlez-les, c'est sanitaire et ça les fous en terre pour toujours.


Le brigadier acquiesça. Même s'il s'agissait d'une tâche morbide et atroce à faire à ceux qui avaient été sa famille, et ses voisins, pendant presque toute sa vie.
De toute façon, comment un traqueur pouvait avoir tort ?

La caserne se trouvait dans l'enceinte du château, qui se trouvait sur la butte de Tolède. Les portes en acier avaient été forcées, à l'explosif apparemment. Mais il y régnait un silence de mort, et une odeur désagréable de poudre. Sitôt que les hommes entraient à l'intérieur de la citadelle, leurs pas faisant écho sur les dalles de pierre, des tas de corbeaux se mirent à s'envoler, poussant leurs croas d'oiseaux. Il y avait des masses de cadavres, sur les places d'armes et sur le gazon du jardin. Des hommes en uniformes ou non, qui étaient jonchés de manière chaotique un peu partout.
Rex s'en approcha d'un pour tenter de l'identifier. Il s'agenouilla et regarda les plaies, sans pour autant le toucher, de peur d'être contaminé.

Le corps était allongé sur le dos, et transpercé de balles qui étaient tant de trous rouges béants, des plaies plus ou moins profondes... Il n'y avait pas de traînée de sang, mais plusieurs gouttes et traces de pas qui menaient à lui. Il lui manquait une oreille et un morceau du crâne, un de ses yeux à l'air, comme si quelque chose s'était enfoncé sur son crâne...

- C'est pas lui, le duc ?

Zeus qui se mit à parler. Rex se leva et s'approcha de l'entrée du fort.

Sur la porte d'entrée, il y avait un homme sur une chaise. Enfin... Un corps d'homme. Parce que sa tête était manquante ; À la place, on voyait directement une couronne sur son tronc. La tête... Qu'est-ce qu'ils avaient fait de sa tête...

- Non, répondit Henry. Le corps est celui d'un jeune homme. Ce doit être le fils du duc.
- J'vais voir à l'intérieur.
- Calme, Zeus. Je viens avec vous
, dit Strabo. Henry, allez avec les autres fouiller la caserne.
- Oui monsieur.


Ils y allèrent aussitôt.

Étrangement, la caserne était dans un état parfait. Rien n'avait été forcé. Il n'y avait pas de sang, pas de traces de combat. Personne n'était venu se réfugier, ni quiconque était venu pour s'armer. Ce qui n'avait aucun sens. Si des hommes avaient voulu faire une révolution, est-ce que ça n'aurait pas été le moyen parfait de s'armer, et d'éliminer les traqueurs du fort ?
Les casiers étaient ouverts, les cadenas sautés par les gendarmes espagnols qui avaient les clés. Surtout, deux beaux véhicules en parfait état s'y trouvaient. Les traqueurs décidèrent de réquisitionner une grosse jeep, encombrante et à 4 roues, mais qui avait une capacité de transport suffisante pour le groupe de 8 traqueurs.
Répartir les munitions, en revanche, allait être plus compliqué... Heureusement que Zeus n'était pas là pour hurler, et heureusement que les gendarmes de la Garde étaient encore terrifiés par le spectacle de leurs amis tentant de les tuer. Henry n'eut aucun mal à les convaincre que, pour lutter face aux démons, ils allaient avoir plus besoin des cartouches et des medikits qu'eux.

C'est Rex qui prit le volant du véhicule. Il inséra la clé, démarra le moteur, et commença à rouler dans la cour. Zeus et Strabo ressortirent du château peu de temps après, et même leur chef, pourtant vétéran, avait l'air... Mal à l'aise.

- Alors ? Le duc ?
- Son corps, c'est... C'est.


Il ne termina même pas sa phrase.

- Le brigadier a eut l'amabilité de me donner une carte et de me dire les routes disponibles, reprit Rex malgré tout. Néanmoins, il nous conseille d'éviter les autoroutes, qui sont infestées de lybiens...
Le véhicule est tout-terrain. Qu'en pensez-vous, chef ? On prend le chemin le plus rapide, ou les petites routes ?


------------

Carmen n'arrêtait pas de grommeler dans ses cheveux. Ce putain de pilote... Il méritait de crever. Comment on pouvait quitter la bataille comme ça ? Abandonner ses frères ? Parce que c'était ça, un abandon, pur et simple. Alors même que les Traqueurs étaient en train de mourir. Dommage que peu d'autres personnes savent piloter l'Argo.

Mais en réalité, si ces pensées occupaient l'esprit de la jeune fille, c'était pour éviter de penser à autre chose. Elle détestait cette situation. Elle se sentait mal à l'aise. Elle n'était pas vraiment poltronne, n'allez pas croire ; C'était tout de même une gamine des routes, qui avait survécu aux rites d'initiations des Traqueurs. Mais elle aurait cent fois préféré tuer des monstres que... Que des humains. Heureusement, elle avait sauvé des vies aujourd'hui. Ses mains avaient soigné et retiré la douleur de plusieurs des civils de Tolède. Les espagnols sont très croyants, une terre fertile pour les anabaptistes ; Peu étonnant que certains se mirent à la croire pour une vierge, ou une sainte.

En réalité, c'était une impie, une incroyante. Lorsqu'elle entra dans la cathédrale, elle se fit toute petite, impressionnée par les gigantesques vitraux.
Néanmoins, elle avait pris très à cœur les mots de Roland. Notamment le fait que Svetlana était prête à la tuer. Mine de rien, ce petit commentaire l'avait terrifiée. Parce qu'en fait, Carmen, eh bien... Elle ne connaissait pas trop les autres Traqueurs. Elle s'en méfiait. Rex c'était différent ; Elle collait aux basques d'Henry, elle le suivait partout comme un petit chien. On se mettait même à raconter des rumeurs sur eux, comme quoi le chevalier la baisait, et que c'était la seule raison pour laquelle elle était là. Aussi, pauvre Carmen fut soudain emplie d'une envie soudaine de se rendre utile, et sans dire un mot, elle s'enfonça dans le trou, sûre d'elle.

Elle suivit, tout aussi sûre d'elle, à travers la salle des miroirs. Et tout aussi sûre d'elle, dans la salle avec les cadavres.

Un frisson lui parcourut l'échine en découvrant les corps. Ses genoux tremblaient. Elle se mit à serrer les mains. Elle observa le macabre spectacle qui se tenait devant elle.
L'un des soldats de la Gardia se mit à hurler, d'une voix rauque et en espagnol, en voyant le spectacle.
« Sacrílego !
Sacrílego !
sacrílego ! »

Heureusement, Cassius donna vite l'ordre de remonter. Cela aussi, il faudrait purger au lance-flamme.

Mais Carmen resta stoïque. Stoïque, oui. Elle était pas juste choquée, pas genre, catatonique, tellement impressionnée qu'elle osait plus bouger. Non, juste stoïque. Elle observait le spectacle, mains jointes, les yeux qui ne clignaient plus. Oui. Elle ne clignait plus du tout. C'était terrifiant. Une, deux minutes entières à rester là. C'est long deux minutes. 120 secondes. 120 secondes où elle restait plantée là, vide, les yeux rivés, qui ne clignaient pas du tout. Personne n'avait rien dit, mais à présent, les gens la regardaient bizarrement.

Dans sa tête, Carmen entendit comme un bourdonnement. Comme si... Comme si une nuée de grosses guêpes commençaient à l'entourer. Elle avait une peur bleue des guêpes, et pourtant, elle ne se mit pas à hurler ou à regarder autour d'elle. Non. La vision semblait se baisser. Mais elle ne pouvait détacher ses yeux de la montagne de cadavres.
Sa peau devint blanche comme le lait. Ses lèvres se mirent à devenir violacées. Et elle se mit à haleter par la bouche, laissant de la buée sortir d'entre ses lèvres. Elle semblait frigorifiée. Ce qui n'était pas normal, parce que tous les autres gens avaient juste frais, pas... Pas congelés.

Elle sentait une présence, une qui l'empêchait de se dépêtrer et de partir. Et elle s'écrasa par terre, comme un sac, les yeux révulsés. L'un des gardes se jeta vers elle et l'attrapa pour ralentir sa chute, et ce fut un bon réflexe, car sans ça elle aurait pu se briser le crâne et la nuque quelque part. Il se mit à hurler, et son collègue la recouvrit d'une couverture, et les deux militaires espagnols l'attrapèrent et la firent remonter vers la cathédrale.

Carmen put voir... Quelque chose. Elle n'entendait qu'un bourdonnement, mais elle voyait quelque chose. Des lumières. Des lucioles dans l'obscurité. Et le bourdonnement il voulait dire quelque chose. Il essayait de former des sons... Des fragments de voix... Des, des pleurs de bébés, terrifiants. Carmen sentait le froid. Tellement froid. Et elle se sentait mourir un petit peu, et...
Et elle se sentit soudain mieux, au fur et à mesure où elle remontait à la surface. Elle avait envie de sauter dehors, de s'échapper le plus loin possible du spectacle macabre. Mais à présent, elle rouvrait les yeux, et elle voyait tout le monde qui la regardait au-dessus d'elle.
Elle avait tellement honte d'elle.

- Je... Je suis désolée...
Je sais pas ce qui m'a pris...
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mar 29 Nov - 15:51

- Je... Je suis désolée...
Je sais pas ce qui m'a pris...

- Lamentable pryncesa, dalikatny kvietka. Siffla Svetlana alors que les soldats hissaient le corps de Carmen entortillé de couvertures.
Dehors, Cassius s’enquit immédiatement de l'état de santé de l'écuyère, prise de pouls, main sur le front pour la température, il lui posa tout un tas de questions bateau pour voir si elle était cohérente dans ses réponses. Celle ci rassura rapidement son supérieur, tout semblait aller. Elle accusait le coup, comme nous tous, mais à sa manière pensa Cassius toutefois encore inquiet.
- Ne me faites plus pareil frayeur ma demoiselle.
Vous voulez une cigarette ? Un peu de gnôle pour vous réchauffer ?

Le sergent ne buvait et ne fumait pas, pourtant il avait toujours un paquet et une fiole sur lui. Pourquoi ? Pour remonter le moral des troupes, comme dans ce cas précis. Les chevaliers du Krak les plus bourrus se moquaient ouvertement de Cassius pour cela d'ailleurs. "Papa poule" qu'ils disaient. "Sergent fragile".

Flash de phares. Klaxon.
Les pneus de la lourde jeep crisèrent sur les gravas.
- C'est blague ? Boite à sardine, nous huit. Pesta la Balkane.
Zeus, qui tenait la porte arrière ouverte rétorqua : "Madame peut attendre que la calèche royale daigne la prendre en stop"

Spoiler:
 

La portière passager s'ouvrit, laissant s'échapper la colossale stature du commandeur.
- Rapport sergent.
- Un... un vrai sabbat. Nous devons purger cette souillure par le feu.
- Personne là dessous ?
- Que des cadavres.
- Bien, la corruption psionique a été endigué dans cette ville. Nous partons pour Gibraltar.
Montez.

La portière passager se referma dans un claquement retentissant.

Cassius hésita un moment, puis se tourna vers le Brigadier chef Soler et ses hommes :
- Hé bien... Bonne chance les gars.
On se reverra à notre retour...
Bonne chance surtout.



* * *

La nuit, épaisse, coupée au passage de la jeep par ses phares. A l'intérieur l'équipe, entassée, se trouvait ballottée de tout coté, l'esprit ensommeillé par le ronronnement constant du moteur. Henry conduisait prudemment sur l'E5, en moyenne 40km/h, se permettant parfois quelques pointes de vitesse.
- L'autoroute ? Des tribus de Lybiens hostiles pullulent dans le coin commandeur, si je puis me permettre un commentaire...
Strabo leva sa main. "La nuit. Et le temps."
Le désert ibérique, de rocaille et de buissons épineux était effectivement plongé dans une profonde obscurité, aucunes lumières ne leur parvenait de ce ciel lourd et menaçant, à n'en pas douter quelque chose d’extrême allait leur tomber sur la tête, certainement l'une de ces tempête de poussière qui étouffait hommes et bêtes. Et la nuit, les monstres sont de sorties.
Qui serait assez fou pour rester dehors ?
A par nous... pensa Cassius, tout de même angoissé.

- Réveillez moi quand il pleuvra de l'acide.
Etait ce un trait d'humour ? Du commandeur ? En tout cas celui ci se cala plus profondément dans son siège et baisa la visière de sa casquette, les bras croisés sur le torse, la tête appuyé de coté.

- Si le chef se tape une sieste c'est le signal qu'on devrait p'tet en faire autant hein ? Lâcha un Zeus goguenard, se calant à son tour.
- Pas moyen que je m'endorme avant un bout de temps. Souffla Roland pour toute réponse, la tête entre ses mains, avachis.
- Quoi ? A cause du Fort ? Fais pas ta fiotte l'Inuit.
- Je n'ai pas l'habitude de massacrer des villages entiers, Mercenaire.
Pfeuh, railla un Zeus en position sieste sur son banc, il répondit quand même, yeux fermés :
- C'étaient pas des humains.
- Deux bras, deux jambes, une famille un métier... une vie. Très humain pour moi.
L'ancien mercenaire mis un temps à réagir, si bien que l'on aurait cru qu'il s'était assoupi. Pourtant :
- C'est pas parce qu'ils nous ressemblent... qu'ils sont égaux. On aurait dégommé une meute de porc que c'aurait été pareil pour le Zeus.
...
Dis moi, l'Inuit... Les hommes bêtes des Pyrénées... les sauvageons des Highlands et les noirauds des sables c'est des humains pour toi ? Des putains d'animaux qui ne savent que grogner et baiser ? A peine foutue de vivre ensemble dans des grottes ?
Certains... certains abandonnent leur humanité. Y a pas de retour possible mon pote. Alors te tracasse pas pour c'que t'as fais.


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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mar 29 Nov - 20:39

Rex était silencieux. Bien calé sur le fauteuil de conducteur, une main sur le volant, il observait la route. Les phrases ne portaient pas bien loin, et cela l'inquiétait beaucoup. Il devait plisser les yeux pour pouvoir bien observer, pour essayer de distinguer quelque chose... C'était risqué. Très risqué. Il s'imaginait qu'à chaque instant, un truc pouvait débouler sur la route, et se balancer sur le chemin du véhicule. Si c'est un buffle, ou un mutant de la taille d'un buffle, ça pardonne pas.
En tout cas, tout ça stressait Rex. Ça et les idées qui le tracassaient. Ça et entendre Rex se moquer de Roland. Il serrait très fort le volant. Il revoyait les spectacles macabres, les profanations... Et sa jambe, sa jambe lacérée, elle se remettait à devenir vive. Il se remettait à sentir une douleur, atroce, comme si on lui déchirait la chair et la cuisse à nouveau. Ses dents se crissaient, et même si Carmen, qui était à l'arrière, ne pouvait pas le voir, elle put sentir immédiatement que son supérieur était en danger.
Elle s'approcha et lui posa une main rassurante sur son épaule. Rien que ce contact physique calma Rex, qui se détendit aussitôt.

- Tu vas bien ? Tu veux que je conduise ?
- Non. Dors.


Et il continua, le pied appuyé sur la pédale, le siège lui brisant le dos avec les moindres secousses. Il avait envie de bailler, mais il se retenait autant que possible. Et Zeus qui arrêtait pas de parler, et de parler... Henry ne put s'en empêcher, cette fois. Il leva les yeux pour le regarder dans le rétroviseur central, et se mit à ordonner d'une voix rauque et dure.

- Fermez votre gueule, Zeus. Je ne veux plus vous entendre ouvrir votre claque-merde.
Je le prends très à cœur, ce que vous dites. Et vous savez pourquoi ? Parce que j'en ai connu des gens comme vous, des légionnaires, qui faisaient le tri dans leur crâne entre les civilisés et les sauvages... Jusqu'à tuer ou laisser crever ces derniers.
J'ai rejoins l'Ordre parce que je veux aider mon prochain, parce que je veux aider les hommes. Et vous, vous faites quoi ici, si c'est pour tenir ce genre de propos sur d'autres humains ?
Vous auriez dû rester dans une bande de coupe-jarrets mercenaires, plutôt que de vous mettre à déblatérer des conneries de ce genre !


Rex détacha ses yeux du rétroviseur pour regarder devant lui, dans la brume et la nuit. Il soupira un peu.

- On a déjà vu des psychonautes qui contrôlent des hommes... Mais pas tout un village entier. Et surtout, aucun qui ne demande des...
Enfin.
C'est quoi que vous avez vu sous la cathédrale ?
Carmen, Cassius, vous y étiez, dites moi.


Lorsqu'elle entendit son nom, la jeune femme fut parcourue d'un frisson. Elle entrouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Pourtant, Cassius ne sembla pas vouloir parler. Non pas qu'il ignorait la question ; Mais il regardait directement Carmen, comme s'il voulait qu'elle raconte.

- Des... Des corps, amassés, nus... Et une salle, avec des miroirs.
- C'est un sacrilège de faire ça dans une maison de Dieu.
- Oui, ils paieront pour ça.


Carmen ne partageait pas les convictions religieuses de Cassius et de Rex. Et pour de bonnes raisons ; Elle avait déjà été traquée par des fanatiques qui la prenaient pour une sorcière. Elle n'avait jamais trop su pourquoi. Mais elle se savait spéciale. Enfin, non, pas spéciale, sa maman l'appelait spéciale ; Elle se sentait « anormale ». Toujours très empathique auprès des gens, et en même temps, particulièrement sensible.

- Et ? Est-ce que... Quel sens ça peut avoir ?
- Nous n'en savons pas plus que toi, Rex. On s'est tous sentis très mal. Surtout les gardes civils, tu te doutes bien. C'étaient là leurs familles qui étaient morts, et leurs familles qui avaient commis l'acte.
- Je... Je pense pas que c'était juste un massacre de fous. S'ils étaient liés à des psychonautes, je pense que c'est sûrement...
- Continue ta phrase.
- Je pense que c'est un autel. Ou un mausolée. Je sais pas trop. Mais... Enfin, les hommes, ils construisent des statues et des cathédrales. Je pense que, la manière dont ils ont profané, c'était spécial. Comme si... Comme s'ils voulaient honorer leurs psychonautes.


Carmen avait pu le sentir. En proximité de ce tombeau, elle sentait une présence. Elle sentait des... Des choses l'appelant. Tentant de l'attraper. Lui faisant avoir froid.
Rex la regarda dans le rétroviseur. Ses yeux paraissaient inquiets.

- C'est une théorie. Effectivement.

Et il continua de rouler.
Au bout d'un moment, néanmoins, quelque chose l'interpella. Une colonne de fumée, et des flammes, directement sur l'autoroute. Il se tourna et agita Strabo, qui dormait sur le siège passager.

- Chef. Il y a un barrage devant.

Rex alluma les pleins phares. Des hommes armés se tenaient devant. Ils avaient deux véhicules qui bloquaient l'autoroute, renforcées de barrières et de herses en fer devant, pour crever les pneus si quelqu'un tentait de forcer le passage. Ils occupaient toutes les voies, et il y avait là des hommes armés, dont un d'entre eux tenait une lampe torche et faisait de grands signes de mains.
Rex n'eut pas d'autre choix que d'arrêter le véhicule, à 30 mètres du barrage. Tous les traqueurs posèrent leurs mains sur leurs armes, prêts à se battre. Devant, quatre soldats commençaient à s'approcher, tenant pour l'un une torche, pour l'autre une grosse lampe qu'il pointait vers le véhicule.

Les hommes portaient des vêtements qui tentaient d'être un peu militaires, avec des bottes, de gros manteaux de la même couleur, et des insignes cousus sur les épaules. Mais ils avaient une apparence assez hétéroclite dans leur armement. Ils ressemblaient plus à une bande de miliciens. La seule exception fut l'homme qui s'approcha. Il portait un gros casque, magnifique, et un long manteau qui se traînait derrière lui, au-dessus d'un épais gilet pare-balle. Rex ne le laissa pas s'approcher. Il ouvrit la porte de la voiture après avoir retiré sa ceinture, et immédiatement, celle-ci se mit à faire le « bip, bip, bip », caractéristique des anciennes voitures où on prévenait les passagers lorsque la porte était ouverte.

L'homme était un superbe homme. Il était très beau, avec son sourire, ses cheveux noirs coupés courts et sa barbe rasée. Il fit un signe de main au conducteur.

- Du calme, monsieur. Remontez dans votre véhicule !


Rex était caché derrière la portière, et ainsi, l'homme qui s'approchait ne pouvait pas voir que le traqueur tenait dans sa main un pistolet.

- Je peux savoir qui vous êtes ?
- Mon nom est Renart d'Amarante, chevalier du duc de Portugal. Vous vous approchez de l'aéroport de Séville, qui est actuellement occupé par les forces de Son Altesse le duc, Enguerrand de Portugal.


Les chevaliers portugais avaient tous des noms et des accents français. Ils descendaient de la vieille noblesse originaire de Lutèce. Tous les nobles du Portugal étaient français, alors que tous leurs sujets étaient ibériques ; Ça provoquait un sacré clash culturel.

- Je suis un Traqueur. Nous allons pour Gibraltar.
- Je crains que cela ne va pas être possible.


Le chevalier s'arrêta, juste devant la voiture, et posa une main sur le capot. Il continua de sourire, alors qu'il regarda par la vitre pour distinguer le groupe de traqueurs.

- Ah oui ? Et de quel droit ?
- Voyez-vous, monsieur, Gibraltar est envahi de félouzes et de bougnoules en provenance d'Afrique... Le Marquis du Roc est un félon, qui a décidé de les accueillir plutôt que d'abattre leurs navires comme cela aurait dû l'être. Le Roi, quant à lui, est un faible qui est trop occupé à gérer les petites épidémies qui touchent Madrid et Saragosse. Étant donné que l'anarchie corrompt et assaille notre Royaume, le duc a décidé de prendre les choses en main, et a levé l'ost pour purger Gibraltar.
Nous marchons en guerre dès demain, et nous avons reçu l'ordre de reprendre la ville, qui est le centre de commandement du Roc.

- Vous ne pouvez pas reprendre Gibraltar.
- « Reprendre » n'est peut-être pas le mot juste... Nous avons amené avec nous des mortiers et des obus au phosphore blanc. Nous allons purger le Rocher et marcher sur les cadavres. Une fois qu'il sera reconquit, nous pourrons faire feu avec de l'artillerie sur tous les navires poubelles en provenance du Maghreb.
J'ai énormément de respect pour les traqueurs, et c'est pour cela que je vous en parle. Vous ne pouvez pas aller à Gibraltar, parce qu'après-demain, il n'y aura plus de Gibraltar.


Rex se remit dans le véhicule et claqua la porte. Il se tourna vers Strabo, paniqué.

- J'ai la carte, je peux trouver un autre chemin pour qu'on atteigne le rocher avant la matinée.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mer 30 Nov - 20:48

- J'ai la carte, je peux trouver un autre chemin pour qu'on atteigne le rocher avant la matinée.
- Ils n'attaqueront que demain, ça nous laisse une bonne marge. Chuchota Cassius qui s'était rapproché derrière le conducteur.
- Nous passerons par Malaga.
Renart d'Amarande, intrigué par ces chuchotis s'approcha du véhicule, posant une main sur la portière passager à la vitre baissée.
- Dites nous Chevalier : quelles sont les nouvelles de Lusitanie ? Les traqueurs sont dans le flou depuis notre intervention contre les serpents des mers qui harcelaient Lisbonne. Lança Cassius, plus pour calmer le chevalier que pour bavasser.
- Vous serez désolez d'apprendre que ce qu'il restait de Lisbonne a été emporté par les eaux il y a peu.
- ...
En effet.
...
Hé bien bonne chance à vous et à vos hommes chevalier. Santiago !

Renart esquissa un maigre sourire et commença à se reculer.
- Préparez vous et couvrez vous... il va bientôt pleuvoir camarade. Jeta Strabo pour tout adieux au soldat portugais alors qu'il relevait la vitre.


* * *

A-45, direction Malaga.

- Wouf wouf Rex !
Zeus, toujours souriant, alla se poster entre les deux siège avant, alors que Strabo et Svetlana somnolaient légèrement. Le mercenaire lui venait tout juste de finir sa sieste et il se sentait en pleine forme, prêt à péter des culs. Mais en l'absence de cul sous la main, il décida d'aller tailler une bavette avec "le vieux".
- Un truc me chiffonne "padré". Donc pour toi, les possédés de Tolède étaient humains, comme n'importe lequel d'entre nous... Il esquissa une moue mais finit par hausser simplement les épaules. Ok, soit. Mais, prenons un de ces sauvageons des highlands par exemple... Un homme-bête avec des griffes et des crocs, qui grogne et qui bouffe sa propre merde, vous voyez de quoi je parle ? Qui vivent dans des grottes, même pas foutue de faire un feu... et cannibale.
Et donc ca... ce genre d'engeance est notre égal pour toi ?
Je suis de ceux qui pensent que le monde se porterait mieux si ces saloperies étaient éradiquée des Highlands. Et c'est pas les Scotts qui viendront me contredire.

Voyons padre, tu les vois accepter Dieu dans leurs cœurs ?


...
Ok. Et prenons les mutants psychonautes que nous traquons et tuons pour protéger notre race.
Eux pourtant sont doué de parole. Ils peuvent aimer. Oh ils sont même quelque fois physiquement comme toi et moi !
Mais là par contre pas de pitié aucune ? Hm ?
Voyons padre...



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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mer 30 Nov - 20:49

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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Jeu 1 Déc - 0:01

Roule, roule, roule.
La voiture fonçait très rapidement sur les petites routes alternatives, qui contournaient Séville. Rex, plusieurs fois, s'arrêta, tournant le volant et réveillant un peu les autres qui somnolaient lorsque les pneus grattaient le gravier ou la terre sèche sur le côté de l'asphalt. Il consultait sa carte, la dépliant un peu n'importe comment, bouchon de stylo dans le bec, la mine d'encre traçant ou barrant dans différents endroits. Henry avait très vite réfléchis ; Une armée, ça marche sur son estomac, il l'avait appris dans son service en tant qu'officier de la Légion. Une grosse armée, ça peut pas survivre si elle se déplace tout ensemble. Si le duc de Portugal est intelligent, il aura divisé son armée en plusieurs groupes qui vont de villages en villages pour prendre de quoi manger et continuer. Cela veut dire que le véhicule devait rester le plus éloigné possible des routes proches des habitations et des communautés rurales ou urbaines d'Espagne.

Il fallait faire des boucles. Redescendre le long de collines. S'arrêter ; Impossible de passer par là, le vieux pont qui était marqué sur la carte était anéanti par on ne sait quoi. Repartir, redonner des coups de volants. Un énorme gâchis d'essence.
Avant longtemps, la matinée commençait à se lever, le soleil se soulevait dans le ciel, et si tout le monde avait pu gratter quelques heures de sommeil, ce n'était pas le cas de Rex. Il avait les yeux rouges, il n'arrêtait pas de bailler. Il tentait de se maintenir éveillé, ce qui était dur, sans musique et sans drogue. Il se sentait atrocement mal. Sec et nerveux, comme on dit dans le jargon. Crispé sur le siège auto, il se mit à serrer et à crisser les dents lorsqu'il sentit Zeus s'approcher.

Celui-ci se mit à parler. À vouloir commencer un débat. Mais le chevalier n'en avait pas du tout envie. Il en avait ni l'envie ni le courage, surtout par rapport au propos qu'il s'amusait à tenir. Pas un mot ne sortit de sa bouche, alors qu'il continuait d'observer la route, les épaules bloquées, la tête droite.

C'est en revanche lorsqu'il se mit à parler des psychonautes, que Rex se mit à tourner violemment la tête, et ses yeux, vers le mercenaire.

- Ne compare pas les écossais avec les psychonautes !
Les tribaux et les barbares ne sont pas des sauvages. Ils peuvent être élevés, amenés dans la lumière de Dieu. Regarde Carmen et Roland, ils étaient sauvages à une époque, et pourtant, ils sont bien civilisés maintenant ! Ils sont tes frères et sœurs !


Bien sûr Carmen et Roland avaient entendus, quand bien même ils étaient sur une banquette à l'arrière, à moitié endormis, et que, par respect, ils faisaient semblant de ne rien avoir entendu.
Carmen eut l'air un peu triste, soudainement.

- T'as pas répondu à ma question, padré... Continua Zeus.
- Les psychonautes sont des démons. Nous ne les tuons pas par plaisir. Nous les tuons et les exterminons parce que c'est notre devoir. Parce que leur surpuissance, et leurs capacités, sont un danger pour l'Humanité.
Nous ne pouvons pas collaborer avec eux. Ils ne sont pas humains. Ils sont maudits, mutés, et les rares hommes qui ont tenté de s'allier avec eux, ils n'ont fait que souffrir ou payer le prix.
En fait, ce que nous faisons, ce n'est même pas par haine. C'est une euthanasie. Nous mettons fin à leurs souffrances.

- Je peux tenir exactement le même raisonnement pour les sauvages qui pullulent les montagnes ou les grottes. Eux aussi ils attaquent des caravanes. Avant qu'on envoie des légionnaires en Bretagne, combien il y avait de sectes et de tribus de malades qui violaient et scalpaient les gens, hein ?
- C'est... C'est pas pareil ! Ils ignoraient ce qu'ils faisaient !
- Moi j'ai trouvé une solution plus simple : Tous pareil. Tous des sauvages. Et je les butes tous. Boum, boum, un par un ! Continua-t-il en imitant des bruits de pistolet, ainsi que la forme de l'arme à l'aide de ses doigts.

Zeus avait un comportement de gamin. Et pourtant, au grand dam de Rex, ce qu'il faisait n'était pas une preuve de débilité profonde. Non, non, le fils de Leclerc-Hautecloque avait depuis longtemps appris à ne pas prendre les gens pour des cons. Probablement que le mercenaire avait quelques raisons d'être comme ça. Rex s'imaginait tous les scénarios dans la tête. Est-ce que des amis proches avaient été tués par des indigènes ? Est-ce qu'il avait grandit parmi eux et avait ainsi hérité d'un complexe d'infériorité par rapport à ça ? Tant de scénarios auquel il n'aurait jamais la réponse. Zeus avait, en réalité, probablement une très bonne raison d'être comme ça. C'était ça qui énervait le plus le chevalier. Le fait qu'il s'estime probablement plus malin que tout le monde, à cause de ça, de cette excuse qu'il s'est forgé au plus profond de son esprit.
L'esprit humain, cette forteresse...
Mais le conducteur détourna sa tête et continua sur la route. Malgré les tapes insistantes du mercenaire sur mon épaule.

- Ce que je comprend pas, mec, c'est que... Enfin merde, putain, quoi ! T'es noble, tu parles la langue des civilisés, t'es croyant, t'as passé le plus clair de ta vie au Krak...
- Il y eut un temps où le Krak a été formé pour quelque chose. Pour défendre toutes les vies humaines. Il y eut un temps où on aurait pas eut recours aux services de coupes-jarrets comme toi, Zeus.
- … Ok, là, je dois t'avouer, tu me déchires le cœur. J'ai toujours eut plein de respect pour toi, Rex. Tu m'as inspiré à rentrer dans les chasseurs. Tu le sais, ça ? J'ai tout lu de toi, dans les chroniques du Krak. Commen t'as tué l'Ogre après qu'il ait massacré toute ton équipe. Comment t'as mis fin au règne de la Méduse en l'éblouissant avec les cloches d'une cathédrale. Comment t'as enflammé une harpie avec des lances-flammes artisanaux !
En fait, Rex, je crois que... Sans toi, je n'aurai jamais rejoins les Traqueurs. Ni moi, ni les mecs de ma trempe d'ailleurs.

Ça y est, c'était trop. Il fallait que Rex garde toute la maîtrise de lui même pour pas saisir sa tête et l'éclater contre le tableau de bord. Mais il y aurait un combat alors. Un combat que Rex perdrait. Obligatoirement.
Il se regarda dans le rétroviseur alors que Zeus continuait de parler. C'est vrai qu'il avait sa réputation au fort. Mais il avait l'air tellement... Tellement vieux. Tellement fatigué. Les joues très creusées, la barbe et les cheveux qui blanchissaient, le regard froid et dur. 57 ans. C'était ça l'âge de Rex. 57 ans, rendez-vous compte ! Il était un débris sur pattes. Blessé, meurtri. Un poids mort, un boulet, et ça, tout le monde se le disait. Même Strabo, il ne voulait pas de Rex dans ses pattes. Mais comment faire autrement ? Un tel manque d'effectif paralysait les rangs des Traqueurs... Non, à son âge, Rex devait prendre sa retraite.
Mais sa retraite de quoi ? Que faire ? Il n'avait connu que l'ordre de toute sa vie. Il n'avait jamais pris de femme, il n'a jamais eut de vrais amis. Sa vie, il l'a passée là, dans le désert, à gambader, avec son duster et ses armes. Qu'est-ce qu'il resterait de lui ? Son héritage ? Des tarés de la gâchette, comme Cassius, Svetlana, Zeus ?
Ça donnait envie de tout abandonner. De se tirer une balle. De...

- C'est quoi ça ?
- Panique pas. C'est rien.

Plus loin, sur la route, du blanc. Du tas de blanc. De la poussière, mais épaisse. De la neige, un peu à la couleur, mais pas à la texture...

- Fermez les fenêtres.
- C'est... C'est une tempête de cendres ?!
- Ça arrive des fois. On est dans un endroit montagneux, des fois la terre recrache ça.
- C'est dangereux ?
- Si tu respires trop longtemps dehors, oui. Mais tant qu'on est dans la voiture, tout ira bien.

Rex alluma les pleins phares et ralentit légèrement pour continuer. Mais rien ne changea vraiment. Zeus, lui, il regardait dehors, la bouche ouverte. Il semblait impressionné par ce spectacle, comme un gamin, qui n'avait jamais vu ce genre de scène.

Il y eut à nouveau le silence dans la voiture.

Carmen passait une main dans ses cheveux en regardant également le spectacle, depuis la fenêtre blindée de la porte arrière. Roland lui donna un petit coup de coude dans son bras, pour avoir son attention. Ils se mirent à parler à voix basse.

- T'as pas l'air bien ? Ça va ?
- Non. Non j'ai du mal à... Enfin. Comment tu peux supporter ça, toi ?
- Comment ?
- Comment ils parlent de nous. Avec condescendance. Comme si... Comme si on était juste, juste des sauvages quoi, comme si on valait moins qu'eux.
Enfin, Zeus, il a toujours été comme ça, mais... Je m'attendais à plus de classe de la part de Rex.

- La nature humaine est ainsi, Carmen. La civilisation, elle a tendance à craindre tout ce qui ne se rapproche pas d'eux.
- Tu regrettes ça ? De... Ton ancienne vie.
- Je ne regrette rien, parce que je n'ai jamais rien changé. J'ai vu la civilisation pour ce qu'elle était. Les Légions de France ont beau utiliser l'écriture et construire des palais, ils sont plus sauvages encore que les tribus les plus psychotiques. La civilisation, c'est juste une excuse dans leur esprit.
- Oui. Oui je suis d'accord avec toi. Mais les civilisés, ils sont plus nombreux. Et plus dangereux...

La cendre envahissait l'atmosphère. Rex commençait à plus rien voir. C'était compliqué dans les virages. Surtout que le problème des cendres, c'est que ça colle au pare-brise et aux rétros. Le balais à glace était sollicité, et Rex devait régulièrement appuyer sur le bouton pour y mettre du produit, afin de tenter de faire dissiper la poussière et les saletés.
C'était terrifiant, comment, au fur et à mesure que la voiture approchait, on avait l'impression que ça empirait. Et même à travers la brume grise, on pouvait distinguer, au loin, du feu, provenant probablement d'une des montagnes ou d'une forêt.

- Dis-moi... Qu'est-ce qu'il y a entre Rex et toi ?
- On... On est très proches.
- Est-ce que... Est-ce que vous...
- Oui. Oui bien sûr.

Carmen n'avait pas eut de pères. Ni de grands frères. Elle avait toujours eut un sacré manque de figure paternelle. Alors quand elle a vu Rex, qui était un peu plus gentil que les autres chevaliers, elle a un peu succombé...
Est-ce qu'elle l'aimait vraiment ? Elle l'aimait comme une fille envers son papa, comme une chienne envers son maître, elle ne l'aimait pas d'égale à égale, elle n'avait pas l'impression d'être sa copine ou sa femme. Non. Elle avait 19 ans, lui 57. 38 ans d'écart. Et ils couchaient en secret, notamment parce que lui ne voulait pas qu'elle l'encombre. Il la méritait pas. Elle était bien trop gentille pour sortir avec un connard de cette trempe. Mais quand on est amoureux on est con.

- Tu sais, Rex, c'est pas tellement un type pour toi... Je le connais depuis un bout de temps. Je peux te le dire, il va juste te faire souffrir.
- T'es pas ma copine, Roland. On va pas avoir cette discussion de « tu mérites mieux que ça ». Je sais que je suis une grosse conne de sortir avec lui.
- C'est pas ce que j'ai voulu dire !
- Non, je sais, mais c'est ce que je suis convaincu. T'inquiète pas va, on va-

Rex bailla. Une minute d’inattention. Au mauvais moment. Il y eut un choc, et un crissement, alors que Rex appuya à fond sur la pédale de frein. La voiture tangua, dans tous les sens, et se mit à virevolter. Les gens derrière avaient soudain bondit et s'étalaient sur le sol à cause du choc. Il y eut une peur. Le cœur qui bat à 100 à l'heure. Un silence. Rex pose son front sur le volant, et halète.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?! Hurla Strabo en se frottant le front.
- C'est rien ! C'est rien ! J'ai... J'ai juste vu un truc sur la route.

Silence. Rex se releva. Et commença à mettre le contact. On entendait un bruit, mais le moteur ne démarra pas. Rex continua, deux fois, trois fois, alors que Strabo se relevait et mettait ses mains sur le siège conducteur.

- Arrête ! Tu vas la noyer !
- Je sais ! Je sais ! Répondit Rex en serrant les dents, paniqué.
- Henry ! Rugit-il soudain.
- Pardon chef, j'ai... Il faut que je me calme.

Les cendres se mirent à recouvrir tout le pare-brise. On ne voyait maintenant absolument rien. Silence à nouveau. Svetlana se souleva en se frottant le coup.

- Quoi...Que... passe ?
- On a heurté quelque chose, répondit Zeus. Quelque chose de gros, de... Une bête sauvage.
- Morte ?!
- J'espère qu'elle est morte ! Parce que sinon on va avoir un problème !

Nouveau silence pesant. Puis Rex enleva sa ceinture.

- Le moteur doit pas être trop endommagé. Je peux sortir dehors et réparer rapidement.

- Mais, heu... Les cendres, c'est pas dangereux ?
- Pas si on les respires pas. Tout va bien se passer les gars.
Svetlana, la boîte à outil s'il te plaît.


La slave s'exécuta immédiatement, paniquée. Pendant ce temps, Rex se recouvrit d'un long manteau et d'un épais foulard qu'il imbiba de vinaigre. Strabo lui passa une paire de lunettes de protections, faites pour les pilotes. Il mit des gants, aussi, et tenta de se recouvrir de partout. Les cendres pouvaient provoquer des brûlures et des irritations, mais le pire, c'est si elles entraient dans les bronches. Alors là, on était bon pour, ou bien crever, ou bien avoir des lésions graves.

- J'y vais, je reviens rapidement.

Rex attrapa la boîte à outil et ouvrit la porte passager. Sitôt ouverte, on entendait un bruit atroce venant de l'extérieur. Comme des crépitements de flammes. Et une chaleur intense. Le chevalier se jeta dehors et claqua la porte derrière lui. Il contourna le véhicule, et on entendit des bruits. Le capot qui s'ouvrait. Des chocs métalliques. Du travail. Une bonne dizaine de minutes, que Rex passait à tenter de remettre le véhicule en marche, alors que le reste de l'équipage attendait.
Carmen se mordait les doigts, nerveuse.

- C'est une bonne idée de le laisser dehors ?! Le monstre, vous êtes sûr qu'il est mort ?!
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Jeu 1 Déc - 16:12

- C'est une bonne idée de le laisser dehors ?! Le monstre, vous êtes sûr qu'il est mort ?
- Il n'y a pas de monstre.
Strabo sortit une longe écharpe d'une de ses poches et commença à s'enturbanner méthodiquement.
- Carmen tu prends le volant. Roland, détaches la mitrailleuse sur le toit et nettoies là.
D'un geste brusque il ouvrit et referma sa portière, disparaissant en un instant dans la brume grisâtre. Il tapa sur l'épaule d'Henry, lui indiquant de remonter, qu'il prenait le relais.
Presque dix minutes à l'avoir laisser se casser le dos, les mains et les poumons dans cet atmosphère brûlante... et tout ça pour quoi ? Pour qu'il comprenne qu'il n'avait pas heurté d'animal ? (l’ouïe du commandeur ne le trompait jamais, même somnolant, la jeep n'était rentré que dans une bute de sable, certainement un muret si antique qu'il s'était effrité en poudre) Mais surtout pour faire prendre conscience une fois pour toute à Rex ses faiblesses. Il était vieux, presque inapte au combat... il devait comprendre  que sa place n'était plus d'aller au front mais de guider les autres. Rex aurait du donner le volant à son écuyère dès qu'il avait ressentit les premiers signes de fatigue, il le savait, tout ça parce qu'il ne voulait pas déranger la sieste de mademoiselle. Pareillement en combat, il devait maintenant accepter de se servir de Carmen. Il n'y avait que comme ça qu'elle se formera une bonne fois pour toute. La jeune hispanique doit devenir son bras armé, ses muscles, et lui l'homme qui la pilote.
Finis la relation ambiguë du couple au Krak, maintenant ils devaient s'affirmer en simple duo Chevalier/écuyer pour le bon fonctionnement de toute la section.
Non Strabo n'était pas en colère, rarement il l'était, mais même s'il estimait Rex pour sa science du monde très précieuse, cela ne l’empêchait pas de voir ses défauts, et de lui donner des leçons pour qu'il les corriges.

- Ça démarre !
- On repart. Dans quelques kilomètre on sera sortie de cette tempête.
Et effectivement, après quelques minutes de route dans ce brasier et la chaleur étouffante de l'habitacle, le ciel se dégagea, une lumière diffuse, orangée, transperçait la couverture nuageuse.

D'un coup la jeep s'échappa de la brume cendreuse, emportant sur son sillage une fine traînée de poussière. Ils étaient passé d'un monde à un autre en un instant et Carmen faillit limite perdre le contrôle du véhicule tellement la lumière du soleil naissant scintillait de toute part sur le sable infini, Strabo baissa immédiatement le par soleil coté conducteur et les yeux de l'écuyère papillonérent.
L'immense désert de la Baetic s'offrait tout entier à leur vue. C'était ça l'Andalousie : Des montagnes arides au Nord et un désert qui avançait inexorablement du sud. Et une myriade de pseudo oasis d'herbes sèche et de buisson épineux. On était tout de même pas au niveau de cruauté du Sahara qui n'offrait aucun points d'eau.

Spoiler:
 

- Impossible survivre là dedans ! s'exclama Svetlana qui voyait le désert pour la première fois de son existence.
- Et pourtant sa grouille de vie ma belle. Expliqua Zeus. Le sable engloutit tout, mais les gens survivent sur les collines, parfois même sur les toits d'anciens immeubles, ou dans des ruines souterraines. Il y a même quelques camps de libyens en plein désert, ils ont l'habitude.
- C'est loin d’être inhospitalier. Désert de glaces et de sables c'est la même chose j'imagine. Nous on cultivait beaucoup de champignons dans d'immenses grottes et on élevait des laineux qu'on amenait brouter de la mousse lors du dégel. Se rappela Roland.
- Quelle vie de Roi ! Tu m'étonnes que tout ces métèques ont tout quitté pour venir s'installer ici... Tss
- Duc Enguerrand veut guerre pour ça ? S'étonna la Balkane qui voyait les rochers ocres et les ruines grises défiler à la fenêtre.
Zeus, toujours pédagogue, expliqua que :
- C'est surtout pour reprendre le Roc et avec ça contrôler le Détroit par où passe les migrants sur leurs voiliers des sables.
A la surprise de tout le monde, Cassius acquiesça et fit part d'une opinion personnelle :
- C'est ce qu'il a de mieux à faire. Le Roc est une immondice, un taudis monstrueux. Et son Duc un affreux personnage qui s'enrichit sur le malheur de ces pauvres gens. Que Dieu ait pitié d'eux.

Toutes personnes dans le monde connu savait ce qu'était le Roc de Gibraltar : la première ville à s’être dressée après l'apocalypse. La première lumière dans les ténèbres. Jouissant d'une bonne position et surtout de terres arables foisonnantes alentours grâce à l’assèchement de l'eau du Détroit.

Mais peu de gens savaient ce qu'il été advenu du Roc désormais.
Le sable gagnant peu à peu les champs, étouffant les cultures, le Roc, pourtant fourmillant de bouches à nourrir, s’appauvrit considérablement.
Le Roc n'était plus qu'une immondice ayant bien gagné son surnom : "La Verrue". La Verrue de Gibraltar n'était qu'un bidonville géant, un amoncellement de taudis en tôles et en glaise. Qu'une montagne d'ordures où avaient eut la malchance de naître ses habitants. Des milliers et des milliers. Le Roc ne dut sa survie qu'à l'autorisation de l'esclavage. Une population servile travaillant sans relâche dans les mines de mousses, fournissant une maigre subsistance à une ville en surpopulation.

Pourtant le Duc actuel du Roc profitait d'une énorme richesse, une richesse plus grande que celle de la Reine d'Espagne en personne. Comment ? Grace à l'intensification du flux migratoire provenant du Sud. Ces familles entières, fuyant les hordes monstrueuses, venaient trouver refuge en Hispanie... mais au prix lourd. Les familles les plus riches durent se délester de leur fortune, et à présent survivait de pillage et autres bassesses. Les Plus pauvres eux, durent accepter l'esclavage. Beaucoup devinrent la propriété du Duc du Roc.

- Et bien je ne mettrais pas une pièce sur la victoire des Portos. S'avanca Zeus, comme s'il parlait d'un match d'arène.
- Ils sont près d'un millier de soldat. Bien équipé. Avec des véhicules et de l'artillerie.
- Et eux des dizaines de milliers de connards en haillons, je sais. Mais, j'y met ma couille gauche dans un étau que le Duc de la Verrue ne va pas rester assis sur son or en attendant de se le faire voler. Il va l'utiliser.
- Et comment ? Comme projectile peut être ?
Zeus agita son doigt en l'air :
- Mercenaires.
En tout cas c'est ce que je m'offrirais à sa place. Une armée d’helvètes. Et de l'autre coté mes esclaves soldats qui harcèle.
Et je laisse le désert faire le reste.


- Leur pays est en feu et les Ducs se querelles. Quelle misère pour les pauvres gens. Ne pu s’empêcher de cracher Roland.

Dehors le désert défilait à toute allure, le sable scintillant sous l'éclat de l'astre solaire, surchauffant le sol et créant des mirages. D'énormes formations de rochers, couleur ocre, parsemaient le paysage, ainsi que des ruines d'une période si antique que, sous la rouille, l'on devinait à peine ce qu'elles avaient pus être.

A mesure que la jeep approchait de l'objectif, le commandeur se faisait plus tendu. Il avait vérifier et revérifier son équipement. Relus ses cartes. Et maintenant il tripotait nerveusement son collier, jouant de ses doigts avec le morceau d'Orichalque. L'artefact mystique. Accessoirement porte bonheur. Aucuns traqueurs ne le savaient, et encore moins le deviner mais... Strabo était de ces personnes extrêmement superstitieuse.
Et sur ce coup... il sentait quelque chose. De terriblement grand. Qui les dépassait tous.

Cassius sentait son chef fébrile, aussi comme à son habitude, il alla lui parler d'une chose comme d'une autre :
- Strabo... Que savez vous du Chevalier Commandeur de la citadelle de Gibraltar ? Mis à part Rex et Svetlana, personne ne l'a connu ici.
Il s’arrêta immédiatement de triturer la Griffe. Il la remis même dans son sac de cuir et la replaça en dessous de son débardeur sale. Il siffla... "Bogdan". Et ce fut tout.
Pendant un long moment. Pourtant il reprit après ce long silence pensif :
- Instable. Ses méthodes... sa pensée... ne s'accordent pas avec les valeurs de l'Ordre. Je ne lui ai jamais fait confiance. Un homme trop cynique.
- Comment... enfin, je veux dire : pourquoi est il devenu maître du chapitre de Gibraltar dans ce cas ?
- Parce qu'il est excellent dans ce qu'il fait. Il était le premier traqueurs des Balkans il y a quatre ans de cela. Moi, et d'autres traqueurs avons du faire pression pour ne pas qu'il soit nommer à de plus hautes responsabilités. Bogdan est de ceux à remettre trop souvent nos principes en questions. Nos principes fondamentaux. Il interférait avec les populations locales. Tissant des alliances.
Avec la croisade de Bastian et nos pertes, il y eut beaucoup de postes à pourvoir malheureusement.
...
Prenez ce pont, nous sommes arrivés.

La jeep passa sur les rondins de bois et continua sur une route, bordée d'herbes sèches.
Au loin, peu avant l'horizon : Le Roc de Gibraltar. Grouillant de vie.
En face d'eux, en haut d'une petite colline : Le Fort des traqueurs de Gibraltar. Gardé par une double enceinte, la première faite de rames de métro disposée en demi cercle. La deuxième muraille était imposante, tout en béton et en pierre. La lourde porte de fer se trouvait fermée.
Et l'imposant mur gris se trouvait percé d'un immense trou.

- Comment des pilleurs ont ils pu autant s'approcher ?
- Et avoir le temps de creuser ce beau petit trou.
- Zeus, prends position avec la mitrailleuse sur le toit.

La jeep passa entre deux wagons et s’arrêta en face de la muraille.

Spoiler:
 

Strabo était déjà descendu et trotta jusqu'à l'ouverture, jetant un œil à l'intérieur de l'enceinte, tendant son oreille infaillible... Il fit signe à deux hommes d'approcher. Roland et Rex.
Toujours sans parler, le commandeur ordonna à Roland de monter sur le mirador. Avec Henry, ils approchèrent prudemment du bâtiment principal.

La Citadelle était, certes grande, mais uniquement composé d'un grand bâtiment en dur à étage, long d'une trentaine de mètres, de quelques tentes, d'un héliport tracé dans la terre, et d'un abris pour les véhicules. Tous manquant d'ailleurs. Une jeep lourdement armée, deux buggy et un camion. Plus rien. Plus aucuns jerrycan d'essence d'ailleurs et le réservoir, presque entièrement vidée. On avait visiblement prit tout ce qu'il y avait à prendre.

Le duo pénétra dans le bâtiment, balayant la pénombre de leurs torches. Tout avait été pillé, sans surprise. Plus de bureau, plus de tiroirs, plus d'étagères. Des papiers au sol, piétinés. Visiblement des pillards qui avaient profiter de l'absence des traqueurs pour embarquer le moindre truc.

- Henry, dites aux autres de sortir et de se ramener ici. On va passer la journée à examiner la citadelle à la loupe.



* * *


Tout était vide.
Désespérément vide.
La moindre arme, la moindre cartouche, la moindre conserves...

La chambre forte aussi était vide. Mais pas forcée. Aucunes traces d'effraction ici.
- Les reliques...

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Jeu 1 Déc - 21:58

Rex n'aimait pas cette situation. Il la répugnait. Pas difficile de s'imaginer pourquoi. La crainte, constante, que quelque chose de mal soit arrivé.

- Alors ? Demanda Zeus en voyant Henry revenir.
- Roland reste dans le mirador. Vous, vous gardez le véhicule. Les autres, suivez-moi.
- Il se passe quoi ?
- Justement... Il se passe rien. Il n'y a personne. Strabo veut qu'on fouille la Citadelle.

Et ils y allèrent donc, pour fouiller.

Méthodiquement. Sans jamais se séparer. Toujours en groupe. Par habitude, sûrement. Rex racontait souvent des histoires de comment, parfois, des monstres se cachaient et attaquaient les gens qui ne prenaient pas leurs précautions.
Mais il n'y eut rien d'intéressant à découvrir. Tout avait disparu. Même le Trésor de la chambre-forte.

- Il n'y a pas eut d'explosion. C'est peut-être un bon signe. Les traqueurs ont dû partir, non ?

- Ou alors ils ont été pris en otage... Dit Cassius, bien plus pessimiste que l'hispanique.
- Ne faites pas de suppositions sans preuves. On a rien pour étayer une quelconque hypothèse.
Recherchez des preuves, des vraies. Des traces de pas, des endroits qui ont été fouillés en particulier.
Si on ne trouve rien, je pense que le mieux est d'aller voir le Marquis du Roc. Les autorités locales doivent certainement avoir une meilleure vision de la situation que nous.

- Le marquis... L'homme qui est au courant qu'un duc rival vient avec une armée le renvoyer ?
- Contrairement à d'autres, je peux être très diplomate.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Sam 3 Déc - 22:48

- Vas y mollo sur la flotte.
- Soif ! S'exclama Svetlana qui agitait sa gourde vide sous le nez de son écuyer.
- On a à peine de quoi tenir pour le voyage retours. F'in à compter qu'on retourne au Krak après ça.
Et à compter qu'on y retourne en jeep...

- Govnyuk solntse... Cracha la Balkane qui réalisa qu'elle était bien loin de chez elle et de tout ce qu'elle connaissait.


Cassius shoota une canette rouillée qui vint finir sa course contre une caisse de bois éclatée. Il fulminait intérieurement. Les reliques ! Les reliques Seigneur Dieu !
Disparues...
Et la bannière de Magnus et les saintes armures et le Cœur du Titan. Cette dernière n'était rien de moins que le plus gros morceau d'Orichalque possédée par l'Ordre, cette pierre magique aux nombreuses vertus contre les puissances psioniques. Un morceau quasi gros comme un poing.
Comment un tel désastre a-t-il pu se produire ? Seigneur comment ?
Le sergent fulminait. Il les retrouvera. Chacune de ces pièces, appartenant au trésor du grand et noble Ordre des Traqueurs ! Dut-il y passer le restant de sa vie ! Il se le jura solennellement.

Strabo émergea du bâtiment principal avec une étrange lenteur. Il titubait presque. Dans sa main, un papier, taché, froissé. Le Sergent Cassius, poings et mâchoires serrées, se détendit alors et trotta jusqu'à son supérieur.
Il se figea à quelques mètres de lui. Jamais, jusqu'à cet instant, il n'avait vu le visage de Strabo afficher la moindre émotion.
- ... Qu... Qu'avait vous trouvé, Commandeur ?
Commandeur ?

Celui ci lui passa devant, et se ficha devant Zeus et Svetlana, qui taillaient une bavette.
- Briquet.
Le commandeur tendit son bras noueux avant même que le mercenaire n'ait eut le temps de mettre sa main à la poche. Svetlana le devança en donnant son propre zippo.
Il mit immédiatement le feu à son papier. Le tenant du bout des doigts jusqu'à ce que les flammes ne lèchent le bout de son gant.
- Un très long voyage s'annonce.

Une voix lointaine s'éleva :
- Venez tous voir ! J'ai trouvé quelque chose !

Toute la troupe se ramena, même Roland qui était descendu de la tour, rejoignant Carmen en contrebat de la colline, au milieu des deux murailles.
Un  arbre, tordu, trapu, sec et blanc. Pourtant majestueux. Un olivier centenaire. Et tout autours : des tombes.
De simples talus de terre coiffés d'un morceau de bois fiché dans le sol.
- Mystère résolu ! S’enthousiasma Svetlana.
- Huit d'entre eux en tout cas... Un peu plus de la moitié de l'effectif total de la Citadelle.
Le chapitre des Traqueurs de Gibraltar, en plus d’être le plus récent, était de loin le plus pauvre de tous. Et, en plus de cela, a été le plus touché par les pertes d'effectifs dut à la Croisade Perdue.
Voilà que la citadelle ne comptait plus que sept Traqueurs... évaporés dans la nature ou ailleurs.
- Il faudrait...
seigneur.
Il faudrait peut être creuser. Enquêter sur les causes de leur morts.

Strabo ne laissa même pas le temps à cette idée de traverser et glacer les esprits de ses hommes :
- Une balle dans la tête, chacun. Il y a une semaine.
Et le commandeur resta là, mains jointe et l'air grave, sans fournir la moindre précision.
- Nous partons vers le Sud, direction Fez, traquer Bogdan et ses partisans...

Un fracas métallique retentit de la muraille de wagons.
Quatre énormes bêtes trônaient sur les carlingues brûlante. Tenus en laisse par deux hommes, des raiders en peaux de bêtes et en cuirs.

Spoiler:
 

L'un d'eux les hélas, dans un français affreusement haché :
- TRAQUEURS !
No eres nada más aquí Traqueurs.


Le Commandeur réagit instantanément et épaula son fusil alors qu'il avança vers le couple de raiders et leur hyènes enchaînées.
- Retournez à la Citadelle !
Il tira une cartouche, effaçant la tête d'un des raiders.
Ses hyènes de compagnies réagirent immédiatement et sautèrent du wagon d'un bon de plusieurs mètres. Elles chargèrent, gueule ouverte, jappant.
Des monstres de la taille d'une voiture...
Une balle, deux balles.
Au cuir résistant...

Le commandeur s'empressa de jeter son arme et de dégainer sa lame qui vint cueillir l'une des bêtes en pleine gorge. Strabo s'était jeté sous l'une des hyène et l'avait égorgé en quelque seconde. Déjà il se relevait, laissant derrière lui une masse agonisante.
La seconde bête se jetait déjà sur lui. Ses simples réflexes de pauvre humain ne lui permirent que de brandir courageusement son épée devant lui, fichant la lame à l'intérieur de la gueule de l'animal.
L'épée transperça le crane de la bête mais celle ci referma sa mâchoire d'un claquement, brisant et l'épée en deux et le bras du commandeur.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Dim 4 Déc - 15:26

Henry s'était assis à genoux et avait commencé à prier. Carmen l'observait silencieusement, debout, la tête baissée, mais les yeux tournés en coin vers son maître, sans dire mot.

- O Dieu éternel, qui seul nous regarde, et maîtrise vagues et tempêtes, ait pitié de tes serviteurs, préserve-les des périls de l'Enfer, et qu'ils trouvent la paix à Ta droite, au Domaine du Ciel.

Les tombes toutes fraîches de leurs frères-traqueurs déchiraient le cœur d'Henry. Après avoir rapidement donné quelques derniers sacrements, il se leva et fit un symbole de la croix avec ses doigts, avant de rejoindre Carmen.

- Les assaillants ont fait part d'une étrange humanité envers nos défunts camarades.
- Ils ont fait preuve... « d'Humanité » ?
- Ils les ont enterrés. C'est plus que ce que d'autres genres de gangs font à ceux qu'ils capturent.
Je me rappelle, lorsque j'avais ton âge, que j'étais un officier de la Légion Française... On avait été envoyé pour relever quelques gardes d'un village de colons.
Vingt-six personnes habitaient ce petit relais de pisteurs et de chasseurs. Ils ont cloué le corps du chef aux portes du château, ils ont pendu les autres par les cuisses ou par les avant-bras, et les ont débités comme de la viande. Il y avait une femme présente ; Ils l'ont violée en série, avant de lui arracher les yeux et les bras et de la laisser se vider de son sang à même la cour.

- Et... Et... Qu'est-ce qu'il est arrivé à ceux qui les ont- Continua Carmen, terrifiée, avant d'être interrompue.
- Nous les avons pourchassés et nous les avons tous tués. Tous. Même les femmes et les enfants de cette tribu de nomades. La Légion n'a jamais toléré ceux qui les attaquent. Mais ça allait encore, la Bretagne. C'est rien comparé aux choses que j'ai vu en ancienne Yougoslavie...
Depuis que les Anabaptistes marchent dans les Balkans, c'est plus calme. Et c'est comme ça qu'on a recruté des gens comme Svetlana. Ou comme notre Grand-Maître.

- Bastian... Je l'ai peu connu. Il est parti en Croisade alors que je venais juste de rejoindre. Quel genre d'homme était-il ?  
- Il était un très grand guerrier. Je n'ai jamais vu quelqu'un se battre comme lui. Et un merveilleux commandant. Personne n'agitait l'épée comme lui. Lorsqu'il combattait, qu'importe les démons qu'on affronte, qu'importe qu'il eut s'agit d'un titan de 10 mètres de haut ; On aurait affronté n'importe quoi à ses côtés.
Mais un grand combattant ne fait pas un grand chef. Les choses ont beaucoup changé par rapport à lorsque j'étais jeune. Maintenant, nous avons des villes, des royaumes, des empires, des gens qui ont du pouvoir. Les psychonautes deviennent une espèce rare, et nous, nous disparaissons avec.
Du moins, c'est ce que je croyais... Jusqu'à aujourd'hui.


Si Henry parlait un peu tout seul, son monologue ne put continuer. Car, tout de suite après, voilà que des choses arrivèrent de la muraille. Des... Des monstres. Des démons terrifiants. Carmen se recula, et ses yeux s'écarquillèrent. Contrairement à Rex, qui se contenta de lever un sourcil de surprise.
Il changea tout à fait d'expression en voyant Strabo tirer sur les bêtes. Ses balles déchirèrent leurs peaux et laissèrent un trou béant, si bien qu'il aurait pu laisser passer les rayons du soleil. Mais il continua de courir, peu gêné, pas même entravé par le projectile qui l'avait ouvert d’extrémité en extrémité.

- Feu à volonté ! Purgez les démons !

Strabo fonça, abandonnant le reste des traqueurs. Une tactique suicidaire et qui pouvait, avec le recul, paraître profondément débile, un travail d'amateur.
Pas pour Rex.
Rex avait vite compris pourquoi le chef avait abandonné son fusil et s'était jeté sous les monstres. Il n'essayait pas de les tuer. Il essayait de faire une diversion. Il était en train de se sacrifier pour le groupe.

- Dispersez-vous ! Ne restez pas proches ! Il faut qu'ils soient distancés !

- Rex, où tu vas ?!
- Ne cessez pas de faire feu !

Rex fonça vers l'entrée du fortin, tout en dégainant son pistolet. Il ne s'arrêta pas, et se contenta de tirer vers le monstre égorgé, mais toujours debout. Il ouvrit le feu, pour attirer son attention. Attention rapidement gagnée : Alors que Rex piqua un sprint, boiteux, et rapidement essoufflé, la chose le poursuivit en poussant un cri rauque et strident. Le reste du groupe continuait de faire feu dessus, débitant sa chair avec facilité, mais n'arrivant pas à le faire s'arrêter. En trois enjambées, il avait déjà rattrapé le chevalier...
…Qui ouvrait la portière de la jeep avant de se jeter dans le compartiment arrière. Le monstre s'arrêta devant, et se mit à pousser le véhicule de toutes ses fortes. Ses coups provoquèrent un fracas métallique. Les vitres se brisaient sous ses pattes. Rex resta couché, les mains sur la tête, pendant une bonne trentaine de seconde. Son cœur battait fort. Tellement fort... Il avait l'impression de faire un infarctus. Putain. Courir comme ça à bientôt soixante-ans... Il faisait une attaque en pleine situation d'urgence, l'adrénaline l'excitant bien trop et rendant désagréables toutes ses sensations.

Lorsque l'écoutille au sommet du véhicule s'ouvrit, le monstre sauta dessus pour aller voir. La tête de Rex dépassait, mais également, le canon d'une mitrailleuse légère. Rex appuya sur la détente. Sans s'arrêter. Il cala l'arme contre son épaule et subit de plein choc le puissant recul. Sans s'arrêter. Les balles crachèrent. Pendant trente secondes, il n'y eut rien d'autre qu'un hurlement, le bruit désagréable de douilles qui s'éjectaient sur le toit en tôle, et une sorte de, de son musculaire, comme si on s'amusait à découper un steak.
Au bout d'une minute entière, plus rien. Le monstre était réduit en bouillie. Rex était couvert de sang et de chair. Son épaule était déboîtée. L'arme s'était enrayée, et le canon surchauffait. Il fallut un moment pour que le chevalier reprenne maîtrise de soi, avant de se mettre à remettre l'arme en marche.

De l'autre côté, Zeus s'était mis à découvert, et tirait sur le monstre à l'aide du lance-grenade sous son arme. Svetlana le suivit aussitôt, pour le finir à bout portant, avec des coups répétés de fusil à pompe automatique. La blonde slave hurlait comme une banshee, et se mit même à achever le monstre à coup de batte cloutée.
Rex hurla à son attention, debout sur la jeep, pour la calmer.

- Remettez-vous en position ! Il y en a d'autres du côté du mur est !
Roland, dans le mirador ! Cassius, couvrez-le ! J'veux un appui-feu de-

- HENRY !

C'était Strabo qui avait hurlé. Il était allongé sur le sol, dans une mare de sang. Et pas seulement le sang des monstres.
Rex laissa l'arme sur le toit avant de sauter du véhicule, se faisant mal aux chevilles au passage. Alors que les autres traqueurs, avec un professionnalisme militaire, obéirent très rapidement aux ordres de leur aîné, le vieux Rex fonça vers son supérieur, et s'agenouilla à ses côtés.

- Carmen ! J'ai besoin d'un médecin !


Henry attrapa le chef pour tenter de le maintenir éveillé.

- Restez avec moi... On va vous trouver un toubib au Roc.
Vous m'entendez ?
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Dim 4 Déc - 21:59

Une patate de lance grenade souffla le second maître chien qui était resté étrangement spectateur de la scène, comme s'il n'en revenait pas de la puissance de feu monstrueuse que déployait les Traqueurs. Les deux dernières hyènes sautèrent alors à leur tour en bas des wagons mais furent instantanément accueillit par une langue de flammes dévorante. Svetlana, après avoir tirée toute ses cartouches de chevrotines dans le crane de la bête qui avait pourchassée Henry jusqu'à la jeep, s'était empressée d'aller chercher le lance-flamme à l'arrière du véhicule.
Une arme antique, lourde et encombrante, que les Traqueurs avaient récupérés dans la caserne de Tolède.
Les hyènes firent immédiatement un bond en arrière, terrifiées. La balkane s'approcha d'encore plus près et lâcha une nouvelle gerbe de feu qui vint titiller le naseaux des monstres qui, instantanément déguerpirent.


En contrebat, Henry empoignait le corps agonissant du Commandeur.
...
Strabo et son visage défiguré.
Et ses milles cicatrices.
Et son bras, brisé, la chaire à vif, une large flaque de sang poisseux imbibant la terre sèche.
Ses yeux, gris, solidement fixés au regard du vieux Rex. Ses traits se trouvaient crispées sous la douleur et de par l'effort, harassant, qu'il fournissait pour tenir son esprit encore éveillé alors que les ombres l'enveloppait.
Sa bouche s'ouvrit...
Et rien n'en sortit.
Trop d'effort. Il était déjà mort.

Sa main gauche s'éleva alors du sol, péniblement, tremblante comme celle d'un horrible droguée, et vint s'écraser sur son propre cou... d'où il tira la chaîne de son collier.
Ses dernières ressources, sa dernière lueur de vie ne permirent à Strabo que de poser le puissant artefact en orichalque dans la main de Rex.

Il venait de donner son porte bonheur ainsi que son dernier souffle.

- Seigneur ! NON !

Cassius vint finir sa course en s’écrasant sur ses genoux, au pied de la carcasse déjà froide de son maître. Le sergent chevalier était déchiré, le visage marqué par l'affliction alors qu'il comprit que l'invincible Strabo s'était éteint.

- Bordel de mer...
La cigarette que Zeus venait tout juste d'allumer s'échappa de sa bouche béante alors qu'il s'approcha à son tour.

Svetlana fut la seule a accueillir la nouvelle sans émoi. Elle s'était penchée par dessus le petit attroupement, le lance-flamme toujours sanglée sur elle, et n'haussa qu'un sourcil.

- Putain de sales enfoirés ! Pesta un Zeus, hargneux. Comme si on avait pas assez perdu de bons traqueurs.

Cassius se releva enfin, les mains pleines du sang de son chef, et marcha péniblement jusqu'à la jeep, remontant la pente.
Il décrocha une pelle accrochée sur le coté extérieur du véhicule et revint sur ses pas.

Au pied de l'olivier, au coté des sépultures de leurs autres camarades il entreprit de creuser celle du Commandeur.
Laborieusement il planta sa pelle et jeta la terre, sans dire un mot, alors que les autres enveloppaient le corps dans un drap sale.

La tache prit plus d'une heure.
Un monticule de plus se dressa sous l'olivier.
Cassius sortit sa bible et dit quelques mots, puis laissa respectueusement la place à Henry.


* * *

- Quelle est la suite du programme Sergent Chef ? Demanda Roland
- ...
On suit les derniers ordres du Commandeur.


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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mer 7 Déc - 0:50

La voiture roulait dans la poussière, à travers le désert. Personne ne dit un mot. Personne. On n'entendait pas une mouche voler. Rex avait une main sur le volant, le bras par la fenêtre, des lunettes de soleil sur ses yeux. Il avait envie de chialer putain. Il aurait pu chialer, un torrent de larmes, si seulement on l'avait pas éduqué à la dure et appris qu'il fallait pas faire ce genre de choses.

On pourrait peut-être parler de sa mémoire. De qui était Strabo. De ce qu'il avait fait. Raconter tout ça autour d'une bière. Nostalgie. Souvenir. Un moment de deuil. Des feux. Les traqueurs réunis. Des prières silencieuses. On se sentirait triste un moment, mais plus tard, dans le futur, on utiliserait sa mort ; On en ferait un exemple pour les futures générations de traqueurs.
Mais il n'y aura pas d'autres générations de traqueurs. Pas si Bastian ne revient pas miraculeusement du Pôle Nord. Nous sommes les dernières bouffées d'air d'un corps.

Mais qu'est-ce qu'était le futur ?
La France de l'Empereur Vincent ?
Les Balkans unifiés sous les anabaptistes ?
La péninsule italienne ?

En tout cas, ce ne serait pas l'Espagne.

Roulant sur les petites routes, on passait de temps à autre devant un village. Et partout, on voyait des gens livrés à eux-même. On s'arrêtait jamais pour observer, et les paysans se contentaient de lever les yeux pour regarder la voiture et son nuage derrière. Ils tentaient de monter des défenses. D'autres, en revanche, embarquaient du matériel et commençaient un exode. Ils fuyaient.
Pour aller où ?
Là où il n'y a pas la mort et la haine.
Dieu seul connaît cet endroit.


- Nous vaincrons les monstres qui ont fait ça à Strabo. Nous allons anéantir le mal. Il est peut-être mort, mais son âme sera à jamais à nos côtés.

Cassius avait soudain parlé. Il avait brisé le silence en sortant ces mots, sur un ton solennel. Il avait la gorge nouée.
Rex exhala du nez, lentement.

- Non.
Ce n'est pas un Armageddon.
C'est un Requiem.


--------------------------------

La nuit commençait à tomber. En tout cas le soleil était devenu rouge et se couchait. La voiture longeait la côte.
Et c'était magnifique.

C'était fou à dire, peut-être que c'était juste la fatigue, mentale et physique. Mais Rex trouvait ça magnifique. Le monde s'écroulait autour d'eux, mais la nature serait toujours aussi belle.
Il observa Carmen dans le rétroviseur. Elle dormait un peu. Elle fermait les yeux et se recouvrait de son épais manteau fourré. Son torse se bombait et se rétracter avec ses légères respirations, son petit nez tremblant alors qu'elle laissait l'air entrer et sortir tendrement. Elle avait un visage triste. Il aimait pas ça, un si beau visage, triste.

Svetlana dormait elle aussi. Mais tranquillement.
Cassius avait les yeux grands ouverts. Ils clignaient pas.
Roland avait un aspect déterminé, les poings fermés. Et il n'arrêtait pas de lancer des coups d’œils vers son conducteur.
Quant à Zeus. Zeus...
Zeus paraissait...
Non c'était pas possible.
Henry en fut estomaqué. Zeus. Zeus le bâtard. Zeus le mec qui tuait des gens à main nue. Zeus le fou furieux. Il avait l'air...
Triste ?

Leurs regards se croisèrent un moment. Puis le traqueur regarda par la fenêtre. La mer lui aussi.

--------------------------------

Nuit. Il allait bientôt faire nuit. Et l'on traversait le Roc. On le contournait, par l'autoroute.
C'était un aspect tellement...

Tellement famélique.

C'était pas une ville. C'était un dépotoir géant. Des tas de maisons de tôle empilées les unes sur les autres. C'était ça qu'on voyait, directement. Si sur le roc lui-même il y avait un fier bastion militaire, avec des canons qui pointaient vers le ciel et un magnifique donjon ancestral, tout ce qui était en-dessous était horrible. Des tas d'habitations délabrées. Des caravanes, des tentes, des maisons empilées les unes sur les autres. Les abris en dur étaient lézardés, et manquaient de s'écrouler très bientôt. Les rues étaient sales, et si, à cette heure là, on voyait encore des enfants jouer au football dans le cimetière, utilisant les pierres tombales comme cages de but, on voyait déjà les parents arriver pour demander à leur progéniture de ne pas trop s'éloigner.

- Il serait intelligent de s'éloigner. On va pas s'arrêter. Carmen, tu vas prendre le volant pour que je dorme, ensuite ce sera Zeus, et on-
- Non.

Cassius venait de parler. Rex l'observa, les yeux écarquillés derrière ses verres noirs.

- Cassius ?
- On ne s'en va pas. Pas avant d'avoir réglé quelque chose.
- Réglé quoi ?
- Le duc de Portugal arrive avec une armée. Il veut arracher le Roc au Marquis.
- Oui, je sais. Et alors ? Cela ne nous regarde pas.
- Je suis d'accord avec Rex, dit Zeus qui venait de bondir derrière.
- Les histoires entre nobles ne nous regardent pas, je vous l'accorde ; Mais il y a ici des milliers de civils innocents. Et je doute que les français ou leurs serfs portugais aient quelque chose à faire de leurs corps. Ils vont les brûler vivant, et prendre le fort de force.
- Cassius. Les Traqueurs ont des règles. L'Ordre doit rester neutre.
- Peut-être. Mais voyez ce que la loyauté à l'Ordre nous a apporté. Bastian est parti ! Strabo est mort ! Et ce chien qui pilotait l'Argo nous a abandonnés à notre sort !
Alors, je ne vous ordonne pas de rester ici, de faire les chevaliers et qu'on lutte face à une armée de nobles français, mais je vous ordonne ceci : Je veux rencontrer le marquis du Roc, et je veux lui parler, et ensuite on part et on continue notre mission.

Rex avait envie de le frapper. Qui était-il pour bafouer l'ordre ainsi ? Il avait envie de lui hurler dessus. De lui arracher le commandement (Et après tout il conduisait, alors c'était facile). Mais, serrant les dents, il décida de tourner les roues du véhicule vers cette saloperie de bidonvile.

- Bien ! Nous y allons.
- Rex ? Tu fous quoi ? T'es sérieux ?
- Zeus, on passe juste une soirée là-bas, et on se tire.
- Une soirée ! Une soirée dans ce bidonville ?!
- Dans le palais.

Beaucoup de personnes observaient le véhicule qui s'engouffrait dans les rues malsaines et dégoûtantes de la Verrue. Les gens observaient, intrigués, mais la plupart demeurés impassibles. Alors que la nuit tombait, les honnêtes gens se cachaient dans leurs habitations, et les gens moins honnêtes... S'en donnaient à cœur joie.
Des femmes presque nues agitaient leurs courbes sales devant des tentes, et y entraient accompagnées d'un homme, se camouflant derrière la toile pour quelques minutes à peine. Certains jouaient aux dès, d'autres aux cartes. Certains se pétaient la gueule à coup de liqueur de contrebande, distillée dans des cuves rouillées.
Rex n'arrêta pas le véhicule. Un enfant se jeta sur le capot puis tomba sur le bas côté en hurlant. Il se mit à pleurer et à se rouler par terre, essayant peut-être d'attirer la sympathie des gens autour, peut-être commencer une émeute. Qu'importe. Henry ne réagit pas. Il tourna vivement le volant de côté, contourna le gamin qui pleurait, et arracha une des habitations, avant de foncer à vive allure vers le Roc.
Les gens derrière lancèrent bien quelques cailloux, mais ce ne fut pas une artillerie suffisante pour endommager la jeep.

--------------------------------

Le Bastion était un ouvrage militaire. Au pied du Roc, une grosse barrière métallique et des gardes armés arrêtèrent le véhicule. Mais une fois avoir dit qu'ils étaient des traqueurs, les visages des sentinelles se détendirent, et ils laissèrent les hommes entrer. Comme ça. Le statut des chasseurs était important, et ils avaient, en Espagne au moins, beaucoup plus d'amis que d'ennemis.
Néanmoins, on les obligeas à descendre du véhicule, et à laisser leurs armes à l'intérieur. Ne voulant pas risquer de se les faire voler, Cassius alla seul avec Carmen jusqu'au sommet, laissant le reste du groupe seul.

L'ascension fut très rapide. Une petite voiture, 4 portes, les conduisit rapidement jusqu'en haut, traversant deux checkpoints armés, avant d'enfin arriver aux pieds d'un donjon qui donnait une vue imprenable et immense sur la verrue.

Descente de la voiture. Portes qui claquent. Bruit de pas sur les galets. Ils entrent à l'intérieur du château froid construit au sommet des taudis.
Et, surprise.
De la... Musique ?



https://www.youtube.com/watch?v=DUmq1cpcglQ

Des éclats de rire. De l'alcool qui est servi. Quelques musiciens dans un coin, qui jouent, leurs visages pétrifiés, blancs, couverts de sueur. Une ambiance de fête ?
Au contraire.

Le chef du corps armé, un mercenaire portant un gilet pare-balle, toussa et hurla en espagnol.

- Un groupe de Traqueurs vient voir sa Seigneurie, Marquis du Roc, honorable Serviteur du Roi de Saragosse.

Un homme se mit à hurler de rire. Il était avachi sur le canapé, avec deux femmes. L'une d'elle, apparemment âgée si on en croyait ses rides, n'arrêtait pas de lui embrasser le cou. L'autre, aussi jeune que Carmen, avait les coudes sur les genoux, et les mains sur le visage.

- C'est moi le marquis. Venez ! Venez, approchez, compadres.

Cassius s'approcha et mit sa main au cœur. Carmen fit une petite révérence.
Cela lui fit éclater de rire.

- Sire. Nous sommes des Traqueurs venus du Krak. Nous aimerions vous parler.
- Du Krak ? Putain ! Ça en fait un chemin pour venir me voir ! Cria-t-il, enjoué.
- En fait, nous ne sommes pas venus pour vous voir, mais-
- Ah, s'arrêta-t-il soudain, prenant un ton très triste, comme déçu. Cela ne m'étonne pas. Tout le monde m'abandonne, c'est pas pour que l'ordre des Traqueurs vienne me sauver.
Je vous présente ma femme, Manuela, fit-il en caressant les cheveux de la femme qui l'embrassait. Et ça, c'est ma fille, dit-il en touchant la jeune femme qui se cachait le visage ; Sitôt senti-t-elle la main de son père sur le dos, elle se leva et se pressa de partir.


Cassius et Carmen observaient la scène, un peu... En fait, ils ne savaient pas quel sentiment avoir.
C'était. C'était tellement bizarre.
Il y avait que des nobles qui buvaient et qui riaient. Aucun n'avait l'air décadent. Ils avaient l'air très sérieux, très distingués, bien habillés, à avoir de petites plaisanteries, à se parler entre eux.
Et pourtant, ça mettait très mal à l'aise. Extrêmement mal à l'aise. Ils souriaient trop, et leurs yeux ne souriaient pas avec. On aurait plutôt dit des déments.

- En quel honneur organisez-vous cette réception, votre seigneurie ?
- Eh bien vous voyez, c'est une très bonne question, jeune fille !
Depuis que je suis tout petit, je fais des fêtes pour célébrer les moments les plus importants de ma vie. Mon baptême, mon adoubement, mon mariage avec ma magnifique et adorable femme, la naissance de la fille..
Il me semble logique qu'il me faille faire une fête pour ma mort prochaine, non ?


Cassius ne comprit pas. Il regarda, un peu interloqué.

- Votre... Mort prochaine ?
- Bien sûr, sire ! Coupa Manuela, en arrêtant de bécoter son mari.
Vous n'étiez donc pas au courant ?
Le duc de Portugal est enragé. Plus que d'ordinaire. Je crois que la mort de sa maîtresse l'a rendu un peu fou... Il a fait un mariage politique, mais sa maîtresse, il l'aimait plus que tout.
Quand Lisbonne est tombée sous la mer, ça l'a un peu brisé. Il était déjà assez malade mental, toujours le plus taré des ducs, mais elle au moins elle lui donnait un peu de bonheur. Maintenant il n'a plus rien à perdre. Il s'imagine être un Croisé de Dieu, dans une mission pour purger le mal. Il a même reçu la bénédiction de l'Augure de Rome.

- Oui, reprit le marquis. Il marche avec une armée gigantesque pour brûler le Roc et s'en emparer. Il va le purger et l'anéantir. Ensuite, je n'ai aucun doute sur ce qui va se passer. Il va tourner ses canons et ses soldats vers le Roi de Saragosse, et piller toute l'Espagne dans le but de la purifier.
]- Oui ! Exactement ! C'est pour ça que nous sommes ici !
Que comptez-vous faire pour mettre fin à ma folie ?

- Très simplement, sire.
Dans quelques heures, quand ce sera fini, je me suiciderai.


Il attrapa sa coupe de champagne et l'enfila d'un coup.

- Pardon ?
- Vous m'avez très bien entendu.
Demain, le carnage commence. Mais je serai déjà mort.
Le duc va légitimer son règne. Il va sûrement demander à son frère de se marier avec ma veuve, ou bien, ma fille, s'il les aimes jeunes... Qu'importe. Avec moi mort, je ne suis plus un obstacle, et il peut faire la transition facilement.
C'est trop tard pour sauver Gibraltar. Elle va brûler. Mais je peux encore sauver mon château et ma famille.
C'est pour ça qu'on donne cette réception. Tous les gens ici boivent à mort, et demain, quand ils se réveilleront, ils seront entourés de flammes, et ils pourront servir leur nouveau seigneur.


Un nouveau silence gênant. Il avait sortit tout ça, d'un coup, avec une aisance toute particulière. Comme si son suicide prochain était... Tout naturel.
Carmen en était bouche bée. Elle bredouilla quelques mots, mais mit un long moment avant de construire un discours.

- Mais... Mais pourquoi ?
Vous ne pouvez pas juste discuter avec le duc ?!

Éclats de rire. Tout autour d'eux. Les gens qui écoutaient la conversation sont hilares. Le marquis est hilare. Sa femme est hilare. On entend quelques pleurs dans la chambre à côté, la chambre de sa fille.

- Vous ne connaissez pas Enguerrand de Portugal pour dire des choses comme ça !
Son esprit est pollué. La religion est très importante, elle permet d'avoir un but dans la vie. Mais quand on boit trop de potion on fini par en devenir fou. Eh bah lui, c'est un fanatique à mort.
Quand il verra les gens du Roc brûlés vifs, la peau arrachées, il aura l'impression de se purifier, voilà tout.
Et son armée de soldats ? Ils ont bien besoin d'être contentés.
Ce fort est un magnifique ouvrage militaire. Et j'ai une fortune gigantesque, des coffres entiers d'ors !
Vous me croyez pas, tenez !


Il sortit de sa bourse une poignée de pièces d'or qu'il balança aux pieds des deux traqueurs.

- Mais... Tout cet argent... Pourquoi vous n'avez pas engagé des mercenaires ? Pourquoi vous n'avez pas...
- Parce que ça sert à rien. Parce que je suis fatigué. Parce que ma plus grande erreur a été de laisser ces... Ces sales bougnoules et ces nègres entrer ici !
Qu'ils brûlent ! Qu'ils brûlent ! Laissez les brûler et mourir ! Moi, je vais payer mes péchés ce soir. L'important c'est que ma famille s'en sorte.


Cassius et Carmen restèrent là un moment. Incapables de dire quoi que ce soit.

- Vous me prenez pour un fou... Mais ce que je fais est extrêmement raisonnable.
- Comment... Comment allez-vous procéder ?
- Ah, vous êtes curieux, monsieur ?
Eh bien, je vais avoir une mort de chevalier. L'homme qui vous a accompagné ici est mon banneret d'honneur, qui porte une épée ancestrale à ma famille. Il va me poignarder dans le ventre et arracher ma tête. Ensuite, il ira avec sa lance de cavaliers traverser la verrue et atteindre le camp d'Enguerrand, pour lui donner ma face, ma lame, et ma bannière. Il pourra alors tranquillement brûler les réfugiés, et en échange, il épargne la noblesse locale et ma famille.

- Des milliers de gens vont mourir... À cause de votre faiblesse...
- Je sais. Je me prépare déjà à brûler en enfer pour l'éternité.
J'en mériterai chaque seconde.


Cassius le salua et s'éloigna. Les rires reprirent aussitôt.
Le sergent-chef ne dit pas un seul mot. C'est Carmen qui dût expliquer, un peu bredouillante, ce qui venait de se produire.
Finalement, la jeep repartit et commença la longue traversée de Gibraltar, après avoir fait le plein d'eau, de nourriture, et même d'essence et de munitions.

En ce dernier jour de sa vie, le Marquis du Roc fut très généreux.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Mer 7 Déc - 15:37

Spoiler:
 

Quel calme ici, de l'autre coté du détroit.
Et quel repos bienvenue après leur traversée.

Les traqueurs avaient rapidement quittés la Verrue, laissant son Néron de duc incendier sa ville. En quelque sorte. Cassius était ressorti de là plus furieux que jamais. "Cette noblesse... elle est pire que la peste pour son peuple !". Il en était véritablement malade.

Tout au Sud de Gibraltar, aux quais, le groupe avait troqué leur jeep contre une traversée du Détroit. La capitaine se trouvait être une vieille femme, la peau tannée par le soleil, creusé par l'air sec, gage de son expérience.
L'embarcation était ce que l'on appel un voilier des sables. Une énorme coque, taillée à la manière d'une pirogue à balancier mais d'une très grande taille. Le tout propulsé par d’immenses bâches servant de voilure. Un volant commandait deux roues arrières, servant à donner facilement la direction à l'embarcation. Et tout devant roulait une impressionnante roue de bois, légère et fine, creusant délicatement les dunes de sables fin.

La quelque cinquantaine de kilomètre du détroit fut avalée en moins d'une heure, sous le soleil brûlant de midi, dans un silence aride.

La capitaine de l'esquif les mena jusqu'à l'Alcazar d'Hassan. Point de départ et d'arrivée de la majorité des voiliers des sables sur le détroit. Il s'agissait d'un antique et impressionnant sous marin, carcasse métallique éventrée et vidée, aménagée en gigantesque auberge, entourée par plusieurs maisons en bois sur piloris. L'endroit est d'excellente réputation, où règne une étrange atmosphère de quiétude.


Le soir, la magie de la nature opéra, les montagnes s'illuminant d'un doux feu orangé à mesure que la fraîcheur vespérale du désert tombait. Un paysage grandiose dont chaque élément, jusqu'au plus petit rocher, se trouvait magnifié par la couleur apportée du soleil couchant.
L'équipe de traqueurs se trouvait tout en haut du sous marin, attablé sous un parasol désormais inutile. Épuisé et somnolant pour la plupart.
Zeus, Roland et Henry avait du batailler contre Cassius. Le sergent avait voulu reprendre immédiatement la route après avoir posé pied à terre, direction Fès, 400 kilomètre au Sud. La discussion a bien faillit s'envenimer de la pire des façons avant que Cassius ne revienne sur sa décision. Le sergent s'était d'ailleurs certainement rétracté pour cela, évitant la prise de risque. La troupe avait grand besoin de repos, Carmen était mal en point, sa tête lui avait tourné durant la traversé, et son nez avait saigné, et Svetlana encaissait une sévère insolation.


L'équipe repartirait donc le lendemain, au petit matin. A dos de chameaux, cela leur prendra une journée entière pour arriver finalement en ville en début de soirée et commencer leur investigation. Hassan, le propriétaire du lieu, avait bien confirmé aux Traqueurs qu'un convois avait traversé le détroit il y a une semaine de cela, sans marquer d’arrêt. Une jeep, deux buggy et un camion. Mais aucune preuve que Bogdan et ses hommes allaient vers Fès. Ils avaient aussi bien pu aller vers l'Ouest ou l'Est.
Mais, comme les derniers ordres de Strabo avait été de se diriger vers cette ville, c'était là bas que Cassius voulait mener sa section.

- Regardez c'que Zeus vous ramènes de l'Olympe mes cocos !
Un petit pichet en inox atterri sur la table.
- C'que tu ramènes des cuisines plutôt. Corrigea Roland
L'ancien mercenaire entreprit de servir un verre de bière tiède à tout les membres de l'équipe. Sans surprise, leur sergent refusa l'alcool.
- Tiens mon pote. Fit-il en terminant de servir Roland.
- Ah ouais, on est pote ?
- Ça t'étonnes que je te respecte le bouffeur de thon ?
- C'est haineux comme respect.
- T'as raison ! Tant de gentillesse de ma part, je sens que ça va me rendre violent.

Ils trinquèrent en riant

- Orage en perspective...
Carmen s'était étonnée des petites lueurs qu'on voyait se dessiner depuis peu à l'horizon, dans la pénombre de la nuit naissante. Henry lui expliqua que ce n'était pas le tonnerre mais l'artillerie qui frappait le Roc là bas, à 50 lieux d'ici, où ils étaient confortablement installés, un verre à la main.

- T'as extorqué quoi d'autre aux cuistots Zeus ?
Celui ci regarda son verre quelques seconde avant de répondre, le faisant tourner dans ses doigts.
- Je ne sais pas trop quoi en penser...
Ils disent que Fès a été prise par des monstres.

- Quoi ?
Hassan ne nous a rien dit de la sorte.

- J'sais bien mon con. C'pour ça que j'en pense pas grand chose. Entre Hassan et une bande de babouin dont j'pigeais pas un mots sur deux... bha.

- On est pas au bout de nos emmerdes je sens.
- Quoi ? C'est le spectre du chaman de ton village qui te l'a chuchoté à l'oreille ?
Moi mes couilles me disent que tout va bien se passer.

- Si la ville est infestée de monstres mutants, j'te les couperais. Vu comment elles te sont inutile...
- Ta gueule.
Souffla Zeus en sirotant le fond de son verre, un sourire en coin.

Avant de partir se coucher, Zeus piqua le godet encore plein de Svetlana qui n'y avait pas touché. La Balkane était restée crispée sur sa chaise, bras croisés, mine renfrognée. On pourrait penser que cela était du à son léger malaise lors de la traversée, une certaine honte ou un sentiment approchant. Ceux qui la connaissait vraiment savaient qu'elle regardait le Roc, au loin. Les éclairs des mortiers. La lueur de l'incendie... Elle s'imaginait parfaitement les cris de terreurs, par centaine, par millier, alors que le feu se déversait dans les rues. Elle voyait le château pris d'assaut. Les coups de feu. Les combats acharné au corps à corps. La frénésie des combats.
Dieu qu'elle voulait y être.


Une moto passa en contrebat. L'un des ranger d'Hassan patrouillant les alentours pourtant tranquille.
Un qui ne l'était toujours pas, c'était bien Cassius. Tendu, troublé.
D'une mine étrangement triste il se tourna vers le vieux Rex.
- Et si... Et si Bogdan et ses hommes ont trahi ?
Si c'était eux qui ont abattu nos frères à la Citadelle ?
... Je n’arrêtes pas d'y penser, et cette idée me torture horriblement.




* * *

Le sommeil fut bienvenu. Et pleinement consommé.
Sauf...
Sauf pour une personne. Une personne qui ne connaîtra plus jamais les faveurs du repos.

Carmen était seule.
Devant elle : le désert.
Derrière elle : le désert.
Une étendue infinie de sable. Infinie.
Et elle marcha pourtant, dunes après dunes. Un ciel bleu, éclatant.
Pourtant aucun soleil...
Et elle courut alors. Des heures durant. Des jours d'une course sans fin dans cet enfer, dans ce gouffre horizontal.
Elle s'écroula dans le sable froid.
La folie plantait ses griffes, et dans ses yeux et dans sa gorge et dans son esprit.

Une neige, fine, tomba alors du ciel. La poussière blanche recouvra le sable, le ciel n’arrêta pas de déverser ses flocons. Carmen plongea une main dans la couche blanchâtre.
C'était visqueux.
Puant.
Immonde.
Une odeur de cadavre.
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Thomas Dole
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    Ven 9 Déc - 0:10

Carmen était terrifiée. Elle regardait tout autour d'elle ; Et tout autour d'elle, elle ne voyait que cette neige. Omniprésente. Elle tremblait maintenant qu'elle en sentait sur sa peau, sur ses bras nus. Elle se mettait à croiser les bras, et à se frotter, très fort, comme si elle voulait retirer cette saleté qui se mettait à tomber sur elle, à s’immiscer dans ses cheveux, entre ses doigts de pieds... Elle se sentait sale. Un profond malaise s'emparait soudain de son âme, et lui faisait accumuler de la bile au fond du ventre, remontant le long de ses tripes, faisant flageller ses fines jambes. Elle était devenue malade. L'odeur la rendait malade. La texture la rendait malade. Et ses oreilles devenaient sensibles. Non, pas les oreilles ; Le fond des oreilles, un tremblement, accompagné d'une sorte de... De sirène, comme des acouphènes, un bruit strident et désagréable. Elle se retrouvait pétrifiée, alors qu'elle entendait des, des, des... Des bruits, des sortes de bruits, qui se muaient en fragments de voix, en des murmures gutturaux, qui avaient un épais écho.

Tr..qr... Narc... urre... Fez...

Et d'un coup, un mot dit beaucoup plus clairement que les autres, très fort, comme hurlé au fond de son oreille gauche.

Strabo. Zeus.
Rex.


Elle eut soudain chaud. Très chaud. Et elle se retrouvait incapable de bouger. Elle était une statue. Non, non, littéralement, une statue : Elle se sentait surélevée, dressée sur une estrade, et en tournant ses yeux, mais pas sa tête qui était vissée à son cou, elle pouvait voir qu'elle était dans un square. Un square boueux, caché dans une brume épaisse. Tout était gris autour d'elle. Mais elle avait chaud. Tellement chaud qu'elle avait envie de se déshabiller, de se mettre à l'air, et même après ça, de s'arracher la peau. Elle sentait que son sang était en train de bouillir.
Elle entendait des hurlements. Tellement de hurlements. Aigus. Terrifiés. Elle voyait des gens courir, dans tous les sens, sans aucune coordination, tels des souris paniquant à la vue de chats. Et en l'air, un éclair. Une étoile filante. Une lumière orangée qui traça à travers les nuages. Un projectile... Qui explosa une fois au-dessus du square, dans une sorte de combustion blanche. Et la poudre blanche tomba soudain au sol, et les hurlements devinrent encore plus rauque. Les gens en-dessous de ses pieds, d'elle la statue, se mettaient à danser, danser comme des fous, tandis que leurs peaux se mettaient à s'arracher. Pas juste brûlées comme des flammes, non... Leurs peaux étaient rongées, comme si on leur appliquait quelque chose d'acide. Rongées jusqu'aux os. Ils devinrent des tas de muscles. Une femme attrapait son enfant, le serrait aussi fort que possible.
Et au milieu de cet amas de chair, au bout d'un moment, il n'y eut plus qu'un long, long silence. Et des bruits de pas. Des soldats qui marchaient au milieu de ça.



Les militaires paraissaient fatigués. Terrifiés. Leurs visages étaient blancs. Leurs yeux vitreux. Ils se rendaient compte de ce qu'ils avaient fait. Ils se rendaient compte, lentement, du massacre qu'ils avaient commis. Carmen pouvait lire dans leurs pensées. Elle pouvait, très clairement, les entendre. Elle pouvait sentir leur peur profonde. Leur peur de ce qu'ils avaient fait. Leur peur d'eux-même. Leurs pensées, toutes réunies à la fois, parasitaient son esprit. C'était horrible. Elle pouvait clairement, clairement sentir ce qu'ils étaient, leurs vies, leurs histoires, à eux tous.. Et toutes ces informations lui entraient dans le crâne, d'un coup, lui donnant envie de vomir, de vomir tout son corps. Elle sentait son cerveau trembler au fond de son crâne, et pourtant, elle était incapable de bouger ou de réagir. Son rythme cardiaque s'accélérait, son cœur battait au fond de son torse ; Lui aussi semblait vouloir imploser.
Et elle voyait un homme. Superbement habillé. Grand. Mince. Épaules larges. Visage rasé. Une calvitie naissante vers le front. Des yeux noirs, colériques, la mâchoire tremblante. Enguerrand de Portugal.
Il observa lentement les cadavres au milieu desquels il marchait. Il prit une grande inspiration, laissant des cendres chaudes et des restes de cadavres humains lui entrant au milieu des narines, alors que tous les autres autour se couvraient la bouche avec des mouchoirs humides.

- Continuez d'avancer.

Et ils continuèrent d'avancer.

--------------------------------

Carmen hurlait. Elle ne s'était pas réveillée en hurlant. Elle était encore endormie, mais elle se mettait à hurler. Et à convulser. De la bave sortait de sa bouche. Ses mains tremblaient. Sa vessie s'était lâchée et elle s'était retrouvée à uriner dans sa culotte. Au-dessus d'elle, Rex, terrifié, essayait de lui parler, de lui crier dessus, de la retenir alors qu'elle s'agitait dans tous les sens. Elle était en train de se faire violer mentalement, par des forces bien plus puissantes que lui. Son âme était envahie par quelque chose, et elle se retrouvait incapable de lutter.

Elle ouvrit les yeux. Ils étaient injectés de larmes. Au-dessus d'elle elle voyait les traqueurs qui l'observaient. Elle s'excusa. Rex lui inventa une excuse. Comme il a toujours fait. Mais en vérité, lui-même ne comprenait pas ce qui venait de se produire. Il était incapable de... De vraiment prendre sa défense. Finalement, toute dispute avait été évitée par le vieux Henry, qui demanda à tout le monde de se préparer à partir pour Fez.
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MessageSujet: Re: Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]    

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Thébaïde fantasmatique [Partie I : Brasier]
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